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Joseph et Victoria Martinez, Justes parmi les Nations

mardi 23 août 2016

Du 23/08/2016

 

 

 

 

«L’institut Yad Vashem Jérusalem vient de décerner à vos parents, Joseph José et Victoria Maria Martinez, le titre de Juste parmi les Nations, pour avoir aidé, à leurs risques et périls, des juifs pourchassés pendant l’occupation».

Mur des Justes de Paris

Dominique Chenet, née Martinez, tient la lettre. Ses mains tremblent. Elle est gagnée par une grosse émotion. Ses parents décédés reçoivent à travers ce titre un hommage important. C’est la reconnaissance d’actes de bravoure que le couple a réalisés lors de la guerre de 39/45, sauvant entre autre Lucie Waitter, juive, la tante de Dominique, toujours vivante, à Paris.

Dominique se souvient : «C’était la guerre, j’étais petite mais des images sont restées, on habitait le faubourg de Bensa, papa a caché toute la famille de tante, qui habitait en face de la gendarmerie, en les amenant à la maison, sous une couverture sur une charrette, il a pris des risques énormes, mais il a réussi avec maman».

Joseph Martinez avait 18 ans lorsqu’il est arrivé en France, Victoria avait 14 ans. «Papa a travaillé dans le textile, à Bensa, puis chez Roudière, maman un peu partout, elle apprenait aussi à tricoter et le crochet, elle a surtout été une maman, ils étaient aimés de tous». De Joseph, dit «Pépé», les rugbymen «jaune et noir» en parlent encore. Il a été le porte-drapeau du Stade lavelanétien durant de nombreuses années.

Lors de son décès, en juin 1994, dans l’hommage que lui rendait notre journal, on pouvait lire : ««Pépé», c’était le supporter n° 1 du Stade, il était toujours habillé en jaune et noir, et suivait les joueurs dans tous leurs déplacements. «Pépé», c’était aussi l’homme de la bourriche». Une médaille et un diplôme d’honneur seront établis à leurs noms, à jamais gravés sur le mur d’honneur, dans le jardin des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem, Jérusalem.

Le comité français pour Yad Vashem a contacté Dominique Chenet-Martinez, pour organiser une cérémonie en honneur de ses parents en un lieu de son choix, afin que lui soient remis la médaille et le diplôme.

 

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La stèle en l’honneur des « Justes » des Midi-Pyrénées s’agrandit

jeudi 11 août 2016

Du 270/07/2016

 

 

 

La stèle qui comptait en 2003, 131 noms de Justes, en compte aujourd’hui 361.

En février 2003, une stèle en l’honneur des Justes parmi les Nations des Midi-Pyrénées avait été installée dans le Jardin des plantes de Toulouse, afin de rendre hommage à ceux qui avaient sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale au péril de leur propre vie.

Cette inauguration avait été réalisée en présence d’Elie Wiesel, survivant de la Shoah et prix Nobel de la Paix, décédé le 2 juillet dernier.

La stèle était composée de 131 noms de Justes parmi les Nations de la région avant d’être mise à jour le 17 juillet dernier, à l’occasion de la Journée à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français qui célébrait également le 74e anniversaire de la Rafle du Vel’ d’Hiv (16 juillet 1942). Cette stèle compte aujourd’hui 361 noms.

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, était à l’origine de la mise à jour de la stèle.

De son côté, Jean-Baptiste de Scorraille, conseiller municipal délégué à la Mémoire et au monde des combattants, témoigne de la difficulté de retrouver tous les noms des Justes qui ont aidé pendant la guerre à sauver des Juifs.

« On a actuellement 361 Justes, mais ça pourrait encore changer. On les a classés par département, par ordre alphabétique et par année, ce qui permettra plus de clarté en cas de nouveaux rajouts. Mais des Justes, il n’y en a plus beaucoup en vie, » indique-t-il à la Dépêche.

Le processus pour devenir Juste parmi les NationS est long et doit être validé par le Mémorial de Yad Vashem de Jérusalem, qui est la seule institution mondiale à délivrer cette reconnaissance.

Le plus souvent ce sont les survivants juifs eux-mêmes qui rapportent les personnes qui leur ont sauvé la vie. Si les Justes sont décédés, leurs descendances reçoivent la médaille en leur nom.

« Il y a un long travail de vérification, qui dure entre deux et trois ans. (…) C’est, en dernier recours, une commission spéciale du Mémorial de Yad Vashem qui décide d’octroyer une distinction, » rapporte Francine Théodore Lévêque, en charge des dossiers localement pour le compte du Comité français pour Yad Vashem.

La France comptabilise aujourd’hui 3 944 Justes parmi les nations en France.

 

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Les héros de votre canton: Anne-Marie Piguet, ou un idéal qui lui valu le titre de Juste

mercredi 10 août 2016

Du 14/07/2016

 

LA HILLE (F), JUIN 1944 Anne-Marie Piguet (au centre) donne des cours de tricot à Gerti Lind et à Cilli Stueckler. C’est de cette colonie qu’elle décide d’organiser la fuite d’enfants juifs vers la Suisse.

 

 

 

Humanitaire (1916-2010). Pendant la Seconde Guerre mondiale, la jeune femme de la vallée de Joux fait passer une douzaine d’enfants juifs en Suisse. Puis elle cofonde l’une des premières ONG consacrées à la coopération au développement.

Le Gy de l’Echelle est l’un des sentiers les plus escarpés du Grand Risoux, grosse montagne ronde culminant à quelque 1400 mètres d’altitude, dont les épaisses forêts de sapins marquent depuis des siècles la frontière entre la Suisse et la France. C’est par ce passage secret qu’une jeune femme de la vallée de Joux est parvenue à faire entrer clandestinement en Suisse des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, permettant à ces derniers d’échapper aux camps de la mort. Clandestinement car, côté helvétique, les douaniers et les policiers avaient l’ordre de les expulser. Le nom de cette jeune femme: Anne-Marie Piguet.

Cette fille d’inspecteur forestier, qui a passé sa jeunesse au Sentier, connaissait les bois de la région comme sa poche. Alors, quand il lui a paru inimaginable de ne rien entreprendre pour sauver des vies, c’est à cette région isolée qu’elle a pensé pour faire passer une douzaine d’enfants. Ce qui lui a valu de recevoir, en 1991, la médaille des Justes parmi les nations, une haute distinction décernée au nom de l’Etat d’Israël par le mémorial de Yad Vashem, le mémorial de l’holocauste à Jérusalem.

Complices en  France et en suisse

L’historienne Lucienne Hubler garde un vif souvenir de son amie, décédée en 2010 à l’âge de 94 ans: «Elle avait une personnalité très généreuse. Elle aimait les gens. Elle alliait intelligence et enthousiasme. » C’est ainsi que, armée d’une licence en lettres de l’Université de Lausanne et d’un minimum d’expérience d’enseignante, elle est engagée en 1942 par l’Œuvre de secours aux enfants de la Croix-Rouge suisse. Elle se retrouve dans une colonie à La Hille, à une soixantaine de kilomètres au sud de Toulouse, lorsque surviennent les premières rafles. Sa décision est prise, elle ne va pas rester sans réagir.

Un bref séjour à la vallée de Joux lui permet d’établir les complicités nécessaires pour créer sa filière. Côté français de la frontière, avec Victoria Cordier, dont la mère réside à Chapelle-des-Bois, dans la maison la plus proche de la frontière. Côté suisse, avec Fred Reymond, qui l’aide à éloigner ses protégés de la frontière. Entre-deux, le fameux Gy de l’Echelle, à moins que ce ne soit la borne 176, perdue dans les bois. Le dernier passage a lieu en 1944, quelques mois avant la Libération.

Elle se taira pendant quarante et un ans, «par discrétion protestante», explique l’historien Marc Perrenoud. Mariée en 1947 avec l’historien bernois Ulrich Im Hof, elle cofonde, en 1959, Swisscontact, l’une des premières ONG de coopération au développement, avec plusieurs entrepreneurs alémaniques et un ambassadeur. Mais ce n’est qu’en 1985 qu’elle raconte ses exploits dans un livre, La filière. Les hommages et les honneurs s’enchaînent désormais sans qu’elle perde sa simplicité. Lucienne Hubler témoigne: «Elle avait une personnalité retenue. Elle ne s’épanchait pas sur elle-même, mais elle faisait les choses quand il fallait les faire.» 


En savoir plus

➤ Anne-Marie Im Hof-Piguet a raconté son aventure dans «La filière» en 1985  (Edition de la Thièle à Yverdon), puis dans deux films, «La filière» de Jacqueline Veuve (1987) et son témoignage dans la série «Plans fixes» avec le journaliste Jacques Poget (2009).

➤ Parmi les distinctions qu’elle a reçues pour son engagement, celle du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, qui honore la mémoire des non-juifs ayant sauvé des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, qui l’a nommée en 1991 Juste parmi les nations.

➤ Un monument à sa mémoire a été érigé en 2014 sur l’un des points de passage qu’elle a utilisés à la frontière franco-suisse. Un autre a été inauguré dans le village du Pont, à la vallée de Joux, la même année, à la mémoire de la quinzaine de passeurs du Risoux.

 

Yves Genier

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Echos d’héroïsme sur l’Avenue des Justes

samedi 6 août 2016

Du 30/07/2016

Une rue du mémorial de Yad Vashem, dédiée aux non-Juifs qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Shoah (Crédits : Shmuel Bar-Am)

 

 

 

Vilna, Pologne, le 31 décembre 1941. Des officiers de l’armée allemande fêtaient la Saint-Sylvestre dans un appartement en étages. Des membres de la résistance souterraine juive se rencontraient dans le même immeuble, plus bas. Leur hôte était un soldat allemand, Anton Schmid, qui allait d’un groupe à l’autre afin de ne pas éveiller les soupçons de ses camarades.

Schmid était un soldat allemand loyal. Mais en 1941, alors qu’il était en poste à la gare ferroviaire de Vilna, il fut le témoin de nombreuses atrocités nazies. Presque immédiatement, et en se mettant en grand danger, il commença à sauver des vies juives.

Le 15 août 1953, la Knesset a adopté de façon unanime une loi établissant Yad Vashem, détaillant ses objectifs et son cadre. La neuvième clause donnait à l’institution la responsabilité de perpétuer la mémoire des non-Juifs qui avaient mis leur vie en danger pour sauver des Juifs. Ils devaient être connus sous le nom de hasidei umot haolam. Justes parmi les Nations.

Aux côtés d’autres ayant risqué tout ce qu’ils avaient de plus cher pour sauver des vies juives, on se souvient d’Anton Schmid dans une section spéciale de Yad Vashem qui rend honneur aux Justes parmi les Nations. En effet, les sentiers bordés d’arbres, les jardins aménagés et les murs de mémoire toujours plus nombreux portent les noms de plus de 25 000 personnes incroyablement courageuses.

Un mémorial sculpté pour les Justes inconnus se dresse à l’entrée de cette section spéciale. Derrière la statue est planté un arbre en honneur de Joop Westerweel, un enseignant néerlandais qui a refusé de tolérer des actes répréhensibles.

En 1942, il a rejoint un réseau souterrain qui a fait passer des centaines de jeunes Juifs en dehors des Pays-Bas afin qu’ils soient en sécurité dans d’autres pays. Lorsque le chef du groupe fut arrêté par les nazis, Joop pris sa suite.

 

Capturé alors qu’il était en train d’aider deux jeunes à s’échapper, il fut envoyé au camp de concentration néerlandais de Vught. Il fut battu et torturé, et pourtant refusa de révéler quelque information que ce soit sur ses camarades. Le 11 août 1944, Joop fut exécuté par les nazis.

Un autre arbre honore Gertrude Babilinska, la fille d’un travailleur de la poste polonaise. L’aînée de huit enfants, Gertrude, quitta la maison à 19 ans et trouva un emploi de garde d’enfants à Varsovie dans la riche famille Stolowicki. Elle ne s’occupa pas que de leur enfant, mais également de Mme Stolowicki qui était tombée gravement malade.

Lorsque les Allemands attaquèrent la Pologne, le père de famille était à Paris et ne revint jamais. Les autres employés de la famille tournèrent le dos à la mère appauvrie et à son enfant de trois ans, Michaël, mais pas Gertrude, qui fuit vers Vilna avec eux. Terrifiée par les bombes qui tombaient sur la route, Mme Stolowicki ne pouvait pas se mouvoir ; Gertrude devint responsable de la mère et de l’enfant.

Alors qu’ils étaient bloqués avec d’autres réfugiés à Vilna, ils survécurent grâce au peu d’argent que Gertrude arrivait à gagner. Mme Stolowicki mourut, mais pas avant d’avoir demandé à Gertrude d’emmener son enfant en Palestine. Lorsque les Juifs furent forcés de résider dans le ghetto de Vilna, Gertrude réussit à rester en dehors grâce à de faux papiers qu’elle avait acquis et une preuve de baptême pour Michaël, qui avait alors cinq ans.

Après la guerre, Gertrude essaya d’emmener Michaël en Palestine, mais ils durent rester dans un camp pour personnes déplacées en Allemagne. Finalement, elle lutta pour aller sur l’Exodus, un bateau qui se rendait en Palestine. Lorsque le bateau fut forcé de faire demi-tour par les Anglais, Gertrude et Michaël se retrouvèrent de nouveau en Allemagne. Ils y restèrent jusqu’à ce qu’ils parviennent sur les plages de la Terre promise en 1948. Gertrude qui était demeurée une catholique pieuse, resta en Israël et éleva Mickaël comme son fils – et comme un Juif.

Sur une plaque près d’un arbre du côté opposé du sentier sont inscrits les noms de Zayneba et de Mustafa Hardaga. Musulmans pieux de Sarajevo, ils suivaient strictement les lois religieuses de l’islam et ses rites. Leurs amis juifs, les Kabilios, vivaient dans l’appartement d’à côté.

Le 14 avril 1941, des bombes allemandes détruisirent la maison de Kabilio et les Hadragas les hébergèrent immédiatement. Peu de temps après, les nazis établirent leur quartier général de l’autre côté de la rue, et firent circuler des notices qui promettaient la mort à quiconque hébergerait un Juif.

Les Hadragas refusèrent de dénoncer les Kabilios, mais Joseph Kabilios était inquiet du danger pour ses amis. Il réussit à envoyer sa femme et ses filles vers la zone occupée par les Italiens. Il alla ensuite se cacher dans un hôpital jusqu’à ce que des délateurs ne le donnent aux nazis.

Allant vers une mort certaine, Joseph se débrouilla malgré tout pour s’échapper. Mais sans endroit où aller, il retourna à la maison des Hadragas. Il s’y cacha pendant plusieurs mois, jusqu’à être le dernier Juif de la ville. Ensuite, avec l’aide des Hadragas, il renoua contact avec sa famille – et rejoint les partisans.

Les Kabilios survécurent. Et lorsqu’ils retournèrent à Sarajevo après la guerre, les Hadragas leur montrèrent une boîte remplie de bijoux qui leur avait été confiée pour être mise en sécurité. Avec cela, ils réussirent à reprendre le cours de leur existence, et finirent par émigrer en Israël.

Deux étudiantes néerlandais – Henriette (Hetty) Voute et Gisela Wieberdink-Soehnlein – ont également des arbres en leur honneur. Durant la guerre, Hetty et Gisela faisaient partie d’un réseau souterrain qui avait pour but de sauver des Juifs. Hetty s’impliqua dans l’entreprise de trouver des refuges pour les enfants juifs ; son amie Gisela agit comme courrier entre les organisations clandestines, et escorta les enfants vers des maisons sûres.

Lorsque les déportations de masse commencèrent à Amsterdam, des enfants juifs furent séparés de leurs parents et envoyés dans des centres de transit pour y attendre leur départ vers les camps de la mort. Hetty et Gisela exfiltrèrent les enfants hors du centre en les cachant dans des conteneurs de lait, des sacs de lessive, des emballages de pommes de terre, tout ce qu’elle pouvaient trouver.

Les deux femmes furent attrapées et envoyées au camp de concentration de Ravensbrück. De façon surprenante, elles survécurent et, des années plus tard, furent reconnues comme Justes parmi les Nations.

Vous souvenez-vous de la fête du Nouvel an à Vilna, où il fut dit à Anton Schmid qu’il recevrait une étoile de David comme un geste de gratitude ? Anton avait répondu que lorsque ce jour viendrait, il la porterait avec honneur. Aujourd’hui, au lieu d’une médaille, son souvenir perdure avec un arbre.

Seuls 30 des 7 000 Juifs de Liepaja, Lettonie, survécurent à la Shoah. 11 d’entre eux furent sauvés par Robert et Johanna Sedul. Ils font partie des centaines de Justes dont le nom est gravé sur le Mur des Noms, une esplanade située près d’un wagon à bestiaux placé sur des rails en haut parmi les arbres – un wagon exactement comme ceux qui emmenèrent les victimes de la Shoah vers les camps de la mort.

Robert était un concierge qui a commencé à abriter des Juifs en 1943. Alors qu’ils restaient cachés derrière une séparation dans le cellier du bâtiment où il travaillait, Robert arrivait à leur donner de la nourriture et un soutien moral jusqu’à ce qu’il se fasse tuer peu avant la fin de la guerre par un mortier russe. Son épouse Johanna continua de protéger des Juifs jusqu’à la Libération finale de 1945. Les noms de Robert et Johanna sont gravés ensembles avec ceux d’autres Justes non-Juifs de Lettonie.

Un autre arbre honore Olena Hyrhoryshyn. Durant l’été 1941, les Allemands envahirent l’Union Soviétique et à l’automne les massacres commencèrent. Donia Rozen, orpheline de 11 ans, vivait avec ses grand-parents dans la ville ukrainienne de Kosow. Donia et sa grand-mère furent hébergées par un voisin ; le grand-père fut assassiné par les nazis. Un jour après, dernière juive restant à Kosow, l’enfant dut subvenir seule à ses besoins dans les forêts alentours.

Olena, une paysanne de 60 ans, trouva Donia et l’emmena chez elle, malgré l’hostilité de ses voisins. Et lorsque la situation empira, et qu’Olena refusa de dénoncer Donia aux autorités, son frère les expulsa toutes deux de la maison.

Capturées par les nazis, elles réussirent à s’enfuir dans les forêts. Là, Olena bâti une cachette pour Donia et la couvrit d’aiguilles sèches. Après avoir travaillé le jour pour leur trouver de la nourriture, Olena rentrait à la nuit et essayait de réchauffer le corps gelé de l’enfant.

Alors que la traque des Juifs continuait, la cachette de Donia fut découverte. Elle sauta dans la rivière Prut, et rejoint l’Armée rouge et la sécurité de l’autre côté. Donia était libre, elle parvint au final à émigrer vers Israël et devint, après un certain temps, la chef du Département pour les Justes. On ne vit ni n’entendit jamais plus parler d’Olena.

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Rivlin accueille la maison royale belge qui a sauvé des enfants pendant la Shoah

samedi 6 août 2016

Du 13/07/2016

Le président a reçu les descendants d'Eugène, 11e prince de la famille de Ligne, et de sa femme Philippine, qui ont sauvé des centaines d'enfants juifs pendant la guerre, le 13 juillet 2016 (Crédit : Mark Neiman (GPO))

 

 

 

Le président a rencontré des descendants d’Eugène, 11e prince de Ligne et de sa femme Philippine, ainsi que des Juifs qu’ils ont sauvés pendant l’Holocauste.

ercredi matin, le président Reuven Rivlin a organisé un rassemblement spécial et émotionnel à sa résidence, réunissant les descendants d’Eugène, 11e prince de Ligne et de sa femme Philippine, qui ont sauvé des centaines d’enfants juifs dans leur château (Beloeil) en Belgique pendant la Shoah, ainsi que quelques-uns des enfants qu’ils ont sauvés et leurs familles.

La Maison de Ligne est une famille européenne réputée, liée à un grand nombre de familles et dynasties royales en Europe et dans le monde.

La délégation était dirigée par le prince Michel de Ligne, qui a déclaré : « C’est un jour très important pour nous tous, un [jour] qui manquait à notre famille puisque nos grands-parents n’ont jamais saisi l’opportunité de planter un arbre dans la Forêt des Justes parmi les Nations. Commémorer ce qu’ils ont fait est un devoir pour chacun de nous. C’est la mémoire des moments terribles pour chacun des enfants qui ont été séparés de leurs parents, et ont dû s’habituer à un nouveau mode de vie ».

Il a noté : « Trois personnes connaissaient la présence des enfants juifs dans le château, et leur silence était une garantie pour la survie de ces enfants bien-aimés ».

Il a ajouté : « Sans mémoire, une culture ne peut exister, sans mémoire, il ne peut y avoir aucune civilisation, aucune vie sociale. Je dis : aimons ce qui doit être aimé, oublions ce qui devrait être oublié, mais il ne faut pas oublier ce qui ne doit être oublié ».

Et de conclure : « Au nom de ma famille, Monsieur le président, je tiens à vous dire combien nous sommes touchés par les marques de reconnaissance que nous avons reçues du peuple juif et de la Terre d’Israël. Vive Israël ».

Représentant les survivants, Avraham Kaputka a déclaré : « Face à la machine à tuer qui s’activait contre les Juifs d’Europe, les gens et les institutions ont travaillé pour sauver des vies humaines ».

Il a noté que lui ainsi que 44 autres enfants juifs ont été sauvés grâce à la famille de Ligne, et a ajouté, « Six de ces survivants sont ici aujourd’hui. Nous étions seuls, la séparation de nos parents était très difficile. Nous ne savions pas si, ni quand nous pourrions les revoir. Notre acclimatation, au moins au début, n’a pas été facile, mais à la fin nous nous sommes mêlés à notre environnement, grâce aux guides et aux enseignants de la maison des enfants. Nous étions dans un endroit sûr et calme tandis que tout autour de nous la guerre faisait rage. Certains des enfants ont été réunis avec leurs parents, d’autres ne les ont jamais retrouvés.

« Il n’y a pas de mots qui peuvent exprimer nos sentiments envers le prince Eugène et sa femme Philippine, et toutes les autres personnes qui ont aidé à nous sauver des menaces qui pesaient sur nos vies. Aujourd’hui, nous remercions le prince Michel de Ligne pour sa contribution à la préservation de la mémoire de l’histoire de notre sauvetage ».

Le président Rivlin a accueilli tous les participants à la réunion, la famille de Ligne, ainsi que les survivants et leurs familles. Il a dit : « Je suis honoré de vous accueillir à Jérusalem, la capitale d’Israël, et le cœur de tout le peuple juif à travers le monde ».

Il a poursuivi : « Vous êtes ici, comme une seule famille, les descendants de la Maison de Ligne, et les enfants juifs qu’ils ont sauvé. Vous êtes une famille. Vous et toutes les nombreuses autres familles qui sont encore en vie aujourd’hui grâce à la gentillesse d’Eugène le 11e prince de Ligne et de sa femme, Philippine. Leur héritage est porté par vous, leurs descendants, et par tous les enfants juifs qu’ils ont sauvés ».

Le président a déclaré : « Nous venons de dire adieu, au grand Elie Wiesel, peut-être le meilleur exemple de la force de l’esprit humain, un homme qui a donné à l’Holocauste un visage, et aux victimes une voix. De plus en plus, les gens qui ont vu les horreurs de la Shoah de leurs propres yeux ne sont plus parmi nous. Votre visite ici, comme celle de la nouvelle génération de votre famille et des familles qui ont été sauvées montrent que vous voulez garder les souvenirs vivants ; les souvenirs des victimes, la mémoire du mal le plus sombre, et la mémoire également d’une immense bravoure et survie ».

Il a conclu : « Nous parlons de six millions de Juifs qui sont morts dans l’Holocauste. Six millions est un nombre que nous ne pouvons pas comprendre. De temps en temps nous choisissons un homme, une histoire, un numéro sur le bras d’un prisonnier dans les camps ; pour nous, ce sont des nombres que nous ne pouvons comprendre. C’est la façon dont pour nous, la mort a un visage. Mais nous avons d’autres nombres ; le nombre d’enfants juifs que votre famille a sauvés. Ou un autre nombre, M-312530 le numéro du fichier à Yad Vashem, dédié à la description de l’action courageuse d’Eugène et Philippine comme Justes parmi les Nations. C’est un nombre d’espoir et de courage, le visage de la vie, le nombre dont vous pouvez tous être fiers. Je vous souhaite la bienvenue à nouveau, s’il vous plaît considérez-vous chez vous, et je sais que vous avez les remerciements durables de tout le peuple juif et du peuple d’Israël ». 


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Isère : le marquis et la marquise de Virieu, désormais, "Justes parmi les Nations"

samedi 6 août 2016

Du 15/07/2016

 

 

 

 

 

 

 

La Marquise Marie-Françoise de Virieu et le Marquis Xavier de Virieu devant leur château. - Archives Famille de Virieu

Ce 17 juillet, le Château de Virieu accueillera une cérémonie sans doute riche en émotions : Xavier de Virieu et son épouse Marie-Françoise de Virieu recevront à titre posthume la médaille des "Justes parmi les Nations". Certains Juifs qu'ils ont sauvés feront le déplacement depuis les USA.

A la fin 1942 et en 1943, pendant 6 mois environ, dans leur château de Virieu, le Marquis et la Marquise du même nom ont caché 2 mamans juives et leurs enfants. Les familles Schanzer et Ein venaient de Pologne, un pays qu'elles ont fui, persécutées, traquées comme de nombreux Juifs par l'Allemagne nazie, qui avait entamé son plan d'extermination. Les deux pères de famille avaient d'ailleurs été envoyés dans des camps, où ils mourront.

"Protéger des gens menacés de mort, c'était tout à fait normal pour eux"

73 ans après, c'est à titre posthume que le Marquis Xavier de Virieu (décédé en 1953) et son épouse Marie-Françoise (décédée en 2004) recevront le médaille des Justes parmi les Nations pour avoir sauvé la vie de ces deux familles. Leurs enfants, qui sont encore en vie, Isabelle, Wilfried et Antoine, seront présents. Pour Antoine, 10 ans à l'époque, "c'est un grand honneur de voir les parents reconnus comme Justes. Mais, mes parents auraient trouvé ça inutile. Protéger des gens? menacés de mort, c'était tout à fait normal pour eux".

Ancien officier, le Marquis, qui avait été fait prisonnier, revient en Isère fin 1940 en raison de son état de santé. Avec son épouse, ils acceptent de cacher au château des armes de l'armée secrète, des armes qui serviront ensuite à la Résistance. Ils accueillent aussi des Résistants, des Juifs. Comme les familles Ein et Schanzer donc. Dénoncée à l'été 1943, la famille de Virieu n'a pas d'autres choix que de quitter le château. Les familles juives feront de même, aidées par les Soeurs de Notre-Dame-de-Sion. La famille de Virieu se réfugie alors dans l'Ain, puis dans le Vercors, sur la commune de Chichilianne. La famille reviendra au château à la fin de la guerre.

Des nouvelles seulement en 2014

A ce moment-là, plus de nouvelle des familles Ein et Schanzer et ce n'est seulement qu'en 2014 que leurs enfants en sauront plus. Bernard Schanzer, l'un des enfants, écrit une lettre au château. Comme les autres rescapés, il vit aux Etats-Unis et regrette de ne pas s'être manifesté plus tôt. Il se tourne alors vers le Mémorial Yad Vashem, qui remet, au nom de l'Etat d'Israël, le titre de Justes parmi les Nations aux personnes qui par leurs actions ont sauvé la vie de Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. Seuls les rescapés peuvent faire la démarche.

Et ce dimanche, pour la première fois, 73 ans après cette année 1943, Antoine de Virieu va retrouver certains des enfants, protégés par ses parents et avec qui il jouait. "Des enfants très réservés, marqués par leurs pérégrinations" selon ses mots. Il dit aussi se souvenir des deux mamans qu'il devait appeler Estelle et Berthe et non Esther et Bella. Pour lui, cette rencontre sera importante car il faut préciser certains aspects. Les détails varient en fonction des témoignages. Le fait d'échanger permettra alors d'être au plus près de la vérité historique. Essentiel pour parler de cette histoire dans l'Histoire et ne pas oublier l'action de ses parents.

Céline Loizeau

 

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