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Sarthe : sauvé à 6 ans de la déportation, il rend hommage à la famille de Justes qui l'a caché

mardi 6 novembre 2018

Du 12/10/2018

 

 

 

 

 

 

 

20 fleurs et 20 bougies ont été déposées devant la plaque commémorative © Radio France - Jérôme Collin Henri Joinovici a rendu hommage à Louise et Édouard Cartier, vendredi 12 octobre. 76 ans après l'arrestation de sa famille. Lui seul avait pu échapper à la déportation. Il avait été caché par le couple à Château-du-Loir.

Château-du-Loir, France

Le 12 octobre 1942, Henri Joinovici échappait de justesse à l'arrestation de sa famille juive à Château-du-Loir.

"Ma mère, sentant le danger, m'a mis quelques guenilles et m'a dit de me réfugier chez les Cartier"

, a-t-il témoigné 76 ans après, le vendredi 12 octobre 2018. Au péril de leur vie, Louise et Édouard Cartier ont caché plusieurs enfants juifs pendant quelques semaines. Ils ont été nommés Justes parmi les Nations en 1990. Pour Henri Joinovici, cet hommage annuel est un moment fort et important. C'est aussi un devoir de mémoire et de transmission auprès des plus jeunes.

Un devoir de mémoire

 

Des élèves en primaire et des lycéens sarthois ont assisté à la cérémonie. Ils ont également lu des textes, récité des poèmes racontant l'horreur de la Shoah. Ils ont tous écouté, en silence, le témoignage de Henri Joinovici. "Quand je pense à Monsieur et Madame Cartier, qui n'ont pas hésité une seconde à recueillir des gens dans la détresse, _c'est leur cœur qui a parlé avant leur raison_", explique-t-il. 

Ce sont des gens extraordinaires. Il faut absolument parler des Justes

"Ils avaient une culture de bonté. Ils ne savaient pas écrire "méchanceté", ce n'était pas dans leur vocabulaire. Voilà le fond de ces gens. C'est un exemple parmi tant d'autres. Il faut absolument reconnaître ces gens là. _Ils m'ont donné beaucoup d'amour et ça a adouci un peu l'état dans lequel je me trouvais_", poursuit Henri Joinovici. Car la mère, la sœur et le frère d'Henri sont morts dans le camp de déportation et d'extermination d’Auschwitz. 

Après vingt minutes de témoignage, Henri Joinovici est longuement applaudi par les jeunes. Louise, élève en terminale littéraire au lycée Racan à Château-du-Loir, est émue. "Le fait de nous raconter quelque chose qui se passe dans notre ville, à travers son témoignage, on réalise ce qui s'est passé. Je trouve ça important pour que les générations futures s'en souviennent", explique-t-elle.

Jérôme Collin
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Versailles : les lycéens honorent les Justes parmi les nations

mardi 6 novembre 2018

Du 12/10/2018

 

 

 

 

Versailles, vendredi 12 octobre. Six lycéens du lycée Marie Curie, avec leurs professeurs - Caroline Grenier et Alexandre Millet (à gauche) - ont travaillé sur un épisode de la guerre qui s’est déroulé à côté de leur établissement. LP/L.M. Six élèves du lycée Marie Curie ont travaillé sur la mémoire de deux sœurs catholiques qui ont caché des enfants juives entre 1942 et 1945.

Ils seront aux premières loges. Six élèves de terminale ES du lycée Marie Curie de Versailles prononceront chacun, ce dimanche 14 octobre, un discours lors de l’apposition de la plaque des « Justes parmi les nations » au sein du Couvent du Sacré-Cœur de Jésus.

La cérémonie honorera Marthe Delesalle et Marguerite Olivier, respectivement Mère supérieure et Sœur de ce couvent durant la guerre. La première, décédée depuis, et la seconde, à la santé fragile, ont caché une dizaine d’enfants juifs sous l’Occupation. Les deux religieuses ont été reconnues « Justes parmi les nations », un titre remis par le comité Yad Vashem en 2001.

Samuel Sandler, président de la communauté juive de Versailles, Latifa Ibn Ziaten, mère d’un soldat assassiné par Mohammed Merah en 2012 à Toulouse et Pierre-François Veil, fils de Simone Veil et président du comité Yad Vashem en France, seront présents.

Véra, 85 ans, à l’origine de la distinction de ses sauveuses

L’événement a déclenché le besoin d’un travail de mémoire auprès des lycéens versaillais. « Il m’a semblé très important de les impliquer pour que la jeunesse s’approprie l’histoire afin que l’inacceptable, quelle que soit sa forme, ne se reproduise plus », explique Annick Bouquet, cheville ouvrière de cette commémoration.

L’appel de cette adjointe au Maire, déléguée à la Petite Enfance, a été entendu par le lycée Marie Curie, le plus proche du couvent où les deux Sœurs ont agi, au risque de leur vie, pour protéger Vera Goldmann, une citoyenne américaine aujourd’hui âgée de 85 ans, à l’origine de la distinction. Cette octogénaire a perdu ses parents et sa sœur, citoyens versaillais à l’époque, qui furent raflés en 1944 avant de quitter Drancy pour Auschwitz par le dernier convoi.

Tout est allé très vite pour les lycéens, saisis en juillet 2018 pour plancher sur ce sujet. Caroline Grenier, professeur d’histoire-géo, et Alexandre Millet, enseignant de philosophie, ont sauté sur l’occasion. « Le choix des terminales s’imposait car la mémoire de la 2e guerre mondiale est au programme. D’autre part, certains d’entre eux ont des choses à dire », suggère Caroline Grenier.

« Force, courage et générosité »

C’est le moins que l’on puisse dire. Cet épisode fait écho aux interrogations de ces ados âgés de 17 ans. Surtout lorsque Samuel Sandler est venu les rencontrer, le 28 septembre au lycée. « C’était très poignant. Il a parlé de la guerre mais aussi de son fils et ses petits-enfants morts sous les balles dans un attentat à Toulouse », lâche Alice Julou. « Moi, je l’avais déjà vu car j’ai assisté au procès Merah en 2017 à Paris », souligne Gabriel Dandel qui se verrait bien avocat plus tard.

Tous ont réfléchi au sens de ces faits. « Cela s’est passé à 1 km de chez nous en 1944, près géographiquement et loin dans nos mémoires. Mais l’attentat de Toulouse, c’est notre époque », résume Maureen Dujon. Dans les mots qu’elle prononcera dimanche, Marguerite Castanet dira qu’elle aurait voulu « être à côté » des sœurs à l’époque pour leur dire qu’elles avaient « raison ». La timide Amandine Vivet n’hésitera pas à souffler qu’elle veut « comprendre » et se sent « concernée » par ce drame. Enfin, Alix Etienne martèlera que Mère Annette et Sœur Marguerite ont fait preuve de « force, courage et générosité ».

Laurent Mauron


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A Versailles, deux religieuses reconnues Justes parmi les nations

dimanche 4 novembre 2018

 

 

 

 

 

soeur Marguerite (au centre) était présente lors de la cérémonie. photos LP/ C.L. Le 14 octobre, une plaque a été apposée en mémoire de l’action de deux religieuses de la congrégation des Soeurs Servantes du Sacré Coeur de Jésus. L’institut Yad Vashem de Jérusalem leur a décerné le titre de « Juste parmi les nations ».

Le 14 octobre a eu lieu la cérémonie de dévoilement de la plaque apposée au sein du Couvent du Sacré Coeur de Jésus à Versailles commémorant l’action  de deux religieuses : Mère Annette (Marthe Delesalle, décédée en 1988) et Soeur Marguerite Olivier. La plaque rappelle qu’elles sont reconnues Justes parmi les nations. En effet, ces soeurs ont caché des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale au sein du couvent.

Reconnues Justes parmi les nations en 2001, les deux religieuses voient leurs gestes désormais gravés sur cette plaque commémorative dévoilée en présence de soeur Marguerite, très émue, François de Mazières, maire de Versailles, Soeur Danièle, supérieure générale des soeurs Servantes du Sacré Coeur de Jésus, Samuel Sandler, auteur du livre bouleversant : « Souviens-toi de nos enfants« , publié chez Grasset.

Cette congrégation était un orphelinat accueillant des petites filles jusqu’à l’adolescence. Attentives aux plus démunies, les soeurs ont été alertées par le sort réservé aux familles juives pendant l’occupation. Mère Annette, extraordinaire femme d’action, assistée de soeur Marguerite, a organisé pendant toute cette période un accueil secret à une dizaine de petites filles juives au sein de la communauté. Ces fillettes ont été sauvées et rendues à leurs familles dès septembre 1944 pour celles qui en avaient une. Les autres ont été confiées à des organismes comme l’OSE.

Pierre-François Veil, Président du Comité français pour Yad Vashem, n’a pu être présent mais a tenu à manifester sa reconnaissance à travers un texte lu par Mme Viviane Saül, Déléguée Régionale du Comité Français pour Yad Vashem :

« C’est en 2001, il y a 17 ans déjà, que Yad Vashem a, au nom de l’Etat d’Israël, décerné le titre de « Juste parmi les Nations » à Marthe Delesalle, Mère Annette, et à Sœur Marguerite Olivier, pour avoir logé, nourri, caché, et sauvé de la mort deux enfants, Vera et Amélie Goldman, coupables d’être nées juives. Nous n’oublierons jamais que dans notre pays, pendant la dernière guerre, des hommes et des femmes se sont comportés comme des collaborateurs racistes et haineux et, pour certains, aussi barbares que le furent les nazis. Mais nous n’oublierons jamais non plus que dans le même temps, nombre de nos concitoyens, n’écoutant que leur conscience, ont, avec courage, au péril de leur vie et parfois de celle des leurs, choisi de porter secours et assistance aux proscrits.

Parmi eux, se sont trouvés nombre de femmes et d’hommes d’Eglise qui, de leur propre initiative ou écoutant les injonctions d’humanité et de fraternité de Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse,  ont pris, avec d’autres, la décision de refuser l’innommable, la haine d’autrui, en cachant un enfant, un adulte, un vieillard, une famille, dont le seule crime était d’être nés juif. Ces héros de l’ombre ont été reconnus comme tels par Yad Vashem qui a ainsi décidé de leur attribuer la médaille de « Juste parmi les Nations », c’est à dire la plus haute distinction civile de l’Etat d’Israël spécialement décerné à des non juifs qui ont, au péril de leur vie, sauvé des Juifs pendant la dernière guerre mondiale. Parmi eux, Mère Annette et Sœur Marguerite. Je vous suis très reconnaissant, Monsieur le Maire, d’avoir souhaité, aujourd’hui, rappeler à tous vos concitoyens le rôle exceptionnel de ces deux religieuses et l’exemple qu’elles incarnent. Cette initiative est d’autant plus importante qu’elle intervient à une époque où le danger de l’intolérance du racisme et de l’antisémitisme refait surface, parfois sous ses formes les plus violentes, non seulement dans plusieurs pays européens mais également en France, terre des Droits de l’homme, au point que certains de nos concitoyens, craignant pour leur vie ou celle de leur enfants en viennent  à quitter leur quartier, leur ville, voire leur pays, la France, parce que leur judéité en fait des cibles. Au-delà de nos convictions personnelles, il nous appartient à tous, de transmettre, de protéger et de défendre les valeurs d’humanisme et de tolérance qui  sont le socle de notre démocratie.

Sœur Danièle, merci à vous de votre engagement. Vous pouvez être fière de Mère Marthe et Sœur Marguerite que personne ne doit oublier. »


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Appel à témoins du sauvetage des Juifs de la rafle de Rosh HaShana à Lille

dimanche 4 novembre 2018

Du 11/10/2018

 

Grégory Celerse (g.) et Patrick Lecoutre à Tel Aviv début septembre 2018 après avoir rencontré plusieurs témoins de la rafle du 11 septembre 1942 (Crédit: Pierre-Simon Assouline)

 

 

Des cheminots ont aidé des centaines de juifs à échapper à une mort certaine, puis refusent les honneurs. Un épisode inconnu de la SNCF que deux locaux tentent de sauver de l'oubli.

Le 11 septembre 1942 l’armée allemande qui occupe le nord de la France depuis juin 1940 organise la plus grande vague d’arrestations de Juifs de Lille et sa région. Elle est aujourd’hui connue sous le nom de la « rafle de Rosh HaShana ».

Suite à cette rafle, plus de 600 Juifs d’origines polonaise, et française sont acheminés vers des gares de la région, avant d’être déportés vers les camps d’extermination nazis.

C’est dans l’une d’elles, la gare de Fives, que va se produire un événement unique en Europe. 

Car ce jour-là des cheminots décident spontanément d’organiser la fuite de dizaines de raflés, et de les cacher dans un premier temps dans un café où ils ont leurs habitudes. Un lieu détruit depuis.

Mais cet épisode, notamment à cause du refus de publicité de ces employés de la SNCF, n’occupe qu’une place minime, voire inexistante dans la mémoire collective (la SNCF elle-même n’était jusque récemment pas au courant) et reste peu documenté.

Il s’agit pourtant selon l’avocat et historien Serge Klarsfeld du plus grand sauvetage de Juifs en partance pour les camps de la mort.

Des membres de la SNCF de la gare de Fives (Crédit: famille Douce/Grégory Celerse)

Sans la rencontre d’un guide fait enquêteur-historien, Grégory Celerse et de son ami, Patrick Lecoutre, l’histoire aurait sans doute glissé petit à petit vers l’oubli.

Il y a quelques semaines les deux Lillois en quête de nouveaux témoignages étaient en Israël pour retrouver des sauvés et des enfants de sauvés de la rafle du 11 septembre 1942. Grégory Celerse nous raconte.

Times of Israël : Que s’est-il passé exactement le 11 septembre 1942 ?

Grégory Celerse : Le 11 septembre 1942, les Allemands ont organisé la plus grande rafle de Juifs du Nord-Pas-de-Calais. Elle a principalement concerné des Juifs polonais et leurs enfants français. Les personnes arrêtées ont été emmenées à la gare de Fives, un quartier populaire de Lille.

Il faisait très chaud ce jour-là et il n’y avait pas de point d’eau. Beaucoup de femmes et d’enfants pleuraient. Des cheminots de la SNCF qui travaillaient sur site ont constaté l’ampleur de cette rafle. Ils ont alors spontanément décidé d’agir et de sortir de la gare ou de cacher dans ces bâtiments qu’ils connaissaient par cœur. C’est comme cela, qu’ils ont pu substituer des dizaines de personnes, et surtout des enfants plus faciles à cacher.

Ils les ont soustraits à une mort certaine.

Vers où ont été acheminées ces personnes ?

Les personnes sauvées ont été cachées chez des gens de confiance, des cheminots, des catholiques et des protestants car très vite, les réseaux religieux et des gens de confiance ont accepté de prendre le risque de cacher des Juifs. Ce qui a l’époque était très risqué.

Plusieurs membres du comité de secours aux Juifs notamment, Louis Saint-Maxent et René Douce, cheminots qui ont sauvé des Juifs le 11 septembre mais également Simon Prechner, Juif lillois qui a aidé à les cacher (Crédit: famille Douce/Gregory Celerse)

Mais heureusement, un comité de secours aux Juifs s’est créé et une seule des 43 personnes que j’ai identifiées comme ayant été sauvées ce jour-là, a été reprise. Ce fut lors d’un passage de frontière quelques mois plus tard.

Pour quelle raison lancez-vous aujourd’hui un appel à témoins ?

J’ai retrouvé 43 personnes sauvées et il doit en rester encore. Certains ont peut-être fait leur alyah et je pense que l’appel à témoins est le meilleur moyen de retrouver des personnes qui ont une connaissance de qui a été sauvé le 11 septembre 1942.

Notamment, je pense qu’une dame qui s’appelle Suzanne Grinfas (nom de jeune fille) et qui habitait Lens (Pas-de-Calais) est venue s’établir en Israël. Je pense que c’est peut-être aussi le cas de Simon Rozenpik, dont les parents et la petite sœur sont morts à Auschwitz. De même, si vos lecteurs ont eu de la famille dans le Nord-Pas-de-Calais, pendant la Seconde Guerre mondiale ou avant l’Occupation, je suis intéressé par des témoignages et des copies de photographies.

Comment ont commencé vos recherches ?

J’ai commencé des recherches en 2013, après avoir rencontré Patrick Lecoutre, alors directeur de l’observatoire de la ville de Lille. Nous avons tout de suite été d’accord pour travailler sur cette histoire que nous trouvions incroyable.

Mais surtout parce qu’aucun historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale n’avait travaillé en détail sur ce sauvetage. Il y a bien eu quelques articles dans des revues spécialisées en 1978 et 1992. Mais rien de fouillé sur les motivation des cheminots. Et les témoignages retrouvés étaient toujours les mêmes depuis 1992.

Alors il a fallu entreprendre des recherches que personne n’avait faites jusque-là. C’est une collègue, Monique Heddebaut, qui a trouvé une liste de cheminots actifs le 11 septembre 1942 dans les archives départementales. Puis j’ai recherché individuellement les cheminots les plus actifs et j’ai retrouvé des familles, qui, pour certaines ignoraient ce sauvetage.Marcel Hoffmann, le cheminot le plus actif avec 10 personnes sauvées le 11 septembre 1942 (Crédit: famille Hoffman/Gregory Celerse)

Marcel Hoffmann, le cheminot le plus actif avec 10 personnes sauvées le 11 septembre 1942 (Crédit: famille Hoffman/Gregory Celerse) C’est le cas de Marcel Hoffmann, le cheminot qui a sauvé 10 personnes. C’est le plus actif. Sa propre fille ignorait l’activité de son père. Elle avait entendu parler de personnes sauvées mais elle ignorait qu’il s’agissait de Juifs. Mais ce qui nous a le plus aidé, c’est le rapport du chef de gare de Fives, Jean Mabille, qui racontait en détails le sauvetage.

Là, nous avons compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple sauvetage.

Serge Klarsfeld vous a dit qu’il s’agissait sans doute du plus grand sauvetage de juifs en partance pour les camps de la mort. Comment expliquez-vous à la fois ce geste héroïque et le fait que ce sauvetage soit un grand oublié de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en France ?

En effet, mon éditeur a envoyé mon livre – Sauvons les enfants – à Serge Klarsfeld et je lui ai demandé une préface. Il l’a lu et m’a envoyé une préface dans laquelle il confirme qu’il s’agit de l’événement le plus important en terme de sauvetage dans une gare française.

Le Musée de l’Holocauste de Washington (USHMM) considère qu’il s’agit d’un, voire du plus grand, sauvetage de Juifs d’un convoi en partance pour Auschwitz de toute l’Europe. M. Klarsfeld a par ailleurs trouvé ce travail très intéressant et très détaillé.

Qui êtes-vous venu rencontrer en Israël avec Patrick Lecoutre ?

Nous avons rencontré des témoins, dont un rescapé du 11 septembre 1942. Il avait 18 mois mais c’est surtout ce que sa mère lui a raconté – elle aussi a été sauvée par un cheminot – qui nous intéressait. Je vais devoir revenir car un témoin s’est rétracté à la dernière minute. Il est difficile de parler pour certains.

J’ai aussi essayé de rencontrer l’employé de Yad Vashem, avec qui je travaille sur des dossiers de reconnaissance de Justes parmi les Nations. Mais je suis venu durant la période de Roch HaShana…

La SNCF, incriminée pour sa participation dans la déportation des juifs vous a-t-elle apporté une aide pour retrouver des éléments d’histoire dans ses archives ?

Initialement lorsque j’ai commencé mes recherches en 2013, la SNCF n’avait pas connaissance de ce sauvetage. Même les employés de la SNCF qui travaillaient sur le site de la gare de Fives ignoraient ce sauvetage.

Je m’y suis rendu à plusieurs reprises avec mon collègue Patrick pour retrouver les bâtiments et les lieux précis du sauvetage. Mais la SNCF n’a pas contribué à nos recherches. A l’époque, nous travaillions sur nos propres fonds.

Aujourd’hui, après le livre et la cérémonie qui a été organisée le 11 septembre 2016 sur le site, avec la présence de cinq enfants sauvés en 1942, la direction de la communication m’aide pour certains déplacements.

Pierre-Simon Assouline

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Des Charentais-Maritimes reconnus Justes parmi les nations

dimanche 4 novembre 2018

Du 08/10/2018

 

 

 

 

 

Une plaque en l'honneur de ces 4 villageois a été dévoilé, un square de la commune a également été baptisé "Jardin des Justes" / © Marc Millet (FTV)

Quatre habitants de Saint-Seurin-de-Palenne, un petit village de Charente-Maritime, ont caché en 1944, une mère et sa fille menacées de déportation, parce que juives. Israël et la France leur ont rendu hommage ce matin. Ils ont été décorés post mortem de la médaille des justes parmi les nations.

Is s'appelaient Louise et Alfred Labéausse. Il y avait aussi Auguste et Anathalie Demunter. Dans la nuit du 30 au 31 janvier 1944, et durant les sept mois qui suivirent, dans leur petite maison de Saint-Seurin-de-Palenne, ils ont fait quelque chose d'admirable. Ils ont ouvert leur porte à Alice et sa fille Marcelle.
Un geste salué comme il se doit presque 75 ans plus tard par la République Française, l'Etat d'Israël et par tout un village.
Dans le contexte de la France occupée par les nazis, héberger ces deux Juives était un risque énorme, qui aurait pu leur valoir, à eux aussi, la déportation, ou le passage par les armes, sans procès. 

Le lent travail de mémoire


Bien des années plus tard, la famille Lévy est revenue à Saint-Seurin pour tenter de retrouver les descendants des Labéausse et des Demunter. Elle a également oeuvré pour qu'ils soient reconnus Justes parmi les nations, ce qui fut fait en août 2016. Il faut parfois savoir laisser du temps au temps. Comme l'explique Marcelle, la fille : "pendant de longues années, Maman n'a pas pu en parler, tellement elle était émue, elle ne pouvait pas parler de cette période."

Depuis 1963, l'Etat d'Israël honore de ce titre de « Juste parmi les Nations » les personnes non juives qui au péril de leur propre vie, ont aidé des Juifs menacés par les nazis. Une Commission présidée par un juge de la Cour Suprême attribuer officiellement ces distinctions. Gérard Benguigui, du Comité Français pour Yad Vashem, était présent pour cette cérémonie. Pour lui, "on ne mesure pas assez la splendeur de leur acte... Mais il n'est jamais trop tard pour dire merci".

Louise, Anathalie, Auguste, Alfred... la France compte aujourd'hui 4055 justes parmi les nations et désormais 23 en Charente-Maritime.

Marie-Ange Cristofari



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Justes parmi les Nations : un lieu de mémoire édifié pour un couple landais

dimanche 4 novembre 2018

Du 04/10/2018

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre et Cécile Larrazet avec les deux filles qu'ils ont sauvées : Esther et Charlotte Oehlgisser - Copyright Yad Vashem / Collections privées A Saint-Aubin, un lieu de mémoire va être édifié en hommage à un couple de Landais le samedi 24 novembre. Sur proposition du Comité français pour Yad Vashem, qui recense les Justes parmi les Nations, le maire de la commune a donné son feu vert.

Ils sont Landais et ont aidé des juifs à se cacher lors de la Seconde Guerre mondiale. Cécile et Pierre Larrazet, Justes parmi les nations, vont recevoir à titre posthume un lieu en leur mémoire. Le maire de Saint-Aubin, Stéphane Delpeyrat, a répondu positivement à la proposition du Comité français pour Yad Vashem, qui recense les Justes parmi les Nations. La plaque commémorative sera inaugurée le samedi 24 novembre. "J'ai accepté avec plaisir, confie Stéphane Delpeyrat. On connait tous l'importance de ce sujet à Saint-Aubin."

Deux familles qui n'auraient jamais dû se rencontrer

En 1942, le couple Larrazet a aidé la famille juive Oehlgisser à se cacher des Allemands. À cette époque, le couple Larrazet vit paisiblement à Saint Aubin. Cécile est institutrice et Pierre est postier. La famille Oehlgisser vit à Paris, où l'étau se resserre autour des juifs. La maman Oehlgisser décide alors de prendre ses deux filles sous le bras et s'enfuit jusqu'à Saint Aubin. Elle y inscrit ses enfants à l'école, où Cécile Larrazet est institutrice. 

Les Allemands franchissent la ligne

Quelques mois plus tard, le père des fillettes doit fuir Paris à son tour. Il rejoint la famille à Saint Aubin, aidé par Pierre Larrazet. Mais le calme est de courte durée : les Allemands franchissent la ligne de démarcation et approchent Saint Aubin. Le couple Larrazet décide alors de cacher la famille Oehlgisser. Cécile Larrazet place la mère et ses filles dans un orphelinat. Pierre Larrazet, lui, va prendre tous les risques pour aider le père. Il l'embarque sur son vélo et parvient à le déposer loin du village après être passé par les chemins de traverses pour éviter les convois Allemands.

En 1992, le couple Larrazet obtient le titre de Justes parmi les Nations. Le maire de Saint-Aubin veut leur rendre hommage en édifiant ce lieu de mémoire dans la commune. 

Lou Bourdy

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