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Trois arthésiens nommés «Justes parmi les Nations» à titre posthume

lundi 20 août 2018

Du 23/07/2018

 

 

 

 

Michel Ashe était déjà revenu à Arthès. Le 26 juillet à Arthès, Les familles Dubec et Igalens seront faites «Justes Parmi les Nations» par Yad Vashem.

C'est la plus haute distinction civile israélienne que vont recevoir à titre posthume Violette et Guillaume Dubec et Camille Igalens pour avoir sauvé Joseph et Hilde Aschkenas, leurs enfants Michel et Nicole de la barbarie nazie et de l'Etat français de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale. La cérémonie se déroulera ce jeudi 26 juillet à Arthès en présence de Pierre Doat Maire d'Arthès, Francine Theodore-Leveque et Alberf Seifer Délégués du Comité Français pour Yad Vashem, les députés du Tarn, les deux sénateurs du Tarn, des représentants du conseil départemental, le directeur de cabinet de la préfecture, Jean-Paul Raynaud maire de Saint-Juéry, des élus de la C2A et des porte drapeaux. Les descendants des familles Dubec et Igalens recevront à Titre Posthume La Médaille et le Diplôme de «Juste parmi les Nations› des mains d'Anita Mazor, Ministre près l'Ambassade d'Israël à Paris, en charge du Sud de la France décernés à Violette et Guillaume Dubec et Camille Igalens. Arthès est membre du Réseau De Villes Et Villages De France Des Justes Parmi Les Nations depuis le 16 juillet 2018. Avant la cérémonie qui se déroulera à 10h30 à la salle Georges Albinet, sera inauguré à 10 heures un Jardin des Justes parmi les Nations place de l'église. Michel Ashe Aschkenas posera une plaque de reconnaissance envers ces 2 familles et les autres familles de Saint-Juéry et Arthès qui sont restées dans l'ombre.

Michel offre une plaque en bronze qu'il a fait créer dans une fonderie et qu'il posera lui-même ce 26 juillet au Jardin des Justes. «Avec cette plaque, nous rendons hommage au courage et à la bravoure extraordinaire de Guillaume et Violette Dubec et de Camille Igalens qui, au péril de leur vie, avec les autres citoyens d'Arthès et de Saint-Juéry, ont caché Joseph et Hilde Aschkenas et leurs enfants Michel et Nicole de la barbarie nazie et de l'État français de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale». Michel Ashe et huit membres de sa famille reviendront tout exprès des Etats-Unis pour cette cérémonie.
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Marcelle Lainé, fille des Justes Edmond et Germaine Bauger, était adolescente et se souvient

lundi 20 août 2018

Du 22/07/2018

 

 

 

Marcelle Lainé, fille d’Edmond et Germaine Bauger, sera présente à la cérémonie d’hommage aux Justes Aujourd’hui, Saint-Amand rend hommage aux Justes, ces hommes et femmes qui ont sauvé des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, Edmond et Germaine Bauger, dont la fille, Marcelle, adolescente à l’époque, a prêté main-forte. Elle témoigne. 

Elle a aujourd'hui 87 ans. Ses souvenirs sont douloureux mais intacts. Marcelle Lainé avait 12 ans quand ses parents, Edmond et Germaine Bauger, ont accueilli et protégé le docteur Weinberg puis Charles Krameisen, deux hommes de confession juive poursuivis par les nazis durant l'Occupation. Ce dernier est d'ailleurs l'unique rescapé du drame des Puits de Guerry.

Pour avoir sauvé ces deux hommes, le couple Bauger a reçu en 2012, à titre posthume, le titre de Justes parmi les nations, la plus haute distinction civile décernée par Israël à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des juifs persécutés par l'occupant nazi. « J'avais un papa incroyable !, raconte Marcelle Lainé. Il disait toujours ce qu'il pensait, il était contre Pétain et n'avait pas peur de le dire. C'était de famille, car à cette époque, mes deux frères aînés, Adrien et Fernand, étaient dans la Résistance Alors un jour, j'étais malade et mes parents m'ont emmené chez le médecin à Charenton-du-Cher, le Docteur Weinberg. Il savait qu'il pouvait compter sur mon père alors il a expliqué à mes parents qu'il était israélite et leur a demandé si, en cas de problème, ils pouvaient le cacher. Mon père a accepté tout de suite. »

« ll fallait constamment faire attention »

« Nous avions une ferme isolée au lieu-dit Las, à Charenton-du-Cher, ajoute Marcelle Lainé. Nous étions à 5 kilomètres du village. Pour Charles Krameisen, il s'est passé la même chose. Ma famille le connaissait très bien, alors il a demandé à mon père si on l'aiderait en cas de besoin. Papa a dit oui. » En 1943, le médecin échappe aux filets de la Gestapo et trouve refuge dans la ferme des Bauger. Charles Krameisen arrive ensuite à son tour après avoir échappé à la Milice et à la Gestapo lors de son évasion en direction des Puits de Guerry.

« Il a sauté d'un camion pieds nus et a couru et rampé dans des fourrés avant de se réfugier dans une ferme à Savigny-en-Septaine, se souvient Marcelle Lainé. Il y est resté trois jours avant de venir à pied, déguisé en ouvrier agricole, jusqu'à la ferme de mes parents. Je me souviens lorsqu'il est arrivé. Il n'y avait que ma mère et moi. Il est tombé dans nos bras. Nous avons donc hébergé les deux hommes en même temps, jusqu'à la fin de la guerre en 1945. »

Le danger guettait la famille Bauger en permanence. « Il fallait constamment faire attention. À la ferme, nous cultivions le secret. Les deux hommes vivaient avec nous dans la maison. Ils avaient une chambre, mais lorsque nous recevions de la famille ou des invités, il fallait les cacher ailleurs dans la ferme. Je me souviens qu'une fois, ma tante, qui habitait Vierzon, est venue nous rendre visite. Elle était plutôt favorable à la collaboration. Alors quand il fallait que j'apporte à manger à nos deux invités, je devais faire le tour de la ferme et ne pas me faire voir. Il m'arrivait aussi d'apporter, en cachette, des lettres du docteur à sa femme qui, elle, avait pu rester à Charenton. »

« Tout était compliqué pour se nourrir, se laver »

Et Marcelle Lainé ne manque pas d'anecdotes. « Une fois, le facteur a aperçu le docteur dans la maison, mais n'a pas vu son visage. Mon père lui a expliqué que c'était le frère de ma mère qui se cachait car il ne voulait pas faire le STO. Il était courageux mon père ! Ma mère aussi. Et elle était vaillante. Car cette période de la guerre a été très difficile. Tout était compliqué pour se nourrir, se laver. »

La famille possédait trois cartes d'alimentation mais il fallait nourrir cinq personnes. « Nous avons même été six à un moment car nous avons accueilli un résistant. C'était vraiment très dur. Et pour se laver aussi, car on ne trouvait pas de savon », se souvient Marcelle Lainé qui, pour rendre hommage à ses parents, participe régulièrement à la cérémonie d'hommage organisée par la ville de Saint-Amand depuis une dizaine d'années. « Ce sont des héros, mais mes parents me disaient qu'ils n'avaient fait que leur devoir », conclut la fille des Justes Bauger.

Yassine Azoug


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Hommage aux Justes, deux femmes évoquent la mémoire de leurs grands-parents

lundi 20 août 2018

Du 22/07/2018

 

 

 

 

Le premier ministre Edouard Philippe durant le 76e anniversaire du rafle du Vel d’Hiv ,le 22 juillet 2018 / JACQUES DEMARTHON/AFP Dimanche 22 juillet, le premier ministre, Édouard Philippe, a commémoré la rafle du Vél’ d’Hiv et rendu hommage aux Justes de France. Parmi eux, Xavier et Marie-Françoise de Virieu, un couple héroïque dont parlent avec émotion leurs petites-filles.

Hélène de Virieu et Nathalie Carré sont sœurs. Dimanche 22 juillet, alors que le premier ministre, Édouard Philippe, rendait hommage aux Justes, elles se sont souvenues avec émotion de leurs grands-parents, Xavier et Marie-Françoise de Virieu, distingués en 2015 par le mémorial de Yad Vashem.

L’histoire débute en 1940, sous le régime de l’Etat français. Xavier de Virieu et sa femme s’installent dans le château familial, en Isère, et entrent dans la clandestinité. Là, ils cachent des réfractaires du STO, ainsi que 40 tonnes d’armes et de munitions de l’armée française. Ils abritent surtout deux mamans juives et leurs enfants. Cinq d’entre eux vivront ainsi pendant deux ans au château, élevés avec les quatre enfants du couple. Un précepteur leur fait la classe en toute discrétion. Mais en septembre 1942, dénoncés, Xavier de Virieu et sa femme doivent partir. Ils confient alors les enfants à des familles du village, avant de prendre le maquis.

« L’obligation de garder le secret »

Puis le silence tombe. Xavier de Virieu décède prématurément. Sa femme ne se confie guère sur ce drame de la guerre. « Ma grand-mère était pétrie de l’obligation de garder le secret, raconte Hélène de Virieu. Elle m’a raconté qu’elle avait été jusqu’à oublier le vrai nom des enfants. »

Ainsi, sa grand-mère ne sait-elle pas répondre lorsque Hélène lui demande un beau jour si elle connaît un certain Jean-Jacques Strauss. « C’est une coïncidence incroyable vécue il y a une vingtaine d’années. Lors d’un rendez-vous professionnel, à Paris, un interlocuteur pâlit en apprenant mon nom. Il me demande si je connais Marie-Françoise de Virieu. Quand je lui dis qu’il s’agit de ma grand-mère, il est submergé par l’émotion car elle avait sauvé son père. Sans elle, il ne serait pas né  ! », poursuit-elle.

La grande histoire s’invite encore dans celle des descendants en 2013. Cette année-là, un oncle de Nathalie et Hélène reçoivent une lettre frappée d’un timbre américain et signée d’un certain Bernard Schanzer et de son frère Henri. Les mystérieux correspondants expliquent qu’ils doivent leur survie pendant la guerre à Xavier et Marie-Françoise. Et qu’ils ont demandé à Yad Vashem, en Israël, d’accorder à leurs protecteurs le titre de Justes parmi les nations.

Faire perdurer cette histoire

Ce sera chose faite, à titre posthume, en 2015. « Nous nous sommes alors rencontrés pour la première fois, reprend Nathalie Carré. Trente personnes sont venues des États-Unis, toutes des descendantes des jumeaux Schanzer. Nous étions tous très émus. » Son propre père, qui avait pourtant vécu enfant avec les jumeaux, ne se souvenait plus d’eux mais garde en revanche un vague souvenir des deux fillettes qui avaient son âge. Leur trace s’est perdue. « Nous nous sommes tous dit qu’il fallait vite témoigner afin que cette histoire ne disparaisse pas avec les derniers survivants », conclut Nathalie Carré.

Hélène et Nathalie considèrent leurs grands-parents comme des héros, « même s’ils auraient détesté être vus ainsi ». À leurs yeux, « ils n’avaient fait que leur devoir », s’exclament-elles. D’ailleurs, leur histoire aurait pu se perdre à jamais tant le couple a été discret.

À l’échelle du pays aussi, l’histoire des Justes s’est écrite tardivement. Il a fallu attendre 1995 avant que Jacques Chirac ne fasse entrer les Justes de France, connus ou anonymes, au Panthéon comme le lui avait suggéré Simone Veil. « (…) Bravant les risques courus, ils ont incarné l’honneur de la France, les valeurs de justice, de tolérance et d’humanité », est-il écrit dans la crypte du Panthéon.

 

Emmanuelle Lucas

 

 


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“ Il ne devait rien nous raconter ”

lundi 20 août 2018

Du 23/07/2018

 

 

 

 

Christiane Guitton et Henri Joinovici, hier matin à l’issue de la cérémonie. © Photo NR

Il est des histoires singulières, façonnées par les événements et par des hommes et des femmes courageux. Comme celle d’Henri Joinovici. Hier, Christine Guitton a raconté, en sa présence, comment son oncle et sa tante, René et Jeanne (mais que tout le monde appelait Madeleine) Nabineau ont caché ce petit garçon de 6 ans. Octobre 1942.

  Henri et sa famille ont quitté Paris et se sont réfugiés dans la Sarthe. Les gendarmes français et les soldats allemands viennent les arrêter. A Henri, sa maman lui dit de rejoindre la famille Cartier à un kilomètre de là, d’autres personnes y sont déjà cachées. Henri sera alors envoyé à Paris, mais la ville est devenue bien trop dangereuse pour le petit garçon juif. Louise Cartier demande à son frère, installé à Tours d’accueillir le bambin. « René et Madeleine l’ont accueilli à Tours jusqu’à la fin de la guerre », a raconté Christiane Guitton, hier, lors de la cérémonie, entourée de ses petits et arrière-petits enfants. Le petit Henri, elle l’a rencontré souvent quand son oncle et sa tante venaient les visiter et chercher des denrées, à Maillé. « J’avais huit ans. J’étais très surprise de voir mon oncle et ma tante (sa marraine, NDLR), sans enfant, avec ce petit garçon. Nous avons joué avec lui sans poser de questions. Henri ne devait rien nous raconter. » Les deux enfants échapperont au massacre de Maillé.
A l’heure de la retraite, Henri Joinovici a entamé des démarches pour faire de « tonton René et tante Madeleine », des Justes parmi les Nations. Une cérémonie posthume avait eu lieu en 2006, à Maillé. L’enfant caché, seul rescapé de sa famille, n’a rien oublié.

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Justes parmi les Nations : rencontre avec Pierre-François Veil, Président du Comité français pour Yad Vashem

vendredi 6 juillet 2018

Du 27/06/2018

 

 

 

 

 

« Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs une place (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés », Isaïe 56, 5.

Le 22 juillet prochain, au cours de la cérémonie nationale de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, la France rendra hommage aux Justes parmi les Nations. Le Crif s'est entretenu avec Pierre-François Veil afin de mieux connaître l'histoire de ce titre et la place que les Justes ont peu à peu pris dans le récit national français.

Au début du mois de mai, Pierre-François Veil nous reçoit dans ses bureaux du 8ème arrondissement de Paris. Président du Comité français pour Yad Vashem, notre hôte est un habitué des entretiens journalistiques. Son discours est construit et ses connaissances sur les problématiques liées à la Shoah utilisées avec la plus grande pertinence. On lui reconnait une attention particulière pour le mot juste et un certain penchant pour la précision du discours, que l’on retrouve chez les bons avocats.

Nous rencontrons Pierre-François Veil pour l'entretenir du sujet des Justes parmi les Nations, sujet qu’il nous semble important d’aborder de manière détaillée, convaincus du relais nécessaire que vont constituer peu à peu les témoignages d’enfants cachés, et sauvés.

 A notre demande, notre interlocuteur ouvre l'entretien en nous parlant d’abord du Comité français pour Yad Vashem et ses missions.

« Nous sommes avant tout le relai de ce qui se fait à Yad Vashem » explique t-il avant d’exposer les objectifs du mémorial de Jérusalem.

Le premier est de retrouver et d’identifier les noms des 6 millions de victimes. Cette mission s’inscrit d’ailleurs dans le nom même de Yad Vashem*. Aujourd’hui, après 70 ans de recherches, on connait plus de 4,5 millions de noms, que l’on peut découvrir dans la salle des noms du musée.

Le deuxième objectif concerne l’éducation. « C’est une mission qui a beaucoup évolué, au fil de l’histoire et des traumatismes qui ont suivi celui de la Shoah. » précise Pierre-François Veil. Le mémorial travaille sur le phénomène génocidaire, notamment au sein de l’Université de recherche de Yad Vashem.

Enfin, la troisième mission de Yad Vashem concerne les Justes parmi les Nations, de la constitution du dossier par une personne sauvée à la remise de la médaille des Justes, en passant par les Commissions de Yad Vashem consacrées au sujet.

La Médaille des Justes, la plus haute distinction civile de l'Etat d'Israël

« Il faut bien comprendre ce qu’est un Juste. Un Juste, c’est d'abord une personne physique. Il ne peut pas s’agir ni d’un groupe de gens, ni d’une institution. Une personne physique donc, non juive, qui - au péril de sa vie et/ou de celles des siens - a sauvé ou aider à sauver un ou plusieurs Juif(s) pendant la guerre, sans contrepartie. »

Nous demandons quelques détails sur le processus d’attribution de la Médaille des Justes, la plus haute distinction civile de l’Etat d’Israël.

 « Un dossier complet est présenté à une première Commission du mémorial. Le dossier doit être composé de témoignages directs de gens ayant vécu l’événement, le sauvetage et les conditions du sauvetage. Yad Vashem fait preuve d’une grande minutie lors de l’examination de ces dossiers. » explique Pierre-François Veil.

Il précise que « la décision est prise par une Commission dédiée à Yad Vashem, présidée par un membre de la Cour Suprême de l’Etat d'Israël. »

Le Comité français, lui, présente des missions analogues à celles de Yad Vashem. Il y a un travail d’identification des victimes, un travail d’éducation et de mémoire, et un travail sur les Justes parmi les Nations.

Concernant les Justes, le Comité français a une mission particulière d’aide aux personnes qui présentent leur dossier. « Nous avons la chance d’avoir des bénévoles qui les aident à constituer leur dossier, transmis ensuite pour examen à Yad Vashem. C’est un travail méticuleux, qui se fait grâce à l’aide précieuse de nos bénévoles. » raconte Pierre-François Veil.

Une fois le dossier envoyé à la Commission, l’instruction dure entre 10 et 18 mois, selon les cas. Le processus peut cependant être accéléré quand le dossier concerne un Juste encore  vivant.

Lorsque la Commission prend la décision d’octroi d’une Médaille à un Juste français, le Comité français est en charge d’organiser la cérémonie de remise, à laquelle participe un délégué de l’Etat d’Israël. L’organisation et la coordination de la cérémonie est entièrement prise en charge par le Comité français.

C'est lui qui se charge de l’organisation de toutes les remises de médailles en France. En revanche, ce n’est pas toujours pour un dossier dont il s’est occupé. « Le dossier peut venir d’un autre pays. Par exemple, quelqu’un qui vivrait en Israël aujourd’hui, mais qui aurait été sauvé par une famille française à l’époque ne se sera pas nécessairement adressé au Comité français pour le dossier. » précise t-il.

Trois France, trois Présidents

Nous interrogeons Pierre-François Veil sur la possibilité de repérer un moment « déclencheur » pour le travail sur les Justes. Son intuition le pousse à croire que le besoin de retrouver une vie normale pour les déportés et les Juifs cachés, et le caractère de banalité que les Justes attribuaient à leur acte de sauvetage, ont éludé la question des Justes parmi les Nations.

Pierre-François Veil nous dit d’ailleurs que le terme ‘enfants cachés’ est un terme récent. Parce que leur place dans l’histoire de la Shoah est particulière et que leur témoignage n’a pendant longtemps pas constitué une priorité, leurs histoires n’ont pas été connues tout de suite. « J’ai la sensation que les enfants cachés ont eu le besoin de raconter face aux demandes des nouvelles générations, celle des petits-enfants, et face aux temps qui passe et à l’urgence qui se fait sentir de témoigner. » explique-t-il.

Concernant la place de l’histoire des Justes dans le travail de mémoire de la Shoah, Pierre-François Veil met en évidence l’importance des modes intellectuelles, qui déterminent les sujets auxquels on s’intéresse.

Il parle aussi du regard national et collectif sur le sujet des Justes dans les années qui ont suivi la guerre. « Nous avons connu une première période pendant laquelle la Shoah n’intéressait personne ». D’un point de vue national et politique, Pierre-François Veil parle d’un consensus national, des Gaullistes aux Communistes, pour glorifier les Résistants et la France résistante. « L’idée à ce moment précis, c’est de mettre la France du côté des vainqueurs, une idée éminemment mise en avant par le Général de Gaulle. C’est un point de vue entièrement politique. » précise-t-il.

Dans un deuxième temps, on trouve « la France honteuse, la France collabo ». Il s’agit cette fois-ci d’une auto-flagellation de la génération des enfants vers celle de leurs parents.

« Et puis, reprend-il, vient un troisième temps, celui le discours de Jacques Chirac en 1995 qui fait prendre conscience aux gens que sur les 350 000 Juifs qui se trouvaient en France en 1940, 76 000 ont été déportés. Cela veut dire qu’un Juif sur quatre a été déporté en France, ce qui n’est le cas dans aucun autre pays de l’Europe occupée, au sein desquels la population juive a été déportée en quasi totalité. Les Justes seuls ne peuvent expliquer cela, mais ils peuvent en expliquer une partie. Les Justes ont permis de sauver des milliers de Juifs, il ne faut pas l'oublier. »

« Ces trois attitudes de la France face à la Shoah correspondent à trois époques marquées par trois Président de la République, Charles De Gaulle, François Mitterrand, et Jacques Chirac, et ce n’est pas un hasard. » conclue t-il.

Les Justes parmi les Nations dans le récit national français

Lorsque Jacques Chirac reconnait la responsabilité de l’Etat, il permet précisément le détachement de cette responsabilité de l'Etat français de celle des Français. C’est bien ce qui rend possible la place des Justes dans le récit national, désormais détaché de celui de l’Etat.

On ne parle alors plus de l’Etat français, mais des Français eux-mêmes face à la Shoah. C’est là une nouvelle manière de penser la Shoah et la guerre.

Douze ans plus tard, en 2007, le Président Jacques Chirac - aux côtés de Simone Veil - appose une plaque dédié aux Justes français au Panthéon. « Aux grands Hommes la patrie reconnaissante » peut-on lire sur le frontont du bâtiment. La partie reconnaissante, oui, chaque citoyen français, aussi.

*Le nom de Yad vashem tient son origine dans la phrase biblique suivante : « Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs une place (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés », Isaïe 56, 5.

Marie-Sarah Seeberger

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Témoignage d'Eliane Yadan, enfant cachée par des Justes pendant la Shoah. Elle raconte comment elle a emmené "Maman et Papa Lolo" jusqu'au Jardin des Justes de Yad Vashem





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Tinchebray : deux prêtres résistants officiellement reconnus Justes parmi les nations

vendredi 6 juillet 2018

Du 24/06/2018

 

 

 

 

 

© France 3 Normandie Soixante-quatorze ans après la fin du second conflit mondial, Fernand Prevel et Lucien Lecomte ont été honorés pour leur courage et leur humanité : en 1944, ces deux prêtres ont protégé et caché cinq juifs recherchés par les nazis.

Avec le temps, l'histoire avait un peu été oubliée, notamment à Tinchebray où les paroissiens ne se souvenaient plus guère de cet épisode. Dans l'église, une plaque le rappelle pourtant : "entre le 22 juin et le 7 août 1944, à l'ombre de cette chapelle, 5 israëlites furent sauvés de la mort". Au lendemain de la guerre, l'histoire avait pourtant été racontée dans les journaux. La Croix lui avait par exemple consacré un long article.

Ce fut donc un peu la surprise quand à la fin de l'hiver 2017, la fondation Yad Vashem a décidé d'élever "les deux frères de Tinchebray" au rang de Justes parmi les nations. La cérémonie officielle a été organisée ce dimanche 24 juin dans l'église où trouvèrent refuges cinq juifs recherchés par les nazis. Une plaque honore la mémoire de ces deux prêtres-résistants. Elle est scellée devant la crypte de la chapelle où ils furent cachés du regard des soldats allemands qui les recherchaient.

 Pierre-Marie Puaud

Reportage de Olivier Faissolle et Mathieu Bellinghen :



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