Lorsque les Allemands firent leur entrée en Alsace-Lorraine, ils en expulsèrent une partie de la population civile. C’est ainsi que les Heintz, une famille catholique de Metz, durent se trouver un nouveau foyer, tout comme les Cahen, des Juifs de Forbach. Mathilde Heintz, une veuve mère de trois filles alors âgées de 16, 19 et 21 ans, s’installa à La Menitre dans le Maine-et-Loire. Les Cahen, leur fille de 21 ans et un oncle trouvèrent à se loger au village voisin de Saint Mathurin. Denise Cahen fit la connaissance des demoiselles Heintz à l’usine de La Menitre où elles travaillaient toutes les quatre. En été 1943, Marguerite Heintz, l’aînée des soeurs, fut témoin de l’arrestation de deux Juifs à la gare du village. Un jeune homme qui se trouvait là se vanta de les avoir dénoncés à la police, ajoutant qu’il s’apprêtait à faire de même pour Denise Cahen et sa famille. Ce soir là, après avoir demandé l’autorisation de sa mère, Marguerite prit sa bicyclette et se rendit par des chemins détournés chez les Cahen. Elle les avertit des menaces du mouchard et les conjura de partir sans tarder. Elle réussit à convaincre leur propriétaire, qui avait un garage, de prendre dans son camion les quatre membres de la famille Cahen pour les conduire chez sa mère. Mathilde Heintz et ses filles accueillirent chaleureusement les fugitifs. Le lendemain, Marguerite se rendit à Angers, le chef-lieu du département, situé à une cinquantaine de kilomètres de La Ménitre, et où habitait le fils des Cahen. Elle apprit qu’il avait déjà quitté la ville et avait réussi à passer en zone sud. Ayant obtenu le nom du passeur, elle le persuada de venir à La Menitre prendre en charge les autres Cahen et leur faire franchir la ligne de démarcation. En attendant sa venue, les fugitifs restèrent cachés chez Mathilde Heintz et ses filles qui ne se laissèrent pas décourager par le grand risque qu’elles couraient. Ces femmes courageuses étaient motivées par leur foi religieuse et leur conscience et refusèrent toute rémunération.

Le 2 avril 1995, Yad Vashem a décerné à Mathilde Heintz et ses trois filles, Marguerite, Cécile et Marie-Thérèse, le titre de Juste parmi les Nations.

 

Documents annexes

Article de presse - Le Républicain Lorrain du 27/02/1998Article de presse – Le Républicain Lorrain du 27/02/1998
27 juin 2015 11:18:58