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Cérémonie du 10° anniversaire de la Médaille des Justes

mardi 17 octobre 2017

 

 

 

 

Auguste Chabrol 10 ans plus tard, le vendredi 20 octobre à 15h00, la Proviseure Ingrid Berger, les professeurs et les élèves, du Lycée professionnel Gustave Eiffel, organisent la cérémonie du 10° anniversaire de la médaille des Justes.

Le 13 novembre 2007, la Médaille des « Justes parmi les nations » était remise au lycée professionnel Gustave Eiffel à Aubagne, établissement désigné comme « ayant droit » par le Comité Français pour YAD VASHEM et l’Etat d’Israël.

te distinction exceptionnelle venait aussi récompenser l’excellent travail de mémoire mené pendant plusieurs années par les élèves du lycée encadrés par leurs professeurs à l’initiative de Jacques Dubois, ancien conseiller municipal de la Ville, de 1989 à 2008, qui avait notamment organisé des voyages de la Mémoire à Auschwitz-Birkenau auxquels avaient participé plus de 200 élèves des collèges et lycées aubagnais.

Auguste Chabrol – né en 1874 et mort en 1955 - dont le nom figure depuis 2007 sur le Mur d’Honneur dans le Jardin des « Justes parmi les nations » à Jérusalem, avait été distingué pour avoir sauvé une famille juive pendant la guerre, et en particulier M. Edgar Zmiro, père de famille qu’il avait caché. Le Lycée Gustave Eiffel devenait et est toujours le seul établissement en Europe dépositaire de cette distinction.

10 ans plus tard, la Proviseure Ingrid Berger, les professeurs et les élèves de l’établissement organisent la cérémonie du 10° anniversaire de cette distinction, en présence d’Anita Mazor Ministre déléguée auprès de l’ambassade d’Israël en France et de Serge Coen Président du Comité Français pour Yad Vashem, Institut International pour la Mémoire de la Shoah. 


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Joseph et Maria Martinez «Justes parmi les nations»

mardi 17 octobre 2017

Du 12/10/2017

 

 

 

 

Anita Mazor, ministre près l'ambassade d'Israël à Paris, remet médaille et diplôme à Dominique Martinez-Chenet, fille de Joseph et Maria Martinez./ Photo DR. «Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, nus et maigres tremblants dans ces wagons plombés…». Hier matin, alors que débutait à l'hôtel de ville la cérémonie de remise de médaille et diplôme de «Justes parmi les nations» à Joseph Martinez et son épouse Maria, Dolorès, née Victoria, les paroles de «Nuit et Brouillard» par la voix de Jean Ferrat touchaient les cœurs d'une assistance dont l'émotion était déjà palpable. Une cérémonie digne, un grand jour pour Dominique Martinez-Chenet, la fille de Joseph et Maria, qui recevra la médaille et le diplôme décernés à titre posthume à ses parents par l'Institut Yad Vashem Jérusalem, des mains d'Anita Mazor, ministre près l'ambassade d'Israël à Paris, en charge du sud de la France, pour avoir aidé et sauvé de la barbarie nazie, à leurs risques et périls, des Juifs pourchassés pendant l'Occupation. Nous sommes au début 1944, au faubourg de Bensa, Joseph et Maria ouvrent leur porte à Sarah Waiter et sa fille Lucie, pourchassées par les nazis. Elles vont y rester cachées dans le grenier, jusqu'à la Libération. Marc Sanchez, le maire, a rendu un vibrant hommage à Joseph et Maria et dit sa «fierté et la reconnaissance de la commune». Francine Théodore Levèque, comité français Yad Vashem, a retracé l'historique de l'Institut et recommandé la vigilance sur le retour de l'antisémitisme. «Au péril de leur vie, Joseph et Maria ont offert un refuge, ils ont réconforté, rassuré», a souligné Anita Mazor. Les collégiens de Victor-Hugo, de Lavelanet, et les lycéens d'Alain Fournier, de Mirande (32), ont lu des poèmes. À l'heure de la remise, Dominique est submergée par l'émotion. Elle remercie beaucoup, tout comme Lucie Waiter, qui avait fait le voyage depuis Paris.

En conclusion, Marie Lajus, préfète de l'Ariège, a évoqué la lumière des Justes. «Il y a la conscience, le courage, il y a la lumière de ceux qui ont résisté, ceux qui ont ouvert leur porte, et au nom de la République française, je dis avec vous honneur à Joseph et Maria Martinez, honneur aux Justes de France, grâce à qui nous pouvons vivre ensemble et regarder la tête haute la lumière.» Les noms de Joseph et Maria Martinez sont à jamais gravés sur le mur d'honneur, dans le jardin des Justes parmi les nations, à Yad Vashem, à Jérusalem.

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Comment la belle-mère de la reine d’Angleterre sauva des Juifs pendant la Shoah

vendredi 13 octobre 2017

Du 23/05/2017

Princesse Alice

 

 

 

À 95 ans, l’époux de la reine d’Angleterre va tirer sa dernière révérence. L’occasion de rappeler l’héroïsme inouï de sa mère, la princesse Alice de Battenberg, pendant la 2nde Guerre Mondiale.

À 95 ans, le prince Philip, l’époux de la reine d’Angleterre Elizabeth II, a annoncé qu’il allait se retirer de ses fonctions royales. En plus d’être un membre distingué de la famille royale, le prince Philip a hérité d’un titre de noblesse d’un tout autre genre : sa propre mère a sauvé des Juifs pendant la Shoah, ce qui lui a valu le titre honorifique de « Juste parmi les Nations » décerné par Yad Vashem, l’institut international pour la mémoire de la Shoah.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la mère du prince Philip, la princesse Alice de Battenberg, réussit à sauver une famille juive en dépit des liens étroits que sa propre famille royale entretenait avec les plus hauts rangs du parti nazi.

La princesse Alice naquit en Angleterre en 1885 d’un père prince allemand et d’une mère qui n’était nulle autre que la petite-fille de la reine Victoria. Une ascendance qui la rattachait aux plus prestigieuses familles royales d’Europe. Cela dit, Alice n’était pas une princesse comme une autre. Découverte sourde à l’âge de huit ans, elle apprit à lire sur les lèvres. Ce qui fera dire plus tard à ses proches que son handicap la rendait plus sensible aux difficultés d’autrui et mieux disposée envers les personnes qui se trouvaient en marge de la société.

Le prince Philip enfant en compagnie de sa mère, la princesse de Grèce

Lors du couronnement de son cousin, le roi Edward VII, à Londres, en 1902, Alice s’éprit de celui qui était alors le prince Andrew de Grèce Les deux jeunes gens se marièrent l’année suivante et eurent un fils, Philip, ainsi que quatre filles.

À cette époque, la princesse Alice et le prince Andrew se lièrent d’amitié avec Haimaki (Haïm) Cohen, juif et membre distingué du Parlement grec, sa femme Rachel, ainsi que leur famille. Percevant la recrudescence de l’antisémitisme en Europe, la famille royale promit d’aider les Cohen si la nécessité s’en faisait sentir. Mais en 1921, la révolution grecque troubla la tranquillité de la famille royale qui fut exilée de force à Paris. Quelques années plus tard, le gouvernement grec assouplit ses mesures et Alice rentra à Athènes.

La princesse Alice à 25 ans

Quand la Seconde Guerre mondiale éclata, la prince Philip se porta volontaire pour servir dans la marine britannique où il se distingua par son courage. Pour leur part, ses sœurs se retrouvèrent engagées dans une voie diamétralement opposée : leurs quatre maris respectifs occupèrent des postes de haut rang au sein du gouvernement nazi.

Toutefois, l’une des filles de la princesse Alice, la princesse Margarita, et son mari, le prince Gottfried de Hohenlohe-Langenburg, se retournèrent contre Hitler.

En 1944, le prince Gottfried complota de tuer le Führer, mais ses projets secrets furent découverts avant qu’il n’ait eu le temps de les mettre à exécution. Les trois autres filles de la princesse Alice devinrent des Nazies convaincues. L’une d’entre alla même jusqu’à nommer son fils Karl Adolf en hommage à Adolf Hitler.

La guerre entamée, Haimaki Cohen et sa famille courraient désormais un grave danger.

Quand l’Allemagne envahit la Grèce en 1941, les Cohen trouvèrent refuge à Athènes, ville qui était encore sous autorité italienne et donc jugée plus sûre pour les Juifs que les zones sous occupation allemande. Cette situation changea en septembre 1943, quand l’Allemagne prit le contrôle d’Athènes et se mit à traquer les Juifs en vue de les déporter.

Au cours de cette même année, Haimaki décéda et sa famille chercha désespérément le moyen de fuir la Grèce. L’un des fils Cohen voyagea au Caire pour rejoindre le gouvernement grec qui s’y était exilé ; le reste de la famille demeura à Athènes.

La reine Elizabeth et le prince Philip

Ayant eu vent de leur situation désespérée, Alice fit savoir à la veuve de Haimaki, Rachel, qu’elle était prête à cacher sa famille. Rachel et sa fille Tilde s’installèrent chez elle ; elles furent par la suite rejointes par un autre fils, Michel. Alice venait de déménager de son modeste appartement dans un grand immeuble appartenant à son beau-frère, qu’elle avait pris à sa charge.

Le gain d’espace offrait à Alice l’opportunité d’accueillir une famille avec toutes les aises, mais c’était sans compter le gros désavantage présenté par ce nouvel immeuble ; il était situé à tout juste quelques mètres des quartiers généraux de la Gestapo à Athènes. Par moments, la Gestapo commençait à se méfier de l’ex-reine et la convoquait à des interrogatoires. Quand c’était le cas, Alice faisait mine de ne pas comprendre leurs questions en invoquant sa surdité.

Demosthene Pouris, la fidèle amie d’Alice, revint plus tard sur ces années de guerre:

« La princesse mit un petit appartement de deux pièces situé au troisième étage à la disposition de Mme Cohen et sa fille (et plus tard son fils) […] Ayant été la seule à qui la princesse permit de rendre visite à la famille Cohen, nous étions les seules à connaître ce secret. Pendant les longues et difficiles années de l’occupation, je rendais visite à Mme Cohen et ses enfants dans l’appartement, les aidais à garder le contact avec le monde extérieur, faisais des commissions pour eux et leur remontais le moral.

Le prince Philip affublé d’un habit de religieuse

Pendant ces années difficiles, le frère d’Alice, Lord Mountbatten d’Angleterre, réussit à faire parvenir à cette dernière des colis de nourriture. Quand elle recevait ces denrées, Alice en faisait don aux nécessiteux.

Alice ne parla jamais de son héroïsme pendant la guerre avec sa famille, laquelle ne découvrit ses actions que bien après sa mort. Quatre ans après la fin de la guerre, en 1949, Alice fonda un ordre de religieuses infirmières et s’installa dans un couvent situé dans l’île grecque de Tinos où elle se coupa du monde. Il semble qu’elle souhaitait suivre les traces de sa tante, la grande duchesse Elizabeth Fyodorovna, qui prit le voile vers la fin de sa vie. (La grande duchesse Elizabeth fut tuée pendant la Révolution russe et enterrée à Jérusalem.)

En 1993, Yad Vashem décerna à titre posthume le titre de « Juste parmi les Nations » à la princesse Alice pour avoir abrité et sauvé la famille Cohen.

Après le coup d’État de 1967 en Grèce, Alice regagna sa ville natale, Londres, et s’installa au Buckingham Palace. Peu de temps avant son décès survenu en 1969 à l’âge de 84 ans, Alice demanda à être enterrée à Jérusalem, aux côtés de sa tante Elizabeth. Au départ, ses souhaits furent ignorés et la princesse eut droit à des funérailles royales en Angleterre. Mais en 1988, ses restes furent transférés dans la crypte familiale au cimetière du mont des Olivers à Jérusalem.

En 1993, Yad Vashem décerna à titre posthume le titre de « Juste parmi les Nations » à la princesse Alice pour avoir abrité et sauvé la famille Cohen. Bien que la famille royale anglaise n’ait jamais effectué de visite d’État officielle dans l’État juif, le prince Philip, ainsi que sa sœur Margarita, firent le déplacement en Israël à l’occasion de la cérémonie d’hommage à leur mère.

Le prince Philip planta un arbre pour commémorer le courage de la princesse Alice et fit un discours poignant :

« La Shoah fut l’événement le plus horrible de toute l’histoire juive et il restera ancré dans la mémoire de toutes les générations futures. C’est donc là un geste très généreux que l’on se souvienne également, ici, des millions de non-Juifs qui, comme ma mère, partagèrent votre douleur et votre angoisse et firent ce qu’ils purent pour alléger la souffrance », a déclaré le prince Philip.

Et d’ajouter : « Je suppose qu’il ne lui a jamais traversé l’esprit que son acte avait quelque chose d’exceptionnel. Elle considérait sans doute cela comme une attitude parfaitement naturelle envers des prochains en détresse. »

 

Dr Yvette Miller

 

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Histoire bouleversante d’un nazi qui a sauvé des centaines de Juifs

vendredi 13 octobre 2017

Du 01/08/2017

 

 

 

« C’était un juste. Dommage qu’il n’y en avait pas beaucoup d’autres comme lui. Il représentait la lumière dans les ténèbres. C’était notre ange libérateur ».  Ces phrases ont été prononcées par des rescapés de la Shoah vivant en Israël qui doivent la vie à un officier nazi qui a supervisé la construction du camp de la mort d’Auschwitz et a en même temps sauvé des centaines de Juifs…..

 

 

Cette histoire bouleversante est relatée pour la première fois, en exclusivité, par une journaliste de la télévision israélienne qui a mené une enquête approfondie plutôt remarquable.

Elle indique ainsi qu’Helmut Kleinicke s’est inscrit au parti nazi en 1933. En tant qu’ingénieur, il a gravi rapidement les échelons et a obtenu un poste important dans la région d’Auschwitz.

Pour accomplir sa tâche, il a engagé de nombreux travailleurs juifs qui séjournaient dans la localité voisine de Chrzanów et voyaient les barbelés électrifiés qui entouraient le camp.

« Ceux qui étaient employés par Kleinicke étaient des VIP », raconte Yossef dans le reportage, l’un des survivants, âgé aujourd’hui de 90 ans. Nous avions un certificat indiquant que nous travaillions chez lui et c’était notre salut ».

Après la guerre, Yossef, installé en Israël, a décidé d’écrire à son sauveur pour le remercier mais il n’a jamais reçu de réponse.

La réalisatrice du reportage a récupéré sa lettre et celles de deux autres survivants chez la fille de Kleinicke qu’elle a interviewée.

Lorsqu’elle l’a remise à Yossef, il n’a pas pu retenir ses larmes en reconnaissant son écriture. « Je dois absolument la montrer à mes filles, a-t-il ajouté, très ému.

Chaque année, des Juifs originaires de Chrzanów, accompagnés de leurs descendants, se retrouvent pour une commémoration au Beth Lohamei Haguetatot.

Cette année, devant la caméra, plusieurs d’entre eux ont indiqué qu’ils faisaient partie des Juifs sauvés par Kleinicke, rappelant qu’il s’était comporté envers eux avec beaucoup d’humanité.

Il faut préciser que Kleinicke ne s’est pas contenté d’employer des Juifs. Il en a fait descendre un certain nombre des trains les conduisant à la mort, en a caché dans son grenier et a aidé d’autres à franchir la frontière.

Malheureusement, la Gestapo a commencé à avoir des soupçons et en 1943, il a été sanctionné et envoyé au front du Nord, perdant ainsi son poste.

La fille de Kleinicke, Jute, est née juste après la guerre.

La journaliste l’a rencontrée et a recueilli son témoignage poignant dans lequel elle a révélé que son père avait toujours eu un sentiment de culpabilité bien qu’il ait sauvé de nombreux Juifs et qu’elle souhaitait rencontrer les survivants qui devaient la vie à son père. Elle a confié qu’elle avait hérité de cette culpabilité.

A la fin des années 1970, la télévision allemande a diffusé la série américaine ‘Shoah’, qui a eu un retentissement dans le monde entier. Deux jours plus tard, Kleinicke succombait à une attaque cérébrale.

Sa fille a alors découvert une pile de lettres que son père avait reçues. Lorsqu’elle a appris que l’auteur d’une de ces lettres était vivant et voulait la rencontrer, elle s’est mise à pleurer d’émotion.

Jute a alors décidé de partir en Israël avec son fils Sebastian, sans savoir à quoi s’attendre.

Arrivée à la réunion des rescapés, elle a été accueillie par des applaudissements, comme en témoignent les images prises par les caméras de la télévision israélienne. Il est impossible de décrire l’émotion de ces ‘retrouvailles’. Tous les survivants qui doivent la vie à Kleinicke avaient les larmes aux yeux : ils ont souhaité la bienvenue à la fille de leur bienfaiteur et lui ont affirmé que son père s’était conduit comme un héros et que désormais, « elle faisait partie de leur famille ».

Claire Dana-Picard

 

 

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Une famille, assassinée pour avoir caché des juifs, sur la voie de la sainteté

jeudi 12 octobre 2017

Du 17/08/2017  

 

 

 

Józef et Wiktoria Ulma furent assassinés avec l’ensemble de leurs sept enfants il y a 73 ans. Le Vatican a récemment décidé de séparer leur processus de béatification de celui d’un groupe de martyrs polonais. Les procédures nécessaires sont actuellement en cours dans l’archidiocèse de Przemyśl, en Pologne

Le mariage de Jozef et Wiktoria Ulma, Markowa, 1935

À l’aube du 24 mars 1944, la police allemande entre de force dans la maison des Ulma.

Quelques instants après, des coups de feux retentissent. Les premiers à être tués sont les huit juifs réfugiés chez la famille Ulma. Puis les Allemands tuent Józef, 44 ans, et Wiktoria, 32 ans. Enceinte. Un charretier témoin du massacre se souvient : « De terribles hurlements et lamentations retentirent au moment de l’exécution ; les enfants appelaient leurs parents, déjà morts. C’était un tableau à vous fendre le cœur ».

Quelques minutes plus tard, le commandement de l’unité, le lieutenant Eilert Dieken, donne l’ordre d’éliminer également les enfants, « pour qu’ils ne soient pas un poids pour la communauté ».

Les soldats obéissent sur-le-champ et exécutent les enfants : Stasi (8 ans), Basia (6 ans), Władzio (5 ans), Franuś (4 ans), Antoś (3 ans) et Marysia (1 an et demi).

Quelques jours plus tard, cachés par l’obscurité, quelques hommes du village parviennent à récupérer les corps de la famille Ulma et les enterrent dans des cercueils. Un des Polonais se souvient : « En allongeant le corps de Wiktoria Ulma dans le cercueil, j’ai vu qu’elle était enceinte. La tête et le torse d’un fœtus étaient visibles au niveau de ses parties génitales ». En 1945, leurs corps sont inhumés dans le cimetière paroissial.

 

Jozef et Wiktoria Ulma Józef Ulma naît en 1900 à Markowa. Adolescent, il faisait partie de l’Association de la sainte messe du diocèse de Przemyśl. Il était également actif dans l’Association pour la jeunesse catholique, l’Union pour la jeunesse polonaise « Wici » et la section régionale de l’éducation agricole à Przeworsk. En 1929, il s’inscrit à l’École nationale d’agriculture, où il cultive l’une de ses passions, à côté de celle pour la photographie : l’horticulture. Il possédait une pépinière pour arbres fruitiers à Markowa et élevait des abeilles et des vers à soie.

Józef épouse Wiktoria en 1935. Wictoria Niemczak, née en 1912, était elle aussi originaire de Markowa. Elle faisait du théâtre amateur et fréquentait des cours à l’université Folk de Gacia. Pendant leurs neuf années de mariage, le couple a six enfants : Stanisława (né en 1936), Barbara (née en 1937), Władysław (1938), Franciszek (1940), Antoni (1941), and Maria (1942). Leur septième enfant aurait dû naître au printemps 1944. En 1939, la famille s’agrandissant, les Ulma achètent cinq hectares de terre à Wojsławice. Ils avaient pour projet d’y emménager, mais la guerre en a décidé autrement.

De bons Samaritains

Wiktoria Ulma et un de ses enfants

À part les photographies, les Ulma laissent derrière eux quantité de livres, preuves de leurs centres d’intérêts : l’utilisation du vent dans l’agriculture, les Aborigènes d’Australie, un manuel de photographie et un atlas géographique. Il y avait aussi la Bible sur une étagère. Quelqu’un (Józef ou Wiktoria) y a souligné des extraits en rouge : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27) ainsi que « Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui » (Luc 10, 33-34).

Les Ulma sont très actifs dans leur paroisse. Władysław Ulma se souviendra plus tard que son frère disait souvent qu’« il est parfois plus difficile de vivre de manière digne que d’écrire un livre ».

Fidèle à ce qu’il affirmait, lui et sa femme décident d’aider certains juifs de Markowa, peu après le début de la guerre. Trente familles juives habitent alors ce qui est l’un des plus grands villages de Pologne à l’époque. La plupart d’entre elles sont exterminées. Seules celles qui ont pu se cacher chez des fermiers des environs réussissent à survivre.

C’est probablement au cours de la deuxième moitié de l’année 1942 que huit juifs sont accueillis dans la maison des Ulma : la famille Szall, originaire de la ville de Łańcut (un négociant en bétail et ses quatre fils), ainsi que Golda Grünfeld et Layka Didner et sa fille. Les Ulma devaient certainement se réjouir d’avoir quelques bras de plus pour les travaux de la ferme, les Szall les aidant notamment à tanner le cuir des animaux.

Il est tout aussi difficile de savoir comment la cachette a été découverte. La famille est probablement dénoncée par le policier Włodzimierz Leś. Il avait aidé les Szall alors qu’ils vivaient encore non loin de Łańcut. Quand la situation devint trop dangereuse, ils trouvèrent refuge chez les Ulma, laissant derrière eux une partie considérable de leurs possessions à M. Leś. Le policier refusant de leur rendre, les juifs essayèrent de saisir une partie de ses terres. Il est très probable que M. Leś, peu avant de dénoncer les Szall, ait rendu visite aux Ulma, prétextant de prendre des photos pour des documents. Il meurt également peu après les événements, d’une balle tirée par l’armée clandestine polonaise.

Le processus de béatification

En 1995, la médaille de Justes parmi les nations est accordée à titre posthume à Józef et Wiktoria. En 2003, ils sont inclus dans le groupe des 122 martyrs polonais de la Seconde Guerre mondiale, dont le processus de béatification était déjà entamé. L’étape diocésaine du processus a fini en mai 2011 dans le diocèse de Pelplin.

En mars 2017, la Congrégation pour la cause des saints du Saint-Siège décide d’honorer la requête de l’archévêque Adam Szal de Przemyśl et retire la famille Ulma du processus collectif, ce qui signifie que les prochaines étapes seront menées indépendamment. Le nom du postulateur, qui représentera l’archidiocèse de Przemyśl au sein du dicastère romain, sera bientôt connu. Il sera chargé entre autres de la préparation du positio, c’est-à-dire du dossier contenant les documents et témoignages confirmant que les Ulma sont morts en tant que martyrs.

Lors de l’étape diocésaine du processus, la décision d’ajouter les six enfants Ulma a été prise, la foi de leurs parents étant considérée comme un facteur décisif. Il existe un dilemme à propos de l’enfant mort dans le sein de sa mère. Les clauses pour les canonisations et les béatifications stipulent clairement que ne peuvent être déclarés saints ou bienheureux au sein de l’Église catholique que ceux que l’on peut appeler par leur prénom et nom. C’est la congrégation du Vatican qui tranchera : le plus jeune membre de la famille de Józef et Wiktoria serait-il lui aussi considéré comme un martyr ? Béatifier toute une famille d’un coup serait une première pour l’Église.

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Décès du dernier gendarme « Juste parmi les Nations » pour avoir sauvé des juifs pendant l’Occupation

mardi 3 octobre 2017

Du 03/10/2017

 

 

 

Camille Mathieu ancien gendarme mobile à Drancy, sauveur de juifs, interviewé à son domicile par L'Essor en mars 2015, à l'âge de 100 ans. Parution en mai 2015, n° 481. (Photo/M.G/L'Essor).

L’ancien gendarme mobile Camille Mathieu, reconnu « Juste parmi les Nations » pour avoir sauvé huit juifs avec l’aide de sa famille pendant l’Occupation, est décédé cet été à l’âge de 102 ans, selon le site du Comité français Yad Vashem qui lui avait décerné cette distinction en 1976.

Ce  gendarme, décédé en région parisienne où il résidait, était le dernier des dix-huit gendarmes reconnus « Justes parmi les Nations » pour avoir sauvé ou aidé des juifs à échapper aux rafles antisémites pendant la Seconde Guerre mondiale en France.

Il reste moins d’une centaine de Français « Justes parmi les Nations » encore en vie. Au total, quelque 23.000 hommes et femmes ont été honorés par ce titre, dont 3.760 en France.

Camille Mathieu, alors affecté à la garde du camp de Drancy, principal lieu d’internement de juifs en zone occupée avant leur déportation vers les camps d’extermination, avait dans un premier temps permis la libération de trois juifs. Sa femme Denise et sa mère Blanche avaient ensuite caché les trois juifs libérés et cinq autres membres de leurs familles jusqu’à la Libération dans la ferme familiale dans l’Aube.

Camille Mathieu avait été révoqué en avril 1943 avant de s’engager dans la Résistance. Il avait été promu officier de la Légion d’honneur en 2010.

« L’Essor » avait consacré en mai 2015, dans son numéro 481, un article à Camille Mathieu.

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