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Boulogne : cérémonie en l’hommage d’un fermier devenu Juste parmi les nations

mardi 18 juin 2019

Du 11/06/2019

 

Pierre-Christophe Baguet, le maire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), lors de la cérémonie à la mémoire de Pierre Delbos, qui s’est vu décerner le titre de Juste parmi les nations, le 6 juin 2019. (Crédit photo : YadVashemFrance / Twitter)

 

 

Pierre Delbos, agriculteur du Cantal, a sauvé quatre Juifs lors de la Seconde guerre mondiale

Ce jeudi 6 juin, une cérémonie était organisée à la mairie de Boulogne-Billancourt à la mémoire de Pierre Delbos, qui s’est vu décerner à titre posthume le titre de Juste parmi les nations par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem l’année dernière, a annoncé sur Twitter le Comité français de Yad Vashem.

Né en 1900, décédé en 1971, Pierre Delbos, agriculteur du Cantal, a sauvé quatre Juifs lors de la Seconde guerre mondiale. 

En 1942, Ruchla Apfelbaum trouve un passeur afin d’envoyer sa fille en zone non occupée. L’année précédente, son mari avait été déporté au camp de Pithiviers, avant d’être envoyé et assassiné à Auschwitz.

Pour son voyage, la jeune Raymonde, 3 ans, est accompagnée de sa tante Léa Konski, 16 ans. Après un passage par Dijon, elles se retrouvent à Niac, un hameau d’une dizaine de maisons de la commune de Ayrens, en Auvergne. Selon le site de Yad Vashem France, Pierre Delbos, 42 ans, divorcé, les a accueillies chaleureusement, leur laissant même son lit et allait dormir dans la grange.

 

« Il n’avait grand-chose, quatre vaches et un cochon », explique aujourd’hui au Parisien René Delbos, le neveu de Pierre Delbos. « Il s’est débrouillé, il a été très généreux. »

Etta Konski, la grand-mère maternelle de Raymonde, les rejoindront peu après accompagnée de son fils, l’oncle Maurice Konski.

 

« Pierre Delbos a tout fait pour rendre la vie le plus agréable possible pour ces quatre personnes », explique le site de Yad Vashem France. « Raymonde se souvient qu’elle restait le plus souvent dans la ferme sans sortir pour ne pas être vue des voisins. Il n’a pas été question de compensation financière pour leur séjour. Les quatre personnes sont restées à la ferme jusqu’au mois d’août 1944. »

 

Elles ont ensuite rejoint une tante, Sarah Konska, une sœur de la mère de Raymonde qui était cachée à Aurillac, à une quinzaine de kilomètres de la commune d’Ayrens. Ruchia Apfelbaum a finalement retrouvé sa fille – qu’elle n’avait pas vue pendant près de trois ans – à Aurillac. Le 27 mai dernier, cette même ville d’Aurillac a inauguré sa « rue des Justes ».

 

Après la guerre, les contacts se sont poursuivis entre Pierre Delbos et les familles Apfelbaum et Konski qu’il a permis de sauver. Le fermier leur a d’ailleurs rendu visite à plusieurs reprises à Paris.

 

Raymonde Kalma (née Apfelbaum) était présente à la cérémonie d’hommage à la mairie de Boulogne-Billancourt – ville où elle réside. Pierre Delbos est devenu Juste parmi les nations grâce aux efforts de la fille de Raymonde, Laurence Scebat.

 

Interrogée par Le Parisien sur les raisons pour lesquelles sa mère et ses proches se sont retrouvés dans la ferme de Pierre Delbos, dans le Cantal, Laurence Scebat répond : « Une des sœurs de ma grand-mère est allée en Auvergne à la recherche d’un lieu où faire héberger sa famille. Faisait-elle partie d’un réseau de résistance ? Je ne sais pas. Toujours est-il que son rendez-vous ne vient pas. À la place, elle rencontre un certain André. Il possédait une distillerie à Paris, dans laquelle Pierre Delbos a travaillé avant la guerre. Je pense que c’est comme ça qu’il se retrouve mêlé à l’histoire et voit arriver chez lui, quelques mois plus tard, ma mère et sa tante. »

 

« Personne ne les voyait [dans la commune]. Une dame âgée de 97 ans m’a raconté qu’elle voyait de temps en temps Maurice, l’oncle de ma mère, alors âgé d’une vingtaine d’années. Peut-être qu’il aidait Pierre Delbos à la ferme », ajoute Laurence Scebat.

 

Le titre de Juste parmi les nations est la plus haute distinction civile de l’Etat d’Israël. Il est décerné à ceux qui, par leurs actions et malgré le danger, ont permis de sauver la vie de Juifs durant la Seconde guerre mondiale. Au 1er janvier 2018, 27 362 personnes à travers le monde s’étaient vus décerner le titre, dont 4 099 en France.

 


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Un « Square des Justes » inauguré dans le Cantal

dimanche 9 juin 2019

Du 06/06/2019

 

 

Marcelle Tarrié, au centre, lors de la cérémonie d’inauguration du square des Justes dans la ville d’Aurillac, dans le Cantal, le 27 mai 2019. (Crédit photo : Préfet du Cantal / Twitter)

 

A cette occasion, Marcelle Tarrié a raconté l’histoire de sa famille et des Juifs qu’elle a cachés dans un moulin durant la guerre

Dans la ville d’Aurillac, dans le Cantal, un square a été renommé « square des Justes » le 27 mai dernier, en hommage aux citoyens qui ont sauvé des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, a rapporté le site de France 3 Régions, qui a rencontré Marcelle Tarrié, fille d’une Juste qui a, avec son mari, protégé un père et ses deux enfants dans la commune de Boisset.

A cette occasion, la femme a raconté l’histoire de sa famille et des Juifs qu’elle a protégés. 

Fuyant un Paris occupé, Georges Zylbertsein est arrivé là à l’été 1942 – ses enfants Michel et Olga le rejoindraient plus tard. Musicien juif, il avait rejoint le Cantal grâce à un réseau de la résistance et des faux papiers. La famille sera protégée par Blanche et Laurent Danguiral – son deuxième mari – qui les cachent dans un moulin qui leur appartient afin d’échapper aux Nazis. 

Marcelle Tarrié, alors âgée de 11 ans, explique aujourd’hui : « Il y avait un village au-dessus, et on allait chercher le lait là-haut. Il y avait une solidarité. Lui, le pauvre, il venait de la ville mais il essayait de rendre service aux gens. Il ramassait du bois, il le sciait. C’était une autre vie que l’on a du mal à comprendre aujourd’hui. »

Sous son nouveau nom, Georges Gilbert, le musicien juif parisien tente ainsi de se fondre dans le paysage de la campagne.

Grâce au couple, mais aussi au fils de Blanche, Jean-Louis Boissières, les trois Juifs survivront à la guerre – ce qui ne sera pas le cas de leur femme et mère, Betty, ainsi que de l’autre enfant de la famille, Harvey, restés à Paris, puis déportés à Auschwitz.

Après la guerre, Georges, Michel et Olga Zylbertsein reviendront à Paris et quitteront la France pour s’installer aux Etats-Unis en 1948. Georges y est décédé en 1990.

En 2016, Blanche et Laurent Danguiral et Andrée et Jean-Louis Boissières ont reçu le titre de Justes parmi les Nations, grâce aux efforts d’Olga Zilberstein, qui a réussi à les retrouver grâce à Internet. Elle avait contacté un certain Michel Danguiral, qui l’aiderait à retrouver la famille au même patronyme, et qui écrirait en 2018 un ouvrage sur leur histoire, intitulé Rescapé et s’appuyant sur les mémoires de Michel Zilberstein et de Marcelle Tarrié.

Durant la Seconde Guerre mondiale, en Auvergne, 197 Justes auraient sauvé 377 Juifs, explique Julien Bouchet, universitaire et auteur de Les Justes d’Auvergne. 28 Cantaliens comptent actuellement leur nom sur le mur des Justes, à Jérusalem.


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Cantal : à Boisset, elle raconte comment sa mère a sauvé des Juifs pendant la guerre

samedi 8 juin 2019

Du 06/06/2019

 

 

 

 

La mère de Marcelle, Blanche, a hébergé une famille de Juifs à Boisset dans le Cantal, durant la seconde guerre mondiale. / © Christian Darneuville / France 3 Auvergne

A Aurillac, dans le Cantal, le square de Vic a été rebaptisé square des Justes, en hommage à ces Français qui ont sauvé des Juifs lors de la seconde guerre mondiale. A Boisset, Marcelle raconte comment sa mère Blanche a abrité un père et ses deux enfants.

A Aurillac, dans le Cantal, le square de Vic se nomme désormais square des Justes. Il rend hommage à ces Français qui ont sauvé des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Parmi eux, Blanche Danguiral : elle et son mari ont abrité un père et ses deux enfants à Boisset. Sa fille Marcelle se souvient. Elle a vu un jour débarquer monsieur Georges, accompagné quelques temps plus tard par deux de ses enfants, Michel et Olga.

Un musicien juif qui a fui Paris occupé

Marcelle Tarrié se souvient : « On rentrait directement dans une grande pièce qui faisait office de cuisine. Il y avait la cheminée, et mes parents avaient mis ce qu’ils avaient comme meubles ». Cette famille est arrivée durant l’été 1942. Marcelle avait alors 11 ans. Elle raconte : « Il y avait un village au-dessus, et on allait chercher le lait là-haut. Il y avait une solidarité. Lui, le pauvre, il venait de la ville mais il essayait de rendre service aux gens. Il ramassait du bois, il le sciait. C’était une autre vie que l’on a du mal à comprendre aujourd’hui ». Goerges Zylbertsein, musicien juif, avait fui Paris avec ses enfants pour échapper aux Nazis. Il a pu se réfugier dans le Cantal grâce à un réseau de résistants

Une famille qui quittera la France

Simon Massebaum, délégué régional du comité français pour Yad Vashem souligne : « On s’aperçoit que ces deux familles, plus la municipalité, plus le village de Boisset, c’est tout un réseau qui s’organise et qui permet le sauvetage d’enfants en l’occurrence ». La femme de Georges et l’un de ses fils restés à Paris n’ont pas échappé à la mort. Michel, Olga et leur père Georges se sont installés aux Etats-Unis après la guerre. Grâce à Internet, Olga a retrouvé les membres de la famille de Marcelle. Elle demande pour eux le titre de Justes parmi les nations.

C. L avec Christian Darneuville

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Lundi 27 mai 2019. – Inauguration du square des Justes (parmi les Nations) à Aurillac

vendredi 7 juin 2019

Du 24/05/2019

 

Légende du photomontage : 15 septembre 2008. – Dans les allées du mémorial Yad Vashem de Jérusalem (Israël, planète Terre), nous avons photographié le caroubier planté par Alice Ferrières, première femme Juste parmi les Nations. Au pied de cet arbre, nous

 

 

Isabelle Sima, préfète du Cantal, Pierre Mathonier, maire d’Aurillac (Cantal, Auvergne-Rhône-Alpes, France, Europe, planète Terre), et Simon Massbaum, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem, ont inauguré, lundi 27 mai 2019, à 9 heures, le square des Justes, à côté de l’église Saint-Géraud, à Aurillac. Ce square s’appelait auparavant square de Vic.

Par cette initiative, la municipalité d’Aurillac et le Comité français pour Yad Vashem ont mis en lumière l’action de tous les Justes parmi les Nations, qui ont sauvé des Juifs par milliers, dans le monde entier, en tout désintéressement et le plus souvent au péril de leur vie. C’est aussi l’occasion de faire connaître aux Auvergnats et aux Cantaliens, jeunes qui n’ont pas connu cette époque, et plus anciens qui ont encore les frissons dus à la barbarie nazie, que des femmes et des hommes, originaires du Cantal ou d’autres terres, guidés par leur respect de l’être humain, ont porté secours à des personnes qui avaient été chassées de leur région (Alsace, Lorraine, Provence, etc.) ou de leur pays (Belgique, Allemagne, Autriche, ancien Empire austro-hongrois, Salonique, etc.), qui étaient persécutées, et/ou qui étaient précédemment maintenues en détention dans les camps d’internement du Sud de la France (antichambres de Drancy et des camps d’extermination).

Il faut rappeler que la médaille de Juste parmi les Nations, la plus haute distinction civile décernée par l’État d’Israël, a été créée en 1963. Cela veut dire que ceux qui œuvraient, durant la Seconde Guerre mondiale, pour sauver des Juifs, ne savaient qu’ils auraient éventuellement, un jour, une médaille ou une reconnaissance. Cela entraîne un certain profil commun à la plupart des Justes : la modestie de leur geste, normal pour eux.

La première femme déclarée Juste parmi les Nations en France a été, en 1964, Alice Ferrières (1909-1988). Son action s’est exercée à Murat (Cantal). Elle a été exceptionnelle, par l’ampleur du nombre de Juifs qu’elle a sauvés et de son organisation de placement des enfants juifs dans les familles. Voir sa biographie sur le site du Comité français pour Yad Vashem .

A Murat, elle a été aidée par Marie Sagnier (1898-1996) et par Marthe Cambou (1919-2018), devenue Barnet après la guerre, par son mariage.  

Avec Marthe Cambou-Barnet, nous avons enquêté à Murat et aux alentours sur les traces de son passé. Elle nous a invité à la remise de « sa » médaille de Juste parmi les Nations, à Paris, où elle était entourée de sa famille et d’une partie des Juifs qui avaient témoigné en sa faveur. Son père, Joseph Cambou, était directeur de l’école élémentaire d’application d’Aurillac, situé non loin du square des Justes parmi les Nations qui va être inauguré ce lundi.

Le sauvetage en masse d’enfants juifs a pu être réalisé grâce, d’abord, à des organisations juives ou à des médecins, infirmières, assistantes sociales, juifs ou non juifs, qui ont pu pénétrer dans les camps d’internement du Sud de la France, comme Gurs (Pyrénées-Atlantiques, Nouvelle Aquitaine), Rivesaltes (Pyrénées-Orientales, Occitanie) ou Agde (Hérault, Occitanie). Le docteur Issac Malkin a œuvré au camp juif de Rivesaltes, permettant ensuite à sa femme, Henriette, d’accueillir des enfants et adolescents juifs au Touring Hôtel à Vic-sur-Cère (Cantal), grâce à une structure œcuménique, l’Amitié chrétienne, et par une structure humanitaire juive, l’Œuvre de secours aux enfants (OSE). À un moment de son histoire, l’OSE a eu son siège national à Vic-sur-Cère, mais cela n’a pas duré.

Protestante comme Alice Ferrières, Suzanne Jacquet, épouse de Michel Vincent après la guerre, a pris la suite d’Henriette Malkin à Vic-sur-Cère. Les deux directrices ont pu compter sur l’efficacité de Roger Bonhoure qui a été reconnu Juste parmi les Nations pour avoir fabriqué, comme employé à la mairie de Vic-sur-Cère, une profusion de vraies-fausses cartes d’identité, avant de poursuivre une carrière professionnelle de secrétaire de mairie réalisant de vrais papiers. Hélène Turner, plus tard Lentschener, a bénéficié d’une vraie-fausse carte d’identité. Nous avons même retrouvé une femme dont le mari l’appelait, dans l’intimité, du prénom que lui avait donné, en vraie-fausse carte, Roger Bonhoure. Ce dernier nous a invité à « sa » cérémonie de remise de médaille de Justes parmi les Nations, à Vic-sur-Cère, le 18 juillet 2004.

Nous n’oublions pas les cadres des Éclaireurs israélites de France (appellation de l’époque), ceux de la Sixième, qui sillonnaient la France en culottes courtes, de Moissac (Tarn-et-Garonne, Occitanie) à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme, Auvergne-Rhône-Alpes), pour passer les contrôles routiers en se faisant passer pour plus jeunes qu’ils n’étaient, et pour veiller aux conditions d’hébergement des enfants placés. Raymond Winter et Marcel Gradwohl en faisaient partie. Avec Roger Gradwohl et Edgar Lévy, ils ont été fusillés par les nazis, le 14 juin 1944, au pont de Soubizergues, commune de Saint-Georges (Cantal), près de Saint-Flour.

Marie-Antoinette Liechty, que nous avons connue et qui a reçu, de son vivant, le titre de « Gardienne de la vie », était assistante sociale, en lien avec Mgr Gabriel Piguet, évêque de Clermont, le seul évêque français déporté (à Dachau, Allemagne), Juste parmi les Nations. Elle aussi devait veiller aux conditions d’hébergement des enfants placés, dans toute l’Auvergne, et notamment à Murat et dans les environs. Elle prenait le train pour se rapprocher des centres de protection des enfants, et emmenait son vélo pour circuler alentour.

Un autre prélat a eu un rôle important dans le sauvetage des Juifs : Mgr Jules Géraud Saliège, né à Mauriac (Cantal), archevêque de Toulouse. Par son homélie ripostant à la persécution des Juifs par l’Etat français (« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain »), il a mobilisé les bonnes volontés de la communauté catholique dans le sens humanitaire, alors que la propagande de l’État français et des nazis visait à isoler du reste de la population les Juifs, les Tziganes, les francs-maçons, les Témoins de Jéhovah, les étrangers et les patriotes.

Dans la liste des Justes parmi les Nations identifiés pour le Cantal, on retrouve ainsi des religieuses : Jeanne Dessaigne, Philomène Rolland, pour leurs actions à Allanche, Marie-Alice Vidal, pour son action à Pierrefort.

Non loin du Cantal, à Notre-Dame de Massip (Capdenac-Gare, Aveyron, Occitanie), la religieuse Denise Bergon a secouru de très nombreux enfants, en lien avec Mgr Saliège. Parmi ceux-ci notre ami Albert Seifer, ancien délégué régional Midi-Pyrénées du Comité français pour Yad Vashem.

Au sein de l’administration de l’État français, il n’était pas facile d’obéir aux ordres et à l’observation des lois scélérates (notamment les lois antijuives ou antimaçonniques) et d’agir dans un but humanitaire, digne et humain, sans se démasquer ni se faire dénoncer.

D’où le mérite d’Henri Weisbecker, commissaire de police d’Aurillac-Arpajon-sur-Cère, Juste parmi les Nations. Nous lui avons consacré une page, le 25 mars 2012, dans La Montagne, édition Cantal , et deux pages dans La Libération désirée tome 2 Massif central (Éditions Authrefois, . Il a confectionné des vraies-fausses cartes d'identité pour des Juifs, des résistants, des réfugiés, avec un tampon du commissariat dont il avait déclaré la perte. Il tenait secrètement un carnet où il notait les noms réels des personnes auxquelles il avait délivré ces vraies-fausses cartes, avec les noms de fausse identité, afin de leur réclamer la restitution après la Libération. Il a organisé, au sein du commissariat, un groupe de policiers résistants qui, en cas de rafles dont ils avaient connaissance des préparatifs ou des signes avant-coureurs, frappaient aux portes des Juifs qui risquaient une arrestation lourde de conséquences, pour leur dire de partir se cacher. Mais ces policiers (aidés aussi de résistants non policiers) ne laissaient pas leur carte de visite. D’où un vivier de Justes parmi les Nations potentiels. Nous avons eu le plaisir d’assister, à Nancy (Meurthe-et-Moselle, Grand Est), à la cérémonie de remise de la médaille des Justes parmi les Nations, à titre posthume, à Henri Weisbecker, invité par une de ses belles-filles, Yvette Weisbecker, qui a été elle-même sauvée par des Justes parmi les Nations..

Abel Enjalbert, secrétaire du commissaire Weisbecker, a lui aussi été reconnu Juste parmi les Nations, de même que Jeanne Lavialle, chef du « bureau des étrangers et des israélites » à la préfecture du Cantal. Nous avons assisté à la cérémonie au cours de laquelle Abel Enjalbert a été fait chevalier dans l’ordre national du Mérite, le 2 septembre 2006, aux Bacs de Montmeyre, commune de Ceyssat (Puy-de-Dôme), au pied du puy de Dôme, en présence de Laurent Rauzier, responsable du mouvement national de Résistance «  Les Ardents », auquel avait appartenu Abel Enjalbert. Avec Laurent Rauzier, nous avons assisté à ses obsèques en Dordogne, le 30 novembre 2006.

Révoqué par l’État français, le juge Alfred Chardon a, à Molompize et Vézac (Cantal), secouru Françoise Cahen et sa mère, qui ont été d’abord aidées par le couple Eugène et Florine Canal, et leur fille Denise, devenue plus tard épouse Varennes. Nous étions présent à la cérémonie dédiée, en mairie d’Aurillac, le 20 juin 2007.

Dans le cadre d’une opération humanitaire destinée à venir en aide aux petits réfugiés de Marseille (Bouches-du-Rhône, Provence-Alpes-Côte-d’Azur), après la destruction des vieux quartiers du vieux port de Marseille, en janvier 1943, et en raison de la famine qui y sévissait, les jeunes Edmond et Robert Mizrahi ont été accueillis à Aurillac, Edmond chez Henriette et Antoine Laybros, Robert chez Yvonne et Philippe Tête. Chacun a témoigné pour que ces deux couples soient reconnus Justes parmi les Nations. Robert Mizrahi, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem, a longtemps mis un point d’honneur à couvrir le Cantal en plus de sa vaste zone d’attribution, par reconnaissance éternelle pour son sauvetage et celui de son frère dans ce département.

Dans un article publié dans La Montagne, édition Cantal, le 11 octobre 2012 , nous avons rendu hommage à Amparo Pappo, qui a œuvré à Siran (Cantal).

D’autres Justes parmi les Nations ont été reconnus pour le Cantal. N’ayant pas enquêté sur leurs actions ni eu d’éléments nouveaux par nos recherches, nous nous contentons de les citer : Andrée et Jean-Louis Boissières, ainsi que Blanche et Laurent Danguiral, pour Boisset (Cantal). Le romancier Michel Danguiral leur a rendu hommage dans son livre « Rescapé », édition Scribe d’Opale, 2018.

Pierre Delbos, à Ayrens, a conjugué le bon sens et la fraternité paysans pour sauver quatre personnes.

À Massiac, trois personnes (Paul et Jean-Michel Dousselin, ainsi qu’Antoinette Nicolas) ont aidé des Juifs, avec l’appui de gendarmes et de secrétaires de mairie.

Après avoir enquêté sur ces actions de sauvetage, dialogué avec ces Justes, leurs familles, et les personnes sauvées, nous retenons quelques leçons de vie.

Certains étaient résistants, mais la force de la résistance civile qu’ont manifestée ces Justes parmi les Nations est loin d’être négligeable. Elle permet, aujourd’hui, aux jeunes générations, de croire en un avenir meilleur et de montrer que le respect de l’autre, de l’être humain, différent, étranger, ne parlant pas leur langue, est impératif dans la douceur, le courage et la fermeté. Et sans se faire bercer par les sirènes de l’exclusion.

Les Justes parmi les Nations n’ont pas créé les mouvements humanitaires, mais même individuellement, sans forcément de lien les uns avec les autres, ils ont illustré que l’on pouvait venir en aide, même en prenant des risques, risques d’être emprisonné, déporté ou fusillé. Mais lorsque ces acteurs coordonnaient leurs actions – alors que le titre de Juste parmi les Nations n’existait pas, rappelons-le –, ils étaient plus efficaces. L’action des Justes parmi les Nations s’inscrit dans la logique de la création des ONG, qui apparaissent dans la charte des Nations Unies en 1945.

Dans le cas du sauvetage des enfants juifs du Touring Hôtel, le rôle de la Résistance aurillacoise, et notamment du service de renseignement des Mouvements unis de la Résistance (SR-MUR, dont le noyau était à la préfecture d’Aurillac), a été essentiel pour alerter la directrice, Suzanne Jacquet, des risques de rafles.

 Manuel Rispal.

 

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Boulogne-Billancourt : la famille n’a pas oublié le fermier du Cantal qui lui a sauvé la vie

vendredi 7 juin 2019

Du 05/06/2019

 

 

 

 

Boulogne, 4 juin 2019. Laurence Scebat est la fille Raymonde, petite fille de trois ans cachée avec d’autres membres de la famille pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans ses mains, une photo de la ferme de Pierre Delbos dans le Cantal. LP/Estelle Dautry Une cérémonie est organisée ce jeudi à la mairie de Boulogne-Billancourt pour honorer Pierre Delbos, reconnu Juste parmi les nations à titre posthume. En présence de la petite fille juive de trois ans qu’il a sauvée en la cachant pendant la guerre.

Pendant deux ans, de 1942 à août 1944, Pierre Delbos cache dans sa ferme du Cantal quatre juifs d’une même famille. Laurence Scebat, la fille de l’une des survivantes, s’est battue pour qu’il soit reconnu Juste parmi les nations à titre posthume.

C’est aujourd’hui chose faite, et la cérémonie officielle se tient ce jeudi en mairie de Boulogne-Billancourt, où vivent Laurence et sa mère, Raymonde Kalma.

 En 1942, Raymonde a trois ans. Son père est interné à Pithiviers (Loiret) avant d’être déporté et assassiné à Auschwitz. Sa mère trouve un passeur pour emmener la petite fille en zone libre. Avec sa tante Léa Konski, âgée de 16 ans, l’enfant trouve refuge dans la ferme de Pierre Delbos à Niac, dans le Cantal. Quelques semaines après, elles sont rejointes par Eta Konski, la grand-mère maternelle de Raymonde, et son fils, Maurice Konski.

La ferme de Pierre Delbos, à Niac dans le Cantal au début des années 1980. C’est ici qu’il a caché quatre juifs de 1942 à 1944. DR

Pierre Delbos a alors 42 ans. Il vit seul. Comment les quatre juifs parisiens se retrouvent-ils chez lui ? Raymonde, qui est la seule survivante aujourd’hui, n’était qu’une enfant et n’a jamais su exactement.

Pendant deux ans, il laisse sa chambre à la famille

Sa fille, Laurence Scebat, a reconstitué une partie du récit. « Une des sœurs de ma grand-mère, est allée en Auvergne à la recherche d’un lieu où faire héberger sa famille. Faisait-elle partie d’un réseau de résistance ? Je ne sais pas. Toujours est-il que son rendez-vous ne vient pas. À la place, elle rencontre un certain André. Il possédait une distillerie à Paris, dans laquelle Pierre Delbos a travaillé avant la guerre. Je pense que c’est comme ça qu’il se retrouve mêlé à l’histoire et voit arriver chez lui, quelques mois plus tard, ma mère et sa tante ».

Pendant deux ans, Pierre Delbos laisse sa chambre à la famille. « Il n’avait grand-chose, quatre vaches et un cochon, explique aujourd’hui son neveu, René Delbos. Il s’est débrouillé, il a été très généreux. »

Après la guerre, Pierre Delbos ne parle pas de ce qu’il a fait, même si dans le hameau de Niac, qui compte une dizaine de maisons, tout le monde était au courant. « Personne ne les voyait. Une dame âgée de 97 ans m’a raconté qu’elle voyait de temps en temps Maurice, l’oncle de ma mère, alors âgé d’une vingtaine d’années. Peut-être qu’il aidait Pierre Delbos à la ferme. »

Raymonde et Léa. La fillette et sa tante ont passé deux ans dans la ferme Pierre Delbos, cachées au reste du village. DR.

« Quand il venait, c’était comme si le bon Dieu était là »

Le fermier entretient des relations distantes avec sa famille. « Après la Guerre, chaque année, on disait que l’oncle était parti à Paris chez la famille juive », se souvient René Delbos. Mais personne ne lui pose de question jusqu’à sa mort, en 1971.

À Paris, Pierre Delbos se rend effectivement chez Maurice Konski. « Je me souviens que quand il venait, c’était comme si le bon Dieu était là, sourit aujourd’hui Laurence Scebat. Il repartait dans le Cantal avec une valise de costumes que Maurice, qui était tailleur, lui donnait. Des costumes qu’il n’a jamais portés à la ferme… »

Il y a quelques années, Raymonde confie à sa fille Laurence vouloir rendre hommage à celui qui l’a sauvée. L’été 2016, Laurence Scebat contacte René Delbos. Elle souhaite monter un dossier pour que son oncle soit reconnu Juste parmi les nations par Yad Vashem. La reconnaissance est arrivée en janvier 2018. Aujourd’hui en France, 4 088 personnes se sont vues accorder le titre de Juste pour avoir sauvé des juifs, au péril de leur vie.

Maurice Konski, devenu tailleur après la guerre, offrait régulièrement des costumes au fermier qui l’a caché pendant deux ans. DR

«Ma mère est très heureuse »

« Ma mère est très heureuse. Un peu stressée, c’est sa toute petite enfance qui remonte, explique Laurence. Elle est aussi fière que moi que cette reconnaissance ait lieu. Et en 2019, avec les relents antisémites et la barbarie que nous voyons encore dans le monde, montrer qu’il y a eu des gens bien et que quand il y en a, ça peut changer le cours de l’histoire, c’est très important à mes yeux. » Le seul regret de Laurence, c’est de n’avoir trouvé aucune photo de Pierre Delbos.

Son neveu René sera ce jeudi à Boulogne, accompagné de sa famille. « À mon grand regret, j’ai très peu connu mon oncle. Aujourd’hui, je suis très fier de ce qu’il a fait », confie celui qui vit toujours à quelques kilomètres de la ferme de Niac.

Raymonde Kalma et sa grand-mère Eta, après la guerre. DR

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Yvelines. Brueil-en-Vexin : l’ancien maire a sauvé une mère et sa fille juives de la déportation

mercredi 22 mai 2019

Du 17/05/2019

 

 

 

Bruno Caffin, le maire de Brueil-en-Vexin (Yvelines), entouré du député et de la conseillère départementale, ce 8 mai, quand la plaque a été dévoilée.

Henri Debauge, ancien maire de Brueil-en-Vexin (Yvelines), a hébergé une mère et sa fille juives pendant la guerre. Pour cela, lui et son épouse Thérèse ont été nommés Justes parmi les nations à titre posthume en 2006. Le maire actuel, Bruno Caffin, leur a rendu hommage en dévoilant ce 8 mai une plaque en leur mémoire apposée sur leur ancienne maison.

Début 1944, Madame Tyger et sa fille Marguerite ont fui leur appartement parisien, alors que la Gestapo frappait aux portes. Des amis et des membres de leur famille les ont aidés à rejoindre Brueil pour loger chez des amis de l’employeur de Madame Tyger, les Debauge, dont le mari était le maire du village à l’époque.

Le couple va cacher les deux fugitives chez lui jusqu’à la Libération en septembre 1944, les traitant avec bonté et générosité. Des années après, Marguerite Tyger témoigne de sa reconnaissance envers ceux à qui elle doit sans doute la vie : « J’avais 14 ans quand je suis arrivée ici. Jamais je n’oublierai ces personnes qui nous ont accueillies sans rien en retour. On avait tout ce qu’il nous fallait et on était en sécurité. Nous faisions partie de la famille. J’espère que cela servira d’exemple aux jeunes générations, pour qu’elles continuent à se donner la main. »

Elle était restée très proche des Debauge jusqu’à leur décès.

Renaud Vilafranca

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