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Sous l'Occupation, Marie et Guillaume furent leur bonne étoile

dimanche 2 juillet 2017

Du 25/06/2017

 

 

 

Ce dimanche, à la mairie de Trémel (22), Marie et Guillaume Le Quéré seront reconnus Justes parmi les Nations, à titre posthume, pour avoir caché une famille juive durant la Seconde Guerre mondiale. Le comité Yad Vashem, institut international pour la mémoire de la Shoah, met ainsi en lumière une histoire d’amitié restée jusque-là sous silence.

Marie et Guillaume Le Quéré

Un fil. Tout n’a tenu qu’à un fil. Le fil du rasoir. Le fil de l’histoire. Le fil blanc qu’on utilise pour coudre des vies entre elles. C’était l’automne 1943. Lundi 11 octobre, au matin. La police nazie se rend au nº 95 de la rue Gambetta, à Morlaix (29), au domicile de la famille Levy, réfugiée en France depuis 18 ans. Un seul objectif : arrêter tous les membres de cette famille juive et les envoyer en déportation. Presque par chance, peu sont présents à ce moment-là. Chacun vaque à ses occupations en ville. Les grands-parents, peu vaillants, sont épargnés. La jeune tante, Esther, 22 ans, est, quant à elle, conduite à Drancy, puis envoyée au camp d’Auschwitz par le convoi nº 66. Elle y sera gazée peu après son arrivée.

Le temps presse. L’angoisse a laissé place à la terreur. Les parents, Prossiadi et Bohor, et leur fils Jacques, se mettent alors en quête d’un nouveau havre. Des fermiers des environs les hébergent quelques jours. Par crainte d’être eux aussi dénoncés et arrêtés, la famille est sommée de partir. Son salut viendra de la communauté protestante de Trémel, située à une vingtaine de kilomètres de là, dans le département voisin des Côtes-du-Nord. Parmi ses membres, un certain Guillaume Le Quéré, surnommé « Tonton Tom », colporteur-évangéliste. 

Les Levy deviennent les Leroy

« Le trajet qui mène la petite famille vers la mission baptiste est épique », écrit Jean-Yves Carluer, historien spécialiste du protestantisme en Bretagne, auteur de plusieurs articles sur « Les Justes de Trémel ». « Ils sont véhiculés par François Le Lay, boulanger à Plourin (29), cachés dans sa carriole à cheval sous une fournée de gros pains. Ils sont arrêtés en chemin par un barrage allemand. Le boulanger tend en souriant un pain à la patrouille qui remercie et les laisse passer ».

Sains et saufs, les Leroy (nom qui figure sur les faux papiers d’identité qu’on leur a attribués) sont mis à l’abri dans une dépendance du temple, au lieu-dit Uzel. Ils y resteront un an. Un an d’incertitudes, de privations et de solidarité absolue. « La mission évangélique était pauvre », se souvient Jacques Levy, âgé de 15 ans à l’époque. « Pour aider, mon père s’occupait des vaches, ma mère était à la cantine, et moi, je suis devenu moniteur pour les enfants de l’orphelinat ». À Paris, les rafles se multiplient. La situation est devenue intenable pour les réfugiés toujours plus nombreux. Au printemps 1944, Mazalto, sœur aînée de Jacques, accompagnée de sa tante Lucie et de son oncle Maurice, parviennent à rejoindre la mission protestante de Trémel. 

"Dans la famille, ce n’était ni une histoire cachée, ni une histoire honteuse. On en parlait, sans plus."

Au cours des mois qui suivent, le danger est permanent. Trémel abrite des groupes actifs de maquisards. Les collabos sont aux aguets. Des opérations militaires s’y déroulent, avec leur lot de répressions et de représailles. La tension est extrême. Sous la protection bienveillante de Marie et Guillaume Le Quéré, et des sœurs de ce dernier, Anna et Émilie, la famille Levy dort dans un grenier. En cas d’urgence, le refuge ultime est une pièce inhospitalière située entre le plafond et la toiture du temple. Jean-Yves Carluer rapporte cette scène surréaliste décrite par Jacques : « Le dimanche, il n’était pas rare de voir des Allemands venir prier au temple. On les voyait par les interstices du plancher pendant l’office. Il ne fallait faire aucun bruit et se préparer à fuir ».

Octobre 1944, la France est sur la voie de la Libération. Les Lévy quittent Trémel et reprennent peu à peu leur commerce de tissu sur les marchés de la région. Cette petite histoire qui rejoint la grande, Marie-Emilie Charlot la connaissait depuis son enfance. 

Marie Emilie Charlot la petite fille

 

« Ça faisait partie de la saga familiale. On en parlait de temps en temps, mais sans plus », témoigne la petite-fille des époux Le Quéré, née en 1948. Jusqu’au jour où, en 2007, elle découvre un document d’archives de la mission évangélique de Trémel (livre d’or des visiteurs) sur lequel on peut lire des remerciements très appuyés à l’endroit de ses grands-parents, datés du 10 octobre 1944. Marie-Emilie est débordée par l’émotion. Elle hésite. Elle ne fait rien. Le déclic interviendra le 9 janvier 2015, jour de la prise d’otages au magasin Hyper Cacher, porte de Vincennes, à Paris. Un acte à caractère antisémite qui fait cinq victimes. « Je me suis dit qu’il fallait parler des belles choses, des belles actions ».

 

Elle contacte alors le comité Yad Vashem France, lequel dépend de l’institut international pour la mémoire de la Shoah établi à Jérusalem, en Israël. En parallèle, elle réussit à renouer le contact avec Jacques Levy. La rencontre se fait. Chacune des deux familles apporte témoignages écrits et oraux de cet épisode ineffable qui les a unies. L’enquête menée par Yad Vashem dure un an. Son verdict est sans appel : Marie et Guillaume Le Quéré sont déclarés Justes parmi les Nations pour avoir sauvé des juifs sous l’Occupation au péril de leur vie.

Une plaque portant leurs noms sera bientôt apposée au Jardin des Justes, à Jérusalem, ainsi qu’au mémorial de la Shoah à Paris. Comblée, Marie-Emilie Charlot veut surtout retenir le message délivré par ses grands-parents : « Ce ne sont pas des héros. Ce sont des chrétiens qui ont mis leur foi en application, par des actes ».




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Thérèse Papillon, décorée de la Médaille des Justes

dimanche 2 juillet 2017

Du 15/06/2017

 

Thérèse Papillon

 

 

Ce vendredi 16 juin, à Argoules, Thérèse Papillon, femme de bonté, fondatrice de l’association de Valloires, accueillant des enfants déshérités, sera décorée à titre posthume. 

 

Un hommage sera rendu ce vendredi 16 juin, à Thérèse Papillon, fondatrice, en 1922, de l’Association de Valloires, à Argoules, qui existe et fonctionne toujours à cet endroit. Elle recevra, à titre posthume, le diplôme d’honneur de la Médaille des Justes parmi les nations, qui est «  remis aux personnes non juives, qui ont sauvé des Juifs sous l’Occupation, au péril de leur vie  ».

Ce qui fut le cas de Thérèse Papillon. Durant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle accueillait, dans l’Abbaye, des enfants déshérités, elle a aussi hébergé des enfants juifs. Ils ont ainsi pu échapper à un funeste destin. Parmi eux, le jeune Joseph Kleinhandler, qui a séjourné à Valloires, de 1942 à 1944

Surnommée « la bonne dame de l’Authie » pour son dévouement

Son frère Jean, aumônier de l’Abbaye et prêtre de la paroisse (Ndlr  : décédé accidentellement en 1957), est resté à ses côtés, pour accueillir, en permanence, ces enfants pré-tuberculeux. Et ce, jusqu’en 1974.

Thérèse Papillon a ainsi été surnommée «  la bonne dame de l’Authie  » en écho à son dévouement, qui lui a valu d’être entourée de nombreuses infirmières. Thérèse Papillon s’est éteinte en 1983, à l’âge de 97 ans. Elle a été inhumée avec son frère, dans la chapelle absidiale de l’église.

Joseph Kleinhandler, sauvé de la barbarie allemande

Décédé en 2001, Joseph Kleinhandler avait laissé des récits, racontant comment lui, enfant juif polonais, s’était exilé en France avec ses parents et avait été confié à la Croix-Rouge de Lens (Nord) par ceux-ci, avant leur déportation à Auschwitz (Pologne). Après un court séjour dans le Jura, le jeune garçon est arrivé, avec trois autres enfants juifs, à Valloires, où Thérèse Papillon les a accueillis. Elle les a «  débaptisés  ». Joseph Kleinhandler est devenu Joseph Petit. Ces trois enfants sont restés cachés parmi 350 enfants malades, cohabitant avec des officiers allemands. «  C’est un endroit de tristesse, de solitude, d’insécurité  », écrira le gamin de 10 ans. En 1947, Joseph Petit, grâce au petit carnet d’adresses que lui avait confié son père, a retrouvé des cousins en France d’abord, puis aux USA, où il s’est installé et s’est marié (lire Courrier picard du 26 octobre 2014). Ce 16 juin, son fils, Abraham, accompagné de son épouse, plusieurs autres membres de la famille, tous américains, seront présents à la cérémonie.

 



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Airvault - Les collégiens à la rencontre de la Shoah

samedi 10 juin 2017

Du 09/06/2017

 

 

 

 

Les élèves de 3e du collège Voltaire à l'exposition Yad Vashem au musée.

L'exposition intitulée « Ce ne sont pas des jouets d'enfants » installée au musée Jacques-Guidez durant tout le mois de mai a été la semaine passée l'objet d'une rencontre entre les élèves de 3e du collège Voltaire et François Guggenheim, vice-président du comité français pour Yad Vashem, institut commémoratif des martyrs et des héros de la Shoah. Celui-ci était venu en Airvaudais à l'occasion de l'inauguration de l'installation d'une plaque, le 1er octobre 2016 à Barroux, en l'honneur de Lucile-Marie Godrie, Juste parmi les Nations.

La commune d'Airvault ayant adhéré au réseau « Villes et villages des Justes parmi les Nations de France », c'est à ce titre qu'elle a bénéficié de cette exposition prêtée par l'institut Yad Vashem de Jérusalem. L'installation est une suite de visuels, quinze panneaux qui retracent les conditions de vie des enfants pendant la Shoah dont seuls quelques milliers ont survécu.
Le rendez-vous s'est déroulé en présence d'Olivier Fouillet, le maire, de Béatrice Nicolas, principale du collège, et de Philippe Hervé, professeur d'histoire des élèves. L'exposition relate des épisodes de la vie de quelques-uns des six millions de juifs qui avaient été déportés vers des camps de concentration durant la dernière guerre mondiale, dont fort peu survécurent, et aussi le sort d'enfants dont la Shoah les avaient dépouillé de leur enfance. L'antisémitisme répandu en Europe avait conduit nombre d'entre eux à trouver une activité pour participer à la survie de leur famille.
Olivier Fouillet à François Guggenheim : « Je vous remercie d'être là, de rappeler un passé où des citoyens ont permis à la démocratie d'avancer. »
François Guggenheim : « Notre fondation qualifie de Justes des personnes non juives qui ont contribué à sauver en les cachant ou en les exfiltrant des personnes juives qui ont été sauvées de la déportation, souvent au péril de leur vie car risquant d'être dénoncées. » Puis a insisté sur la nécessité absolue de faire preuve d'esprit critique avec la possibilité de recourir à la désobéissance en des périodes d'exception afin que l'Histoire ne se répète pas en ces termes.

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SAINT-PIERRE-DE-COLOMBIER - Quatre Justes parmi les nations à l’honneur

vendredi 9 juin 2017

Du 09/06/2017

 

 

 

C’est la plus haute distinction délivrée par Israël. Hier matin, la salle des fêtes de Saint-Pierre-de-Colombier, en Ardèche, était trop petite pour honorer à titre posthume la mémoire d’Édouard et Julia Vigne de Saint-Pierre-de-Colombier, ainsi qu’Henri et Noélie Martin de Labégude. Quatre Ardéchois qui ont sauvé, des griffes des nazis, Jean-Claude Picard et Francine Hirsch, respectivement 6 et 10 ans en 1943 (au centre sur notre photo). Une cérémonie émouvante où une large place a été laissée aux petits-enfants et descendants de ces trois familles réunies pour marquer la solidarité et l’amour de son prochain.

Stéphane BLANC

 

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Le Chambon-sur -Lignon - Daniel Milgram : « Ce spectacle est un acte de remerciement aux habitants »

vendredi 9 juin 2017

Du 26/05/2017

 

 

 

 

Le comédien, qui avait été caché dans une ferme à « La Bâtie de Cheyne » de 1943 à 1945, se produit gratuitement, samedi soir, à la maison des Bretchs avec Dieu, Brando et moi (hein papa !).

Daniel Milgram, ce Dieu, Brando et moi (hein papa !) , dans lequel vous vous adressez beaucoup à votre père, est autobiographique ?

« Cette pièce parle d’une situation réelle de ma vie. Le soir de la mort de mon père il y a douze ans, c’était le deuxième soir de Hanoucca (fête des lumières dans la religion juive, NDLR), je voulais encore dialoguer avec lui mais son état de santé ne le permettait pas. Et l’un de mes neveux très religieux, qui habite en Israël, m’a dit : “Comme il est toujours vivant, son âme est encore là, parle avec elle”. Ce spectacle, c’est 1 h 15 de seul-en-scène qui évoque cette situation pour aborder les sujets que sont Dieu, Marlon Brando et moi. C’est un dialogue avec mon père, avec le public et quelques réflexions intérieures que me procure cet instant. »

Vous avez choisi de vous produire gratuitement au Chambon-sur-Lignon où vous avez été caché en 1943…

« Ce spectacle que je vais jouer samedi à la maison des Bretchs, je ne le considère pas comme une représentation mais comme un acte de remerciement. Pendant la guerre, mes parents m’avaient déposé au Chambon-sur-Lignon dans une ferme du hameau de « La Bâtie de Cheyne ». J’y suis resté pendant les trois premières années de ma vie puisque j’avais 8 mois en 1943. »

Vous veniez alors de Paris où vous êtes né ?

« Non, nous étions déjà à Lyon. Mon père avait voulu installer la famille en zone libre. Nous avons pu nous en sortir mais six personnes de ma famille ne sont pas revenues des camps de la mort. Ce genre d’histoires est, hélas, très commun dans les familles d’Ashkénazes. »

Étant donné votre jeune âge au moment d’arriver en Haute-Loire, vous n’avez pas dû garder beaucoup de souvenirs de votre vie sur le Plateau…

« C’est là que j’ai appris à marcher, à parler, à avoir mes premiers gestes de sociabilité. J’ai pu reconstituer quelques souvenirs avec l’aide de la psychanalyse, mais j’ai surtout eu une chance énorme puisque la famille Kittler (Charles-André et Berthe, qui ont été décorés au titre de Justes parmi les nations en 1989, NDLR) qui m’avait accueilli était une fratrie de cinq frères. L’un d’eux, qui a aujourd’hui 85 ans, se souvient très bien de ma présence. Dans le même hameau, d’autres Justes ont accueilli des membres de ma famille : les Ollivier (Jean et Nancy) ont caché ma tante Hélène et mon frère Claude et la famille Cros a accueilli mon oncle Léo. Je ne suis pas un moraliste, mais notre famille a tenu à garder des liens très forts avec les gens qui nous avaient aidés. De nombreuses personnes ont accueilli des Juifs et n’ont pas la médaille des Justes parce que les familles de ceux qui étaient cachés n’ont pas fait faire les enquêtes. »

Vous avez, dès la fin de la guerre, gardé des liens avec ces familles d’accueil ?

« C’est mon frère qui a gardé le lien dans un premier temps. Dans la famille Ollivier, une jeune fille s’occupait de lui, elle s’appelait Berthe. Il a eu une relation fusionnelle avec elle et dans son esprit elle a été une mère de substitution. Quant à Mme Kittler, mes parents lui avaient proposé de me garder à Lyon en babysitting après la guerre. »

C’est l’OSE (Œuvre de secours aux enfants, une association destinée au secours des enfants et à l’assistance médicale aux Juifs persécutés, NDLR) qui vous avait permis de vous cacher dans le Plateau ?

« Oui, mes parents avaient pris contact avec eux. D’ailleurs, j’ai une anecdote à ce sujet. Cette organisation avait proposé que j’aille au Chambon-sur-Lignon et que mon oncle, ma tante et mon frère soient accueillis à Izieu… (dans la colonie de vacances de l’Ain qui cachait des enfants juifs avant que 44 d’entre eux et 7 adultes ne soient arrêtés le 6 avril 1944 par la Gestapo de Klaus Barbie, puis déportés. Aucun enfant n’a survécu, NDLR). C’est ma grand-mère qui avait refusé cette option pour qu’on reste ensemble… »

Dans ce spectacle, il est également beaucoup question de votre judaïté…

« Dans le judaïsme, on tutoie Dieu. Quand j’ai besoin de lui parler, je m’adresse directement à lui, je n’ai pas besoin d’un intermédiaire. Néanmoins, mon rapport à Dieu est un peu tumultueux. En fait, je ne crois plus en lui après Auschwitz. Par contre, je suis viscéralement juif. Mais athée. »

Au milieu de ces questions d’identité, vous avez choisi d’évoquer Marlon Brando dans ce spectacle. Pourquoi lui ?

« Je l’avais vu sur scène jeune et je l’ai suivi jusqu’à la fin de sa vie dans ses chefs-d’œuvre, mais aussi dans tous ses bides pour lesquels je prenais quand même sa défense. Brando était un acteur engagé. Il luttait contre la guerre au Vietnam, aidait les Black Panthers et avait même envoyé une actrice indienne récupérer son oscar (pour Le Parrain en 1973 afin de défendre la cause de l’American Indian Movement, en révolte contre l’État fédéral, NDLR). Il avait aussi donné son cachet du tournage d’ Une saison blanche et sèche à une association anti-Apartheid. »

Dans votre carrière, on compte aussi une soixantaine d’apparitions au cinéma. Vous avez de nombreux amis dans ce milieu ?

« Le seul avec qui j’avais un lien amical, c’était le réalisateur Michel Drach. Il me disait toujours “toi, je te donnerai un grand rôle un jour”. Et puis il est mort. C’est ça aussi qui fait la carrière d’un acteur : être là au bon moment et rencontrer les bonnes personnes. Je dis souvent en m’amusant qu’il faut coucher dans ce métier pour réussir et je rétorque que je n’ai jamais couché. Ce n’est pas par vertu, mais parce qu’on me l’a jamais proposé. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sinon (rires). »

J’ai eu l’occasion de rencontrer Magda Trocmé (la femme du pasteur André Trocmé) lors de la remise de la plaque apposée en 1979 en souvenir des Justes.

Daniel Milgram

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Bar-le-Duc - L’histoire apprise autrement

vendredi 9 juin 2017

Du 08/06/2017

 

 

 

 

Parmi les tableaux interprétés par les élèves, l’asile que des familles proposent à des juifs qui viennent de sauter des wagons pour échapper aux camps de concentration et à la mort.  Photos K.D.

« Quiconque sauve une vie, sauve l’humanité ». Il y a quelques mois encore, cette phrase était inconnue des élèves de la classe de 1re bac pro Commerce du lycée Zola. Jusqu’à ce que leurs profs de lettres et d’histoire, Ghyslaine Schweizer et Audrey Claude, décident de les immerger dans la Seconde Guerre mondiale.

Les élèves ont découvert l’histoire des évadés de Drancy, ce groupe de détenus juifs surpris en train de creuser un tunnel d’évasion dans les caves du camp. Ces évadés ont été mis dans le convoi n° 62 le 20 novembre 1943, direction Auschwitz. Ils ont profité de ce que le train ralentissait dans la côte de Lérouville pour sauter en marche. Certains ont été recueillis par la population locale, comme Joseph Cajgfinger et Roger Gerschel. Les familles qui les ont recueillis à Longeville-en-Barrois deviendront des « Justes parmi les Nations ».

De cette histoire vraie, les élèves ont tiré une pièce de théâtre et leur projet (le seul en Meuse) a été retenu par le Mémorial de la Shoah. « Le projet devait être lié directement à l’histoire de la déportation des juifs et si possible à l’histoire locale », rappelle Ghyslaine Schweizer.

Après avoir visité le Mémorial de la Shoah, puis participé à un voyage d’études au camp d’Auschwitz en Pologne en mars dernier, les lycéens sont montés sur les planches devant leurs camarades et professeurs. Jean Manchette, déporté meusien, était aussi présent : il a salué le travail des élèves « qui se sont souvenus de comment ça se passait dans le train. »

Si les lycéens ont ainsi rendu un hommage aux déportés, de son côté Olivier Wambecke, directeur académique des services de l’Education nationale, qui assistait à la représentation, a souligné « la qualité du travail des élèves, de l’interprétation. » Il met aussi en avant « la dimension collective du projet avec des élèves qui n’étaient pas sur scène. Par ce collectif, ils ont montré que la guerre révèle peut-être le pire de l’homme, mais aussi le meilleur ».

Les enseignantes en sont convaincues : « Cette expérience remplace tous les cours théoriques. »

K.D. 

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