Actualités

Crest : Raymond, sauvé par Yvon et Paulette

mercredi 12 avril 2017

Du 07/04/2017

 

 

 

 

 

Paulette Paturel et Raymond Strompf À titre posthume, la médaille de « Juste parmi les Nations » a été décernée à un couple de Crestois pour avoir caché un enfant juif durant l’Occupation. Dimanche, une cérémonie émouvante a eu lieu en mairie de Crest, en présence du survivant, aujourd’hui âgé de 82 ans.

« Il y a des comportements honteux d’hommes et de femmes, de groupes, d’États, mais il y a heureusement aussi sur la planète des hommes et des femmes qui ont honoré leur mémoire, la leur, la nôtre et la mémoire de l’humanité ». Des propos d’Hervé Mariton, député maire de Crest, agrémentés de la magistrale musique de Tchaïkovski et des mots d’Evtouchenko, compositeur et poète russes… Émouvante cérémonie, dimanche 2 avril en salle Max Tabardel à la mairie de Crest. Anita Mazor, ministre plénipotentiaire en charge des Régions du Sud, représentant l’État d’Israël, a remis à titre posthume la médaille et le diplôme des « Justes parmi les Nations » à Yvon et Paulette Paturel, représentés par leur nièce Yvette Paturel. Le couple avait sauvé un enfant juif, Raymond Strompf.

La famille Paturel, avec Yvette Paturel, la nièce et Jean-Luc Souillol, le neveu, a pris la parole. Ils ont évoqué le souvenir de Paulette et Yvon Paturel. Paulette Maillet, née en Algérie a épousé en 1930 à Crest Yvon Paturel. Ils tenaient la boulangerie de la rue Général Berlier, avec une spécialité, les desserts « fromages ». Yvon est décédé en 1975 et Paulette lui a survécu jusqu’en 2003.

Raymond Strompf a alors raconté le récit de son sauvetage. Nicolas Strompf et Rosalie nés à Budapest, arrivent en France en 1925. Électromécanicien et couturière, ils s’installent à Vincennes, se marient en 1933 et Raymond naît en 1935, ses parents obtenant pour lui la nationalité française. Nicolas Strompf s’engage dans la Légion étrangère en octobre 1939, tandis que Rosalie se réfugie sur l’Île de Ré avec Raymond. Après l’armistice, Nicolas, démobilisé, retourne à Vincennes avec sa famille. Le 14 mai 1941, Nicolas Strompf est arrêté, conduit dans le camp d’internement de Pithiviers, puis déporté à Auschwitz le 25 juin 1942. Son épouse est arrêtée puis déportée le 27 juillet 1942.

Anita Mazor, Ministre, remet la Médaille des Justes et le Diplôme à Yvette Paturel, devant Raymond Strompf

Adopté comme neveu

Des amis font passer la ligne de démarcation à Raymond, le conduisent à Crest, où il est caché dans une ferme, puis confié à Yvon et Paulette Paturel, comme neveu de la famille. Il fréquente l’école communale sous le nom de Raymond Paul et le Temple le dimanche. Paulette est très douce avec lui, mais ferme. Le passage des troupes allemandes, la peur des dénonciations inquiètent la famille Paturel. Pendant l’été 1944, Raymond retrouve à Aouste-sur-Sye la famille de son oncle Louis, qui a rejoint les maquis du Vercors. Il voit arriver les premiers soldats américains, puis avec une cousine, regagne Vincennes, espérant retrouver sa famille. Ce n’est qu’au bout d’une attente terrible de 2 ans qu’il obtient l’acte de décès de son père et apprend la disparition de sa mère. Une de ses tantes s’est occupée de l’adolescent. Par la suite, Raymond est resté en contact avec Paulette et lui a écrit régulièrement.

Raymond a maintenant 82 ans et il s’inquiète de la transmission de la Mémoire. Il se dit heureux que le Souvenir de Paulette et d’Yvon soit honoré. Anita Mazor, Ministre, insiste elle aussi sur la nécessité de transmettre la mémoire de la Shoah et d’enseigner aux enfants la lutte contre l’antisémitisme, avant de remettre la médaille. Une émotion, rehaussée par les poèmes : « Quand il n’y aura plus personne pour protester » par Marie-Christine Reynier, « le Badge » par Anne Goy, Clémentine et Lucile, « Les Justes » par Marie-Odile Petiot, et par la diffusion du Chant des Partisans et de « Nuit et Brouillard ». Hervé Mariton conclut alors par une phrase de Shimon Peres : « Quand, dans un seau, vous mettez des œufs et une pierre, c’est la pierre qui a gagné  ; ce sont aussi les Résistants même peu nombreux qui ont gagné  ! » 


Lire la suite

GEYSSANS - L’hommage d’un enfant juif devenu grand à la famille Paquien

mercredi 29 mars 2017

Du 11/12/2016

René Roffé entouré des familles et des personnalités religieuses devant la Vierge en bois de sycomore qu’il a offert à la ville.

 

 

 

Hommage à la famille Paquien et à Geyssans
C’est une cérémonie exceptionnelle de reconnaissance qui vient de se dérouler à Geyssans, en présence de René Roffé et son épouse, et de la famille Paquien.
L’histoire commence le 11 avril 1934 quand naît, à Lyon, René Roffé, dans une famille juive. Lorsqu’il a à peine un an, il perd sa mère. Il est alors élevé par ses grandsparents, Mordo et Marie Nassi.

Au début de la guerre de 3945, il part vivre chez la soeur de sa mère et son mari, à RomanssurIsère.
En novembre 1943, sa grandmère Fanny le confie à Augusta Paquien, fermière à Geyssans.
Augusta vient de perdre son mari. Elle a quatre fils, dont l’aîné est maquisard dans le Vercors. René va rester à la ferme de novembre 1943 à septembre 1944. Augusta le fera passer pour son neveu. Il fréquente l’école publique et va
à la messe. Après la guerre, René est resté en contact avec Augusta jusqu’à la mort de celleci en 1976.


Après la médaille de Juste parmi les Nations...
René Roffé interviendra pour faire une demande officielle de décerner la médaille des Justes parmi les Nations à Augusta. En janvier 2010, l’Institut Yad Vashem Jérusalem lui décerne le titre lors d’une cérémonie de reconnaissanceà titre posthume en 2013. C’est Luc Paquien, son fils, Génissois en maison de retraite, qui reçoit la médaille de reconnaissance, un certificat officiel, et l’assurance que le nom d’Augusta Paquien sera gravé à Jérusalem.

René Roffé n’a jamais oublié Augusta et le village qui l’a sauvé. C’est pourquoi il a réalisé une sculpture de la Vierge Marie, en bois de sycomore, qui vient d’être installée dans l’église de Geyssans. Pour la circonstance, une cérémonie officielle s’est tenue dans l’église jeudi soir, en présence de l’évêque,
Monseigneur PierreYves Michel, du père Christophe Rivière, des trois diacres du secteur, Michel Chaix, Jean Michel, Guy Leydier, du maire Claude Bourne, de la conseillère départementale Emmanuelle Anthoine, et des familles

Roffé et Paquien et leurs amis. Une messe était ensuite célébrée en présence des musiciens geyssanais, et d’un nombreux public.

JeanPaul MOUTON

 

Lire la suite

L'histoire des Juifs cachés au zoo de Varsovie portée à l'écran

vendredi 24 mars 2017

Du 24/03/2017

Teresa Zabinaka, fille de Jan et Antonina Zabinski dans la villa de ses parents transformée en musée, le 21 mars 2017 ( AFP / Janek SKARZYNSKI )

Le directeur du zoo de Varsovie et sa femme avaient toujours du cyanure sur eux sous l'occupation nazie: le danger d'être pris était permanent et ils voulaient emporter leur secret avec eux. 

Pendant la guerre, Jan Zabinski, engagé dans la résistance polonaise, et sa femme Antonina ont caché près de 300 Juifs et résistants sur le terrain du zoo, au nez et à la barbe des nazis qui occupaient la Pologne.

Le scénario de "La femme du gardien de zoo", un film hollywoodien qui sort en salle cette semaine en Pologne avant une distribution internationale, s'appuie sur ces faits réels. 

Le tunnel de la villa de Zabinski où des Juifs avait été cachés pendant la guerre, le 3 mars 2017 ( AFP / Janek SKARZYNSKI )

La villa du directeur, dont la cave sans fenêtre était reliée par un tunnel secret au terrain du zoo, a servi de refuge clandestin en majorité à des Juifs échappés du ghetto de Varsovie, de 1940 à 1944, jusqu'à l'insurrection de Varsovie organisée par la résistance polonaise contre les nazis.

Les hôtes y ont transité quelques heures, quelques jours, plusieurs mois, et certains y sont même restés plusieurs années. "Une trentaine de personnes vivait parfois là en même temps", souligne Olga Zbonikowska, employée par la Panda Foundation qui gère la villa aujourd'hui. 

La cave de la villa de Zabinski à Varsovie, le 3 mars 2017 ( AFP / Janek SKARZYNSKI )

Moshe Tirosh avait cinq ans à l'époque. "Je me rappelle comment je restais accroupi sous un banc en béton à la cave et gardais la main sur la bouche de ma sœur pour l'empêcher de pleurer", se souvient cet octogénaire, installé depuis 1957 en Israël.

"Parce qu'elle criait sans arrêt, jour et nuit. Quand quelqu'un claquait une porte au rez-de-chaussée, un frisson de peur me traversait. Et s'ils nous trouvaient?", confie-t-il à l'AFP par téléphone.

- Un air d'opérette -

Cet ancien homme d'affaires, sept fois grand-père, n'arrive toujours pas à croire ce à quoi il a survécu. "J'ai vu des corps d'enfants dans la rue. Des choses affreuses... Je me rappelle que je me demandais pourquoi tout le monde voulait nous tuer. Je n'arrivais pas à comprendre..."

Les nazis n'ont jamais découvert leur cachette et tous les hôtes clandestins du zoo s'en sont sortis vivants - sauf deux, arrêtés hors du périmètre du zoo. 

A l'intérieur de la villa de Zabinski à Varsovie, le 3 mars 2017 ( AFP / Janek SKARZYNSKI )

Le couple Zabinski estimait que la meilleure cachette était un endroit bien en vue, comme le zoo: ils disaient que "c'est sous le lampadaire qu'il fait toujours le plus sombre" (un dicton polonais), raconte leur fille Teresa.

"Mon père a su qu'il ne viendrait jamais à l'idée aux Allemands qu'autant de gens pouvaient se cacher dans un endroit pareil, avec des fenêtres ouvertes et sans rideaux", explique à l'AFP la dame de 73 ans.

Le risque était grand. Aider les Juifs, même en leur offrant un verre d'eau, était puni de mort en Pologne occupée.

Quand les Allemands s'approchaient de la maison, Antonina sonnait l'alarme en jouant au piano un air d'opérette. Ses invités clandestins s'échappaient alors par le tunnel, qui menait sur le terrain du zoo, ou bien s'entassaient à l'étage dans un placard à double fond, par exemple.

Certains se sont cachés dans des enclos d'animaux vides. D'autres ont surtout vécu au sous-sol de la villa. 

Teresa Zabinska, fille de Jan et Antonina Zabinski devant la villa de ses parents où 300 Juifs ont été cachés pendant la guerre et transformée en musée ( AFP / Janek SKARZYNSKI )

Ils se cachaient aussi de la bonne, vue comme une informatrice potentielle pour les nazis. Quand un jour celle-ci est tombée sur Antonina en compagnie d'un avocat juif, ce dernier a joué sans ciller un médecin faisant une visite à domicile.

"Le plus difficile, c'était de lui expliquer l'énorme consommation de nourriture", a raconté Antonina dans ses mémoires publiés en 1968 en Pologne.

La famille prétendait avoir un appétit d'ogre. "Je n'arrive pas à croire qu'ils mangent tout cela! Je n'ai jamais vu une chose pareille", murmurait la bonne en recevant une énième commande de plats de résistance...

- 'Les écureuils' -

Cette abondance relative de nourriture a fait le bonheur de la famille Tirosh, après deux années de ghetto marquées par la faim, le typhus et le danger, frôlé de très près, d'être déporté au camp de la mort de Treblinka.

Pour s'enfuir, cette famille a acheté le silence de gardes. Tirosh et sa sœur ont été lancés dans des sacs par-dessus le mur du ghetto, que leurs parents ont escaladé. 

A l'intérieur de la villa de Zabinski, le 3 mars 2017 à Varsovie ( AFP / Janek SKARZYNSKI )

A leur arrivée au zoo en pleine nuit, le calme et la sympathie d'Antonina les a rassurés, "elle était extraordinaire", raconte Moshe Tirosh.

Avant que la famille ne parte pour une autre cachette, Antonina a cherché à changer leur apparence en éclaircissant leurs cheveux pour qu'ils "aient l'air moins juifs": "Elle s'est enfermée dans la salle de bains avec nous et a teint nos cheveux. Elle a frotté et frotté et quand nous sommes finalement sortis, son fils Rysiek a crié: +Maman, qu'as-tu fait ?! C'est la couleur des écureuils+"

La famille a alors été appelée "les écureuils". Les autres avaient elles aussi des surnoms d'animaux: l'étourneau, les hamsters, les faisans...

- Arche de Noé -

C'est ainsi que la villa a été surnommée l'Arche de Noé des temps modernes. Et que les mémoires d'Antonina, réédités ce mois-ci (uniquement en polonais), ont été intitulés "Les gens et les animaux". 

L'actrice américaine Jessica Chastain lors d'un gala pour la sortie du film "La femme du gardien de zoo" à Varsovie, le 7 mars 2017 ( AFP / Janek SKARZYNSKI )

L'écrivaine américaine Diane Ackerman y a largement puisé pour écrire son propre livre paru en 2007, "La femme du gardien de zoo", dont s'inspire le film, réalisé par Niki Caro et où jouent l'Américaine Jessica Chastain et l'Allemand Daniel Brühl.

La villa a été transformée en musée, on peut y visiter la cave et le tunnel secret qui a sauvé tant de vies.

L'Institut Yad Vashem de Jérusalem a accordé aux Zabinski le titre de Justes parmi les nations du monde, décerné à ceux qui ont sauvé des Juifs pendant l'Holocauste.

Quant au zoo, il existe toujours. Quelque 5.500 animaux y vivent. 

 

 



Lire la suite

Hommage des élus à Henriette Veaute

mercredi 15 mars 2017

Du 01/03/2017

 

 

 

 

Lors du conseil municipal de vendredi soir, le vote unanime pour attribuer le nom d'Henriette-Veaute au rond-point de l'avenue de Vaudreuille, face au centre de secours, fut suivi d'une salve d'applaudissement de la part des élus. En présence de son fils dans le public, Emile Veaute, très ému pour l'occasion, le premier adjoint rappelait qu'Henriette Veaute, née Pagès, le 10 octobre 1924 et décédée le 31 juillet 2010, a reçu le titre des «Justes parmi les Nations», le 29 juillet 1997, délivré par l'Etat d'Israël à des civils.

On se souvient aussi que le président Jacques Chirac avait tenu, avant la fin de son mandat, à ce que les «Justes» de France soient élevés au rang de Chevaliers de la Légion d'Honneur. C'est ce que fit Alain Chatillon en lui remettant la distinction lors des cérémonies commémoratives du 18 juin 2007.

Résistante à 16 ans

Il faut dire qu'Henriette Pagès-Veaute aura vécu une jeunesse plutôt mouvementée. En 1940, elle a 16 ans, quand son père, Henri, encore maire de Prades, dans le Tarn, lui demande d'accepter le poste de secrétaire de mairie qu'elle occupera jusqu'en 1945. Pendant tout le temps de l'occupation, avec son amie Lucette Valax-Ambert, elle ne se posera pas de question et dans la plus grande discrétion, elles vont faire de fausses cartes d'identité. Dans un premier temps, elles se rendent aux monuments aux morts des alentours pour relever les noms des Français morts pendant la première guerre mondiale. Henriette imite alors la signature de son père tout en apposant le vrai cachet de la mairie sur les documents officiels.

Ces «vrais fausses» cartes d'identité étaient ensuite acheminées, à vélo, jusqu'à Puylaurens où Madame Carles, responsable du réseau de la Résistance, les envoyait ensuite sur toute la France. En 1942, après l'occupation de la zone libre par les Allemands, Henri Pagès, le père d'Henriette, cacha les parents d'Esther Epstein, le temps de la guerre, avec d'autres juifs, tels que Jean-Paul Lehman, qui resta lié d'amitié avec la famille Pagès. Henriette fit aussi de nombreuses fausses cartes d'identité pour des familles juives de la région.

Si l'on ne sait ce que devenaient ensuite ces «vrais fausses» pièces d'identité et ceux qui les utilisaient, son amie Esther Epstein raconta qu'ils lui sauvèrent certainement la vie.

«En 1943, j'eus l'immense chance de pouvoir m'inscrire à l'école dentaire de Lyon et ceci grâce à Henriette qui me fournit de vrais faux papiers à sa propre identité. Le 3 février 1944, j'étais arrêtée à Lyon par la Gestapo et interrogée mais la qualité exceptionnelle des faux papiers établis par Henriette résista aux sbires de la Gestapo qui me relâchèrent au bout de quelques heures».

 

Lire la suite