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Holocauste: une cachette intacte de Juifs polonais devient lieu de mémoire

samedi 26 mars 2016

Du 17/03/2016

 

 

 

 

 

crédits/photos : AFP Mémorial aux victimes de l'holocauste à Budapest. (Illustration)

Le besoin d'un tel musée s'est fait sentir après les révélations d'un massacre de 1941 au village de Jedwabne

Bon pied, bon oeil à 85 ans passés, Jozef Jarosz se glisse dans la cave au sol boueux et des souvenirs défilent devant ses yeux: ceux des 14 Juifs que sa famille y avait cachés pendant l'occupation nazie de la Pologne.

"C'est un cas unique, cette cachette est restée pratiquement intacte", dit Jonny Daniels, chef de la fondation internationale From The Depths, qui veut faire connaître des lieux historiques de ce genre.

"En plus, nous avons ici un sauveur et une survivante", se réjouit-il.

La survivante est Hanna Grygiel-Huryn, une vieille dame pétillante qui reçoit les journalistes de l'AFP chez elle, dans la ville de Nowy Sacz.

Elle avait quatre ans quand elle est sortie de la cachette dans un hameau du village de Niwki, niché sur le flanc d'une colline boisée des Carpates.

Elle ne se souvient plus de son séjour dans ce souterrain d'environ cinq mètres sur deux et demi.

Mais elle se rappelle avoir déchiré une photo qu'on a prise d'elle peu de temps après.

"J'étais un monstre. Je louchais affreusement, parce que j'avais cherché à voir avec un oeil un rayon de soleil passant par une fente. J'avais les jambes rachitiques, j'avais du ventre, j'étais bossue"...

A la cave, il lui était interdit de pleurer pour ne pas alerter un visiteur de passage. "Quand je pleurais, on étouffait mes cris. Alors, j'ai appris à m'étouffer moi-même en mettant une main sur la bouche".

"Comme des taupes"    

"Nous vivions comme des taupes", soupire Anna.

La vie et la mort s'y côtoyaient. Un bébé, Abraham Rygielhaupt, conçu à l'époque, est né peu après la libération.

Mais son père et un autre homme, partis voir un débiteur, ne sont jamais revenus, probablement tués par ceux qui leur devaient de l'argent.

 

Jozef Jarosz à l'entrée de la cave où lui et sa famille ont caché 14 Juifs pendant l'Holocauste et la seconde guerre mondiale à Stankowa en Pologne, le 16 mars 2016 Photo WOJTEK RADWANSKI. AFP

Tout le groupe a frôlé l'extermination quand un adolescent du voisinage, Piotr, a entendu Anna pleurer et, accusant les Jarosz de cacher des Juifs, a dit avoir l'intention de les dénoncer. Les Jarosz sont alors allés expliquer la situation à sa mère qui, raconte Jozef, "a pris une fourche et prévenu Piotr que s'il le faisait, elle le tuerait d'un coup de cette fourche". Il s'est tu...    

Sur une photo prise deux ans après la fin de la guerre, à six ans, Anna sourit déjà radieusement. Plus tard elle va se marier, aura une fille - qui vit aujourd'hui à Tel Aviv.

Ce qu'a fait le père de Jozef, Franciszek, qui a décidé de cacher des Juifs qu'il connaissait pour avoir fait du commerce avec eux, d'abord pour quelques jours, puis finalement jusqu'à la défaite de l'Allemagne, est pour elle un "acte d'héroïsme, d'amour du prochain".

La Pologne était le seul pays occupé par l'Allemagne nazie où le fait de cacher un Juif était  puni de mort. 

Au début des années 90, les parents de Jozef, lui-même et une de ses soeurs, ont reçu le titre israélien de Justes parmi les nations du monde. 

Hologrammes

La fondation From The Depths compte acquérir le terrain abritant la cachette, la protéger par un bâtiment léger et y créer un lieu d'accueil pour les visiteurs.

Elle a aussi l'intention d'enregistrer en 3D de longues interviews avec Anna et Jozef. Un programme informatique sophistiqué permettra aux futurs visiteurs de "s'entretenir" avec leurs hologrammes, de leur poser des questions et recevoir des réponses. 

Le coût total de ce projet serait de 800.000 euros.

Jeudi, un musée dédié aux Polonais ayant porté secours aux Juifs doit être inaugurée à Markowa, dans le sud-est du pays.

Le besoin d'un tel musée s'est fait sentir après les révélations d'un massacre de 1941 au village de Jedwabne, dans le nord-est, où des juifs avaient été brûlés vifs dans une grange par leurs voisins polonais.

Jozef ne compte pas se rendre à l'inauguration: c'est fatiguant. Et il n'a pas été invité. 


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Mamers - Marcel, « Juste parmi les Nations »

jeudi 17 mars 2016

Du 15/03/2016

 

 

 

 

Les parents de Marcel Lépinay ont sauvé de la barbarie nazie Louise Epelbaum et des membres de sa famille. Avec ses parents Alexis et Hélène, Marcel Lépinay a, pendant la Seconde Guerre mondiale, sauvé des Juifs de l'Occupation nazie. Pour cet acte héroïque, il recevra la plus haute distinction de l'Etat d'Israël.

1942. La guerre fait rage. En France, les Allemands traquent les Juifs pour les conduire dans les camps de concentration et les éliminer.

Lors de rafles en Sarthe, Wolf Abramczyk, un Polonais marié à une Française, Renée, tente de cacher sa famille. Marchand ambulant dans divers marchés, le couple est bien connu à Mamers et sa région.

Au cours d’une inspection dans le train qui allait les emmener en zone libre, Wolf est repéré. Les Allemands lui tirent dessus et le tuent. C’était le 6 février.

A Monhoudou

Louise Epelbaum, la mère de Renée, couturière de métier, habite à Monhoudou.

« Nous nous sommes connus car elle habitait la maison qui se trouvait à 250 mètres de chez nous, se souvient Marcel Lépinay, du haut de ses 91 printemps consommés fin mai. Elle était couturière. Elle a déménagé dans une autre maison, à 1 800 mètres du bourg, le long d’un chemin à “La Ménagerie”. »

Atteint gravement de la diphtérie cette année-là, Jacques, l’un des cinq enfants du couple Abramczyk, est éloigné de ses proches, afin d’éviter la contagion. Son frère Guy part vivre chez sa grand-mère, Louise Epelbaum.

Avec sa bicyclette

Les rafles s’intensifient. Marcel revoit le « car » stationné sur la place du village.

« Ce jour-là, raconte l’ancien agriculteur, papa est allé chercher le pain dans le bourg. Il rencontre le secrétaire de mairie et lui demande de les retarder pour aller vite avec sa bicyclette afin de prévenir Louise Epelbaum. »

« Il arrive dans la cour de sa maison. La porte était fermée à clé. Papa a caché sa bicyclette dans les buissons et il s’est tiré à travers champs. »

Louise avait vu le « car ». « Ça y est, ils viennent me chercher », a-t-elle immédiatement pensé. « Surtout qu’elle avait un frère à Paris qui avait été déporté. » La couturière s’enfuit avec son petit-fils Guy, qu’elle laisse chez la famille Foulard, jusqu’en 1944.

Vidéo : témoignages sur la rafle de Lyon en 1942


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« Papa est rentré avec le pain. Louise est venue le soir même chez mes parents. Je ne sais pas comment elle a été prévenue. Papa s’est sûrement arrangé pour l’avertir », songe Maurice.

Passée tout près

Les Lépinay acceptent de cacher Louise sur sa demande. Ils lui ont donné une de leurs chambres. Marcel est allé dormir dans la grange. Louise y restera de mars à avril 1942.

Louise a échappé de peu au drame. Tout s’est joué rapidement. « Ils ont forcé la porte, sont entrés dans la maison. Il y avait encore du feu dans la cuisine. Elle ne devait pas être loin. »

« Louise est venue à la maison un certain temps. Dès qu’on voyait des gens dans la cour, elle allait se cacher dans la chambre. »

Dénonciations

Deux mois plus tard, avec le danger grandissant des dénonciations, Maurice a emmené la vieille dame dans sa « voiture à capote », à dix kilomètres de la maison. « C’était convenu que je la dépose dans le bourg d’Avesnes-en-Saosnois, chez Monsieur et Madame Marcel Royer. Les parents avaient sûrement orchestré quelque chose. »

Louise et sa fille Renée sont ensuite allées se réfugier à Bellavilliers. « Avec de faux papiers. »

Marcel a aussi changé d’identité : le secrétaire de la mairie de Monhoudou l’a rajeuni de deux ans.

« Avec ces fausses cartes d’identité, je m’appelais Marcel Loiseau. On risquait le service du travail obligatoire (STO) et on avait été rajeuni. En 1944, j’avais 18 ans. »

Vidéo : les travailleurs français en Allemagne


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Comme tous ces résistants qui, à leur façon, ont défié l’envahisseur allemand, Marcel risquait sa vie « sans le savoir »« A cette époque, il n’y avait aucune information. Les camps de concentration, on ne savait rien. »

Le quotidien a repris

La Gestapo est venue chercher le secrétaire de mairie. « Je l’ai su après. »

Il raconte :

« Ils lui ont dit de prendre ses affaires et de les suivre. Emmené en Allemagne, il a survécu à trois camps, dont celui de Dachau. Libéré en avril 1944 par les Russes, il a été emmené en Pologne, puis en Russie. »

 Il est mort peu de temps après, sur le chemin du retour.

C’est un prêtre sarthois qui a donné des nouvelles lors d’une cérémonie en son hommage. « Il avait été lui aussi déporté. »

En 1945, la guerre s’est arrêtée. Le quotidien a repris. Le travail, la vie. Cet épisode, « nous en parlions de temps en temps », avoue Marcel. « Cela faisait partie d’une période de la vie, d’une période pas vraiment belle. »

Cérémonie

Ce dimanche 20 mars 2016, Alexis et Hélène Lépinay et leur fils Marcel, dans sa 92e année, vont recevoir des mains d’un diplomate de l’Ambassade d’Israël la médaille des «Justes parmi les Nations ». Cette haute distinction est remise aux personnes ayant sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Deux ans d’échanges et une grande fierté

Parce que son père et ses grands-parents ont commis un acte héroïque, parce qu’ils l’ont fait par solidarité et sans arrière-pensée, parce que trop de gens se sont affichés résistants à la Libération, Jean-Louis Lépinay a œuvré afin que Marcel, Alexis et Hélène reçoivent la médaille des « Justes parmi les Nations ».

Cette distinction est décernée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem aux personnes qui ont sauvé, au péril de leur vie, des Juifs sous l’Occupation nazie.

Yad Vashem

Depuis 1963, Yad Vashem, en hommage aux « Justes parmi les Nations », a créé l’Avenue des Justes plantée d’arbres à leurs noms, puis le Jardin des Justes où les listes de noms sont gravées sur des murs, pays par pays.

Après avoir envoyé un premier courrier, le 2 février 2014, au secrétariat des Anciens combattants, qui s’est déclaré incompétent, Jean-Louis Lépinay est réorienté vers l’Institut Yad Vashem, pour faire reconnaître son père Marcel, et ses grands-parents, Alexis et Hélène.

Il rencontre des neveux de Jacques Abramczyk qui connaissaient son père. Qui effectuent plusieurs allers-retours en Israël pour faire avancer le dossier. A Mamers, Jean-Louis réunit alors un maximum de documents auprès de la mairie de Mamers.

En janvier

« En janvier dernier, Yad Vashem a reconnu mes grands-parents et mon père. Le Gouvernement a aussi décidé d’attribuer à mon père la Légion d’honneur. »

Une reconnaissance. Pour Jean-Louis, cette reconnaissance est une « fierté » :

« J’avais tellement d’admiration pour mes grands-parents qui ont agi sans jamais rien demandé. Comme tous ceux qui ont fait preuve de solidarité, mon père avait une telle humilité. Alors qu’il y a tellement de gens qui se sont affichés comme résistants mais qui n’ont jamais rien fait. »

Amine el Hasnaouy

 

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Biterrois : deux Hérépianaises reconnues "Justes parmi les nations" par Yad Vashem

mercredi 16 mars 2016

Du 210/02/2016

 

 

Retrouvailles de Jeannette, la fille de Laetitia et de "Marcelou" soixante-dix ans après DR Lætitia Carayol et Gabrielle Gasset, deux habitantes d'Hérépian, dans les Hauts Cantons biterrois, ont sauvé des juifs pendant la guerre. Leurs actes viennent d'être reconnus par Yad Vashem.

Avocat aux barreaux d'Ile-de-France, Edmond Cohen a entrepris, une fois la retraite sonnée, d'écrire ses mémoires. Le récit de son passage à Hérépian n'a pas laissé indifférents les descendants de deux familles qui l'ont secouru durant la guerre. Lors de l'exposition sur les “Justes parmi les nations”, à Bédarieux, l'association Résurgence a affiché les écrits de l'avocat. Commence alors le long processus de reconnaissance de deux Hérépianaises: Lætitia Carayol et Gabrielle Gasset. Et ces derniers jours, leurs descendants ont appris par un courrier que l'institut Yad Vashem, à Jérusalem, venait de les reconnaître “Justes parmi les nations”.

D'abord réfugiés à Lamalou

Edmond Cohen et ses parents étaient réfugiés à Lamalou-les-bains. M.Huguonnenc, adjoint au maire, sachant qu'une rafle était imminente, leur conseilla de se réfugier chez Laetitia Carayol, une "bonne chrétienne". C'est au beau milieu de la nuit qu'ils tapèrent à la porte de cette femme. Chez elle, se cachaient déjà cinq autres juifs et son fils, réfractaire au travail obligatoire. Elle les conduisit chez Gabrielle Gasset, une cousine de feu son mari. De longs jours d'enfermement commencèrent.

Et Edmond devient "Marcelou"

De santé fragile, Edmond Cohen dut, sur les conseils d'un médecin taiseux, sortir au grand air. C'est ainsi qu'à l'âge de huit ans, il prit l'identité de Marcel Colin et habita chez Lætitia Carayol. “Marcelou” s'acclimata rapidement à la vie du village, menant les chèvres à la pâture, assistant à la messe, jouant avec les autres enfants du village, tout cela sans voir ses parents. Ce fut la délivrance absolue lorsque les dernières colonnes de l'armée allemande traversèrent à jamais le village. Edmond Cohen fait de la radio où il s'exprime en judéo-espagnol. Aussi Lætitia Carayol, décédée en 1980, et Gabrielle Gasset, décédée en 1948, sont connues bien au-delà du village, comme en Argentine ou en Chine.

 

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Le Buret - Deux habitants "Justes parmi les nations" à titre posthume

mercredi 16 mars 2016

Du 13/03/2016

 

 

 

 

Les descendants d'Auguste Cribier et de Marie-Louise Cordier ont reçu le titre de Justes parmi les nations, décerné à titre posthume à leurs ancêtres. | Ouest-France Ce dimanche, au Buret, Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier ont été faits, à titre posthume, Justes parmi les nations. Ils ont sauvé une famille juive pendant la guerre.

Ce dimanche matin, au Buret, Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier ont été faits, à titre posthume, Justes parmi les nations. Ces deux Mayennais ont sauvé la famille Jakubowicz pendant la Seconde Guerre mondiale. Les enfants Jakubowicz et les descendants de Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier étaient présents à l’église.

La cérémonie était organisée pour rendre hommage à ces deux personnes. Le titre de Justes parmi les nations leur a été décerné au nom de l’État d’Israël par le Mémorial de Yad Vashem. Ils rejoignent ainsi les quarante-deux Mayennais distingués pour leur courage pendant la guerre.

L'histoire a commencé en 1940. Romain Jakubowicz tombe malade. Il part en convalescence chez Marie-Louise Cordier, au Buret. Deux ans plus tard, pendant la rafle du Vél’ d’Hiv’, les policiers viennent chez les Jakubowicz pour les arrêter. La mère de Romain, Cyna tient dans ses bras sa fille Rosette, âgée d’un an et demi. Elle sait que l’arrestation peut être refusée pour les familles qui ont des enfants de moins de deux ans.

Pour protéger ses enfants, elle prend contact avec la secrétaire de la mairie de Grez-en-Bouère. Cette dernière demande à Marie-Louise Cordier si elle peut accueillir chez elle les enfants Jakubowicz. Elle accepte et part les chercher à Paris le jeudi 1er octobre 1942. Le lundi, elle rentre avec eux en train jusqu’à Sablé. Auguste Cribier vient les chercher à la gare et les ramène avec sa carriole au Buret.

 

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Aix : le Juste hommage aux époux Devès

mardi 15 mars 2016

Du 14/03/2016

 

 

 

 

Florianne Devès (avec la médaille et le diplôme d'honneur) entourée de sa famille et des Sapir. Trop âgées, les soeurs Margolis n'avaient pas pu faire le déplacement. Photo serge mercier Ils ont été élevés au rang des Justes parmi les nations à titre posthume, hier, lors d'une cérémonie au camp des Milles.

Quand elle s'est approchée du micro et a commencé à parler avec sa voix fluette et chantante étranglée par l'émotion, tout l'auditorium du camp des Milles a chaviré avec elle. L'atmosphère était chargée des vibrants hommages qui se succédaient depuis près d'une heure avec, en toile de fond, les photos en noir et blanc d'Émilie et Fernand Devès, visages souriants et bienveillants. Ses grands-parents héroïques. Anonymes, hier. Elevés au rang des Justes parmi les nations, la plus haute distinction civile de l'État d'Israël, depuis.

Florianne Devès, devenue Lambert, "l'incarnation de la gentillesse, de la générosité et de l'humanité de ses grands-parents", a retenu ses larmes comme une enfant polie le temps des discours. Une nouvelle fois, elle a entendu l'histoire extraordinaire de ses grands-parents, découverte presque par hasard dans un carton, modestement entreposé dans le grenier de la maison familiale de Bollène, dans le Vaucluse. Les vrais héros ne se vantent pas de leurs exploits... tout simplement parce qu'ils font ce que leur coeur et leur conscience leur dictent.

"Et dans ce contexte de délation et de terreur, rappelle Serge Cohen, délégué du comité français pour le mémorial israélien Yad Vashem, qui abrite un bâtiment dédié aux Justes depuis 2005, Émilie et Fernand faisaient partie de cette armée du coeur et des bras ouverts." "En faisant preuve d'un courage exceptionnel lors de ce programme d'extermination totale planifié par les Nazis avec la complicité des gouvernements et des individus qui avaient fait le choix de collaborer, souligne à son tour Anita Mazor, consul général de l'État d'Israël à Marseille. Ils ont fait le choix de la solidarité au péril de leur vie et en mettant leur propre famille en danger."

Ce 26 août 1942, rien n'est venu ébranler la conviction des époux Devès. Ni la peur. Ni les armes. Ni la rafle, organisée avec l'appui du préfet de Vaucluse. Locataires des époux Devès, les jeunes soeurs Margolis, Édith et Rose, sont séparées de leurs parents juifs polonais depuis le début de la guerre. Grâce à deux soldats polonais, elles avaient transité jusqu'à Bollène, avec la famille Sapir. Quand les gendarmes arrivent, munis d'une liste où sont inscrits les noms des juifs à arrêter et à envoyer au camp des Milles, seul le fils Sapir, Lutek, repart de force avec eux mais parviendra à s'échapper une fois à Aix. Son père, à Marseille ce jour-là, passe entre les mailles du filet. Comme Rose Margolis, chez une voisine.

Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras

Seules sa soeur, Édith, Szayna Sapir et sa fille Esther sont présentes dans la maison. Faignant d'avoir d'insupportables douleurs au ventre, Szayna se roule par terre en hurlant en yiddish. Un subterfuge visant à prévenir les filles qui se cachent, avec la complicité des Devès. Si cette fois les gendarmes repartent, les Devès savent qu'ils finiront par revenir... Les soeurs Margolis et la famille Sapir sont envoyées en Espagne grâce au réseau de résistants des Devès. Ils seront malheureusement arrêtés à la frontière. Pour autant, Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras. Ils parviennent à récupérer Szayna Sapir et sa fille en février 1943, alors que le père Sapir est déporté. Quelques mois plus tard, ils vont rapatrier les soeurs Margolis, internées au camp de Gurs.

"Les époux Devès ont fait bien plus que les cacher, insiste Serge Cohen. Ils leur ont assuré un quotidien fait de compassion et de sollicitude." "Le courage de vos grands parents a honoré l'histoire de France, celle d'Israël et de l'humanité tout entière", enchaîne Anita Mazor. C'est donc tout aussi naturellement que les soeurs Margolis, aujourd'hui résidantes américaines de plus de 90 printemps, avaient entamé les démarches pour la reconnaissance éternelle de leurs sauveurs. Le mail reçu par Florianne Devès le 22 mars 2014 lui avait transpercé le coeur de fierté. "Fernand et Émilie Devès n'ont pas sauvé que des individus. Ils ont aussi sauvé la justice", affirment-elles, en pleine forme, dans un film délicat réalisé par des lycéens de Bollène.

"Dans cette opération, déclenchée avec l'appui du préfet de Vaucluse, vous avez su protéger vos amis par vos convictions"
, a congratulé à son tour Serge Gouteyron, sous-préfet d'Aix, en s'adressant directement aux Justes disparus. "Comme hier, les armes de l'esprit doivent être utilisées contre la violence", encourage à son tour, Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles, en exhortant "à la transmission et pas seulement des horreurs et des carnages passés mais aussi des expériences des hommes".

Tremblante d'émotion mais armée du courage de ses grands-parents, Florianne Devès avait, en plus des remerciements, un message à transmettre : "Pour mes grands-parents, peu importait la couleur de peau et la religion. Ils avaient en face un être humain. Et chez tous les hommes, les larmes sont identiques."

Laetitia Sariroglou


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Yad Vashem recense 6.620 Polonais distingués comme "Justes parmi les Nations"

mercredi 9 mars 2016

Musée Polin à Varsovie (Crédit : Capture d’écran AFP)

La Pologne occupée par l’Allemagne nazie fut le seul territoire où les Allemands décrétèrent que toute sorte d’aide aux Juifs était passible de la peine de mort

Le premier musée dédié aux Polonais ayant sauvé des juifs pendant la Shoah sera inauguré le 17 mars à Markowa, un village du sud-est du pays, où une famille fut exécutée par les nazis pour avoir caché une famille, ont annoncé mardi ses organisateurs.

Les familles des rescapés venues d'Israël et des Polonais de cette région ayant caché des juifs sont attendus à la cérémonie à laquelle participera également le président polonais Andrzej Duda. 

Des prières catholiques et juives seront dites sur les tombes des victimes, et une messe à l'église de Markowa ainsi qu'une cérémonie à la synagogue de la ville de Lancut seront célébrées en hommage aux Justes.

Le site du mémorial Yad Vashem à Jérusalem, dédié à la mémoire de la Shoah, recense 6.620 Polonais distingués comme "Justes parmi les Nations".

L'idée de créer un tel musée en Pologne revient notamment à Mateusz Szpytma, historien et un parent de la famille des Ulma qui a sauvé les Juifs à Markowa.  

Le besoin d'un tel musée s'est fait sentir comme un contrechamp à la parution en 2000 du livre de l'historien américain Jan Tomasz Gross "Les voisins".

L'ouvrage révélait qu'à Jedwabne, village du nord-est de la Pologne, des juifs avaient été brûlés vifs dans une grange par leurs voisins polonais en 1941.

Jozef et Wiktoria Ulma ont caché pendant plus d'un an la famille de Saul Goldman, à Markowa.

Le couple et leurs six enfants, âgés de un à huit ans, ainsi que les huit membres de la famille Goldman, ont été exécutés le 24 mars 1944, après avoir été dénoncés.

L'histoire de cette famille est devenue le symbole de "nombreux héros qui, sans armes, se sont opposés au régime nazi", souligne Dariusz Stola, directeur du Musée Polin d'histoire des juifs polonais à Varsovie.

Le couple Ulma a reçu la médaille et le titre "Juste" attribué par l'Etat d'Israël

 

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