Actualités

Des héros de guerre reconnus comme Justes parmi les Nations grâce à Facebook

mercredi 10 avril 2019

Du 11/03/2019

 

Dans le sens des aiguilles d'une montre, à partir de la gauche: L'église que Renate aurait fréquenté pendant la guerre; Aad et Fie Versnel avec Renate, vers 1945; Renate réunie en 2015 avec Cobi et Els après plus de 50 ans. (Crédit : Autorisation de Nadin Une famille qui a caché un bébé juif durant la Shoah le retrouve 50 ans plus tard, et les parents ont été distingués par Yad Vashem à titre posthume

WORMERVEER, Pays-Bas — Soixante-quinze ans et quatre jours après que ma mère a été cachée en Hollande en temps de guerre, ses sauveteurs Aad et Fie Versnel ont finalement été reconnus à titre posthume par Yad Vashem comme des membres de ce groupe, les Justes parmi les Nations.

Cela a pris du temps, mais s’il n’y avait pas eu un message sur Facebook qui a permis miraculeusement de retrouver la famille en seulement quatre jours, cette histoire n’aurait peut-être jamais pu être racontée.

Il y a trois ans, j’ai publié Deux prières avant le coucher, un mémoire sur ma grand-mère Cilla Bitterman, qui a envoyé sa fille (ma mère) Renate dans la clandestinité pendant la guerre. 

En l’absence de documents d’archive, nous avons estimé qu’elle avait été obligée de se cacher à l’âge de 19 mois, à la mi-septembre 1942, exactement 75 ans plus tôt.

La bravoure de mes grands-parents qui ont pris la décision déchirante d’envoyer leur fils et leur fille vers un destin inconnu n’a été possible que grâce à ces gens qui vivaient dans cette Hollande occupée par les nazis et qui étaient prêts à faire face aux plus grands risques et sacrifices, mettant en danger leurs propres vies pour en sauver une autre.

Plus de cent mille hommes, femmes et enfants juifs hollandais ont été rassemblés dans les rues de Hollande et mis dans des camions à bétail et déportés dans des camps de concentration — Auschwitz, Bergen-Belsen, Sobibor et Theresienstadt, où ils ont été brutalement et abominablement massacrés. Seuls les deux-septièmes des 140 000 Juifs néerlandais ont survécu.

Comme le disait si bien le grand homme d’État du 18e siècle Edmund Burke : « la seule chose nécessaire pour le triomphe du mal est que les hommes de bien ne fassent rien. »

Mes grands-parents, Cilla et Eugen Bitterman, ont eu la chance inimaginable de trouver un couple altruiste et sans enfants, dans la trentaine, certainement pas prêt à rester sans rien faire.

Aad et Fie Versnel, qui vivaient dans le village de Wormerveer, à un peu plus de 16 km d’Amsterdam, ont sauvé la vie de ma mère. Ma grand-mère a remis son bébé en 1942. En juin 1945, elle a retrouvé une petite fille de quatre ans qu’elle ne reconnaissait plus.

Pour les Versnel, rendre Renate, la seule enfant de leur vie, avait été si douloureux. En reprenant sa fille, ma grand-mère Cilla a promis qu’elle prierait pour qu’ils soient bénis et qu’ils aient leur propre enfant. Exactement un an plus tard, en juin 1946 naissait une petite fille, Els Renate, suivie de Cobi en 1948.

Quand j’ai écrit le livre, je l’ai dédié à Aad et Fie Versnel et à la Résistance hollandaise.

L’une des dernières fois que ma mère a vu les Versnel, c’était en 1962, lors de son mariage avec mon père Arthur à l’Hôtel Kraznapolski à Amsterdam, auquel a assisté le couple et leurs filles, alors adolescentes.

Une image vintage en noir et blanc de Fie, Aad, Els et Cobi saluant la mariée Renate, 17 ans après la fin de la guerre, témoigne du lien impérissable d’amour entre les Bitterman et les Versnel que le temps ne pouvait pas obscurcir. Leur cadeau de mariage : une plaque d’argent, sur le dos de laquelle était gravé « Pour notre fille adoptive. »

Après que mes parents se soient mariés, ils ont quitté Amsterdam et ont finalement construit une maison et une vie à Londres. Au fil des années, mes grands-parents et les Versnel sont décédés et ma mère a perdu contact avec la famille. Ses tentatives pour les retrouver ont été infructueuses.

Après la publication de mon livre, nous avons redoublé d’efforts pour trouver les descendants des Versnel.

Une bonne utilisation des réseaux sociaux

Le 29 décembre 2014, ma soeur a posté une seule photo des Versnel sur Facebook, avec le message : « À la recherche des enfants et petits-enfants de Fie et Aad Versnel en Hollande vers 1945. Veuillez partagez s’il vous plaît. »

Quatre jours plus tard, le message a atteint un certain Hans Versnel, qui s’est avéré être le grand neveu d’Aad Versnel. Nous étions ravis.

Peu après, nous avons demandé à Yad Vashem de faire reconnaître les Versnel comme « Justes parmi les Nations ». Le titre, décerné par une commission spéciale et présidée par un juge à la retraite de la Cour suprême, ne peut être accordé que si des témoignages des survivants peuvent être réunis.

Bien que nous ayons quelqu’un qui travaillait sur notre cas, Ruth Joaquin, qui s’occupait efficacement des dossiers néerlandais, le processus a été long. D’abord et avant tout le témoignage de ma mère, les souvenirs, ses impressions, les pensées et les sentiments d’un petit enfant ont été rassemblés.

« Je me souviens m’être cachée derrière un rideau quand les nazis patrouillaient, et je me souviens être allée à l’église et avoir mis de l’argent dans la boîte de collecte », a-t-elle décrit.

« J’étais aussi très proche de leur chien Kesje. Les Versnel étaient très bons avec moi et m’ont traitée comme si j’appartenais 100 % à leur famille. »

Les filles Versnel, Els et Cobi, ont également été contactées et ont fourni du matériel primaire fascinant et émouvant.

Un document publié par le bureau des réclamations le 11 mai 1945 confirmait que Renate Bitterman avait effectivement été cachée à Weverstraat 3, Wormerveer.

Un autre document, fourni par le Food Distribution Office, a déclaré qu’ « en raison de circonstances particulières » Renate Bitterman, âgée de quatre ans, n’était pas en possession d’un coupon de base et pouvait donc recevoir 800 g de pain et 100 g de pommes de terre séchées.

Mais le plus déchirant fut une lettre envoyée par Cilla Bitterman à Fie Versnel le 10 février 1948, juste quelques jours après le septième anniversaire de Renate. Dans ce document, Cilla, 35 ans, a écrit : « nous avons reçu votre lettre et nous sommes très heureux que vous arriviez samedi. Vous nous manquez aussi beaucoup. La petite Renée dansait d’excitation quand elle a appris que tu venais. »

Enfin, environ un an après le début de l’enquête, nous avons reçu une lettre nous informant que la Commission avait approuvé la remise du titre et que l’ambassade d’Israël à La Haye organiserait la cérémonie.

Une réunion de « famille »

Les membres de la famille venant d’Israël et d’Angleterre ont fait le voyage tant attendu en Hollande. Nous nous sommes arrêtés pour la première fois dans le village de Wormerveer, à un peu plus de 16 km d’Amsterdam, où Els et Cobi et leurs maris nous ont accueillis.

Je ne pouvais pas m’empêcher d’imaginer comment en 1942, ma mère, qui n’avait encore qu’un an, a probablement été emmenée d’Amsterdam à Wormerveer en train. Cela me fait froid dans le dos de penser qu’en moins d’une heure elle a été séparée de ses parents biologiques et remise à ses parents adoptifs. Sa vie a été transformée pour toujours.

Sur Weverstraat, à deux pas de la gare, nous étions à l’endroit exact où les Versnel avaient abrité ma mère dans leur maison, aujourd’hui une place vide dans un parking. Juste au coin de la rue, il y avait l’église, aujourd’hui un bloc d’appartements, probablement l’église que ma mère avait fréquentée.

Els, qui vit à Wormerveer, nous a invités chez elle pour prendre un café. Sereins, nous nous sommes remémorés le passé, nous avons évoqué des moments heureux comme la visite d’Els et Cobi à la souccah de mes grands-parents dans leur maison d’Amsterdam.

Le lendemain, dans l’auditorium bondé de la bibliothèque de Rotterdam, six familles courageuses ont été reconnues et honorées. Invité à faire un discours, j’ai eu le privilège d’avoir l’opportunité de partager fièrement l’histoire que je connais maintenant très bien et de rendre justice à l’immense courage des frères d’Aad.

Aad est originaire d’une famille protestante religieuse exceptionnelle. Il était le plus jeune des quatre frères, les autres étant Johannes, Klaas et Leonardus.

Johannes, l’aîné, a également caché un enfant juif, une adolescente, en disant à tout le monde qu’elle avait été adoptée.

Le grand-père de Hans, Klaas, travaillait pour la Résistance hollandaise. Il possédait un studio de lithographie et falsifiait des cartes d’identité et des bons d’alimentation. Il fut arrêté en 1944 pour ses actes courageux de résistance et mourut tragiquement dans une prison allemande, quelques semaines avant la fin de la guerre.

Cobi et Els, au centre, avec la famille, à la cérémonie de Yad Vashem à Rotterdam en l’honneur d’Aad et de Fie Versnel (Crédit : Robert Woord)

À la fin de mon discours, j’ai appelé ma mère sur scène pour qu’elle présente à Els et Cobi leur cadeau, une plaque d’argent symbolique. L’inscription derrière la plaque indiquait : « En mémoire d’Aad et de Fie Versnel, tes parents bien-aimés, mes parents adoptifs, des Justes parmi les Nations. Je leur suis éternellement redevable pour avoir risqué leur vie afin de sauver ma vie pendant l’Holocauste »

Les spectateurs ont regardé ému, les yeux pleins de larmes, Els et Cobi accepter leur cadeau, avant de recevoir plus tard les médailles en l’honneur de leurs parents bien-aimés. Et à Yad Vashem, à Jérusalem, les noms de leurs parents ont finalement été gravés sur un mur, honorant leur courage, pour que tout le monde puisse les voir.

Dans un émouvant hommage à ses parents, Cobi a déclaré : « nous pensons que nos parents le trouveraient [le prix] inutile parce que c’était juste la bonne chose à faire. Les quelques fois où nous en avons parlé, ils nous ont dit, quand ils viennent à votre porte avec une petite fille, vous faites juste ce qui est nécessaire. »

Photo de groupe à la cérémonie de Yad Vashem à Rotterdam en l’honneur d’Aad et de Fie Versnel. (Crédit : Autorisation Robert Woord)

 

 

 


Lire la suite

Rezé. Henriette, 100 ans, a sauvé Édith pendant l’occupation allemande

mercredi 10 avril 2019

Du 11/03/2019

 

 

 


 

Mme Bochereau et Édith Frydman, venue d’Israël, se souviennent de la vieà Saint-André-de-la-Marche pendant la Seconde guerre mondiale. | OUEST-FRANCE Ouest-France Publié le 11/03/2019 à 19h15 Lire le journal numérique Écouter Recherchez Samedi, Hen Samedi, Henriette Bochereau a fêté ses 100 ans, avec 120 proches. Parmi eux, Édith, la « petite » juive sauvée par la centenaire, en 1939, à Saint-André-de-la-Marche.

 

 

Lire la suite

Femmes et héroïnes : Yad Vashem met à l’honneur les sauveuses de la Shoah

mercredi 10 avril 2019

Du 05/03/2019

 

 

 

 

 

 

A l’occasion de la Journée internationale des Femmes 2019, le site en français de Yad Vashem met à l’honneur les sauveuses de la Shoah, à travers deux expositions

La résistance n’est pas une affaire de genre. L’héroïsme non plus. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, des femmes n’ont pas hésité à mettre leur vie en danger pour sauver des Juifs. Elles constituent d’ailleurs plus de la moitié des Justes parmi les Nations reconnus par Yad Vashem. Certaines ont agi en famille, d’autres de manière totalement indépendante, mais toutes ont fait preuve d’un courage exemplaire.

En 1940, Irena Sandler, est une assistante sociale polonaise de 29 ans. Au prix d’énormes sacrifices personnels, elle mettra au point des stratagèmes pour pénétrer dans le ghetto et aider les Juifs mourants. Andrée Geulen-Herscovici est une jeune maîtresse d’école bruxelloise. Alors qu’un matin, elle voit arriver certains enfants affublés de l’étoile jaune, elle ordonne à tous ses élèves de porter un tablier, pour dissimuler l’humiliante marque distinctive imposée aux Juifs. « Une paysanne voûtée, qui marchait les mains derrière le dos, dotée d’une intelligence instinctive et surtout d’un grand cœur » : c’est ainsi que Berthe Badehi (née Elzon) décrit celle qui lui a sauvé la vie, Marie Massonnat, en la cachant chez elle, en Savoie, pendant la Shoah. Adélaïde Hautval, elle, est médecin psychiatre. En 1942, alors que commencent les déportations, elle s’écrit : « les Juifs sont des gens comme les autres ». En représailles, elle est envoyée à Auschwitz où elle met en pratique ses connaissances médicales pour soigner les prisonnières juives.

D’autres s’appellent Anna, Gertruda, Suzanne ou Marie-Louise. Originaires de France, de Pologne, de Russie ou d’Italie. Autant de femmes courageuses, initiatrices de sauvetage périlleux qui ont risqué leurs vies pour sauver leurs prochains juifs.

Découvrez leurs parcours dans le cadre d’une mini-exposition préparée par Yad vashem à l’occasion de la Journée internationale des Femmes : Histoires de femmes qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah Mila Racine, résistante exemplaire

Souvent mésestimée, la résistance féminine juive a elle aussi connu ses faits d’armes. Mila Racine, dite Marie-Anne Richemond, s’y est illustrée pendant près de deux ans, de janvier 1942 à octobre 1943, via différents réseaux clandestins juifs.

Née à Moscou, issue de la bourgeoisie russe, Mila Racine arrive à Paris, avec ses parents en 1926. Quand les Allemands envahissent la France en juin 1940, la famille fuit vers le Sud. Mila n’aura alors de cesse de porter secours aux Juifs des camps de Gurs et Rivesaltes, puis de se lancer dans le secours aux plus jeunes. A son actif, entre autres : le sauvetage de 236 enfants, qu’elle a fait passer clandestinement, en Suisse. Au péril de sa vie.

Arrêtée par la Gestapo, elle sera incarcérée à la prison d’Annemasse et à Compiègne, avant d’être déportée à Ravensbrück, puis Mauthausen, où elle trouvera la mort, quelques semaines avant la libération du camp.

A l’occasion de la Journée internationale des Femmes 2019, Yad Vashem a choisi de mettre à l’honneur cette combattante héroïque, unanimement saluée par ses camarades de l’ombre pour son amour d‘autrui, son courage et son dévouement sans limite. Pour découvrir son parcours hors-du-commun : Mila Racine, de la cellule 127 à Annemasse au matricule 27918 à Ravensbrück 


Lire la suite

Sarraltroff : connaissiez-vous Antoine Corriger, Juste parmi les Nations ?

jeudi 14 mars 2019

Du 26/02/2019

 

 

 

 

Antoine Corriger, curé de Chaumontel né à Sarraltroff, a caché 15 juifs dans les locaux de sa paroisse pendant l’occupation. DR

L’abbé Antoine Corriger est né à Sarraltroff, le 21 novembre 1884. Son père, garde forestier, partit avec sa famille pour la région parisienne, alors qu’il ne parlait pas du tout le français, parce qu’il refusait l’annexion allemande de la Lorraine par Bismarck.

Le jeune Antoine fut éduqué dans une atmosphère de foi chrétienne intense. Dès qu’il le put, il retourna s’imprégner de ses racines lorraines proches des courants du catholicisme social. Il affectionnait particulièrement le couvent de Saint-Jean-de-Bassel des Sœurs de la Divine Providence, congrégation religieuse fondée en Lorraine par le Père Moye.

Devenu prêtre, Antoine Corriger fut, pendant 40 ans, curé du village de Chaumontel (Val d’Oise).

Sous l’occupation, l’abbé Corriger a caché, pendant 4 ans, à quelques mètres de la Kommandantur locale, quinze juifs, dont neuf enfants. Pour ne pas éveiller les soupçons, il cachait ses protégés en alternance dans le presbytère et sous l’estrade du théâtre de la salle paroissiale. Il les nourrissait discrètement, en cultivant son potager, en ramassant les châtaignes dans la forêt. Le jour, il dispersait les enfants dans des fermes de paroissiens de confiance, en racontant de pieux mensonges.

Les gens qui l’ont connu après la guerre ignoraient tous son activité de sauvetage. Il ne l’a révélée qu’aux membres de sa famille, qu’il allait voir périodiquement à Sarraltroff. Antoine Corriger est mort le 25 décembre 1967, à Groslay.

En 2007 une démarche de mémoire a été entreprise par Simon et Gisèle Picovschi, qui ont fait partie des neuf enfants cachés. Bertrand Kugler, adjoint au maire de Sarraltroff de l’époque et d’autres intervenants ont rassemblé témoignages et éléments biographiques. Un hommage officiel lui a été rendu à Chaumontel par les autorités civiles et religieuses, le 8 mai 2009 : une plaque souvenir est posée sur sa tombe et une autre sur la maison paroissiale où il cacha ses protégés pendant quatre ans.

Le 16 octobre 2011, à la mairie de Sarraltroff, la médaille des Justes parmi les Nations a été remise aux ayants droit de l’abbé Antoine Corriger.

 

Lire la suite

En mémoire de Max Arbez, Juste parmi les Nations

mercredi 13 mars 2019

Du 13/02/2019

 


 

 

 

Yad Vashem a mis à l’honneur – à titre posthume -la figure d’un juste, un homme de bien : Max Arbez, toujours bien présent dans le cœur de ses amis, de ses fils et de ses filles, et de ses petits enfants. 

Il a été, avec son épouse Angèle, l’artisan d’actes de courage durant la seconde guerre mondiale. Tout s’est déroulé au hameau de La Cure – St Cergue, (Vaud) à 1150 m. d’altitude, dans cette belle région de la Vallée de Joux dominée par les monts du Jura vaudois, le Noirmont, la Dôle. Max est né en 1901 et il est décédé en 1992.

Qu’est-ce qui – mises à part ses convictions religieuses profondes – a favorisé l’engagement de Max Arbez désireux d’aider juifs et résistants fuyant les Allemands, lui qui pouvait rester tranquillement à l’abri chez lui, en Suisse ? Qu’est-ce qui l’a incité à poser des actes de grand humanisme, allant jusqu’à mettre en danger sa propre vie et celles des siens ?

Il se trouve que son père, Jules Arbez, avait repris à la fin du 19ème siècle une grande maison située à cheval sur la frontière entre la Suisse et la France, à La Cure, sur une enclave territoriale à la fois sur le canton de Vaud et le département du Jura. Le bâtiment avait antérieurement appartenu à une famille protestante, les Ponthus, lors du traité des Dappes en 1862.

C’est cette maison binationale devenue Hôtel Arbez Franco-Suisse qui par sa position particulière permit à Max Arbez de faire passer discrètement de France occupée en Suisse un nombre impressionnant de résistants et surtout de juifs poursuivis par les SS. 

Max Arbez, avec l’aide précieuse de son épouse Angèle, s’est organisé tout en prenant de grands risques, pour faire passer en Suisse des personnes et des familles entières, menacées parce que juives, durant les sombres et interminables années de guerre. Chaque mois il accompagnait par les combes et les monts du Jura vaudois des fugitifs, dont l’un, alors enfant, devint même par la suite Ambassadeur d’Israël en Suisse dans les années 90. Durant ces années de conflit, ce sont certainement quelques centaines de personnes juives, seules ou en groupe familial, auxquelles Max a permis de franchir le sas de la liberté par l’intérieur de sa maison. A plusieurs reprises, les balles des SS en rage lui ont sifflé aux oreilles dans la partie française de la salle de l’Hôtel Arbez, mais grâce à l’escalier intérieur, les fugitifs avaient déjà fait le pas décisif, juste à temps, et ils se trouvaient désormais en Suisse, protégés par le statut helvétique de l’hôtel! Max connaissait les douaniers de part et d’autre et il évitait soigneusement ceux qui par idéologie seraient réfractaires aux gestes de sauvetage et donc tentés de refouler les personnes en fuite, avec l’énorme risque d’arrestation, puis d’acheminement vers les camps de la mort.

Max Arbez, animé d’une constante détermination au cours des années où planait sur les juifs la menace de la solution finale, a été toujours d’une grande humilité et d’une totale discrétion. Il n’a évidemment jamais tiré le moindre avantage financier de ces transbordements périlleux, et il n’a jamais recherché une quelconque gloriole personnelle. De son vivant, il estimait comme normal ce qu’il avait réalisé et n’a jamais voulu de manifestation officielle en son honneur.

Max était en parfaite adéquation avec l’adage hébraïque qui estime que l’acte le plus haut en valeur est celui qui est accompli discrètement sans la moindre attente de récompense ou de reconnaissance. Ce sont par conséquent plusieurs familles rescapées, en particulier les familles Lande et Blot, qui ont oeuvré pour que ces actes ne tombent pas dans l’oubli et pour que Max Arbez reçoive à titre posthume la distinction de Juste parmi les Nations décernée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem. 

Ce titre riche de sens humaniste et spirituel a été remis sur la base de témoignages concordants de survivants, en écho à cette période tourmentée où le fait d’aider des juifs à se cacher ou à s’exfiltrer de France occupée était considéré comme un crime punissable de mort par les nazis. L’Etat d’Israël confère aux  Justes parmi les nations la citoyenneté commémorative en reconnaissance de leurs actes courageux.

Max aimait à raconter à ses proches et à ses amis ces moments d’intense émotion lorsqu’avec toute sa logistique il allait en France, par n’importe quel temps, à la rencontre des personnes signalées par ses contacts et qu’il attendait avec émotion, sans les connaître, pour les acheminer vers la Suisse en bravant les imprévus les plus divers.

Honorer Max Arbez pour ses actions de sauvetage de familles juives en péril, ce n’est pas seulement évoquer une personne de foi judéo-chrétienne et humaniste qui, comme d’autres, a su dire non à la barbarie, c’est rappeler aux jeunes générations la vigilance indispensable pour que ne se propagent pas de nouveau l’antisémitisme et les ravages qui en résultent.

Le Grand Rabbin Safran de Genève (z’l’), me dédicaçant son livre intitulé « juifs et chrétiens, la Shoah en héritage », me disait que les Justes parmi les Nations, des hommes tels que Max Arbez, sont, dans la mémoire souffrante des Juifs, comme une lueur d’humanité qui remonte des abîmes et fait signe vers l’avenir.

En évoquant le courage de Max Arbez à la demande insistante des familles survivantes, une flamme invisible brille dans les consciences de ce début de 21ème siècle, espérons qu’elle éclairera des chemins de sagesse et d’engagement pour les jeunes générations, alors que l’antisémitisme montre de nouveau son hideux visage..

© Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 


Lire la suite

Villeneuve-Saint-Georges : la famille reconnue « Juste » pour avoir sauvé un enfant juif

dimanche 10 mars 2019

Du 21/02/2019

 

 

 

 

Villeneuve-Saint-Georges, jeudi après-midi. Jean-Jacques Clair (au centre) a été sauvé en 1942 par Roland Marchoix, décédé en 2013 et représenté par sa belle-sœur, Francine Chevalerias (à gauche). LP/C.L. André et Jeanne Marchoix, et leur fils Roland, ont été faits « Justes parmi les nations » jeudi, après avoir sauvé deux enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans la bouche de tous les orateurs une même question : « Et nous, qu’aurions-nous fait ? » En 1942, Roland Marchoix (18 ans) a traversé Paris pour récupérer Jean-Jacques Clair (6 mois) et le mettre à l’abri chez ses parents, Jeanne et André, à Villeneuve-Saint-Georges. Le nourrisson et son frère Pierre y seront élevés comme des fils, quand leurs parents, pourchassés parce que juifs, mèneront la résistance dans le sud du pays.
Jeudi après-midi, à l’espace Cocteau de Villeneuve-Saint-Georges, Roland (décédé en 2013) et ses parents ont reçu à titre posthume le titre de « Justes parmi les nations ». Dans un discours noyé par les trémolos (« Ça ravive des souvenirs familiaux »), la maire (PCF), Sylvie Altman, a salué plus de 70 ans après ces « gestes simples mais qui faisaient courir les plus grands dangers ». Surtout, l’édile a mis en garde : « Si l’antisémitisme rejaillit, il n’est pas inéluctable. Il faut ne rien laisser passer. »

« L’antisémitisme ne s’est pas éteint à Auschwitz »

Réunis par le « devoir de mémoire » et l’hommage à ces « héros sans arme » de la Seconde Guerre mondiale, la quarantaine de personnes présentes n’avaient en tête que le présent et sa litanie d’actes antisémites, qui ont bondi de 74 % en 2018.

« La bête immonde n’est pas morte, alerte Ralph Memran, délégué régional du comité français pour Yad Vashem. Elle a seulement changé d’uniforme et d’argumentaire. » Delphine Gamburg, ministre-conseiller auprès de l’ambassade d’Israël, insiste : « L’antisémitisme ne s’est pas éteint à Auschwitz. […] Il est tombé dans la banalité et le fait divers. »

Les cheveux blancs et le buste légèrement voûté, Jean-Jacques Clair a bien grandi. Aujourd’hui âgé de 76 ans, il s’est battu pour renouer les fils d’une histoire qu’on a tue dans la famille une fois la guerre terminée. Avec l’aide d’une généalogiste, il a pu contacter Roland, son sauveur, en 2013. In extremis : quelques mois après leurs retrouvailles, le désormais « Juste » est mort.

Avec la disparition progressive des derniers témoins, Jean-Jacques en appelle aux « professeurs et hommes d’église », pour passer le relais et le souvenir d’une période pas si loin. Et pourtant : « Quand on voit la manière dont les gens sont ignorants, il faut parfois enfoncer le clou. »

Corentin Lesueur
Lire la suite