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Cette semaine, la Normandie comptera 112 Justes parmi les Nations

jeudi 18 février 2016

Du 17/02/2016

 

 

 

Il y avait déjà 109 Normands reconnus pour avoir caché des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. La mémoire de trois nouveaux Justes sera honorée mercredi 2 mars à Caen.

Henri Calbris (à droite) avec Maurice Etynger son protégé à Deauville juste après la guerre

Il y a presque un an, en avril 2015, le Mémorial Yad Vashem de Jérusalem a accordé le titre de « Juste parmi les Nations » à titre posthume à une famille d’agriculteurs de Danvou-la-Ferrière dans le bocage virois. Pendant plusieurs mois du printemps à l’été 1944, Henri Calbris et ses parents ont caché maurice Etynger, une jeune Juf de 14 ans qui n’a jamais oublié.

Jeune paysan normand de 21 ans, Henri Calbris monte à Paris pour affaires début 1944. Là, il rencontre Maurice Etynger, un jeune juif de 14 ans à la merci d’une rafle ou d’une dénonciation. « Henri m’a proposé de me mettre à l’abri à la ferme, avec ses parents », se souvient Maurice Etynger. Arrivé à Caen avec de faux papiers, le gamin évite un bus rempli de militaires allemands et saute dans un train vers Thury-Harcourt. Terminant son périple par 17 km de marche, il trouve enfin le salut et se fond dans la vie du village. Maurice retrouvera Paris libérée et les siens à l’automne mais il restera toujours en contact avec les Calbris, revenant régulièrement en vacances dans la campagne normande.

L’histoire aurait pu en rester là. Mais Nicolas Leboulanger, un enseignant en histoire, travaillant sur les enfants juifs cachés en Normandie, croise un jour la route d’une petite-fille d’Henri, décédé il y a une vingtaine d’années. Avec ses élèves du lycée Victor-Lépine de Caen et des collègues, il va entreprendre un projet pédagogique qui mènera à la reconnaissance des « Justes » Calbris.

Mercredi 2 mars, au Mémorial de Caen, les filles d’Henri Calbris et leur famille recevront la médaille et le diplôme délivrés au nom de leurs aïeux. Le « petit » Maurice, 86 ans aujourd’hui, sera là, lui aussi.

Par Ouest France – JSSNews


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Coralie Beluse, Juste parmi les Nations

lundi 8 février 2016

 

 

© F3 Coralie Beluse dans la cour de l'orphelinat qu'elle dirigeait pendant la seconde guerre mondiale

Au 7 rue du Poirier à Orléans, il y a désormais une plaque en hommage à Coralie Beluse. Directrice d’un orphelinat, elle y cacha, au péril de sa vie, trois enfants juives entre 1943 et 1945, les sauvant d’une déportation certaine.

C’est au temple protestant que l’état d’Israël lui a rendu hommage en lui décernant le titre de Juste parmi les Nations, la plus haute distinction civile de l’état hébreu. Son nom sera inscrit au Mémorial du Yad Vashem à Jérusalem. Il viendra compléter la longue liste des 26 000 personnes non-juives qui se sont distinguées par leur courage face aux nazis. 

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Margny-lès-Compiègne - Soixante ans après, le survivant de la Shoah raconte

samedi 6 février 2016

Du 02/02/2016

 

 

 

 

Margny-lès-Compiègne, ce mardi. Léon Malmed a livré son témoignage poignant aux élèves de deux classes de 3e pendant 1 h 30. C’est la troisième fois qu’il intervient à Compiègne. (LP/A.B.)

Leon Malmed parle d’une voix calme, presque rassurante. Dehors, ce mardi, le ciel est gris, la pluie claque sur les fenêtres du collège Claude-Debussy de Margny-lès-Compiègne. Dans la salle, l’ambiance est lourde. Les élèves de ces deux classes de 3e écoutent ce « survivant de la Shoah » dans un silence de cathédrale.

« Son histoire est tragique », dira Mathias à la fin de son intervention. Son histoire, c’est celle d’un enfant juif de 5 ans qui, le 19 juillet 1942, échappe, avec sa grande sœur Rachel, aux griffes de la police et de la Gestapo venues arrêter sa famille, à Compiègne.

« À cinq heures du matin, deux policiers français frappent à la porte et ordonnent à nos parents de les accompagner au commissariat de police », raconte Léon. Les deux enfants ne doivent leur salut qu’à leurs voisins, la famille Ribouleau, qui se propose de les garder « jusqu’au retour des parents ». De retour, il n’y aura point. Srul et Chana Malmed, 32 et 28 ans, seront exterminés à Auschwitz.

Léon et Rachel ont vécu trois ans chez les Ribouleau. Aujourd’hui encore, Léon les appelle « Papa Henri » et « Mamie Suzanne ». « Ce sont mes héros. Tant que je vivrai, je n’oublierai jamais cette famille qui a risqué sa vie pour sauver la nôtre. » Ses héros ont été décorés de la médaille des Justes parmi les nations. Un arbre à leur nom a été planté au musée Yad-Vashem, à Jérusalem.

Cette histoire, Léon Malmed l’a passée sous silence pendant soixante ans : « J’avais mis en bouteille ce passé douloureux avec l’intention de ne jamais y toucher ». Mais le temps passe. Et six décennies plus tard, celui qui a fini par réaliser une brillante carrière aux États-Unis, dans la Silicon Valley, se décide à raconter son témoignage dans un livre*. Depuis, Léon enchaîne les conférences. « Après tant d’années de silence, je témoigne avec l’espoir que mes enfants, mes petits-enfants, mes amis ou les lecteurs empêcheront de répéter les erreurs du passé. »

* « Nous avons survécu. Enfin je parle », édité par le Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne, 225 pages, 22 €.

 

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Paris rejoint le réseau des Villes et Villages des Justes de France

mercredi 3 février 2016

Délibération pour l'adhésion de Paris au réseau des Villes et Villages de Justes le 28 janvier 2016

Du 30/01/2016

 

 

 

 

A l’initiative d’Anne Hidalgo et à l’unanimité du Conseil municipal, la capitale, forte de ses 352 Justes, vient de rejoindre le réseau mis en place par le comité français de Yad vashem.

Quel chemin parcouru ! Dans la grande salle presque comble de l’Hôtel de Ville, le public est attentif, concentré et parmi les sourires, on distingue quelques yeux brillants dans l’assistance. Ce 28 janvier, 2016 des anciens enfants cachés, des Justes et leurs familles respectives se sont retrouvés pour rappeler que Paris, même aux heures noires de l’occupation qui marquèrent la France à jamais avec les rafles, fut aussi une ville où l’on sut protéger, cacher et aider une population juive aux abois. Anne Hidalgo a expliqué dans des termes très forts « qu‘on ne pouvait pas comprendre l’histoire de notre ville sans connaître celle des juifs qui y ont trouvé refuge contre les pogroms et qui l’ont enrichi de leur belle présence, de leur apport culturel et humain » Comme Nantes, Grenoble, l’ile de Sein et Vassieux en Vercors, Paris avait déjà été faite Ville Compagnon de la Libération par le Général de Gaulle.

En adhérant au réseau des villes et villages de France, créé en 2012, à la suite de Nice, Toulouse, Strasbourg, le Chambon sur Lignon , Vabre et Moissac, bientôt Lyonet Bordeaux, Paris continue donc son capital travail de mémoire. Anne Hidalgo a rappelé l’action de Serge et Béate Klarsfeld, qui en donnant un nom à chaque victime de la Shoah ont permis que la ville installe des plaques avec les noms des enfants déportés sur toutes les écoles de la capitale. Le maire du 3ème arrondissement, Pierre Aidenbaum a œuvré pour que l’on n’oublie pas les bébés, trop jeunes pour l’école mais raflés comme leurs ainés, et dont les noms figurent sur désormais aussi sur des stèles dans des jardins publics de nombreux arrondissements. Pierre-François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem insiste sur une autre initiative forte, « celle de l’allée des Justes édifiée en 2006 à côté du mémorial de la Shoah qui permet aux Parisiens de mieux connaître ce pan de leur histoire ». La technologie permet maintenant d ‘aller plus loin : une application nomade permettra très prochainement aux promeneurs de connaître en écoutant leur téléphone l’histoire de ceux qui ont été cachés et sauvés avec des exemples bien réels dans des quartiers différents de la capitale.

Qui étaient donc ces 354 Parisiens qui ont contribué à sauver l’honneur de Paris ? Pour l’historienne Annette Wieworka, ils appartenaient à toutes les catégories sociales : artisans, ouvriers, concierges, employés, enseignants ou bourgeois. Une seule catégorie ne comporte pas de Juste : celle des hauts fonctionnaires… au-delà de leurs différences sociales, ces justes appartenaient à une institution soit religieuse, politique ou à un mouvement de résistance. Preuve, selon Wieworka que la société civile, quand elle s’organise, peut résister. La sociologue Sarah Gensburger a expliqué que la notion de Juste était relativement récente dans notre pays : si le terme apparait en 1953 à l’occasion du procès Eichmann en Israël il n’y a que 310 Justes reconnus en France en 1985. Il a fallu la mobilisation massive d’anciens EI comme Georges Pulver pour populariser le concept et découvrir partout en France des gens qui selon les mots de M Veil pensent « n’avoir fait que leur devoir ».

Aujourd’hui, l’on compte 3904 Justes de France pour un total de 26 000 dans le monde Si 75% des juifs en France ont pu être sauvés, un chiffre plus important que partout en Europe, c’est à eux que nous le devons.

La soirée s’est achevée en laissant la place aux artistes : Sani Levy, une violoniste de douze ans, a joué le bouleversant thème musical de La liste de Schindler, puis le chœur des Eclaireuses Eclaireurs Israelites de France a entonné le célèbre Chant des Marais devant une salle debout. Enfin le cabaret Terezin a donné au public la chair de poule en faisant entendre pour la première fois depuis la guerre les voix des grands artistes qui ont écrit leurs œuvres au camp de Theresienstadt entre 1942 et 1944. Une soirée inoubliable.


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Camp des Milles : « Afin que le passé ne devienne pas notre futur »

samedi 30 janvier 2016

Du 27/01/2016

 

Cérémonie officielle régionale organisée à l’occasion de la Journée Internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah (Photo FCM)

 

 

 

Pour tous les participants, la cérémonie officielle régionale organisée au Wagon Souvenir des Milles à l’occasion de la Journée Internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah, était différente après une année sombre pour les valeurs de la République et le vivre ensemble.

Au nom de Denise Toros-Marter déportée à Auschwitz à 16 ans et Présidente de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz, Jean-Louis Medvedowsky a lu « le Testament d’Auschwitz » : « Puisse le Mémorial des Milles pour lequel nous nous sommes investis depuis des années, apporter aux jeunes gens qui le visiteront toute la dimension pédagogique recherchée pour faire barrage à la haine ! Puisse le flambeau de la Mémoire collective, que nous vous transmettons avant d’arriver au bout de notre voyage, vous protéger à tout jamais d’un nouvel Auschwitz ! ». Son texte rappelle à nouveau le souhait des déportés que ne soient pas oubliées les leçons de cette histoire douloureuse. Cette année, plus que jamais, ces grands témoins montrent leur inquiétude face à une histoire qui pour eux se répète car ce sont aussi des engrenages extrémistes, racistes, antisémites et xénophobes qui ont conduit aux tragédies qu’ils ont dû combattre.
Le « Chant des Marais », interprété par la chorale des élèves du Lycée Miliaire d’Aix-en- Provence, a été suivi par la lecture des noms et âges des enfants et adolescents déportés du Camp des Milles en août et septembre 1942, faite par deux volontaires de l’EPIDE (Établissement Pour l’Insertion Dans l’Emploi ), et rappelant combien l’homme fut capable du pire en envoyant à la mort des vies si jeunes qui ne demandaient qu’à s’épanouir. Les noms des Justes des Nations ayant œuvré au Camp des Milles ont aussi été énoncés par ces mêmes jeunes gens « pour se rappeler que, face au mal, il est possible de se lever au nom des valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ».
Après ces lectures fortes en émotions, Serge Coen, délégué du Comité Français pour Yad Vashem représentant Michèle Teboul, présidente du CRIF Marseille Provence de déclarer : « Parce qu’une crise économique et sociale frappe le continent européen ; parce que ce qui se passe actuellement en France est l’indicateur d’une profonde crise morale ; parce que le terrorisme se déchaîne désormais sur notre sol, avec la complicité ou le soutien d’une composante de la population, il nous faut redoubler de vigilance, de lucidité, et surtout de pédagogie auprès de la jeunesse, un domaine où le Mémorial du Camp des Milles agit de manière exemplaire ». Puis Maryse Joissains-Masini, Maire d’Aix-en-Provence a mis en garde contre l’ignorance et la passivité : « Non les événements qui se sont passés pendant les années 40 ne sont pas terminés. La violence est dans notre société, la violence a encore ses lettres de noblesse pour certains. Alors ne croyons pas être à l’abri, personne n’est à l’abri. Ces événements sont prêts à se reproduire d’une autre manière, à n’importe quel moment. Il suffit qu’il y ait quelques lâches, quelques provocateurs ou quelques prédicateurs de je ne sais trop quelle théorie ou quelle idéologie  ». A son tour, Jean-Pierre Bouvet, Vice-Président du Conseil Départemental, représentant la Présidente Martine Vassal, appela à la vigilance « car il ne faut pas croire que le mal absolu, l’indicible des camps d’extermination est enfoui dans un lointain passé (…). Il peut resurgir à chaque instant et si nous choisissons de détourner le regard, il peut précipiter des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées dans l’horreur et la barbarie. (…) il est donc indispensable de continuer, sans relâche, d’accomplir un travail pédagogique de mémoire sur la Shoah ». Renaud Muselier, Vice-Président du Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, représentant le président Christian Estrosi, souligna pour sa part avec force : « Soyons capables de mener un combat à la hauteur des enjeux de notre temps. Résistons à l’engrenage, bien conscients qu’il n’a qu’une issue possible si nous ne l’enrayons pas à temps. En tant qu’élus, représentants de la République, de ses institutions comme de ses communautés, nous sommes tous porteurs de ce devoir sacré de résistance dans les paroles comme dans les actes . (…) car cette République, si elle n’est pas un bouclier contre l’abominable, si elle n’est pas ce grain de sable collectif qui permet de saboter l’engrenage, n’est alors plus qu’une coquille vide. Pour cela, la Région sera toujours aux côtés du camp des Milles ». Stéphane Bouillon, Préfet de Région et Préfet des Bouches-du-Rhône, représentant l’État et présent pour la première fois à cette cérémonie aux Milles d’avancer : « Il n’aurait jamais dû y avoir de préfets pour (les) mettre en œuvre (les mesures ignobles contre les Juifs), de forces de l’ordre pour les exécuter, de juges pour les approuver. Il n’aurait jamais dû y avoir de trains pour transporter ces malheureux et de passants pour tourner la tête, ou pire, dénoncer. Pourtant il y a eu tout cela ». Et d’affirmer : « Qu’est-ce que je dois faire pour que cela ne se reproduise pas ? C’est cela la leçon à répéter non seulement aujourd’hui dans ce mémorial, dans tous les mémoriaux. Mais aussi à répéter tous les jours dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les centres d’action sociale, dans les associations et dans les lieux de cultes ». « Il nous faut ainsi, ajoute-t-il, résister à la peur, au doute, à la résignation, parfois même au désespoir. (…) Et c’est pourquoi, il nous faut parler, expliquer, éduquer, partager. C’est pourquoi il faut visiter ce mémorial, y amener toutes les générations ».
Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camp des Milles - Mémoire et Éducation a pour sa part souligné quelques raisons d’optimisme malgré le constat inquiétant de la mise en place en Europe d’engrenages extrémistes racistes et antisémites pouvant mener au pire : « Notre peuple s’est levé plus nombreux que jamais le 11 janvier 2015 et n’a pas sombré dans la chasse aux suspects ; nos autorités ont pris la mesure de la menace terroriste ; nos forces de l’ordre et nos soldats sont mobilisés plus que jamais ; la Marseillaise est redevenue un hymne international à la liberté ; nos trois couleurs signifient à nouveau Résistance et surtout, on cherche à nouveau à comprendre et à refonder nos grandes valeurs démocratiques parfois rangées et oubliées dans les placards de nos sociétés. »
En clôture de cette cérémonie, chaque déposant de gerbe était accompagné d’un adolescent en insertion afin de montrer l’importance de la transmission aux nouvelles générations de cette histoire et des valeurs républicaines dont elle illustre l’importance. Sabrina, jeune volontaire de l’EPIDE a tendu un hommage « à tous les déportés afin que le passé ne soit plus le futur d’aujourd’hui, mais que le futur de demain soit Liberté, Egalité, Fraternité pour tous ».
O.B.


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Comment entretenir la mémoire des "Justes de France" ?

mercredi 27 janvier 2016

Adhésion de Paris au réseau des Villes et Villages de Justes le 28 janvier 2016

Du 27/01/2016

RTL vous en parle déjà par Rémi Sulmont
RTL vous en parle déjà par Rémi Sulmont
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Seuls 114 sur 3.907 Justes de France sont encore vivants. Paris va honorer jeudi 28 janvier ces hommes et de ces femmes qui ont sauvé des juifs pendant la guerre.

 

Jeudi 28 janvier, plusieurs centaines de descendants de "Justes parmi les Nations" vont se retrouver pour une cérémonie à l'Hôtel de ville de Paris. Parmi eux, il y aura les descendants d'Irène et Hilaire Samain. En novembre 1943, en se rendant chez un tailleur à Paris, Irène surprend une conversation entre les patrons de la boutique et un homme. Ils lui avaient promis de le loger, mais finalement ils renoncent. Irène Samain a compris. À cet inconnu désemparé, quelques instants plus tard, dans la rue, elle donne son adresse : "Venez nous voir demain, avec votre épouse, nous cherchons une domestique".

Maurice Mendelbaum et son épouse Denise hésitent et tremblent pendant 24 heures. Est-ce un piège ? On promet alors beaucoup d'argent à ceux qui dénoncent les juifs. Les Mendelbaum prient, puis finalement vont au rendez-vous qui va leur sauver la vie. C'est dans l'appartement parisien de la famille Samain, au 74, rue des Saints-Pères, qu'ils vont passer quasiment tout le restant de la guerre. "On était treize enfants, raconte leur fils André Samain. Ça grouillait, la porte d'entrée était tout le temps ouverte que personne ne s'est douté". Aux voisins, on raconte que ce sont des "cousins flamands". Il faut bien, en effet, justifier l'accent du couple émigré de Pologne.

Irène et Hilaire Samain ont été élevés au rang de "Justes parmi les Nations" à titre posthume en 1994. À vrai dire, leurs petits-enfants et arrières petits-enfants aujourd'hui, sont plus fiers qu'eux. "Ils avaient parfaitement mesuré les risques, mais aider leur a semblé tout naturel", explique leur fille Marie, âgée de 93 ans.  

Paris adhère au réseau "Villes et Villages des Justes de France"

C'est pour entretenir la mémoire de ces Justes que le comité du Yad Vashem incite les communes de France à dédier des lieux de mémoires à ces Justes. Quatre-vingt-trois communes de France l'ont déjà fait et sont entrées dans le réseau "Villes et Villages des Justes de France". Paris va officiellement adhérer jeudi. "On a dit longtemps que la France n'était que résistance ou que la France avait abandonné ses enfants juifs, explique le président du comité pour Yad Vashem, Pierre-François Veil. De très nombreuses personnes ont sauvé l'âme de la France. Nous pouvons appréhender désormais cette réalité complexe".

Plusieurs dizaines de milliers ont survécu grâce aux Justes. Ce que notent les historiens, c'est que les trois-quarts des juifs de France ont survécu. Ce qui n'est le cas dans aucun autre pays de l'Europe occupée. "Les bilans des pays diffèrent en raison notamment des mesures imposées par les nazis", précise l'historienne Annnette Wieviorka. On ne peut donc pas dire que les juifs de France survivants ont tous été sauvés par des Justes. Mais (puisqu'il est de plus en plus difficile de constituer les preuves des sauvetages 70 ans après), un grand nombre de Justes ne seront jamais reconnus devant l'Histoire, comme Irène et Hilaire Samain l'ont été.

 

 

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