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Le Buret - Deux habitants "Justes parmi les nations" à titre posthume

mercredi 16 mars 2016

Du 13/03/2016

 

 

 

 

Les descendants d'Auguste Cribier et de Marie-Louise Cordier ont reçu le titre de Justes parmi les nations, décerné à titre posthume à leurs ancêtres. | Ouest-France Ce dimanche, au Buret, Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier ont été faits, à titre posthume, Justes parmi les nations. Ils ont sauvé une famille juive pendant la guerre.

Ce dimanche matin, au Buret, Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier ont été faits, à titre posthume, Justes parmi les nations. Ces deux Mayennais ont sauvé la famille Jakubowicz pendant la Seconde Guerre mondiale. Les enfants Jakubowicz et les descendants de Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier étaient présents à l’église.

La cérémonie était organisée pour rendre hommage à ces deux personnes. Le titre de Justes parmi les nations leur a été décerné au nom de l’État d’Israël par le Mémorial de Yad Vashem. Ils rejoignent ainsi les quarante-deux Mayennais distingués pour leur courage pendant la guerre.

L'histoire a commencé en 1940. Romain Jakubowicz tombe malade. Il part en convalescence chez Marie-Louise Cordier, au Buret. Deux ans plus tard, pendant la rafle du Vél’ d’Hiv’, les policiers viennent chez les Jakubowicz pour les arrêter. La mère de Romain, Cyna tient dans ses bras sa fille Rosette, âgée d’un an et demi. Elle sait que l’arrestation peut être refusée pour les familles qui ont des enfants de moins de deux ans.

Pour protéger ses enfants, elle prend contact avec la secrétaire de la mairie de Grez-en-Bouère. Cette dernière demande à Marie-Louise Cordier si elle peut accueillir chez elle les enfants Jakubowicz. Elle accepte et part les chercher à Paris le jeudi 1er octobre 1942. Le lundi, elle rentre avec eux en train jusqu’à Sablé. Auguste Cribier vient les chercher à la gare et les ramène avec sa carriole au Buret.

 

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Aix : le Juste hommage aux époux Devès

mardi 15 mars 2016

Du 14/03/2016

 

 

 

 

Florianne Devès (avec la médaille et le diplôme d'honneur) entourée de sa famille et des Sapir. Trop âgées, les soeurs Margolis n'avaient pas pu faire le déplacement. Photo serge mercier Ils ont été élevés au rang des Justes parmi les nations à titre posthume, hier, lors d'une cérémonie au camp des Milles.

Quand elle s'est approchée du micro et a commencé à parler avec sa voix fluette et chantante étranglée par l'émotion, tout l'auditorium du camp des Milles a chaviré avec elle. L'atmosphère était chargée des vibrants hommages qui se succédaient depuis près d'une heure avec, en toile de fond, les photos en noir et blanc d'Émilie et Fernand Devès, visages souriants et bienveillants. Ses grands-parents héroïques. Anonymes, hier. Elevés au rang des Justes parmi les nations, la plus haute distinction civile de l'État d'Israël, depuis.

Florianne Devès, devenue Lambert, "l'incarnation de la gentillesse, de la générosité et de l'humanité de ses grands-parents", a retenu ses larmes comme une enfant polie le temps des discours. Une nouvelle fois, elle a entendu l'histoire extraordinaire de ses grands-parents, découverte presque par hasard dans un carton, modestement entreposé dans le grenier de la maison familiale de Bollène, dans le Vaucluse. Les vrais héros ne se vantent pas de leurs exploits... tout simplement parce qu'ils font ce que leur coeur et leur conscience leur dictent.

"Et dans ce contexte de délation et de terreur, rappelle Serge Cohen, délégué du comité français pour le mémorial israélien Yad Vashem, qui abrite un bâtiment dédié aux Justes depuis 2005, Émilie et Fernand faisaient partie de cette armée du coeur et des bras ouverts." "En faisant preuve d'un courage exceptionnel lors de ce programme d'extermination totale planifié par les Nazis avec la complicité des gouvernements et des individus qui avaient fait le choix de collaborer, souligne à son tour Anita Mazor, consul général de l'État d'Israël à Marseille. Ils ont fait le choix de la solidarité au péril de leur vie et en mettant leur propre famille en danger."

Ce 26 août 1942, rien n'est venu ébranler la conviction des époux Devès. Ni la peur. Ni les armes. Ni la rafle, organisée avec l'appui du préfet de Vaucluse. Locataires des époux Devès, les jeunes soeurs Margolis, Édith et Rose, sont séparées de leurs parents juifs polonais depuis le début de la guerre. Grâce à deux soldats polonais, elles avaient transité jusqu'à Bollène, avec la famille Sapir. Quand les gendarmes arrivent, munis d'une liste où sont inscrits les noms des juifs à arrêter et à envoyer au camp des Milles, seul le fils Sapir, Lutek, repart de force avec eux mais parviendra à s'échapper une fois à Aix. Son père, à Marseille ce jour-là, passe entre les mailles du filet. Comme Rose Margolis, chez une voisine.

Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras

Seules sa soeur, Édith, Szayna Sapir et sa fille Esther sont présentes dans la maison. Faignant d'avoir d'insupportables douleurs au ventre, Szayna se roule par terre en hurlant en yiddish. Un subterfuge visant à prévenir les filles qui se cachent, avec la complicité des Devès. Si cette fois les gendarmes repartent, les Devès savent qu'ils finiront par revenir... Les soeurs Margolis et la famille Sapir sont envoyées en Espagne grâce au réseau de résistants des Devès. Ils seront malheureusement arrêtés à la frontière. Pour autant, Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras. Ils parviennent à récupérer Szayna Sapir et sa fille en février 1943, alors que le père Sapir est déporté. Quelques mois plus tard, ils vont rapatrier les soeurs Margolis, internées au camp de Gurs.

"Les époux Devès ont fait bien plus que les cacher, insiste Serge Cohen. Ils leur ont assuré un quotidien fait de compassion et de sollicitude." "Le courage de vos grands parents a honoré l'histoire de France, celle d'Israël et de l'humanité tout entière", enchaîne Anita Mazor. C'est donc tout aussi naturellement que les soeurs Margolis, aujourd'hui résidantes américaines de plus de 90 printemps, avaient entamé les démarches pour la reconnaissance éternelle de leurs sauveurs. Le mail reçu par Florianne Devès le 22 mars 2014 lui avait transpercé le coeur de fierté. "Fernand et Émilie Devès n'ont pas sauvé que des individus. Ils ont aussi sauvé la justice", affirment-elles, en pleine forme, dans un film délicat réalisé par des lycéens de Bollène.

"Dans cette opération, déclenchée avec l'appui du préfet de Vaucluse, vous avez su protéger vos amis par vos convictions"
, a congratulé à son tour Serge Gouteyron, sous-préfet d'Aix, en s'adressant directement aux Justes disparus. "Comme hier, les armes de l'esprit doivent être utilisées contre la violence", encourage à son tour, Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles, en exhortant "à la transmission et pas seulement des horreurs et des carnages passés mais aussi des expériences des hommes".

Tremblante d'émotion mais armée du courage de ses grands-parents, Florianne Devès avait, en plus des remerciements, un message à transmettre : "Pour mes grands-parents, peu importait la couleur de peau et la religion. Ils avaient en face un être humain. Et chez tous les hommes, les larmes sont identiques."

Laetitia Sariroglou


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Yad Vashem recense 6.620 Polonais distingués comme "Justes parmi les Nations"

mercredi 9 mars 2016

Musée Polin à Varsovie (Crédit : Capture d’écran AFP)

La Pologne occupée par l’Allemagne nazie fut le seul territoire où les Allemands décrétèrent que toute sorte d’aide aux Juifs était passible de la peine de mort

Le premier musée dédié aux Polonais ayant sauvé des juifs pendant la Shoah sera inauguré le 17 mars à Markowa, un village du sud-est du pays, où une famille fut exécutée par les nazis pour avoir caché une famille, ont annoncé mardi ses organisateurs.

Les familles des rescapés venues d'Israël et des Polonais de cette région ayant caché des juifs sont attendus à la cérémonie à laquelle participera également le président polonais Andrzej Duda. 

Des prières catholiques et juives seront dites sur les tombes des victimes, et une messe à l'église de Markowa ainsi qu'une cérémonie à la synagogue de la ville de Lancut seront célébrées en hommage aux Justes.

Le site du mémorial Yad Vashem à Jérusalem, dédié à la mémoire de la Shoah, recense 6.620 Polonais distingués comme "Justes parmi les Nations".

L'idée de créer un tel musée en Pologne revient notamment à Mateusz Szpytma, historien et un parent de la famille des Ulma qui a sauvé les Juifs à Markowa.  

Le besoin d'un tel musée s'est fait sentir comme un contrechamp à la parution en 2000 du livre de l'historien américain Jan Tomasz Gross "Les voisins".

L'ouvrage révélait qu'à Jedwabne, village du nord-est de la Pologne, des juifs avaient été brûlés vifs dans une grange par leurs voisins polonais en 1941.

Jozef et Wiktoria Ulma ont caché pendant plus d'un an la famille de Saul Goldman, à Markowa.

Le couple et leurs six enfants, âgés de un à huit ans, ainsi que les huit membres de la famille Goldman, ont été exécutés le 24 mars 1944, après avoir été dénoncés.

L'histoire de cette famille est devenue le symbole de "nombreux héros qui, sans armes, se sont opposés au régime nazi", souligne Dariusz Stola, directeur du Musée Polin d'histoire des juifs polonais à Varsovie.

Le couple Ulma a reçu la médaille et le titre "Juste" attribué par l'Etat d'Israël

 

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Montbéliard : « Si Lou Blazer n’avait pas décousu mon étoile jaune, je ne serais pas aujourd’hui dans votre collège pour vous en parler »

mercredi 9 mars 2016

Du 21/02/2016

 

 

 

 

Premier débat des collégiens de Lou-Blazer à Montbéliard sur l’acte de résistance en 2016. Pierre Kahn, enfant juif sauvé par la Juste qui a donné son nom à l’établissement, témoigne.

Pierre Kahn face aux collégiens : « Si Lou Blaser n’avait pas décousu l’étoile jaune de mon blouson, je ne serais pas là pour vous parler aujourd’hui. » Photo Lionel VADAM

«On savait que les Juifs étrangers étaient déportés. Mais on pensait que nous, Juifs français, ne risquions rien. C’était égoïste, je sais. Nous étions sûrs que le gouvernement de Vichy nous protégerait. J’étais rassuré : mon père avait combattu pendant la Première Guerre mondiale. Depuis mai 1942, dès l’âge de 6 ans, les enfants devaient porter l’étoile jaune. Les discriminations augmentaient. Certes, on avait le sentiment de ‘‘ne pas être comme tout le monde’’. Mais la vie continuait bon an, mal an. Et puis, un jour d’avril 1943, on a été réveillés par des coups de crosse à la porte. »

Assis dans leur nouvelle salle des débats, ce mardi de janvier, les élèves du collège Lou-Blazer de Montbéliard ne perdent pas une miette des paroles de Pierre Kahn. C’est un monsieur qui porte élégamment ses 86 printemps. Debout, une écharpe bleue autour du cou, une reproduction de l’étoile de David entre les mains, il raconte son histoire, celle d’un petit Montbéliardais de confession juive sauvé de la Gestapo par une bénévole de la Croix- Rouge, Lou Blazer, qui a donné son nom à l’établissement scolaire. « J’étais un garçon normal dans un environnement anormal. J’étais devenu ‘‘anormal’’ aux yeux des nazis, qui considéraient les gens de ma confession, les francs-maçons, les Tsiganes, les homosexuels comme des sous-races. Mais, avant d’être emprisonnés, on en avait peu conscience. Vous savez, avant la guerre, les religions, les cultures coexistaient très bien à Montbéliard. On ne faisait aucune différence », se souvient-il.

« Après les attentats de ‘‘Charlie’’, on a senti que les élèves avaient envie de s’exprimer »

Les élèves restent silencieux. Le témoignage de Pierre Kahn les interpelle sur la notion de résistance, de désobéissance civile. Ce sera d’ailleurs le thème du premier débat - « Faut-il encore résister en 2016 et comment ? » - qui suivra l’intervention de l’octogénaire. Guère impressionné par ces jeunes en jeans et baskets, qui rient parfois pour masquer leur gêne, Pierre Kahn continue son hommage d’une voix posée : « Si Lou Blazer n’avait pas fourni un faux certificat médical assurant que j’étais contagieux, si elle n’avait pas décousu l’étoile jaune de mon blouson, je ne serais pas là pour vous parler aujourd’hui. »

Cette femme que l’on distingue sur des clichés en noir et blanc (une chevelure foncée, un regard lumineux vers le ciel) a payé sa résistance au totalitarisme. Elle a été déportée dix mois dans un camp de concentration avant d’être délivrée par les Américains. Élevée au rang des Justes parmi les Nations, Lou Blazer reste, dans le souvenir de son petit protégé, un être exceptionnel mais normal : « C’était une femme modeste, une héroïne du quotidien. Je n’ai pas eu le temps de dire ‘‘au revoir’’ à mes parents (N.D.L.R. : qui décéderont en déportation ou pendant leur transfert à Auschwitz). À la sortie de la Kommandantur, j’ai vu cette dame en uniforme de la Croix-Rouge. Elle souriait. Elle m’a pris la main comme si on partait à un pique-nique », se remémore l’homme au bord des larmes.

De son témoignage au débat sur l’acte de résistance en 2016, il n’y a qu’un pas. Le thème n’a pas été choisi au hasard. « Après les attentats de ‘‘Charlie’’, on a senti que les élèves avaient envie de s’exprimer. Nous avions aussi constaté qu’ils avaient besoin d’apprendre ce que signifiait l’échange d’idées », renseignait Gladys Bruchon, professeur d’histoire-géo en présentant le projet, instauré par l’équipe enseignante et encadrante. Des citations de Nelson Mandela, George Orwell, Épictète…, ornent les murs. Les élèves ont participé à la mise en œuvre de leur salle des débats, tout comme à l’élaboration des règles y afférant. Elles sont inscrites en caractères gras et en couleur. Gladys Bruchon les passe en revue : « Vous êtes responsable de ce que vous dites, vous êtes tolérant, vous êtes à l’écoute, vous êtes libre de vous exprimer, vous adoptez un langage concret, vous demandez la parole. »

Pierre Kahn ouvre le débat sous forme d’une question adressée aux élèves de troisième (N.D.L.R. : qui ont la Shoah au programme). « À votre avis, qu’est-ce qui fait que les gens ont aujourd’hui la conscience de résister, de se révolter ? »

Silence de nouveau. L’héritage du passé, l’allusion à tous les habitants qui se sont sacrifiés au cours de la Seconde Guerre mondiale ou qui se sont opposés courageusement comme Lou Blazer au régime d’Hitler, ne constituent pas des « passerelles » évidentes pour les collégiens. « Ne vous censurez pas ! Vous êtes élèves en 2016. Que pouvez-vous faire pour résister ? À quoi faut-il résister ? », impulse l’enseignante.

« Vous savez, dans ma religion, on considère que sauver une vie, c’est sauver l’humanité »

Ismaël débute avec une illustre référence qui sera saluée par sa prof de lettres, Virginie Besset. « Quand on veut s’opposer à une loi par exemple… Antigone a désobéi à son oncle Créon en voulant offrir une sépulture à son frère », développe l’adolescent. Les autres collégiens suivent. « On doit s’opposer au racisme », poursuit Alexia. « Au terrorisme », enchaîne Alexis. « Victoria encore : « A la violence, à la discrimination. » Mohamed-Amine : « A la guerre. » Zoé : « A l’indifférence. » Pierre Kahn intervient : « Au sexisme. » Question d’un collégien : « C’est quoi le sexisme ? » Moue amusée des enseignants. « On doit résister à la violence verbale ! », s’exclame un garçon. » « Ah, très bien. Et c’est toi qui dis ça ? », s’amuse une prof face à l’adolescent qui semble un tantinet fougueux. L’échange se veut pragmatique. « Comment faire pour que ces mots ne soient pas vides de sens ? », demande Virginie Besset. On entendrait une mouche voler. « Certains ont besoin de résister, pas d’autres. Tu résistes quand tu subis des violences », reprend Mélia. Victoria met l’accent sur un point primordial, l’air de rien, en abordant le sujet du sacrifice. « Quand tu résistes, c’est difficile parce que tu risques ta vie. »

Et comment manifester son opposition face à un comportement haineux, xénophobe ? « On répond souvent par l’insulte », concède une jeune fille, bien consciente, cependant, que l’injure n’est pas la meilleure solution. Petit piège de la prof de français : « Est-ce qu’on a le droit de désobéir ? » Mélia s’empresse de répondre « non ». Virginie Besset prend un exemple : « En 1961, quand les Algériens ont refusé le couvre-feu et ont manifesté malgré l’interdiction de l’État, n’ont-ils pas eu raison de désobéir ? » Mélia réfléchit : « Si, en fait si… »

Si l’acte de résistance leur paraît encore abstrait, les collégiens resteront longtemps imprégnés par des images plus concrètes, l’héroïsme de Lou Blazer, l’histoire de Pierre Kahn. En témoignent leurs questions, souvent touchantes. Victoria : « Vous saviez que vous ne reverriez plus vos parents ? Ça vous fait mal d’en parler ? » Mélia, spontanée : « Elle était belle, Lou Blazer ? Vous avez une photo ? » Ismaël, plus en retenue : « Vos petits-enfants vous posent des questions ? » Bilal : « Vous avez déjà visité des anciens camps de concentration ? »

Pierre Kahn prend le temps de détailler la vie qu’il a pu construire grâce à Lou Blazer : ses études, son mariage, sa profession de pharmacien, sa famille, ses deux petits-enfants aujourd’hui adolescents. « Je déjeune avec eux tous les mercredis après leur avoir envoyé un SMS », dit l’heureux papy. Oui, l’ancien Montbéliardais s’est déjà rendu à Auschwitz. Non, il ne savait pas qu’il ne pourrait plus jamais serrer sa mère et son père dans ses bras : « J’étais fils unique. Pendant longtemps, j’ai fait semblant de ne pas savoir. Je refusais de croire à leur mort. » Il regarde son jeune public, l’air grave : « Vous savez, dans ma religion, on considère que sauver une vie, c’est sauver l’humanité. » Sans fard mais avec la dignité typique des gens qui ont connu le pire, l’octogénaire admet : « En parler, c’est dur. L’émotion remonte à chaque fois. »

Aude LAMBERT


 

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Pont-à-Mousson : la mémoire en devoir

mercredi 9 mars 2016

Du 05/03/2016

 

 

 

Des élèves de trois classes du lycée Hanzelet ont eu droit à un cours particulier hier matin.

Philippe Guisard,professeur de français au prestigieux lycée Henri IV de Paris est venu parler du devoir de mémoire au travers de l 'expérience de ses arrière grands parents L’histoire des frères Philippe et Stéphane Guisard, relatée à plusieurs reprises dans nos colonnes (ER des 10/03, 21/05 et 21/12 2015) avait éveillé l’intérêt de Stéphanie Claudepierre, professeur de lettres au lycée Hanzelet de Pont-à-Mousson. Ils avaient retrouvé la trace d’Eugénie Hoffmann, une jeune fille juive, née à Pont-à-Mousson, que leurs arrière-grands-parents, Émile et Geneviève Thouvenin, avaient caché dans leur ferme de Limey durant la Seconde Guerre mondiale. Leurs recherches avaient débouché sur une rencontre aux États-Unis, où Eugénie a émigré avec sa famille miraculée en 1949.

La professeur avait été touchée par cette histoire, qui a servi de support à certains de ses cours. Madame Claudepierre a donc contacté Philippe Guisard, lui-même professeur de français en classe préparatoire au lycée Henri-IV à Paris, pour l’inviter à venir devant ses élèves évoquer un sujet précis et ô combien précieux : mémoire et transmission.

Hier matin, le Parisien, né comme son frère à Nancy, est venu avec sa maman Viviane face à quarante lycéens des classes de 1re S, 2STSE et 1STSM. « Ce que je suis venu vous dire concerne l’histoire de votre ville », explique Philippe Guisard, « et l’histoire d’une famille dont les enfants avaient votre âge. » Il a eu l’occasion de le faire, pendant les deux heures d’un cours un peu spécial, où ce sont les élèves qui ont questionné le professeur.

Les jeunes gens avaient potassé leur sujet auparavant, et avaient dressé une longue liste de questions. Des interrogations touchant directement au sujet, à savoir entretenir la mémoire collective de ces événements, et puis d’autres abordant des questions plus pratiques, ou ayant trait à la géopolitique actuelle, comme le problème du Proche Orient soulevé par Mohamed.

Pour un retour d’Eugénie

Mais les élèves ont surtout cherché à savoir comment Eugénie, sa famille et leurs sauveurs, les familles Thouvenin, Bour et Hergott, avaient traversé cette période. Et pourquoi lui et son frère tenaient tant à transmettre cette histoire : « On s’aperçoit depuis quelques années que l’antisémitisme revient », a expliqué M. Guisard, « il y a eu des profanations, pas loin d’ici d’ailleurs. Et l’affaire de l’hyper Casher en janvier 2015 l’a prouvé. On veut montrer par l’exemple des Justes parmi les nations que la France sait produire des choses beaucoup plus belles. C’est important surtout aujourd’hui. Et Eugénie continue de le faire là-bas, aux États-Unis, elle témoigne sans cesse, dans toutes les écoles, à chaque fois qu’elle y est invitée. » D’où la dernière question des lycéens, en forme de souhait, à propos d’un retour prochain d’Eugénie à Pont-à-Mousson. « Elle aimerait beaucoup », ont témoigné Philippe Guisard et sa mère, qui sont en contact avec elle. « Dites-lui que la porte est grande ouverte », a lancé Enguerrand. Eugénie, qui a dit aux Guisard qu’elle avait l’impression que sa vie était comme un cercle, et qu’elle avait l’impression avec leurs retrouvailles qu’elle revenait à ses débuts, est attendue dans la ville qui l’a vue naître.

Patrice BERTONCINI

 

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Rezé - Marie-Yvonne Rahir la première Juste rezéenne

mercredi 9 mars 2016

Du 08/03/2016

 

 

 

Marie-Yvonne Rahir a caché un enfant juif à Rezé pendant la seconde guerre mondiale, elle est décorée à titre posthume mercredi.

Maryvonne Garreau va recevoir la médaille de Juste parmi les Nations, décernée à sa mère par le comité Yad Vashem. A 79 ans, Loulou est de retour à Rezé. Léon-Claude Pergament, devenu Dov Pereg, a tenu à faire le déplacement d’Israël, pour rendre hommage à celle qui lui a sûrement sauvé la vie. Marie-Yvonne Rahir, a hébergé le petit Loulou, pendant près de deux ans, à partir de 1943, pour le protéger de la déportation. C’est elle aussi qui a pris soin de lui quand une vilaine blessure a immobilisé l’enfant pendant plusieurs mois.

C’est la fille de Marie-Yvonne Rahir, Maryvonne Garreau qui va recevoir la médaille de Juste parmi les Nations, décernée par le comité Yad Vashem. C’est la plus haute distinction civile décernée par l’Etat d’Israël « Cela va remuer beaucoup d’émotion, s’attend Maryvonne Garreau. Revoir Loulou, en présence de sa famille et de la mienne. Je ne sais pas si ma mère aurait aimé cette cérémonie, elle était très discrète, elle ne parlait jamais de ce qu’elle avait fait. Je me souviens juste qu’elle bravait le couvre-feu pour coudre ou tricoter le soir, quand on était couché. Elle me disait qu’elle éteignait la lumière quand elle entendait arriver les Allemands. Elle n’avait pas peur. Elle a pris grand soin de Loulou notamment quand il a été blessé au genou. Il a été immobilisé pendant plusieurs mois. »


14 Justes

En Loire-Atlantique quatorze personnes ont déjà été reconnues Justes parmi les Nations par l’Etat d’Israël. « Beaucoup n’ont pas été reconnues, explique Marie-France Bensadon, déléguée régionale du comité français pour Yad Vashem, basée à Angers. Ce sont les personnes sauvées qui doivent initier la demande de reconnaissance. Dans le cas de Marie-Yvonne Rahir, le dossier a été porté par deux professeurs d’histoire-géographie du lycée Louis-Jacques Goussier, Laurent Priou puis Laurent Maillet. Ce dossier doit comporter des témoignages de la famille qui a caché des personnes juives, mais aussi du maire de la commune de l’époque, du curé, de l’instituteur… Les dossiers sont centralisés à Paris par le comité français pour Yad Vashem, avant d’être envoyé à la Knesset pour être étudié par une commission spécialisée.

NATHALIE BOURREAU

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