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Pontault-Combault : Jean Zylber a échappé à Drancy et Auschwitz grâce aux Nadaud

mardi 20 novembre 2018

Du 18/11/2018

 

 

 

 

Pontault-Combault, ce dimanche matin. Jean Zylber embrasse Françoise, l’une des trois petites-filles (à dr.) de Marcel et Maximilienne Nadaud, un couple de Pontault qui l’a sauvé des nazis en le cachant lorsqu’il était enfant. LP/Marine Legrand Jean Zylber, 86 ans, a témoigné lors de la remise du titre de « Justes » à Marcel et Maximilienne Nadaud, qui l’ont caché de 1942 à 1947 à Pontault pour le sauver des nazis.

Des sanglots qui déchirent la salle. De chaudes larmes qui roulent sur les joues du public. L’émotion était terriblement intense, dimanche matin, à Pontault-Combault, lors de la cérémonie au cours de laquelle le titre de « Justes parmi les nations » a été remis à un couple de la ville, à titre posthume, via leurs trois petites-filles.

Marcel et Maximilienne Nadaud ont caché des nazis le petit Jean Zylber, un enfant juif de 10 ans, entre 1942 et 1947. Les parents de Jean avaient prévu de revenir le chercher après leur fuite. Mais Jean ne les reverra jamais : ils furent arrêtés à la frontière italienne, déportés à Drancy puis à Auschwitz où ils sont morts en 1943.

Aujourd’hui, Jean a 86 ans. C’est lui qui a tenu à honorer la mémoire de ses parents adoptifs qui lui ont sauvé la vie grâce à ces cinq années de purs amour et altruisme.

Au micro, devant les petites-filles Nadaud, sa voix se brise. Il s’écroule, trop ému. Puis l’homme se ressaisit et passe la parole à son fils Benjamin, qu’il a chargé de lire ses souvenirs de l’époque.

Jean y décrit l’armoire dans l’appartement familial parisien où son père avait aménagé une planque si besoin, « la rafle du Vel d’Hiv et le scellé posé sur notre porte », ses parents « qui demandent aux Nadaud de me garder chez eux, à Pontault-Combault, rue du Bois-Saint-Martin ».

Pontault-Combault, ce dimanche. Jean Zylber a eu la voix brisée par l’émotion en prenant la parole. LP/Marine Legrand

« Marcel et Maximilienne ont pu se procurer une carte d’alimentation pour moi grâce à une complicité, c’est comme si cela m’avait donné une existence. Et j’allais à l’école Emile-Pajot avec mon vrai nom, Zylber. » Jean vivait dans la maison des Nadaud, coupait du bois, nourrissait leur cochon… Un quotidien simple et rempli d’affection.

« Nos voisins connaissaient sans doute mes origines mais personne ne m’a dénoncé, souligne-t-il. Les Nadaud m’ont gardé jusqu’à la fin de la guerre avec cet esprit de générosité particulièrement marqué, comme souvent chez les gens de condition modeste. Grâce à eux, je n’ai pas connu Auschwitz et ses fours crématoires. » Puis Jean partira à Chicago (Etats-Unis) chez sa tante Ruth, qui s’occupera de lui « comme de son propre fils » durant douze ans.

Dimanche, le « comportement exemplaire, discret et efficace » du couple Nadaud est entré dans l’histoire, se réjouit le Pontellois Patrick Barone, fils et petit-fils de Justes : « Nous avons inauguré une stèle des Justes dans le parc de la mairie où leur nom est désormais gravé à tout jamais », annonce Gilles Bord (PS), le maire.

Marine Legrand

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Pontault-Combault : leurs grands-parents ont sauvé un garçon de 10 ans des nazis

lundi 19 novembre 2018

Du 16/11/2018

 

 

 

 

 

Vert-Saint-Denis, ce jeudi. Chantal (à droite) et Dominique, deux des trois petites-filles de Marcel et Maximilienne Nadaud, avec les photos de leurs grands-parents et de Jean Zylber à 14 ans. LP/Sébastien Blondé Les petites-filles de Marcel et Maximilienne Nadaud vont recevoir en leur nom le titre de «Justes parmi les nations ».

C’est l’histoire d’un petit garçon juif de 10 ans, caché des nazis à Pontault-Combault pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses sauveurs : Marcel et Maximilienne Nadaud. Respectivement décédés en 1966 et 1964, ils seront honorés ce dimanche matin, lors d’une cérémonie au cours de laquelle le titre de «Justes parmi les nations » leur sera remis, via leurs trois petites-filles.

L’aînée, Chantal, 71 ans, vit à Vert-Saint-Denis, où elle est élue locale. Ce jeudi, elle héberge Dominique, 62 ans, venue des Yvelines. En attendant, Françoise, 70 ans, qui arrive ce vendredi de Dordogne pour la cérémonie, Chantal et Dominique replongent dans leurs souvenirs.

Paris, Jardin des tuileries. Sur cette photo prise dans les années 1950, Chantal (à gauche) et Françoise entourent Jean Zylber. DR

Ce petit garçon, Jean Zylber, a aujourd’hui 85 ans et habite à côté de Marseille (Bouches-du-Rhône), après une carrière de scientifique au CNRS. C’est lui qui a réalisé les démarches pour honorer ses parents adoptifs. Il sera là dimanche.

Le garçon ne sort pas car la Kommandantur est basée à proximité

Chantal, Françoise et Dominique n’ont bien sûr pas connu cette époque où Jean, petit Parisien en vacances à Pontault-Combault en juillet 1942, a dû être dissimulé par leurs grands-parents qui le gardaient en nourrice. Ils l’ont fait à la demande de ses parents, qui avaient prévu de revenir le chercher après leur fuite. Finalement déportés à Auschwitz, ces derniers sont décédés en décembre 1943.

Jean Zylber (ici en juillet dernier) sera présent ce dimanche, à Pontault-Combault. Il vit aujourd’hui près de Marseille. DR

Jusqu’à la Libération, Jean vit chez les Nadaud, déjà parents de Roger, 20 ans, rue du Bois Saint-Martin. Au début, le petit garçon ne sort pas. Ou uniquement la nuit, car la Kommandantur se trouve dans le château de Madame-Sans-Gêne, près de l’école, non loin de chez les Nadaud.

Il peut finalement aller à l’école, où seuls le directeur et le médecin sont au courant de la situation. Marcel et Maximilienne l’élèvent alors comme leur second fils. Il ne partira qu’en 1947, aux Etats-Unis où sa tante souhaite l’accueillir. Il y suit des études et revient en France en 1959.

« C’était simplement Jeannot, notre tonton d’Amérique »

« C’était simplement Jeannot, notre tonton d’Amérique. Il a toujours fait partie de notre vie. Il nous taquinait et nous gâtait beaucoup », se souvient Chantal, qui avait une dizaine d’années à l’époque. « Il m’avait envoyé un cheval à bascule sur ressort, ça n’existait pas en France », se rappelle Dominique.

Les trois sœurs ont appris l’acte de leurs grands-parents assez tôt. «Mais ils n’en parlaient pas, notre père (NDLR : Roger, décédé en 1989), non plus et puis, on ne posait pas de question », poursuit l’aînée. Pour elles, Jean, de toutes les réunions de famille, est simplement leur oncle.

Ce n’est qu’assez récemment que le voile a été totalement levé, sous l’impulsion de Jean Zylber lui-même. «Il y a cinq ans, à son 80e anniversaire, il a sorti une valise avec plein de documents, de correspondances de l’époque entre notre grand-mère et ses parents en fuite. Là, on a tout découvert en détail. »

Fières de leurs grands-parents, Chantal et Françoise admirent leur courage. « Ils étaient très humbles. Ils n’attendaient pas de reconnaissance, témoigne Dominique. Mais c’est un beau geste de la part de Jean. »

Marcel Nadaud. DR

Maximilienne Nadaud. DR

Sébastien Blondé

 

 

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Qui vivait dans «La Chambre de derrière» ?

dimanche 18 novembre 2018

Du 18/11/2018

 

 

 

 

Retraité du monde de l'enseignement, Laurent Robène s'est attaché à recueillir des témoignages en vue de faire reconnaître ses grands-parents, Blanche et Lucien, «Justes parmi les Nations». En effet, ce couple avait, pendant l'Occupation, caché à son domicile de Pechbonnieu des clandestins, résistants, communistes, déserteurs allemands, parachutistes anglais, juifs enfants et adultes. Cette distinction leur sera attribuée par Yad Vashem en 2017.

C'est au fil de ce travail d'écriture que l'idée est venue à l'auteur d'en faire un livre «La Chambre de derrière». Avec les souvenirs de sa mère, Marguerite Robène, les témoignages écrits par sa défunte tante Lucette, ceux d'Edgar Morin, de Clara Malraux, du docteur Epstein, l'exploration des archives communales, du cabinet de la préfecture, les délibérations de la commission spéciale mise en place par Vichy, l'auteur a reconstitué ce que pouvait être la vie quotidienne dans ce village durant cette période.

Le livre retrace la vie quotidienne à Pechbonnieu, il éclaire sur la création du Mouvement de Résistance des Prisonniers de Guerre et Déportés dans la région de Toulouse, les retentissements sur la vie villageoise des événements de l'époque, restrictions et rationnement, STO, activités de la Résistance… À Pechbonnieu, de nombreux faits de résistance se sont déroulés, sans discontinuer, avec le silence complice de la population. Le domicile des Robène aura servi d'hôtellerie clandestine, de lieu de séjour, de soins, d'impression de tracts, d'étape ou de refuge pour des enfants juifs, d'escale lors de transferts vers les Pyrénées et l'Espagne, d'échange et de circulation d'informations, de camp de base pour la constitution du MRPGD. À travers cet ouvrage, Laurent Robène a souhaité transmettre pour ses enfants, petits-enfants, afin que les actes de ses grands-parents ne tombent pas dans l'oubli. La publication de ce livre vise à contribuer à l'entretien de la mémoire collective. Une vente signature est organisée en présence de Laurent Robène et sa mère Maguy Denègre dans le cadre du salon du livre Mieux vaut en lire, ce dimanche, à l'espace polyvalent, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h (à côté des écoles).

 

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Loon-Plage : Georgette Franchois, une Juste pour mémoire.

dimanche 18 novembre 2018

dU 16/11/2018

 

 

 

La commune de Loon-Plage, 6297 habitants aujourd’hui, est à moins de 13 km de Dunkerque. Samedi 10 novembre 2018, une partie de la municipalité, les habitants et les enfants des écoles ont honoré le souvenir de Georgette Franchois qui en 1942 n’a que 18 ans. Au péril de sa vie, de celle de sa famille et de tout le village de Loon-Plage, elle sauve de la déportation Maurice Baran-Marszak alors âgé de 9 ans. Depuis ce samedi, un square où désormais, jouent sans crainte les enfants, porte le nom de cette simple jeune fille du village, alors gouvernante chez la famille Baran qui quelques temps avant, a fui les bombardements allemands de 1940 sur Dunkerque où elle habite, et s’est réfugiée  à Lille.

Itinéraire d’un enfant sauvé…

Maurice Baran-Marszak. Il avait 9 ans

Depuis le 15 juin 1940, les Juifs du Nord et du Pas-de-Calais dépendent de l’administration allemande de Bruxelles. Les lois antisémites de 1940 les excluent peu à peu de toutes les possibilités de vie normale. Tout leur est interdit y compris au petit Maurice qui malgré le port de l’étoile jaune et grâce à Georgette, peut tout de même aller au cinéma, au parc de jeu, son étoile jaune cachée sous le revers de son col de manteau…Samedi 10 novembre, la cérémonie est d’autant plus émouvante que Maurice Baran-Marszak est présent. Il raconte avec une réelle émotion son sauvetage, et celui de son petit frère Michel, alors âgé de 3 mois. Nous sommes le 11 septembre 1942, la veille de Roch Hashana. Dès 6H00 du matin, les Juifs du Nord et du Pas-de-Calais sont raflés. Tous, femmes, enfants, vieilles personnes sont amenés par la police française et la gestapo à la gare de Lille-Fives. Ils attendent dans la peur et les cris, le train qui les transportera vers Malines, en Belgique d’où, ils seront déportés à Auschwitz. Mais pour l’heure, ils ne savent pas. Enfin, je crois ! Jankiel le père de Maurice et de Michel a été arrêté le 25 juillet. Même destination : gare de Lille-Fives, direction la Caserne Dossin à Malines dans la banlieue d’Anvers puis Auschwitz dans le convoi n°1 en partance de Belgique…Il ne reviendra pas…Ce jour de Roch Hashana, plus de 600 juifs s’entassent sur le quai et fait incroyable, les cheminots de la gare, tous des Justes !, sauvent plus de cinquante enfants et bébés. Ils retarderont aussi le départ train, prétextant une panne… Maurice et son frère sont collés à Fanny, leur mère. La scène n’est pas sans pleurs, sans déchirements. Maurice nous dit qu’il s’accroche une dernière fois à la robe de sa mère qu’il ne reverra plus…C’est Georgette qui l’a décidé et qui a demandé à sa mère d’amener Maurice avec elle. Fanny accepte non sans douleurs. Georgette passe avec Maurice le barrage de police. L’agent les laisse passer. Il sait ? Il ne sait pas ?, toujours est-il qu’il semble fermer les yeux, comme on dit. Maurice est sauvé. Son petit frère l’est aussi par Melle Neubert une infirmière suisse de la clinique Ambroise Paré qui le met dans un sac à dos. Il passera la guerre dans ce centre de soins…Les deux frères se retrouveront après le conflit…

Maurice : cht’i juif ou juif cht’i ?
Georgette amène Maurice chez ses parents, Madeleine et Marcel qui habitent alors le hameau de pont-à-Roseaux qui jouxte Loon-Plage. Ils accueillent sans sourciller cet enfant juif dans ce village un peu à l’écart, au cœur de la Flandre. Peu à peu, avec la complicité de tous les habitants, oui, je dis bien tous !, le petit Maurice apprend à devenir un vrai cht’i. C’est donc dans ce hameau collé à Loon-Plage et qui en fait partie, que Maurice va grandir, enfin, façon de parler puisqu’il n’a pas décidé de gagner les centimètres nécessaires pour devenir aussi grand que ses nouveaux amis, tout cela dit-il encore aujourd’hui, pour que sa mère puisse le reconnaître au cas où elle reviendrait…Là, il rencontre les autres enfants de la famille qui deviendront ses copains d’enfance. Ils jouent au milieu des champs et des watergangs qui comme les routes et les chemins, relient les villages de cette côte de la mer du Nord. La famille est simple, presque pauvre, mais fière, travailleuse mais quand il y a du travail, et chaleureuse par-dessus tout. Une vie de paysans quoi !, que partage Maurice au fil des saisons, des moissons, entre poules, cochons, chèvres et jeux de guerre…Les Allemands ne sont pas loin. Ils occupent une station de radio bien camouflée à moins de 300 mètres de la maison. Au fur et à mesure que les alliés progressent, la famille déménage de village en village avec toujours Maurice comme fils à part entière, devenu un vrai petit ch’ti dont l’usage du patois lui permet de se fondre dans la population locale. Ainsi lui-dit-on souvent : « min pti fiu, t’es des nôtes à st’heur ». Tour cela, toute cette histoire simple, belle et émouvante se passe au milieu d’une guerre où toute sa famille a été déportée et exterminée, Maurice a raconté son histoire dans un livre[1] qui reste un document majeur pour les gens du Nord. La vie d’un petit juif cht’i ou d’un cht’i juif pendant la guerre et que toute une famille, même plus, que tout un village a caché, de 1942 à 1945. Ils savaient tous du curé à l’instituteur, en passant par le maire et les habitants…, que le petit Maurice, l’enfant « adopté » par le village, était juif. Personne n’a jamais rien dit. Décidemment,  Loon-Plage est une ville de Justes !

Plus d’une centaine de personnes sont présents. Eric Rommel, le maire, sa première adjointe, Isabelle Fernandez, d’autres élus, la fanfare, enfin, tous celles et ceux qui de près ou de loin ont encouragé et participé à cette commémoration qui est plutôt une remémoration car c’est par elle que nous pouvons mettre au travail la mémoire et l’histoire. Il y a aussi les autres habitants qui retrouvent ou découvrent enfin l’histoire de Georgette Franchois épouse Vandenabeelle, déjà élevée avec ses parents Madeleine et Marcel (eux deux, à titre posthume) au titre de Justes parmi les nations depuis le 29 novembre 1990. Désormais, c’est toute une ville des Hauts-de-France, département où l’on a recensé 80 Justes, qui honore d’un square à son nom et d’une sculpture qui représente par deux mains qui se tendent, le geste courageux de Georgette Franchois dont chaque  Loonois peut être fier.

Jean-Marc Alcalay

Maurice Baran-Marszak, Histoire d’un enfant caché du Nord. Familles entre amour et silence (1942-1947), préface de Serge Klarsfeld, Editions Le Manuscrit, 2014.
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Eure-et-Loir : Gilberte Lallée a sauvé des Juifs durant la guerre

jeudi 15 novembre 2018

Du 13/11/2018

 

 

 

La fille de Giberte Lallée, Danielle Joseph Monrose, recevant des mains du Consul de l’ambassade d’Israël la médaille des Justes parmi les Nations. (©L’Action républicaine) Durant la Seconde Guerre mondiale, cette Percheronne, décédée en 1987, a caché Jacques et Simon Kruczyk ainsi que la famille Woda. 

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Eure-et-Loir a connu de nombreuses actions héroïques. Des hommes et des femmes qui ont à tout jamais marqué l’histoire du Département.

Titre décerné au nom de l’État d’Israël

Le préfet Jean Moulin, tué après de longues heures de torture. Maurice Clavel, commandant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), qui a libéré Chartres. Gabriel Herbelin, chef du Maquis de Plainville qui a redonné un goût de liberté à Nogent-le-Rotrou. Des héros extraordinaires qui en cachent d’autres… comme les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs.

Ce titre est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem.

Gilberte Lallée

La dernière en date est une habitante de Montigny-le-Chartif.

Revenons près de 70 ans en arrière. Gilberte Lallée vit dans sa ferme avec ses deux enfants, Henri et Franck. Son époux est prisonnier de guerre. De leur côté, la famille Woda vit à Paris. Le père d’Isaac Woda meurt de maladie au début de la guerre.

Hameau isolé

Sa mère Rajza, l’un de ses frères et l’une de ses sœurs seront arrêtés et assassinés à Auschwitz. Tout comme son deuxième frère Maurice. Théodore survivra aux atrocités d’un camp d’extermination de Pologne. Isaac, lui, décide de fuir la capitale avec sa sœur Rachel et son épouse Christiane.

Son oncle, Salomon Kruczik, lui indique l’adresse de la ferme de Gilberte au hameau du Mur, un lieu-dit composé de trois fermes isolées. Gilberte y héberge déjà les deux enfants de Salomon, Jacques et Simon.

Les petites phrases…
« Vous pouvez être fiers de l’action de votre mère. Une action résistante, humaniste, un geste de courage ». Laure de la Raudière, député.
« Qui sauve une vie, sauve l’humanité entière (N.D.L.R : écrits issus du Talmud). Ce ne sont pas de vains mots pour Gilberte ». Michel Harel, consul de l’ambassade d’Israël à Paris.
« Ce n’est pas une récompense, ni une décoration mais un hommage ». Michel Harel.
« Elle n’a pas cédé à la peur. Et tout un village a gardé le silence ». Cédric Bouet, sous-préfet de l’arrondissement de Nogent-le-Rotrou.
« Le livre des Justes ne sera jamais fermé ». François Guguenheim, vice-président de Yad Vashem.

Le trio arrive en Eure-et-Loir. Rachel est logée dans une autre habitation moyennant une pension que son frère verse. Une somme très modique afin de couvrir les frais.

Très vite sans argent, il trouvera du travail comme ouvrier agricole dans une ferme voisine où il est nourri. Isaac et Christiane, eux, sont accueillis chez les Lallée. Le couple aura un enfant durant son passage à Montigny, Alain, né le 16 juin 1944, à Paris où Christiane est partie accoucher.

« Elle n’a écouté que son cœur »

Malgré les risques encourus pour elle et ses enfants et un climat de propagande antijuif, Gilberte les hébergera durant cette période si dure.

« Elle n’a écouté que son cœur pour accueillir ces Juifs traqués par les Nazis. En bravant l’autorité au péril de sa vie » lance Michel Harel, consul de l’ambassade d’Israël à Paris.

« Je n’ai pas connu cette époque. Et Maman en parlait peu » confie la fille de Gilberte, Danielle Joseph Monrose.

Juste parmi les nations
Juste parmi les nations Est une expression du judaïsme tirée du Talmud (traité Baba Batra, 15 b).
En 1953, la Knesset (parlement d’Israël), en même temps qu’elle créait le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem consacré aux victimes de la Shoah, décida d’honorer « les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ».
Le titre de Juste est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem.
Au 1er janvier 2016, 25 271 Justes parmi les nations de 46 pays ont été honorés ; la Pologne, les Pays-Bas et la France sont les pays dont les citoyens ont été le plus médaillés. En tout, les Justes ont sauvé des centaines de milliers de personnes.
Il s’agit actuellement de la plus haute distinction honorifique délivrée par l’État d’Israël à des civils.

Elle raconte toutefois que sa mère « allait le soir avec du blé au moulin pour faire du pain et nourrir tout le monde ».

Lors des repas, « lorsqu’une voiture arrivait, tout le monde partait se cacher. Laissant les assiettes sur la table. Ce qui la faisait sourire car ce n’était pas discret » dévoile encore Danielle qui a toujours été en contact avec les époux Woda « qui étaient mon parrain et ma marraine ».

Thierry, le petit-fils de Gilberte, ne cache pas sa joie de porter « le nom de ma mamie ».

« Une femme forte et cultivée »

Quant à Alain Woda, né durant son séjour à Montigny-le-Chartif, il donne ses impressions d’enfant sur celle qui a sauvé sa vie et celle de ses proches.

« C’était une femme forte, gentille, généreuse. Bien plus cultivée que l’on pourrait le penser d'une simple fermière » se remémore-t-il.

En chiffres: Le Monde dénombre 26 971 Justes. En France, ils sont 4 055, dont 243 en région Centre et 28 en Eure-et-Loir.
6 millions de Juifs sont morts dans des camps de concentration et d’extermination. Dont 75 000 Français. Soit 22 % de la population vivant en France. C’est le plus petit pourcentage en Europe avec le Danemark.

Saluant aussi le village, « il n’y a pas eu un c… pour balancer notre présence. Pas un seul… C’était un petit facteur d’espoir ! ».

Ajoutant, « cinq fois les gendarmes sont venus dans la ferme. Chaque fois, ils ont fait comme s’ils ne voyaient et ne savaient rien ».

Pour tout cela, Danielle a reçu, au nom de sa mère, la médaille et le diplôme des Justes parmi les Nations des mains de François Guguenheim et Ralph Memran, vice-président et délégué régionale de Yad Vashem.

Loïc Jumeau


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Un square à la mémoire des Franchois sera inauguré ce samedi, rue du Parc

mercredi 7 novembre 2018

Du 06/11/2018

 

 

Le square Franchois, rue du Parc, sera inauguré ce samedi 10 novembre, à 11 h.

 

Pour avoir sauvé un enfant durant la Deuxième Guerre mondiale, Georgette Franchois et ses parents, originaires de Loon-Plage, ont été élevés au rang de « Justes parmi les nations » le 29 novembre 1990. 

Georgette Franchois est née aux Kempes, à Loon-Plage, le 1er  juin 1924. À 16 ans, elle entre comme employée de maison chez les Baran, une famille juive de Dunkerque, installée à Lille. Abraham (Jankiel) Baran et son épouse, Fanny, sont commerçants et ont deux fils, Maurice, né à Poitiers, et Michel, né à Lille.

Le 25 juillet 1942, Abraham (Jankiel) Baran est arrêté en tentant de rejoindre la zone sud pour y trouver un abri pour sa famille. Probablement dénoncé par un « passeur », il est arrêté parce que juif, emprisonné à Loos, puis déporté sans retour vers Auschwitz de Malisnes par le convoi nº1.

Le 11 septembre 1942, à 6 h, la police française se présente au domicile à Lille et arrête Fanny Baran et ses deux fils, Maurice, 9 ans, et Michel, 3 mois et demi. Ils sont conduits à la gare de Lille-Fives, où Georgette vient leur apporter quelques vêtements et tente de sauver Maurice.

Justes parmi les nations

Grâce aux cheminots lillois, Geosrgette Franchois, âgée de 18 ans, passe devant les gardes, tenant le petit garçon par la main. Elle l’emmène d’abord dans un café à deux pas de la gare. Maurice a alors la surprise, quelques instants plus tard, de voir arriver son petit frère, Michel, soustrait lui aussi à la surveillance des gardes.

Georgette amène Maurice le soir même chez ses parents, Marcel et Madeleine Franchois, qui vivaient dans une maison près du Pont-à-Roseaux, à Loon-Plage. Pendant ce temps-là, les parents de Maurice seront déportés sans retour et le petit orphelin restera chez Marcel et Madeleine Franchois jusqu’en 1945.

Eva Durrleman, qui avait réussi à sauver le petit Michel, l’emmènera au château de la Huda. Elle retrouvera Maurice et fera adopter les deux enfants par une famille dont le père est juif, les Marszak. Depuis la fin de la guerre et jusqu’à son décès, Maurice rendait visite, tous les ans, à Georgette Franchois et à sa famille. Depuis le 4 avril 2004, Georgette repose au cimetière de Loon-Plage.

Pour avoir sauvé cet enfant, Georgette Franchois et ses parents ont été élevés au rang de « Justes parmi les nations », le 29 novembre 1990. Les personnes ainsi reconnues reçoivent une médaille spécialement frappée à leur nom et un diplôme d’honneur. Elles ont en outre le privilège de voir leurs noms gravés sur le mur d’honneur dans le Jardin des Justes de Yad Vashem, à Jérusalem.


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