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Bien cachée au fond de la Creuse, une grange a abrité quatre familles juives sous l'Occupation

mercredi 19 septembre 2018

Du 04/09/2018

 

 

 

Après le dévoilement de la stèle à Beaumartys devant la grange, une plaque a été déposée sur la tombe de la famille Maldent au cimetière de Vidaillat. © Droits réservés Durant l’Occupation, la grange d’Eugénie et Auguste Caudoux au hameau de Beaumartys a accueilli les familles Osman, Tobias, Zylberberg et Pfefer. Une plaque a été apposée devant le bâtiment pour commémorer cet acte de solidarité exemplaire. 

Il y a un an, pratiquement jour pour jour, à Soubrebost, Simone Conchon, Léon et Marie Jouannaud, Léon et Marie Valaud recevaient à titre posthume, la médaille des Justes parmi les nations, pour avoir protégé, respectivement, Daniel Pfefer, Lisa Tobias-Hutter et Anna Osman, Charles Tobias, frère de Lisa(*).

Il y a quelques jours, dans le prolongement de l'hommage rendu l'été dernier, c'est une autre cérémonie qui a marqué le courage d'habitants au hameau de Beaumartys. En grande partie à l'initiative de Daniel Pfefer, et avec l'appui de la commune, une plaque a été apposée devant la grange ayant appartenu à Eugénie et Auguste Caudoux. Ces derniers avaient mis à disposition une partie de leur bâtiment aux familles Osman, Tobias, Zylberberg et Pfefer. La stèle témoigne de la solidarité villageoise envers ceux qui étaient persécutés par l'occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale, mais elle marque aussi la fin d'un parcours particulièrement difficile, puisqu'à la fin du conflit, si certaines personnes rentraient enfin chez elles, d'autres ne revenaient pas.

Un refuge difficile d'accès

Pour reprendre brièvement l’histoire, il faut remonter en 1942. Daniel Pfefer, est confié à un oncle. Son père est interné à Pithiviers, et sa mère est restée à Paris. Tous deux seront plus tard déportés. Après être passés par Toulouse, Daniel et son oncle rejoignent des proches hébergés en Creuse. Alors que les Allemands recherchent des résistants et des familles juives, en 1943, Daniel Pfefer est placé chez Simone Conchon à Soubrebost. Un an plus tard, alors que les envahisseurs remontent vers la Normandie, les membres des familles Osman, Tobias, Pfefer et Zylberberg, dispersés, se rassemblent pour être abrités chez les Caudoux, à Beaumartys.
Lisa Tobias-Hutter, elle aussi, rejoint des amis en Creuse. De 1941 à 1943, elle est hébergée avec sa famille, chez Renée et René Maldent au lieu-dit Fourneaux, sur la commune de Vidaillat. Lorsque la situation devient encore plus dangereuse, et qu’il est risqué que les familles restent ensemble, Lisa est placée chez Léon et Marie Jouannaud à Soubrebost. Tandis que ses parents sont dans la résistance, et que la menace allemande se fait de plus en plus grande, la fillette, comme d’autres enfants, est déplacée à Beaumartys, village très difficile d’accès… C’est ainsi que la grange d’Eugénie et Auguste Caudoux deviendra pour elle aussi un lieu de protection jusqu’à l’été 1944.

(*) Les démarches pour rendre hommage à ces cinq Creusois, avaient été entreprises en grande partie par Evelyne Thomas. Et ce, avec d'autant plus d'altruisme, que cette habitante de Dordogne avait vu sa famille gratifiée en 2010, pour avoir caché des personnes juives.

Le témoignage d'Evelyne Caudoux, descendante d'Eugénie et Auguste

 

Lors du dévoilement de la plaque, le maire, Annick Pataud, a retracé le contexte historique, avant que Philippe Lacoste, directeur de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, ne revienne sur le devoir de mémoire, et ne souligne le courage de citoyens valeureux qui surent écouter leur conscience. Pour sa part, Catherine Defemme, vice-présidente du conseil départemental, en dénonçant la barbarie nazie, a rappelé les valeurs de notre démocratie. Puis Daniel Pfefer et Lisa Tobias-Hutter, sont revenus sur leurs souvenirs les plus marquants. Le mot de fin est revenu à Evelyne Caudoux, petite fille d’Eugénie et Auguste, qui après avoir évoqué des rencontres avec les anciens enfants protégés, a remercié les protagonistes de l’initiative pour avoir gravé sur le granite les mots de leur gratitude envers ses grands-parents.



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Yad Vashem met en cause des honneurs rendus à 3 « sauveteurs de Juifs » Polonais

mardi 18 septembre 2018

Du 14/09/2018

Jonny Daniels de l'organisation From the Depths rend hommage à trois Polonais qui auraient sauvé des Juifs pendant la Shoah. (Crédit : Jonny Daniels/Facebook)

 

 

 

Le musée considère que l’hommage donné par l’organisation From the Depths est basé sur une information peu claire et qu’elle pourrait donc tromper le public.

Le mémorial Yad Vashem a exprimé ses inquiétudes à propos d’un groupe polonais qui a honoré trois personnes que le musée n’a pas reconnues comme ayant pris des risques pour sauver les vies de Juifs.

Joel Zisenwine, le directeur du Département des Justes parmi les Nations du musée Yad Vashem, a déclaré « craindre que ces actions puissent conduire à tromper le public », dans un email adressé ce mois à Meir Bulka, un militant impliqué dans la commémoration de la Shoah en Israël, qui dirige le groupe JNerations.

Bulka avait écrit à Zisenwine pour se plaindre de l’honneur accordé à trois personnes à Varsovie le mois dernier par l’organisation From the Depths, qui a été fondée par Jonny Daniels, un activiste israélo-britannique impliqué dans la commémoration de la Shoah. Daniels a dit que les hommes honorés ont sauvé environ 3 000 personnes en leur fournissant des documents qui leur ont permis de s’échapper. 

« Les éléments sur lesquels Daniels s’est basé pour attribuer ces honneurs ne sont pas du clairs », a écrit Zisenwine.

L’une des personnes honorées, Julian Kulski, « avait été nommé par les Nazis comme le maire actif de Varsovie, demandant aux responsables du ghetto local de réduire sa taille, de libérer des appartements etc », a écrit Zisenwine.

Des Juifs alignés dans le ghetto de Varsovie au cours de la Seconde guerre mondiale (Crédit : Autorisation de l’American Jewish Joint Distribution Committee Archives via JTA)

Yad Vashem avait examiné une demande de reconnaissance effectuée par le fils de Kulski, mais l’avait rejetée dans les années 1980 « à cause de témoignages contradictoires avec d’autres sources, qui donnent une vision légèrement différente de son attitude vis-à-vis des Juifs », avait déclaré Zisenwine.

Duda Falik compte parmi ceux qui ont affirmé que Kulski avait sauvé la vie de Juifs. En 1980, elle avait dit à Yad Vashem que Kulski avait caché ses parents de 1940 à 1944.

Daniels a déclaré au JTA que son groupe n’avait donné aucun titre mais défendait sa décision « de dire merci » à Kulski et à toute autre personne qu’il considérait digne d’un remerciement en se basant sur ses recherches et celle de l’Institut polonais du Souvenir National.

La reconnaissance des Polonais qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah est une question sensible.

Dans ce domaine, des efforts par le gouvernement de droite de Pologne ont été critiqués par certains Juifs qui ont affirmé qu’il s’agissait de mettre en lumière l’héroïsme de la période de la Shoah, dans le but de masquer certaines complicités.

Yad Vashem a reconnu 6 863 Justes polonais – beaucoup plus que dans n’importe quel autre pays. Mais en février, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a affirmé que pour la seule ville de Varsovie, 90 000 à 150 000 personnes avaient risqué leurs vies pour sauver des Juifs.

Les partisans de Daniels ont déclaré qu’il avait développé des partenariats qui réduisent la rhétorique antisémite. Ses détracteurs, y compris le grand rabbin de Pologne Michael Schudrich, l’ont accusé d’avoir aidé le gouvernement à politiser le débat sur la Shoah. Cette année, le gouvernement polonais a notamment passé une loi polémique qui interdit d’attribuer les crimes nazis à la Pologne.

Daniels, qui en février a critiqué une déclaration de Morawiecki comme une forme de « négationnisme de la Shoah », a défendu son travail comme étant apolitique et visant à préserver la mémoire de la Shoah, tout comme à construire des liens culturels entre la Pologne et Israël.

« Nous aimerions qu’il y aient davantages de fondations juives qui disent merci », a déclaré Daniels au JTA au sujet de la critique de Yad Vashem. Son groupe, qui interviewe des survivants et de sauveteurs dans des films de témoignage, organisera d’autres événements dans les prochaines semaines afin d’exprimer sa gratitude envers ceux qu’il considère comme des sauveteurs, a-t-il déclaré, alors que « le temps presse ».

JTA
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Ces diplomates étrangers qui ont sauvé des Juifs durant la Shoah

lundi 17 septembre 2018

Du 25/08/2018

 

Raoul Wallenberg, à droite, avec des juifs à l'ambassade de Suède à Budapest, date non précisée. (Crédit : autorisation de Yad Vashem) "Au-delà du devoir", a rendu hommage aux diplomates, originaires de 21 pays, qui ont été reconnus comme des Justes parmi les nations par Yad Vashem.

Durant l’été 1944, Albert Franko avait été déporté de la ville grecque occupée par les nazis dont il était originaire, Piraeus, vers Auschwitz. Il a été soudainement sorti du train dans lequel il avait été embarqué – parce que son épouse était citoyenne turque.

Sa vie avait été sauvée en raison de l’intervention personnelle de Selahattin Ülkümen, consul général de Turquie à Rhodes. 

De sa propre initiative et grâce à une persévérance tenace, Ülkümen était parvenu à sauver environ 50 Juifs. La majorité d’entre eux n’étaient pas des citoyens turcs mais il avait déclaré à la Gestapo que la loi turque considérait les époux des Turcs comme ses propres ressortissants et réclamé leur libération. 

Les survivants avaient réalisé plus tard qu’une telle loi n’avait jamais existé et qu’Ülkümen l’avait inventée pour leur sauver la vie.

Environ 75 ans plus tard, le ministère des Affaires étrangères israélien rend hommage à Ülkümen et à 35 autres diplomates étrangers qui, au péril de leurs vies, ont sauvé des Juifs durant la Shoah. Un monument a été installé au siège du ministère, à Jérusalem et une exposition sera présentée dans plus de 60 ambassades de l’Etat juif à travers le monde.

Cette exposition, qui a été intitulée « Au-delà du devoir », rend hommage aux diplomates, originaires de 21 pays, qui ont été reconnus comme des Justes parmi les nations par Yad Vashem.

« A une époque de difficulté morale suprême et pendant les heures les plus obscures jamais connues par le peuple juif, ces gens ont agi à la lumière de leur conscience pour sauver des Juifs, sans égard pour les éventuelles conséquences personnelles et professionnelles qu’ils encouraient », a expliqué Ran Yaakoby, qui a dirigé le projet.

Une partie du panneau de l’exposition consacré à Selahattin Ülkümen (Autorisation du ministère des Affaires étrangères)

« Le ministère des Affaires étrangères sera éternellement reconnaissant et saluera toujours leur courage et leur exemple moral », a ajouté Yaakoby, directeur du département chargé de la lutte contre l’antisémitisme et du souvenir de la Shoah au ministère.

Le 5 février – quelques jours après Yom HaShoah, – le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est rendu à l’inauguration d’une importante installation à la mémoire de ces diplomates devenus des Justes parmi les nations.

L’installation, créée par l’artiste israélien Zehava Benjamin, est constituée d’arbres – qui symbolisent une forêt européenne – et les noms des 36 diplomates, notamment celui d’une personne qui ne l’était pas en réalité, mais qui avait prétendu assumer cette fonction. Giorgio Perlasca, qui travaillait à Budapest pour une entreprise d’exportation de bovins, avait en effet changé son nom en 1944, adoptant celui de Jorge, et il avait prétendu être le consul-général d’Espagne, sauvant ainsi des dizaines de Juifs.

Six Suédois sont également sur la liste, ce qui fait de ce pays le premier en termes de diplomates reconnus comme Justes parmi les nations. Le plus célèbre d’entre eux est Raoul Wallenberg, qui avait sauvé des milliers de Juifs dans la Hongrie occupée par les nazis. La Suisse affiche cinq représentants sur la liste et l’Espagne quatre. Parmi les autres pays, le Vatican, la Roumanie, le Portugal, la Slovaquie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Japon et le Pérou.

Je voudrais que nos diplomates connaissent les histoires de ces diplomates internationaux qui ont sauvé des hommes dans le besoin … et suivent leur exemple

Yaakoby a développé l’exposition avec l’aide du studio de production The Hive de Tel Aviv et avec l’assistance d’experts de Yad Vashem. Au mois d’avril 1998, le centre de recherche et de mémoire de l’Holocauste de Jérusalem avait accueilli une exposition similaire intitulée « Des visas pour la vie : Les diplomates Justes parmi les nations » en l’honneur du 50e anniversaire de la fondation d’Israël.

Le mur du mémorial du ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, avec les noms des 36 diplomates qui avaient sauvé des Juifs pendant l’Holocauste (Courtesy)

Cette année, Jérusalem a également émis un timbre pour commémorer ces diplomates qui ont sauvé des Juifs durant la Shoah.

Mais depuis vingt ans, la liste a quelque peu augmenté, car Yad Vashem a continué d’ajouter des personnes qui ont risqué leur propre vie pour aider les Juifs, à sa liste des Justes parmi les Nations.

Le projet, cette année, n’a pas seulement pour objectif de commémorer des événements passés, mais également d’inspirer un héroïsme similaire à l’avenir, selon Yaakoby.

« Le message est très clairement de s’en tenir à des raisons morales, en particulier à une époque de chaos », a-t-il dit.

« Je voudrais que nos diplomates connaissent les histoires de ces hommes dans le monde entier qui en ont sauvé d’autres qui en avaient besoin, non parce qu’ils avaient l’obligation de le faire, mais parce que leur conscience ne leur permettait pas de faire autrement, et qu’ils suivent leur exemple. Les règles ne fournissent pas toutes les réponses aux dilemmes moraux, et c’est ce qu’un représentant d’une nation – et c’est assurément le cas dans la nation juive – doit tirer comme leçon ».

Cette année, Jérusalem a également émis un timbre pour commémorer ces diplomates qui ont sauvé des Juifs durant la Shoah. Mais depuis vingt ans, la liste a quelque peu augmenté, car Yad Vashem a continué d’ajouter des personnes qui ont risqué leur propre

 

 

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Mathilde Marthe Faucher, Juste parmi les Nations de la Corrèze

lundi 17 septembre 2018

Mathilde Faucher Mathilde Marthe Faucher, Juste de France parmi les nations, s'est éteinte le 2 août 2018 à l'âge de 105 ans.

La cérémonie d'hommage a eu lieu le 8 août 2018 à Allassac en présence de M. Venceslas Bubenicek, directeur de cabinet de la préfecture de la Corrèze.

Mathilde Marthe Faucher est née le 14 mars 1913 à Chatras, commune d'Estivaux en Corrèze.

Son sens de la fraternité, de la justice et du courage illustre l’honneur de la France. En cachant et en sauvant deux enfants juifs de 9 et 12 ans, elle a incarné la lumière et l’espérance dans une période sombre de l’histoire. Parce que les menaces qui pesaient sur eux lui étaient insupportables, elle a agi avec cœur au péril de sa vie.

En ravitaillant et soignant des maquisards corréziens, elle a véhiculé l’esprit de résistance, là encore sans se soucier du danger qui pesait sur elle et sa famille. Elle fut médaillée pour acte de courage et dévouement, chevalier de la légion d’Honneur.

Mathilde Marthe Faucher, entourée des siens, de la population et des élus, ne perdait jamais une occasion de démontrer son humanité, sa simplicité et son humour. Malicieuse autant que généreuse, elle a toujours considéré n’avoir fait que son devoir et il ne lui est jamais venu à l’esprit de faire autrement. Marque de son humilité, elle avait déclaré lors d’une interview : « Tant d’honneur pour une si petite personne ». Manifestant ainsi sa gêne lors des marques de distinctions qui lui semblaient disproportionnées.

Depuis le 17 février 2012, le collège d’Allassac porte son nom. Ce seront ainsi des générations de collégiens qui se souviendront des actes exemplaires de Mathilde Marthe Faucher. Par ailleurs, depuis 2010, autre symbole de cette mémoire indélébile, le nom de Mathilde Marthe Faucher est gravé sur deux murs : le Mémorial de la Soah et le mur d’honneur du Jardin des Justes parmi les Nations de Yad Vashem à Jérusalem.

Comme tous les Justes de France, Mathilde Marthe Faucher pensait avoir simplement traversé l’histoire. En réalité, elle l’a écrite. Nous lui exprimons à nouveau aujourd’hui la reconnaissance de la Nation.

 

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"Justes parmi les Nations" : de l’émotion et des larmes à Arthès

samedi 15 septembre 2018

Du 06/08/2018

 

• La famille Ashe au "Jardin des Justes parmi les Nations". Il y a eu de l’émotion, des retrouvailles et des larmes jeudi 26 juillet à Arthès lors de la cérémonie dédiée aux "Justes parmi les Nations" qui entrera dans les annales de la petite cité tarnaise devenue membre des "Villes et villages des Justes" 

Deux cérémonies bien distinctes se sont déroulées le 26 juillet : la première avait trait à l’inauguration d’un "Jardin des Justes", place de l’église. Michel Ashe avait fait fondre une plaque en bronze qu’il a posée lui-même. Michel a remercié les familles Dubec et Igalens qui les ont sauvés de la milice et des nazis ainsi que des anonymes d’Arthès et Saint-Juéry qui sont restés dans l’ombre ; la 2ème cérémonie s’est déroulée salle Georges Albinet devant près de 200 personnes. Elle était présidée par Francine Théodore Lévêque, déléguée du Comité français pour Yad Vashem Midi-Pyrénées, en présence des descendants des familles Dubec et Igalens, de Thierry Carcenac sénateur du Tarn ; Florent Farge, directeur de cabinet de la Préfecture ; Anita Mazor, ministre près l'ambassade d'Israël à Paris ; Bernard Gilabert, conseiller régional ; Jean-Paul Raynaud, conseiller départemental et maire de Saint-Juéry ; Pierre Doat, maire d’Arthès, de nombreux élus de la C2A et François Icher de l’académie de Toulouse. La famille Ashe était venue en nombre des USA : Michel et son épouse Marylin, avec leurs trois enfants, David, Grégory et Allison qui était venu avec son mari et ses trois filles. 
La cérémonie a débuté par la chanson de Jean Ferrat "Nuit et Brouillard". Francine Théodore Lévêque a présenté Yad Vashem : "un mémorial (Yad) et un nom (Shem)". Les noms Dubec et Igalens seront inscrits au Mémorial National des Héros et des Martyrs de la Shoah édifié sur le Mont du Souvenir à Jérusalem, Mémorial qui a plusieurs missions : perpétuer le souvenir de près de six millions de Juifs assassinés par les nazis et leurs collaborateurs de 1933 à 1945 ; honorer tous les actes d’héroïsme, de révolte et de sauvetage. Au 1er janvier 2018, 27 000 "Justes" ont été reconnus dans le monde, 4 071 en France, 391 en Midi-Pyrénées, 89 dans le département du Tarn. 

"Sans eux, je ne serais pas ici, et mes enfants n’auraient jamais existé"

Après les allocutions de Pierre Doat, Thierry Carcenac, François Icher, Florent Farge, les petites filles de Michel Ashe ont récité le poème "Le Badge" ; deux enfants des écoles d’Arthès, le poème "Les Justes". Michel Ashe a longuement remercié les familles Dubec et Igalens pour leurs actes de courage, eux qui ont sauvé des gens qu’ils ne connaissaient pas, des étrangers à leur village. "J’ai trois enfants, dix petits-enfants, sans eux, je ne serais pas ici, mes enfants n’auraient jamais existé. Nous rendons hommage au courage et à la bravoure extraordinaire des Dubec et Igalens qui, au péril de leur vie, nous ont caché de la barbarie nazie et de l’Etat français de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale, nous leur devons un amour éternel." 
Anita Mazor a remis aux descendants, Violette et Guillaume Dubec et à Camille Igalens, les médailles et diplômes à titre posthume de "Justes parmi les Nations". Michel Dubec, a tenu à remercier les personnes qui se sont investies pour que cette journée soit réalisable. Michel, très ému pendant son allocution,a conclu en remerciant Michel Ashe pour avoir offert la plaque de bronze qui se trouve au Jardin des justes. Marie-Hélène Chamayou-Igalens a souligné sa grande émotion au moment de recevoir la médaille et le diplôme de "Justes parmi les Nations". "Notre arrière-grand-père a caché la famille Ashe, c'était un devoir de citoyen, un devoir civique, un devoir de cœur" a-t-elle déclaré. Après les hymnes nationaux, Hatikva et Marseillaise, la cérémonie s’est terminée par un vin d’honneur offert par la municipalité. La famille Ashe accompagnée des familles Dubec, Igalens et autres se sont retrouvées pour partager un repas dans l’intimité, ensuite, ils sont allés se recueillir sur les tombes des familles Dubec et Igalens et ont posé de petits cailloux sur les tombes. 

 

Alain Fabre


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Découvrez une incroyable Juste parmi les Nations hollandaise quasi inconnue

samedi 15 septembre 2018

Du 04/08/2018

Truus Wijsmuller avec un buste ressemblant à Amsterdam, en 1965. (Crédit : GaHetNA via Wikicommons)

 

 

 

40 ans après la mort de Truus Wijsmuller, un film retrace - enfin - les efforts de cette héroïne qui a trouvé des refuges pour des milliers d'enfants juifs sous le régime nazi.

A chaque bar-mitsva ou bat-mitsva de l’un ses petits-enfants, Arthur Adler emmenait avec lui la Bible qu’il avait reçue à sa propre bar-mitsva dans la synagogue espagnole portugaise d’Amsterdam, en mars 1939.

La bar-mitsva d’Adler n’a pas été organisée par ses parents, mais par une femme non juive hollandaise nommée Geertruida Wijsmuller-Meijer (aussi connue sous le nom de Truus Wijsmuller), qui l’avait fait sortir, avec sa sœur, d’Allemagne via le Kindertransporte quatre mois auparavant.

Un an après la bar-mitsva d’Adler, peu avant que les Pays-Bas ne sombrent sous l’occupation nazie, il a embarqué, avec Melly, pour les États-Unis, où il a rejoint ses parents et ses frères et sœurs. Toujours grâce à l’aide de Wijsmuller. 

« Tante Truus » a sauvé la vie de milliers de Juifs – principalement des enfants – pendant la Shoah. Et pourtant son histoire n’est pas très connue.

  Des enfants sauvés par Truus Wijsmuller à Bergen aan Zee, en Hollande, en 1939 (Autorisation : Arthur Adler)

D’autres Justes sont très connus : Steven Spielberg a fait un film hollywoodien sur Oskar Schindler. Dans le monde entier, des rues portent le nom de Raoul Wallenberg et Sir Nicholas Winton a été fait chevalier par la Reine Elizabeth.

Mais même aux Pays-Bas, presque personne n’a entendu parler de Wijsmuller depuis sa mort, en 1978, à l’âge de 82 ans.

Soixante-douze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il reste peu de ces enfants sauvés par « Tante Tuus » – qui étaient majoritairement allemands et Juifs autrichiens – pour partager leurs souvenirs d’elle et de ce qu’elle avait fait pour eux.

 

C’est donc une course contre la montre que mène la réalisatrice néerlandaise Pamela Sturhoofd pour retrouver ces « enfants » – âgés maintenant de 80 ou 90 ans – pour pouvoir les interroger pour les besoins d’un documentaire consacré à Wijsmuller, cette femme sans crainte et déterminée.

Parmi les histoires qu’elle a recueillies, le récit d’une visite personnelle faite par Wijsmuller à Adolf Eichmann à Vienne, au mois de décembre 1938. Elle voulait le convaincre de la laisser emmener 600 enfants juifs loin du Troisième Reich, aux Pays-Bas. Hitler avait accepté.

Pamela Sturhoofd (à gauche) interviewe les ‘enfants de Truus’ à New York (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

L’héroïne oubliée de la Hollande

« J’ai grandi aux Pays-Bas sans avoir jamais entendu parler de Truus. Elle n’est pas mentionnée dans les livres d’histoire qu’on étudiait à l’école », explique Sturhoofd, dont le père juif a survécu à la guerre en vivant dans la clandestinité.

Sturhoofd, 50 ans, a entendu parler pour la première fois de Wijsmuller quand le rabbin Lody van de Kamp l’a invitée à réaliser un court-métrage sur le livre qu’il avait récemment publié concernant les Kindertransporte qui avaient permis de sauver 10 000 enfants, « Sara, het meisje dat op transport ging » (“Sara, la fillette qui avait participé au Transport »).

« Le nom de Truus ressortait sans arrêt. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi son histoire n’était pas connue alors j’ai entamé des recherches à son sujet. J’ai décidé de faire un film sur elle parce qu’elle mérite véritablement cette reconnaissance », explique Sturhoofd.

Des enfants juifs montant dans un bateau dans le cadre du kindertransport qui les emmenait loin de l’Europe occupée par les nazis (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

Parmi les documents utilisés par la réalisatrice pour retrouver les enfants sauvés par Wijsmuller, la liste des passagers embarqués à bord du cargo SS Bodegraven, le 14 mai 1940. Il fut le dernier bateau à appareiller depuis le port d’IJmuiden vers l’Angleterre après l’invasion allemande.

En utilisant ses relations, Wijsmuller était parvenue à placer les 74 enfants juifs qui restaient à l’orphelinat Burgerweeshuis d’Amsterdam sur le navire. Wijsmuller aurait pu partir avec eux, mais elle avait choisi de rester auprès de son époux et de continuer ses efforts de sauvetage au sein de l’Europe occupée.

Sturhoofd a retrouvé 14 enfants de la liste des passagers, plus trois autres qui ont également eu la vie sauve grâce à Wijsmuller.

Ils sont dorénavant âgés de 84 à 94 ans et vivent en Israël, en Suisse, au Canada, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Parmi eux, Adler, 91 ans, qui habite à Teaneck, dans le New Jersey, et les quatre soeurs Scheinowitz, dont deux se sont installées en Israël, une à Toronto et une à Zurich.

Les soeurs Scheinowitz qui ont été sauvées par Truus Wijsmuller durant la Shoah sur une photo datant de 1942 (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

« Quand on était à la gare, il y a un train qui est arrivé avec des enfants et une femme, une grande femme qui portait un chapeau – je me suis toujours souvenue de ce chapeau – et elle a dit à ma mère : ‘Dites, je viens demain avec un transport d’enfants, et vous serez là avec les vôtres et je les prendrai avec moi », se souvient Sophie Scheinowitz, 87 ans, dans la bande annonce de « Truus’ Children » (les enfants de Truus), le film de Sturhoofd.

Une enfance « normale » pendant la guerre

Un grand nombre des enfants qui ont été sauvés étaient très jeunes, et les souvenirs de leurs expériences restent flous. Beaucoup ont refoulé le traumatisme émotionnel entraîné par la séparation avec leurs parents.

Arthur Adler aux côtés de sa fille Sheryl Abbey (Autorisation : Sheryl Abbey)

La fille d’Adler, Sheryl Abbey, qui vit à Jérusalem, a expliqué au Times of Israël que son père a rarement, sinon jamais, évoqué sa vie pendant la guerre lorsqu’elle était enfant.

Il ne peut toujours pas parler du moment de sa séparation avec ses parents.

Dans le cas d’Adler, il était difficile d’avoir la certitude qu’il puisse revoir ses parents un jour. Il les avait quittés lorsque eux et sa petite soeur Renée s’étaient arrêtés à Amsterdam au mois de septembre 1939 et qu’ils avaient fui l’Allemagne pour rejoindre New York.

A leur arrivée aux Etats-Unis, les parents d’Adler étaient rentrés en contact avec Wijsmuller et ensemble, ils étaient parvenus à arranger le voyage à partir d’Anvers pour Adler et sa soeur Melly qui devaient finalement arriver à New York le 21 mars 1940.

Etant l’un des enfants les plus âgés parmi les 150 ayant participé à un Kindertransporte depuis l’Allemagne vers la Hollande après la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938, Adler se souvient bien du temps passé sous la garde de Wijsmuller.

Il se rappelle que les adolescents les plus âgés étaient envoyés dans un centre de formation professionnel d’Eindhoven. Lui et le groupe de Melly, qui étaient plus jeunes, ainsi que les enfants avaient été hébergés pour leur part à Bergen aan Zee, une ville située sur la côte nord de la Hollande.

Une équipe de football formée par les enfants juifs sauvés par Truus Wijsmuller à Bergen aan Zee, en Hollande, en 1939. Arthur Adler se trouve tout à droite (Autorisation : Arther Adler)

Au mois de mars 1939, le groupe d’Adler s’est installé à Bergerweeshuis, l’orphelinat d’Amsterdam. Adler y est resté pendant toute l’année suivante, sauf une période qu’il a passée dans un établissement de convalescence après une diphtérie attrapée pendant l’été 1939.

« Mme Wijsmuller venait tous les jours à l’orphelinat avec un comité de femmes juives. Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’elle était l’une des personnes qui orchestraient notre sauvetage », raconte Adler.

Il se souvient de Wijsmuller organisant des leçons de natation pour les enfants et l’invitant lui et d’autres à des dîners, le vendredi soir, dans l’habitation qu’elle partageait avec son époux, un banquier.

« Même si elle n’était pas juive, Wijsmuller connaissait les traditions juives. Elle s’assurait que les enfants aillent à la synagogue et elle a fait en sorte que mon père célèbre sa bar-mitzvah lorsqu’il a eu 13 ans », dit Abbey.

Une protectrice des enfants qui n’avait pas d’enfant elle-même

Wijsmuller, qui n’a jamais eu d’enfants, était née en 1896 à Alkmaar. Ses parents, libéraux, avaient accueilli dans leur foyer des orphelins autrichiens suite à la Première Guerre mondiale, ce qui avait dû faire une forte impression sur elle.

Après avoir épousé le banquier Joop Wijsmuller en 1923, elle s’était impliquée dans des oeuvres sociales bénévoles grâce auxquelles elle avait été amenée à connaître le Comité juif pour les Réfugiés et le comité pour les intérêts juifs particuliers dans les années 1930.

En tant que femme ayant des moyens et une position sociale, Wijsmuller avait pu utiliser toute une variété de contacts en Europe continentale et au Royaume-Uni pour organiser et mener à bien les Kindertransporte.

Un document allemand nazi avec la photo de Truus Wijsmuller. (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

De la fin de l’année 1938 au mois de mai 1940, elle a constamment sorti des enfants juifs de l’Allemagne nazie vers les Pays-Bas d’où ils rejoignaient le Royaume-Uni.

Après la reddition des Pays-Bas en mai 1940, Wijsmuller a continué ses activités de sauvetage et de résistance.

Après la reddition des Pays-Bas en mai 1940, Wijsmuller a continué ses activités de sauvetage et de résistance.

Elle a aidé des Juifs des pays Baltes et de Pologne à s’échapper vers la Palestine mandataire via Marseille. En plus d’accompagner les réfugiés en fuite le long de leurs voyages périlleux vers les ports, elle fournissait également nourriture, médicaments et faux documents aux détenus des camps de Gurs et de St. Cyprien dans les zones non-occupées de la France.

Arrêtée, interrogée et libérée au mois de mai 1941 par la Gestapo, Wijsmuller a fait profil bas tout en continuant à travailler avec un groupe épiscopal qui envoyait des colis alimentaires aux camps de Westerbork, Bergen-Belsen, et Theresienstadt ainsi que dans les prisons d’Amsterdam.

En 1944, Wijsmuller a encore une fois sauvé un groupe important d’enfants juifs, cette fois en persuadant les Allemands que ces 50 orphelins juifs internés à Westerbork étaient des « Aryens ».

Au lieu d’être emmenés à Auschwitz, ils ont été envoyés à Bergen-Belsen puis à Theresienstadt, où ils ont reçu un traitement préférentiel et survécu à la guerre. Wijsmuller se trouvait à la gare de Maastricht pour les accueillir après leur libération.

Alors comment se fait-il que cette femme au courage exceptionnel, à la volonté de fer et aux actions si héroïques ait été largement oubliée aujourd’hui ?

Après la guerre, Wijsmuller est restée sur la scène publique en tant que membre du conseil municipal d’Amsterdam et du conseil d’administration de la Maison d’Anne Frank, et elle s’est battue pour faire progresser les droits des handicapés.

Elle a été nommée en 1966 Juste parmi les nations par Yad Vashem et elle est venue en 1967 à Jérusalem pour recevoir sa distinction et planter un arbre. Son décès, en 1978, a été rapporté dans la presse israélienne et anglophone.

Mais après cela, elle a été oubliée.

Truus Wijsmuller honorée à Yad Vashem à Jérusalem, le 13 avril 1967 (Crédit : Yad Vashem)

Selon Irena Steinfeldt, directrice du département des Justes parmi les nations à Yad Vashem, il y a environ 26 000 histoires inspirées de non-Juifs ayant aidé et sauvé des Juifs durant la Shoah mais peu d’entre eux parviennent à marquer le public.

Il faut se souvenir qu’à l’époque où elle a été honorée, en 1966, les recherches étaient plus limitées. « A ce moment-là, Yad Vashem n’était même pas un musée entier », dit-elle.

« Et la Shoah, lorsque Truus Wijsmuller a été distinguée, n’avait pas non plus la signification qu’elle a aujourd’hui. Tous les livres et les films récents ayant pour sujet l’Holocauste ont attisé l’intérêt du public sur le sujet », ajoute-t-elle.

Le docteur Patricia Heberer Rice, une importante historienne du musée du mémorial de l’Holocauste aux Etats-Unis, regrette que Wijsmuller ne soit pas plus connue, mais avoue qu’elle n’en est pas surprise.

Le livre autobiographique de Wijsmuller Geen tijd voor tranen (Pas de temps pour les larmes) n’a pas été traduit en anglais, pas plus qu’une interview qu’elle avait accordée à une chaîne néerlandaise qui a été retrouvée par Sturhoofd, ou qu’un rapport allemand de 33 pages qui livrait le contenu d’une interview de Wijsmuller réalisée en 1957 et détenue par la bibliothèque Wiener de London.

« Les Américains n’ont pas une vision du monde aussi large. Ils vivent dans une bulle anglophone, même les historiens », regrette Rice.

Truus Wijsmuller plante un arbre à Jérusalem le jour où elle est honorée par Yad Vashem, le 13 avril 1967 (Crédit : Yad Vashem)

Rice souligne également la modestie des sauveteurs néerlandais qui, presque tous, ont continué tranquillement leur vie après la guerre, préférant ne pas attirer l’attention sur eux (parmi les exceptions, Miep Gies, qui avait caché Anne Frank, et Corrie ten Boom, qui a écrit en 1971 le best-seller The Hiding Place – La cache – et qui a déménagé plus tard en Californie et a été adoptée par la communauté chrétienne évangélique américaine).

Sturhoofd s’est demandé si le manque de notoriété de Wijsmuller a pu émaner en partie du fait qu’elle n’a eu aucun descendant direct pour perpétuer son souvenir et son héritage.

« Je n’ai pas pu déterminer encore ce que sont devenus ses biens immobiliers et qui est en possession de ses effets personnels et de ses photos », ajoute-t-elle.

Quelle que soit la raison de ce manque de reconnaissance, Adler est heureux que quelqu’un puisse enfin mettre en lumière les actions de Wijsmuller 40 ans après sa mort et 80 ans après qu’elle lui ait sauvé la vie.

« C’est décevant qu’un film à son sujet ait pris tellement de temps à être réalisé », dit-il.


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