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La dernière lettre au couple de Boissy-Saint-Léger qui sauvera son enfant

mercredi 22 mai 2019

Du 02/05/2019

 

 

 

François et Berthe Bousson tiennent une petite épicerie à Boissy-Saint-Léger dans les environs de Paris. En 1938, Hillel et Nacha Rutkowski, un couple juif qui réside à Paris, confie leur fils Jacques à la famille Bousson. Nacha, qui est en convalescence suite à un épisode de tuberculose, vient rendre visite à son fils tous les mardis.

 

 

En 1941, Hillel Rutkowski est arrêté et interné à Drancy, le camp de transit d’où partent les convois vers Auschwitz et d’autres camps d’Europe de l’Est. Il reste en détention jusqu’à sa déportation en juin 1942.

Sa femme Nacha est arrêtée lors de la grande rafle du Vel d’Hiv le 16 juillet 1942 et déportée vers l’Est quinze jours plus tard. Avant son départ, elle parvient à faire sortir clandestinement de Drancy une lettre adressée aux Bousson, dans laquelle elle leur demande de traiter Jacques comme leur propre fils.

Les Bousson honoreront cette requête et prendront soin de Jacques jusqu’à la fin de la guerre. Après la Libération, ils rendront l’enfant devenu orphelin à des membres de sa famille à Lyon.

Lettre envoyée par Nacha Rutkowska à Berthe Bousson en juillet 1942, avant sa déportation à Auschwitz le 29 juillet.

Bien qu’elle exprime dans cette lettre sa certitude qu’elle sera bientôt de retour, Nacha ne reviendra jamais chercher son enfant. Elle fut probablement assassinée peu de temps après son arrivée au camp d’extermination.

Hillel, l’époux de Nacha, a été déporté un mois auparavant, le 22 juin 1942. Il survivra à la première sélection au moment de son arrivée à Auschwitz et parviendra à rester en vie un peu plus d’un mois avant de succomber du fait des conditions de vie du camp.

Son nom figure dans les registres d’Auschwitz avec ceux des personnes décédées le 28 juillet 1942, soit trois jours avant l’arrivée de sa femme au camp. Le souhait de revoir son mari exprimé par Natacha dans sa lettre ne sera pas exaucé.

La dernière lettre

Chère madame Bousson,
Comme vous le savez probablement, je suis actuellement à Drancy et à l’heure où vous lirez ces lignes, je serai déjà en route pour la déportation, probablement en Pologne. Cependant, ne croyez pas que je sois désespérée. Au contraire, je suis plus confiante que jamais quant à l’avenir. Je sais, je sens, que cette misère dans laquelle je me trouve actuellement ne va pas durer longtemps et que je reviendrai bientôt en en bonne santé. Si c’est effectivement en Pologne que nous allons, j’essaierai d’y trouver mon mari et les amis dont je vous ai parlé. J’ai une demande à vous faire : celle de protéger mon enfant et de prendre soin de lui comme si c’était le vôtre. J’ai pleinement confiance en vous.

Je vous demande de ne pas confier mon petit à qui que ce soit, à l’exception de ma mère. Je vous ai envoyé de l’argent. Vous l’avez probablement déjà reçu. Il se peut que je puisse aussi envoyer un colis avec des vêtements, mais ce n’est pas certain. Si j’en envoie un, vous en serez avertie et vous pourrez aller le récupérer. Je vous demande de vous rendre à nouveau à l’adresse que je vous ai donnée, même si je sais que vous avez beaucoup à faire. A présent, je dois vous quitter. Je vous demande encore une fois de prendre soin de mon petit et de faire en sorte qu’il ne manque de rien. J’ai demandé à quelqu’un d’écrire cette lettre pour moi, car je ne suis pas en état d’écrire. Veuillez m’en excuser. 
Madame Rutkowska.

Pour obtenir mon adresse, veuillez-vous adresser à la Croix-Rouge française. Je vous écrirai dès que possible. Monsieur Max Bedouet viendra vous voir. Faites-lui bon accueil, c’est un homme bon.

Le 27 août 1996, Yad Vashem reconnaîtra François et Berthe Bousson comme Justes parmi les Nations.

Haï

 

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TEMOIGNAGE - L'ancien maire de Saint-Aubin à Yad Vashem : "Difficile de retenir ses larmes"

mercredi 22 mai 2019

Du 02/05/2019

 

 

 

 

 

 

 

Stéphane Delpeyrat devant le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem - Stéphane Delpeyrat L'ancien maire de St Aubin (Landes), conseiller municipal et conseiller régional, Stéphane Delpeyrat, est en Israël, au mémorial de Yad Vashem, construit en mémoire des victimes de la Shoah. Deux familles de la commune landaise ont été reconnues Justes parmi les Nations en 1992. 

L'ancien maire de St Aubin, conseiller municipal et conseiller régional, Stéphane Delpeyrat, est en Israël, à Tel Aviv et à Jérusalem, au mémorial de Yad Vashem, construit en mémoire des victimes de la Shoah. Deux familles de la commune landaise ont été reconnues Justes parmi les Nations en 1992.  Stéphane Delpeyrat est le témoin de l'actu de France Bleu Gascogne ce vendredi.

France Bleu Gascogne : une cérémonie au mémorial de Yad Vashem c’est forcément émouvant ? 

Stéphane Delpeyrat : Ah c’est extrêmement émouvant, c’est la cérémonie nationale qui a lieu chaque année à Yad Vachem qui est le mémorial de la Shoah. Pendant 2 minutes, une sirène retentit et tout le pays d’arrête. Les gens sur la route, tout le monde est immobile. Et puis il y a une cérémonie au mémorial Yad Vachem avec le président de l’Etat d’Israël, le Premier Ministre, la président de la Cour Suprême et le président de la Knesset et puis beaucoup de familles de survivants avec de nombreux témoignages et la cérémonie se termine avec un survivant qui allume une vasque avec une flamme comme symbole de renaissance et j’avoue que c’est assez difficile de retenir son émotion. 

Est-ce que l’on pleure ? 

Oui. Je crois qu’il faut le dire. Oui… oui quand on a assisté aux témoignages des survivants, qu’on voit leur arrivée sur la scène et qu’ils rallument cette flamme, c’est difficile de retenir ses larmes. 

Vous vous étiez déjà rendu au mémorial de Yad Vashem ? 

Non jamais, c’est la première fois que je viens en Israël donc c’est une découverte pour moi. 

Vous avez déposé un œillet en hommage à ces deux familles de Saint-Aubin ? 

Oui, les maires qui sont là, on était une vingtaine à déposer chacun une fleur en face des noms des justes de leur commune. C’est inoubliable et puis il y a la visite aussi du musée qui est bouleversante. Le mur des noms où on a une pièce gigantesque remplie de dossiers des 6 millions de juifs qui ont été exterminés pendant la guerre et on sort par un jeu de miroir avec les visages des enfants qui ont été massacrés. Voilà, c’est quand même assez bouleversant, c’est quelque chose qui restera gravée au fond de mon cœur, ça c’est certain. Les autorités Israéliennes ont rappelé à juste titre dans leurs discours que tout ça n’était pas fini, qu’il y avait encore beaucoup d’actes antisémites et qu’on était chargé les uns et les autres de rester vigilants. C’est un appel qu’on peut lancer parce qu’il y a eu dans notre pays malheureusement beaucoup d’actes antisémites et encore la semaine dernière aux Etats Unis. Il ne faut pas croire que tout ça est passé et derrière nous malheureusement. 

Stéphane Delpeyrat, qui représente la commune de Saint-Aubin, aux côtés de Pierre François Veil , fils de Simone Veil, et du Président de Yad Vashem France - Stéphane Delpeyrat

Valérie Mosnier

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Pendant la guerre, les époux Ménard ont caché des juifs, à Mauves-sur-Huisne

mercredi 22 mai 2019

Du 29/04/2019

 

 

 

Les descendants des familles Ménard et Nadebrick étaient présents à cet hommage. (©Le Perche) Madeleine et Roger Ménard, anciens instituteurs à Mauves-sur-Huisne, avaient caché, durant la Seconde Guerre mondiale, des personnes de confession juive.

Émouvante cérémonie,samedi 27 avril 2019 devant la mairie de Mauves-sur-Huisne (Orne), où un hommage était rendu à Madeleine et Roger Ménard.

Ces anciens instituteurs du village ont été reconnus « Justes parmi les nations » le 25 décembre 1995.

Ils avaient

caché, durant la Seconde Guerre mondiale, des personnes de confession juive.

En présence du sous-préfet Olivier Bitz, des élus locaux, de Patrick Barone (représentant le Comité français pour Yad Vashem), et des descendants des époux Ménard et des personnes qui furent cachées, une plaque a été dévoilée sur le mur de la mairie.

Un logement au-dessus de la mairie

Les époux Ménard occupaient, dans les années 40, le logement situé au premier étage de cette dernière.

Trois gerbes de fleurs ont été déposées, avant une minute de silence suivie de l’hymne national repris a cappella. Quatre élèves de l’école de Mauves-sur-Huisne ont lu des textes de Paul Rosenberg et Simone Veil.

Une plaque a été dévoilée, samedi 27 avril 2019. (©Le Perche )

Serge Ferrand, 88 ans, cousin du Dr Nabedrick, réfugié à Mauves grâce aux époux Ménard, et ancien élève de Roger Ménard, a évoqué avec beaucoup d’émotion la période 42 – 44.

Je me retrouve ici avec Michel Ménard, après 75 ans d’absence, et c’est une grande émotion pour moi. Les époux Ménard nous ont procuré de vraies fausses cartes d’alimentation et de vrais faux papiers indispensables à notre survie. Ils n’ont pas hésité à risquer leur vie et leur liberté pour nous venir en aide. 

Le maire, Jean-Pierre Rocton, a retracé l’histoire des époux Ménard, « pour comprendre la bravoure dont ils ont fait preuve, il faut se replonger plus de 75 ans en arrière. »

Faux papiers et cartes d’alimentation

Roger et Madeleine Ménard étaient tous deux instituteurs à l’école du village, et, comme c’était souvent le cas, l’instituteur était également le secrétaire de mairie.

En 1942, le Dr Nabedrick, un jeune dentiste juif, arriva au village avec sa femme et leur toute petite fille.

Il cherchait un asile, mais aussi un endroit où il pourrait exercer son métier.

Conformément à la loi, il alla se faire enregistrer à la mairie. Il espérait obtenir des papiers sans la mention « juif » qui lui rendrait impossible l’exercice de sa profession.

Roger Ménard lui remit de faux papiers et le dentiste ouvrit un cabinet.

Seul Roger et sa femme savaient qu’il était juif.

Mentir à tout le monde, pour protéger

Ils avaient dit à tout le monde que les nouveaux venus étaient des membres de leur famille. Qu’ils avaient dû quitter leur domicile sur la côte bretonne parce que les Allemands y construisaient des fortifications.

Cet été-là, le père du dentiste, resté à Paris, fut arrêté puis déporté en Allemagne. Sa mère se retrouva seule. Il fut alors décidé que toute la famille viendrait se réfugier à Mauves-sur-Huisne.

Roger et Madeleine Ménard, et leurs enfants. (©Site Yad Vashem)

L’un des deux cousins, Serge Ferrand, qui avait alors onze ans, témoigna après la guerre qu’il avait fréquenté l’école communale pendant deux ans, jusqu’à la Libération.

Les Ménard avaient procuré à tout le monde des faux papiers et des cartes d’alimentation – à l’insu du maire, « collaborateur notoire. »

Lorsque les gendarmes commencèrent à poser des questions, les Ménard s’en tinrent à leur version habituelle.

Quelqu’un dénonça pourtant le dentiste, l’accusant d’exercer sans permis.

Il « disparut » alors, se cachant dans le grenier des Ménard où il vécut jusqu’à la fin de l’Occupation.

C’est alors qu’il apprit que Roger et Madeleine faisaient également partie de la Résistance, et qu’ils avaient risqué leur vie pour les sauver.

 


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Saint-Etienne : deux femmes méconnues ont sauvé près de 200 juifs pendant la dernière guerre

dimanche 19 mai 2019

Du 28/04/2019

 

 

 

 

Marinette Guy et Juliette Vidal ont sauvé pendant la seconde guerre mondiale près de 200 mères et enfants juifs. Elles ont été reconnues Justes parmi les nations par l’état d’Israël en 1969. Un cas meconnu révélé à l'occasion de la Journée du souvenir des Marinette Guy et Juliette Vidal ont sauvé pendant la seconde guerre mondiale près de 200 mères et enfants juifs. Elles ont été reconnues Justes parmi les nations par l’état d’Israël en 1969. Un cas meconnu révélé à l'occasion de la Journée du souvenir des victimes de la déportation

Tout débute dans l’entre-deux guerres. Quand deux femmes d’une petite trentaine d’années, Marinette Guy, une jeune Lyonnaise, et Juliette Vidal, une jeune Stéphanoise fille de médecin, toutes deux catholiques pieuses et impliquées, fondent l’Aide aux mères, une structure d’accueil et de prise en charge de mères en difficultés et de leurs enfants. Tout se passe à Saint-Etienne. Ce dispensaire va devenir d’un des rouages de  la résistance locale, l’un des foyers de mise en sécurité de nombreux enfants juifs notamment, réfugiés en zone libre. Parents et enfants sont alors placés dans des familles dans la région stéphanoise, en concertation avec l’association juive OSE qui intervient en faveur des enfants qui nécessitent d’être cachés et mis en sécurité. Marinette et Juliette n’hésiteront pas également à se lancer dans la production de faux papiers pour les mères et leurs enfants, tout comme pour les groupes de résistants éparpillés dans les collines ligériennes.

De Saint-Etienne à Chamonix

A partir de 1942, raconte Christine Guy-Vidal (qui a épousé Pierre Guy Vidal, le fils adopté par les deux jeunes femmes Marinette et Juliette après la guerre), des enfants sont transférés à Chamonix, dans un ancien baraquement d’EDF qui va faire office de colonie de vacances. Un lieu où les enfants parviennent, bon an mal an, à oublier la guerre et à vivre une vie presque normale. « Ils allaient se promener, ils faisaient des concours de ceux qui ramassaient le plus de myrtilles, ils lisaient par terre sur le trottoir. Et puis ils chantaient pour les fêtes, aussi bien à Noël que pour toutes les fêtes juives. » Au total, ce sont pas loin de 200 personnes qui ont pu être sauvées. Dont une cinquantaine qui ont pu passer en Suisse. A l’issue de la guerre, Marinette et Juliette retournent créer à Saint-Etienne une maison de famille pour accueillir, toujours en partenariat avec OSE, des enfants juifs dont les parents sont morts dans les camps d’extermination.

Reconnues Justes parmi les nations

Deux ans plus tard, elles prennent la direction du sud et s’établissent à Nice où Pierre, leur fils adoptif, grandit dans une ambiance pacifiée. Juliette Vidal et Marinette Guy vont être reconnues "Justes parmi les nations" par l’État d'Israël à la fin des années 60, à la demande de leurs protégés désormais installés en Israël. Elles seront accueillies avec les honneurs à Tel Aviv, alors qu’elles étaient restées on ne peut plus discrètes auprès des leurs sur leur engagement pendant la guerre. Depuis de nombreuses années, Christine Guy-Vidal et son mari Pierre, le fils adoptif des deux jeunes femmes Marinette et Juliette, habitent aujourd’hui dans un chalet situé au hameau des Bois, à Chamonix (Haute-Savoie). Un chalet qui avait été offert aux deux femmes, bien après la guerre, par certains ex-protégés qui avaient décidé de se cotiser pour ce cadeau mémoriel.

Tout débute dans l’entre-deux guerres. Quand deux femmes d’une petite trentaine d’années, Marinette Guy, une jeune Lyonnaise, et Juliette Vidal, une jeune Stéphanoise fille de médecin, toutes deux catholiques pieuses et impliquées, fondent l’Aide aux mères, une structure d’accueil et de prise en charge de mères en difficultés et de leurs enfants. Tout se passe à Saint-Etienne. Ce dispensaire va devenir d’un des rouages de  la résistance locale, l’un des foyers de mise en sécurité de nombreux enfants juifs notamment, réfugiés en zone libre. Parents et enfants sont alors placés dans des familles dans la région stéphanoise, en concertation avec l’association juive OSE qui intervient en faveur des enfants qui nécessitent d’être cachés et mis en sécurité. Marinette et Juliette n’hésiteront pas également à se lancer dans la production de faux papiers pour les mères et leurs enfants, tout comme pour les groupes de résistants éparpillés dans les collines ligériennes.

Daniel Pajonk

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Clichy : Yvonne et Edmond ont sauvé trois juifs pendant la guerre

samedi 20 avril 2019

Du 29/03/2019

 

 

 

 

Clichy : Yvonne et Edmond ont sauvé trois juifs pendant la guerre Les deux fils de Rachel rendront hommage dimanche à la mémoire de ce couple de Clichy qui a caché leur mère, leur tante et son fils à partir de l’hiver 1942 et jusqu’à la Libération.

Pour les voisins du 77, rue de Paris, à Clichy, Esther était madame Germaine et sa sœur Rachel madame Raymonde. Des noms d’emprunt trouvés par Yvonne, qui dans le chaos de la France occupée, décida de venir en aide aux deux jeunes femmes et à Serge, 10 ans, le fils d’Esther.

Ce dimanche matin à 10h30, une plaque commémorative en mémoire d’Yvonne et de son mari Edmond Fournier sera dévoilée devant le 11, rue Pasteur, immeuble tout proche où les Fournier se sont ensuite établis, laissant l’appartement de la rue de Paris à Rachel et Esther. Une cérémonie qui intervient dix ans après la médaille de Justes parmi les Nations décernée au couple à titre posthume. Cette distinction est décernée par l’Etat hébreu à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l’occupant nazi.

« Yvonne et Edmond, c’est notre famille »

 
C’est à compter de l’hiver 1942 qu’Yvonne accueille dans le petit appartement de la rue de Paris les deux sœurs originaires de Pologne. Esther, Rachel et Serge viennent d’échapper à la rafle du Vél d’Hiv, en juillet 1942, au cours de laquelle plus de 13 000 juifs sont arrêtés et déportés. « Deux femmes seules, sans mari, avec un petit garçon et un fort accent slave… Personne dans le quartier ne devait être dupe. Mais personne ne les a dénoncés », souffle Roland, qui tient à rendre hommage à tous les Clichois dans le discours qu’il prononcera ce dimanche matin.

Si les deux sœurs sont seules, c’est parce que le mari d’Esther, Zélik, a été arrêté dès mai 1941. Et déporté à Auschwitz en juin 1942 dans l’un des tout premiers convois. « Nous n’avons jamais connu notre oncle, il a été tué dès son arrivée », racontent Jean-Pierre, né en 1946 et Roland, en 1948.

Leur père, Roger, échappe aux camps de concentration. « Il était soldat français et a été mobilisé une semaine après son mariage. Et capturé en 1940 à Dunkerque. Il a donc passé la guerre comme prisonnier militaire », raconte Roland, qui possède toujours le bracelet de soldat son père. Lequel ne découvrira qu’en mai 1945 l’existence des Fournier.

Yvonne et Rachel. DR.
Lorsque Esther et Rachel rencontrent Yvonne, cette dernière est également seule. Ses deux filles nées d’une première union sont en pension en zone libre, et son compagnon Edmond Fournier a été envoyé en Allemagne pour le service du travail obligatoire (STO). « C’est au cours d’une permission qu’Edmond découvre qu’Yvonne cache des juifs dans leur appartement. Immédiatement il approuve et soutient sa compagne », raconte Roland.

Un portrait photo pour échapper à la Gestapo

Des histoires et des anecdotes racontées par leur mère, disparue en 2016 à l’âge de 102 ans, il en existe de nombreuses. Comme celle liée au portrait de Rachel et Serge.

« Ils étaient boulevard Bonne-Nouvelle à Paris et se sont précipités chez un photographe en voyant des agents de la Gestapo qui arrêtaient des passants. Le photographe a alors conseillé à ma mère d’aller se maquiller tranquillement dans la pièce du fond car il avait encore des choses à faire », raconte Roland, persuadé que le photographe leur a ainsi sauvé la vie.

Paris, 25 mars 2019. Roland et Jean-Pierre, fils de Rachel, cachée pendant la guerre à Clichy par Yvonne et Edmond Fournier.

Dans les albums souvenirs, les photos des deux familles se mélangent et racontent la même histoire. Un devoir de mémoire essentiel pour les deux frères qui redécouvrent un cliché d’eux, enfants, sur les allées Gambetta. « Nous avons passé quelques années dans le minuscule appartement de la rue de Paris, quand notre père avait son atelier de confection un peu plus bas dans la rue », se souviennent-ils.

Ce n’est qu’en 1953 qu’ils quittent Clichy pour s’installer rue des Francs-Bourgeois, à Paris. « Mais on revenait souvent pour voir les Fournier et nous sommes aujourd’hui encore en contact avec les petits-enfants d’Yvonne », insistent-ils. Même s’il ne reste désormais plus qu’eux pour raconter l’histoire d’amitié entre Yvonne, Rachel et Esther dans un Paris occupé. Et le courage exemplaire de cette Clichoise.


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TÉMOIGNAGE. "Grâce à eux, j’ai pu échapper à la barbarie nazie"

jeudi 18 avril 2019

Du 18/03/2019

 

 

 

 

De gauche à droite : René Riaud, maire, Alain de Gorce et Marie-France Jarnier (descendants des trois médaillés) et Simon Grinsztajn, juif sauvé par des Bretons pendant la guerre 39-45. Ouest france Simon Grinsztajn a survécu pendant la Seconde Guerre mondiale grâce à l’accueil de trois Bretons, habitant Sixt-sur-Aff, près de Redon. 170 personnes étaient réunies ce dimanche après-midi à l’espace de l’Aff de Sixt-sur-Aff, à l’occasion de la remise de médailles des Justes parmi les Nations, à titre posthume.

« Nous sommes tous réunis afin d’honorer la mémoire de Léonie, Marie-Ange et Félix Jarnier. Grâce à eux, j’ai pu échapper à la barbarie nazie. » À près de 90 ans, Simon Grunsztajn se souvient toujours très bien des épreuves que sa famille a subies pendant la Seconde Guerre mondiale. Son père, Benjamin, et son oncle, Herzl, s’étaient engagés dans la Légion étrangère en 1939. Démobilisée en juin 1940, la famille se retrouvait au complet à Paris. Cela ne dura qu’un an.

En mai 1941, Herzl est convoqué, arrêté puis interné au camp de Pithiviers. Il sera déporté et assassiné l’année suivante, tout comme sa femme et ses deux filles. À partir de ce mois de mai, la famille de Simon entre dans la clandestinité. Et échappe miraculeusement à la rafle du 16 juillet 1942. « Après cela, on m’a mis dans une ferme dans le Loiret, en pension » , relate Simon. Ses parents et sa sœur se cachent dans le Loir-et-Cher. Le fermier découvre quelques mois plus tard qu’il a été dénoncé et renvoie l’enfant de 12 ans ans à Paris, en train.

Un nom d’emprunt

« Je me suis retrouvé à errer dans Barbes, quartier que je connaissais bien, à la recherche d’un peu d’aide. Mais je n’ai trouvé que des portes fermées. » Sa chance tourne lorsqu’il se souvient de Jean, son camarade de jeu. « C’est sa mère, Léonie Luiggi (son nom d’épouse, NDLR), qui a ouvert. Elle m’a logé, coiffé et nourri » , raconte-t-il avec émotion.

Sans attendre, elle l’emmène au matin chez sa sœur, Marie-Ange Fontaine, qui vit avec sa fille dans une maison composée d’une seule pièce. Simon découvre alors l’un des hameaux de Sixt-sur-Aff, Noyal. Il prend un nom d’emprunt : Simon Benjamin. « Dès le deuxième jour, j’ai fait connaissance des voisins. Tout de suite, je me suis trouvé en sécurité, bien intégré. Les habitants avaient toujours le sourire. »

Dans l’impossibilité d’aller à l’école, il évite de quitter la maison et ses environs, par précaution. « Pour me rendre utile, j’ai participé aux travaux des champs avec Félix Jarnier, le frère de Marie-Ange et Léonie. Je suis devenu un petit Breton. » À la Libération, il a pu retrouver sa famille à Paris.

« Au péril de leur vie »

Soixante-dix-sept ans après les faits, ces trois habitants de Sixt-sur-Aff ont été mis à l’honneur ce dimanche après-midi, à l’espace de l’Aff. Ils ont reçu, à titre posthume, la médaille de Juste parmi les Nations. « Jusqu’à aujourd’hui, on comptait dix-neuf Bretons qui ont obtenu cette distinction » , note Roland Korenbum, délégué régional du comité français Yad Vashem, qui décerne ces médailles. « C’est un motif de très grande fierté et d’intense émotion que d’accueillir ici cette cérémonie. Elle met en avant des héros du quotidien, qui ont décidé de tendre la main, au péril de leur vie » , note le maire, René Riaud, qui a échangé longuement avec Simon, par correspondance, depuis 2016.

Deux des descendants de la famille Jarnier étaient présents. « Ils ne voulaient pas faire de cet acte un sujet de glorification. C’était un témoignage de leur esprit d’ouverture et de leur patriotisme. Je suis fière de mon père, Félix, de tous ce qu’il a fait avec les moyens qu’il avait » , explique Marie-France Berthier, au micro, devant 170 personnes. « J’ai aussi une pensée pour les membres de la famille de Simon Benjamin qui n’a pas eu la chance de s’en sortir », ajoute Alain de Gorce.


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