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Mathilde Marthe Faucher, Juste parmi les Nations de la Corrèze

lundi 17 septembre 2018

Mathilde Faucher Mathilde Marthe Faucher, Juste de France parmi les nations, s'est éteinte le 2 août 2018 à l'âge de 105 ans.

La cérémonie d'hommage a eu lieu le 8 août 2018 à Allassac en présence de M. Venceslas Bubenicek, directeur de cabinet de la préfecture de la Corrèze.

Mathilde Marthe Faucher est née le 14 mars 1913 à Chatras, commune d'Estivaux en Corrèze.

Son sens de la fraternité, de la justice et du courage illustre l’honneur de la France. En cachant et en sauvant deux enfants juifs de 9 et 12 ans, elle a incarné la lumière et l’espérance dans une période sombre de l’histoire. Parce que les menaces qui pesaient sur eux lui étaient insupportables, elle a agi avec cœur au péril de sa vie.

En ravitaillant et soignant des maquisards corréziens, elle a véhiculé l’esprit de résistance, là encore sans se soucier du danger qui pesait sur elle et sa famille. Elle fut médaillée pour acte de courage et dévouement, chevalier de la légion d’Honneur.

Mathilde Marthe Faucher, entourée des siens, de la population et des élus, ne perdait jamais une occasion de démontrer son humanité, sa simplicité et son humour. Malicieuse autant que généreuse, elle a toujours considéré n’avoir fait que son devoir et il ne lui est jamais venu à l’esprit de faire autrement. Marque de son humilité, elle avait déclaré lors d’une interview : « Tant d’honneur pour une si petite personne ». Manifestant ainsi sa gêne lors des marques de distinctions qui lui semblaient disproportionnées.

Depuis le 17 février 2012, le collège d’Allassac porte son nom. Ce seront ainsi des générations de collégiens qui se souviendront des actes exemplaires de Mathilde Marthe Faucher. Par ailleurs, depuis 2010, autre symbole de cette mémoire indélébile, le nom de Mathilde Marthe Faucher est gravé sur deux murs : le Mémorial de la Soah et le mur d’honneur du Jardin des Justes parmi les Nations de Yad Vashem à Jérusalem.

Comme tous les Justes de France, Mathilde Marthe Faucher pensait avoir simplement traversé l’histoire. En réalité, elle l’a écrite. Nous lui exprimons à nouveau aujourd’hui la reconnaissance de la Nation.

 

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"Justes parmi les Nations" : de l’émotion et des larmes à Arthès

samedi 15 septembre 2018

Du 06/08/2018

 

• La famille Ashe au "Jardin des Justes parmi les Nations". Il y a eu de l’émotion, des retrouvailles et des larmes jeudi 26 juillet à Arthès lors de la cérémonie dédiée aux "Justes parmi les Nations" qui entrera dans les annales de la petite cité tarnaise devenue membre des "Villes et villages des Justes" 

Deux cérémonies bien distinctes se sont déroulées le 26 juillet : la première avait trait à l’inauguration d’un "Jardin des Justes", place de l’église. Michel Ashe avait fait fondre une plaque en bronze qu’il a posée lui-même. Michel a remercié les familles Dubec et Igalens qui les ont sauvés de la milice et des nazis ainsi que des anonymes d’Arthès et Saint-Juéry qui sont restés dans l’ombre ; la 2ème cérémonie s’est déroulée salle Georges Albinet devant près de 200 personnes. Elle était présidée par Francine Théodore Lévêque, déléguée du Comité français pour Yad Vashem Midi-Pyrénées, en présence des descendants des familles Dubec et Igalens, de Thierry Carcenac sénateur du Tarn ; Florent Farge, directeur de cabinet de la Préfecture ; Anita Mazor, ministre près l'ambassade d'Israël à Paris ; Bernard Gilabert, conseiller régional ; Jean-Paul Raynaud, conseiller départemental et maire de Saint-Juéry ; Pierre Doat, maire d’Arthès, de nombreux élus de la C2A et François Icher de l’académie de Toulouse. La famille Ashe était venue en nombre des USA : Michel et son épouse Marylin, avec leurs trois enfants, David, Grégory et Allison qui était venu avec son mari et ses trois filles. 
La cérémonie a débuté par la chanson de Jean Ferrat "Nuit et Brouillard". Francine Théodore Lévêque a présenté Yad Vashem : "un mémorial (Yad) et un nom (Shem)". Les noms Dubec et Igalens seront inscrits au Mémorial National des Héros et des Martyrs de la Shoah édifié sur le Mont du Souvenir à Jérusalem, Mémorial qui a plusieurs missions : perpétuer le souvenir de près de six millions de Juifs assassinés par les nazis et leurs collaborateurs de 1933 à 1945 ; honorer tous les actes d’héroïsme, de révolte et de sauvetage. Au 1er janvier 2018, 27 000 "Justes" ont été reconnus dans le monde, 4 071 en France, 391 en Midi-Pyrénées, 89 dans le département du Tarn. 

"Sans eux, je ne serais pas ici, et mes enfants n’auraient jamais existé"

Après les allocutions de Pierre Doat, Thierry Carcenac, François Icher, Florent Farge, les petites filles de Michel Ashe ont récité le poème "Le Badge" ; deux enfants des écoles d’Arthès, le poème "Les Justes". Michel Ashe a longuement remercié les familles Dubec et Igalens pour leurs actes de courage, eux qui ont sauvé des gens qu’ils ne connaissaient pas, des étrangers à leur village. "J’ai trois enfants, dix petits-enfants, sans eux, je ne serais pas ici, mes enfants n’auraient jamais existé. Nous rendons hommage au courage et à la bravoure extraordinaire des Dubec et Igalens qui, au péril de leur vie, nous ont caché de la barbarie nazie et de l’Etat français de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale, nous leur devons un amour éternel." 
Anita Mazor a remis aux descendants, Violette et Guillaume Dubec et à Camille Igalens, les médailles et diplômes à titre posthume de "Justes parmi les Nations". Michel Dubec, a tenu à remercier les personnes qui se sont investies pour que cette journée soit réalisable. Michel, très ému pendant son allocution,a conclu en remerciant Michel Ashe pour avoir offert la plaque de bronze qui se trouve au Jardin des justes. Marie-Hélène Chamayou-Igalens a souligné sa grande émotion au moment de recevoir la médaille et le diplôme de "Justes parmi les Nations". "Notre arrière-grand-père a caché la famille Ashe, c'était un devoir de citoyen, un devoir civique, un devoir de cœur" a-t-elle déclaré. Après les hymnes nationaux, Hatikva et Marseillaise, la cérémonie s’est terminée par un vin d’honneur offert par la municipalité. La famille Ashe accompagnée des familles Dubec, Igalens et autres se sont retrouvées pour partager un repas dans l’intimité, ensuite, ils sont allés se recueillir sur les tombes des familles Dubec et Igalens et ont posé de petits cailloux sur les tombes. 

 

Alain Fabre


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Découvrez une incroyable Juste parmi les Nations hollandaise quasi inconnue

samedi 15 septembre 2018

Du 04/08/2018

Truus Wijsmuller avec un buste ressemblant à Amsterdam, en 1965. (Crédit : GaHetNA via Wikicommons)

 

 

 

40 ans après la mort de Truus Wijsmuller, un film retrace - enfin - les efforts de cette héroïne qui a trouvé des refuges pour des milliers d'enfants juifs sous le régime nazi.

A chaque bar-mitsva ou bat-mitsva de l’un ses petits-enfants, Arthur Adler emmenait avec lui la Bible qu’il avait reçue à sa propre bar-mitsva dans la synagogue espagnole portugaise d’Amsterdam, en mars 1939.

La bar-mitsva d’Adler n’a pas été organisée par ses parents, mais par une femme non juive hollandaise nommée Geertruida Wijsmuller-Meijer (aussi connue sous le nom de Truus Wijsmuller), qui l’avait fait sortir, avec sa sœur, d’Allemagne via le Kindertransporte quatre mois auparavant.

Un an après la bar-mitsva d’Adler, peu avant que les Pays-Bas ne sombrent sous l’occupation nazie, il a embarqué, avec Melly, pour les États-Unis, où il a rejoint ses parents et ses frères et sœurs. Toujours grâce à l’aide de Wijsmuller. 

« Tante Truus » a sauvé la vie de milliers de Juifs – principalement des enfants – pendant la Shoah. Et pourtant son histoire n’est pas très connue.

  Des enfants sauvés par Truus Wijsmuller à Bergen aan Zee, en Hollande, en 1939 (Autorisation : Arthur Adler)

D’autres Justes sont très connus : Steven Spielberg a fait un film hollywoodien sur Oskar Schindler. Dans le monde entier, des rues portent le nom de Raoul Wallenberg et Sir Nicholas Winton a été fait chevalier par la Reine Elizabeth.

Mais même aux Pays-Bas, presque personne n’a entendu parler de Wijsmuller depuis sa mort, en 1978, à l’âge de 82 ans.

Soixante-douze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il reste peu de ces enfants sauvés par « Tante Tuus » – qui étaient majoritairement allemands et Juifs autrichiens – pour partager leurs souvenirs d’elle et de ce qu’elle avait fait pour eux.

 

C’est donc une course contre la montre que mène la réalisatrice néerlandaise Pamela Sturhoofd pour retrouver ces « enfants » – âgés maintenant de 80 ou 90 ans – pour pouvoir les interroger pour les besoins d’un documentaire consacré à Wijsmuller, cette femme sans crainte et déterminée.

Parmi les histoires qu’elle a recueillies, le récit d’une visite personnelle faite par Wijsmuller à Adolf Eichmann à Vienne, au mois de décembre 1938. Elle voulait le convaincre de la laisser emmener 600 enfants juifs loin du Troisième Reich, aux Pays-Bas. Hitler avait accepté.

Pamela Sturhoofd (à gauche) interviewe les ‘enfants de Truus’ à New York (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

L’héroïne oubliée de la Hollande

« J’ai grandi aux Pays-Bas sans avoir jamais entendu parler de Truus. Elle n’est pas mentionnée dans les livres d’histoire qu’on étudiait à l’école », explique Sturhoofd, dont le père juif a survécu à la guerre en vivant dans la clandestinité.

Sturhoofd, 50 ans, a entendu parler pour la première fois de Wijsmuller quand le rabbin Lody van de Kamp l’a invitée à réaliser un court-métrage sur le livre qu’il avait récemment publié concernant les Kindertransporte qui avaient permis de sauver 10 000 enfants, « Sara, het meisje dat op transport ging » (“Sara, la fillette qui avait participé au Transport »).

« Le nom de Truus ressortait sans arrêt. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi son histoire n’était pas connue alors j’ai entamé des recherches à son sujet. J’ai décidé de faire un film sur elle parce qu’elle mérite véritablement cette reconnaissance », explique Sturhoofd.

Des enfants juifs montant dans un bateau dans le cadre du kindertransport qui les emmenait loin de l’Europe occupée par les nazis (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

Parmi les documents utilisés par la réalisatrice pour retrouver les enfants sauvés par Wijsmuller, la liste des passagers embarqués à bord du cargo SS Bodegraven, le 14 mai 1940. Il fut le dernier bateau à appareiller depuis le port d’IJmuiden vers l’Angleterre après l’invasion allemande.

En utilisant ses relations, Wijsmuller était parvenue à placer les 74 enfants juifs qui restaient à l’orphelinat Burgerweeshuis d’Amsterdam sur le navire. Wijsmuller aurait pu partir avec eux, mais elle avait choisi de rester auprès de son époux et de continuer ses efforts de sauvetage au sein de l’Europe occupée.

Sturhoofd a retrouvé 14 enfants de la liste des passagers, plus trois autres qui ont également eu la vie sauve grâce à Wijsmuller.

Ils sont dorénavant âgés de 84 à 94 ans et vivent en Israël, en Suisse, au Canada, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Parmi eux, Adler, 91 ans, qui habite à Teaneck, dans le New Jersey, et les quatre soeurs Scheinowitz, dont deux se sont installées en Israël, une à Toronto et une à Zurich.

Les soeurs Scheinowitz qui ont été sauvées par Truus Wijsmuller durant la Shoah sur une photo datant de 1942 (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

« Quand on était à la gare, il y a un train qui est arrivé avec des enfants et une femme, une grande femme qui portait un chapeau – je me suis toujours souvenue de ce chapeau – et elle a dit à ma mère : ‘Dites, je viens demain avec un transport d’enfants, et vous serez là avec les vôtres et je les prendrai avec moi », se souvient Sophie Scheinowitz, 87 ans, dans la bande annonce de « Truus’ Children » (les enfants de Truus), le film de Sturhoofd.

Une enfance « normale » pendant la guerre

Un grand nombre des enfants qui ont été sauvés étaient très jeunes, et les souvenirs de leurs expériences restent flous. Beaucoup ont refoulé le traumatisme émotionnel entraîné par la séparation avec leurs parents.

Arthur Adler aux côtés de sa fille Sheryl Abbey (Autorisation : Sheryl Abbey)

La fille d’Adler, Sheryl Abbey, qui vit à Jérusalem, a expliqué au Times of Israël que son père a rarement, sinon jamais, évoqué sa vie pendant la guerre lorsqu’elle était enfant.

Il ne peut toujours pas parler du moment de sa séparation avec ses parents.

Dans le cas d’Adler, il était difficile d’avoir la certitude qu’il puisse revoir ses parents un jour. Il les avait quittés lorsque eux et sa petite soeur Renée s’étaient arrêtés à Amsterdam au mois de septembre 1939 et qu’ils avaient fui l’Allemagne pour rejoindre New York.

A leur arrivée aux Etats-Unis, les parents d’Adler étaient rentrés en contact avec Wijsmuller et ensemble, ils étaient parvenus à arranger le voyage à partir d’Anvers pour Adler et sa soeur Melly qui devaient finalement arriver à New York le 21 mars 1940.

Etant l’un des enfants les plus âgés parmi les 150 ayant participé à un Kindertransporte depuis l’Allemagne vers la Hollande après la Nuit de Cristal du 9 novembre 1938, Adler se souvient bien du temps passé sous la garde de Wijsmuller.

Il se rappelle que les adolescents les plus âgés étaient envoyés dans un centre de formation professionnel d’Eindhoven. Lui et le groupe de Melly, qui étaient plus jeunes, ainsi que les enfants avaient été hébergés pour leur part à Bergen aan Zee, une ville située sur la côte nord de la Hollande.

Une équipe de football formée par les enfants juifs sauvés par Truus Wijsmuller à Bergen aan Zee, en Hollande, en 1939. Arthur Adler se trouve tout à droite (Autorisation : Arther Adler)

Au mois de mars 1939, le groupe d’Adler s’est installé à Bergerweeshuis, l’orphelinat d’Amsterdam. Adler y est resté pendant toute l’année suivante, sauf une période qu’il a passée dans un établissement de convalescence après une diphtérie attrapée pendant l’été 1939.

« Mme Wijsmuller venait tous les jours à l’orphelinat avec un comité de femmes juives. Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’elle était l’une des personnes qui orchestraient notre sauvetage », raconte Adler.

Il se souvient de Wijsmuller organisant des leçons de natation pour les enfants et l’invitant lui et d’autres à des dîners, le vendredi soir, dans l’habitation qu’elle partageait avec son époux, un banquier.

« Même si elle n’était pas juive, Wijsmuller connaissait les traditions juives. Elle s’assurait que les enfants aillent à la synagogue et elle a fait en sorte que mon père célèbre sa bar-mitzvah lorsqu’il a eu 13 ans », dit Abbey.

Une protectrice des enfants qui n’avait pas d’enfant elle-même

Wijsmuller, qui n’a jamais eu d’enfants, était née en 1896 à Alkmaar. Ses parents, libéraux, avaient accueilli dans leur foyer des orphelins autrichiens suite à la Première Guerre mondiale, ce qui avait dû faire une forte impression sur elle.

Après avoir épousé le banquier Joop Wijsmuller en 1923, elle s’était impliquée dans des oeuvres sociales bénévoles grâce auxquelles elle avait été amenée à connaître le Comité juif pour les Réfugiés et le comité pour les intérêts juifs particuliers dans les années 1930.

En tant que femme ayant des moyens et une position sociale, Wijsmuller avait pu utiliser toute une variété de contacts en Europe continentale et au Royaume-Uni pour organiser et mener à bien les Kindertransporte.

Un document allemand nazi avec la photo de Truus Wijsmuller. (Autorisation : Pamela Sturhoofd)

De la fin de l’année 1938 au mois de mai 1940, elle a constamment sorti des enfants juifs de l’Allemagne nazie vers les Pays-Bas d’où ils rejoignaient le Royaume-Uni.

Après la reddition des Pays-Bas en mai 1940, Wijsmuller a continué ses activités de sauvetage et de résistance.

Après la reddition des Pays-Bas en mai 1940, Wijsmuller a continué ses activités de sauvetage et de résistance.

Elle a aidé des Juifs des pays Baltes et de Pologne à s’échapper vers la Palestine mandataire via Marseille. En plus d’accompagner les réfugiés en fuite le long de leurs voyages périlleux vers les ports, elle fournissait également nourriture, médicaments et faux documents aux détenus des camps de Gurs et de St. Cyprien dans les zones non-occupées de la France.

Arrêtée, interrogée et libérée au mois de mai 1941 par la Gestapo, Wijsmuller a fait profil bas tout en continuant à travailler avec un groupe épiscopal qui envoyait des colis alimentaires aux camps de Westerbork, Bergen-Belsen, et Theresienstadt ainsi que dans les prisons d’Amsterdam.

En 1944, Wijsmuller a encore une fois sauvé un groupe important d’enfants juifs, cette fois en persuadant les Allemands que ces 50 orphelins juifs internés à Westerbork étaient des « Aryens ».

Au lieu d’être emmenés à Auschwitz, ils ont été envoyés à Bergen-Belsen puis à Theresienstadt, où ils ont reçu un traitement préférentiel et survécu à la guerre. Wijsmuller se trouvait à la gare de Maastricht pour les accueillir après leur libération.

Alors comment se fait-il que cette femme au courage exceptionnel, à la volonté de fer et aux actions si héroïques ait été largement oubliée aujourd’hui ?

Après la guerre, Wijsmuller est restée sur la scène publique en tant que membre du conseil municipal d’Amsterdam et du conseil d’administration de la Maison d’Anne Frank, et elle s’est battue pour faire progresser les droits des handicapés.

Elle a été nommée en 1966 Juste parmi les nations par Yad Vashem et elle est venue en 1967 à Jérusalem pour recevoir sa distinction et planter un arbre. Son décès, en 1978, a été rapporté dans la presse israélienne et anglophone.

Mais après cela, elle a été oubliée.

Truus Wijsmuller honorée à Yad Vashem à Jérusalem, le 13 avril 1967 (Crédit : Yad Vashem)

Selon Irena Steinfeldt, directrice du département des Justes parmi les nations à Yad Vashem, il y a environ 26 000 histoires inspirées de non-Juifs ayant aidé et sauvé des Juifs durant la Shoah mais peu d’entre eux parviennent à marquer le public.

Il faut se souvenir qu’à l’époque où elle a été honorée, en 1966, les recherches étaient plus limitées. « A ce moment-là, Yad Vashem n’était même pas un musée entier », dit-elle.

« Et la Shoah, lorsque Truus Wijsmuller a été distinguée, n’avait pas non plus la signification qu’elle a aujourd’hui. Tous les livres et les films récents ayant pour sujet l’Holocauste ont attisé l’intérêt du public sur le sujet », ajoute-t-elle.

Le docteur Patricia Heberer Rice, une importante historienne du musée du mémorial de l’Holocauste aux Etats-Unis, regrette que Wijsmuller ne soit pas plus connue, mais avoue qu’elle n’en est pas surprise.

Le livre autobiographique de Wijsmuller Geen tijd voor tranen (Pas de temps pour les larmes) n’a pas été traduit en anglais, pas plus qu’une interview qu’elle avait accordée à une chaîne néerlandaise qui a été retrouvée par Sturhoofd, ou qu’un rapport allemand de 33 pages qui livrait le contenu d’une interview de Wijsmuller réalisée en 1957 et détenue par la bibliothèque Wiener de London.

« Les Américains n’ont pas une vision du monde aussi large. Ils vivent dans une bulle anglophone, même les historiens », regrette Rice.

Truus Wijsmuller plante un arbre à Jérusalem le jour où elle est honorée par Yad Vashem, le 13 avril 1967 (Crédit : Yad Vashem)

Rice souligne également la modestie des sauveteurs néerlandais qui, presque tous, ont continué tranquillement leur vie après la guerre, préférant ne pas attirer l’attention sur eux (parmi les exceptions, Miep Gies, qui avait caché Anne Frank, et Corrie ten Boom, qui a écrit en 1971 le best-seller The Hiding Place – La cache – et qui a déménagé plus tard en Californie et a été adoptée par la communauté chrétienne évangélique américaine).

Sturhoofd s’est demandé si le manque de notoriété de Wijsmuller a pu émaner en partie du fait qu’elle n’a eu aucun descendant direct pour perpétuer son souvenir et son héritage.

« Je n’ai pas pu déterminer encore ce que sont devenus ses biens immobiliers et qui est en possession de ses effets personnels et de ses photos », ajoute-t-elle.

Quelle que soit la raison de ce manque de reconnaissance, Adler est heureux que quelqu’un puisse enfin mettre en lumière les actions de Wijsmuller 40 ans après sa mort et 80 ans après qu’elle lui ait sauvé la vie.

« C’est décevant qu’un film à son sujet ait pris tellement de temps à être réalisé », dit-il.


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Trois arthésiens nommés «Justes parmi les Nations» à titre posthume

lundi 20 août 2018

Du 23/07/2018

 

 

 

 

Michel Ashe était déjà revenu à Arthès. Le 26 juillet à Arthès, Les familles Dubec et Igalens seront faites «Justes Parmi les Nations» par Yad Vashem.

C'est la plus haute distinction civile israélienne que vont recevoir à titre posthume Violette et Guillaume Dubec et Camille Igalens pour avoir sauvé Joseph et Hilde Aschkenas, leurs enfants Michel et Nicole de la barbarie nazie et de l'Etat français de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale. La cérémonie se déroulera ce jeudi 26 juillet à Arthès en présence de Pierre Doat Maire d'Arthès, Francine Theodore-Leveque et Alberf Seifer Délégués du Comité Français pour Yad Vashem, les députés du Tarn, les deux sénateurs du Tarn, des représentants du conseil départemental, le directeur de cabinet de la préfecture, Jean-Paul Raynaud maire de Saint-Juéry, des élus de la C2A et des porte drapeaux. Les descendants des familles Dubec et Igalens recevront à Titre Posthume La Médaille et le Diplôme de «Juste parmi les Nations› des mains d'Anita Mazor, Ministre près l'Ambassade d'Israël à Paris, en charge du Sud de la France décernés à Violette et Guillaume Dubec et Camille Igalens. Arthès est membre du Réseau De Villes Et Villages De France Des Justes Parmi Les Nations depuis le 16 juillet 2018. Avant la cérémonie qui se déroulera à 10h30 à la salle Georges Albinet, sera inauguré à 10 heures un Jardin des Justes parmi les Nations place de l'église. Michel Ashe Aschkenas posera une plaque de reconnaissance envers ces 2 familles et les autres familles de Saint-Juéry et Arthès qui sont restées dans l'ombre.

Michel offre une plaque en bronze qu'il a fait créer dans une fonderie et qu'il posera lui-même ce 26 juillet au Jardin des Justes. «Avec cette plaque, nous rendons hommage au courage et à la bravoure extraordinaire de Guillaume et Violette Dubec et de Camille Igalens qui, au péril de leur vie, avec les autres citoyens d'Arthès et de Saint-Juéry, ont caché Joseph et Hilde Aschkenas et leurs enfants Michel et Nicole de la barbarie nazie et de l'État français de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale». Michel Ashe et huit membres de sa famille reviendront tout exprès des Etats-Unis pour cette cérémonie.
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Marcelle Lainé, fille des Justes Edmond et Germaine Bauger, était adolescente et se souvient

lundi 20 août 2018

Du 22/07/2018

 

 

 

Marcelle Lainé, fille d’Edmond et Germaine Bauger, sera présente à la cérémonie d’hommage aux Justes Aujourd’hui, Saint-Amand rend hommage aux Justes, ces hommes et femmes qui ont sauvé des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, Edmond et Germaine Bauger, dont la fille, Marcelle, adolescente à l’époque, a prêté main-forte. Elle témoigne. 

Elle a aujourd'hui 87 ans. Ses souvenirs sont douloureux mais intacts. Marcelle Lainé avait 12 ans quand ses parents, Edmond et Germaine Bauger, ont accueilli et protégé le docteur Weinberg puis Charles Krameisen, deux hommes de confession juive poursuivis par les nazis durant l'Occupation. Ce dernier est d'ailleurs l'unique rescapé du drame des Puits de Guerry.

Pour avoir sauvé ces deux hommes, le couple Bauger a reçu en 2012, à titre posthume, le titre de Justes parmi les nations, la plus haute distinction civile décernée par Israël à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des juifs persécutés par l'occupant nazi. « J'avais un papa incroyable !, raconte Marcelle Lainé. Il disait toujours ce qu'il pensait, il était contre Pétain et n'avait pas peur de le dire. C'était de famille, car à cette époque, mes deux frères aînés, Adrien et Fernand, étaient dans la Résistance Alors un jour, j'étais malade et mes parents m'ont emmené chez le médecin à Charenton-du-Cher, le Docteur Weinberg. Il savait qu'il pouvait compter sur mon père alors il a expliqué à mes parents qu'il était israélite et leur a demandé si, en cas de problème, ils pouvaient le cacher. Mon père a accepté tout de suite. »

« ll fallait constamment faire attention »

« Nous avions une ferme isolée au lieu-dit Las, à Charenton-du-Cher, ajoute Marcelle Lainé. Nous étions à 5 kilomètres du village. Pour Charles Krameisen, il s'est passé la même chose. Ma famille le connaissait très bien, alors il a demandé à mon père si on l'aiderait en cas de besoin. Papa a dit oui. » En 1943, le médecin échappe aux filets de la Gestapo et trouve refuge dans la ferme des Bauger. Charles Krameisen arrive ensuite à son tour après avoir échappé à la Milice et à la Gestapo lors de son évasion en direction des Puits de Guerry.

« Il a sauté d'un camion pieds nus et a couru et rampé dans des fourrés avant de se réfugier dans une ferme à Savigny-en-Septaine, se souvient Marcelle Lainé. Il y est resté trois jours avant de venir à pied, déguisé en ouvrier agricole, jusqu'à la ferme de mes parents. Je me souviens lorsqu'il est arrivé. Il n'y avait que ma mère et moi. Il est tombé dans nos bras. Nous avons donc hébergé les deux hommes en même temps, jusqu'à la fin de la guerre en 1945. »

Le danger guettait la famille Bauger en permanence. « Il fallait constamment faire attention. À la ferme, nous cultivions le secret. Les deux hommes vivaient avec nous dans la maison. Ils avaient une chambre, mais lorsque nous recevions de la famille ou des invités, il fallait les cacher ailleurs dans la ferme. Je me souviens qu'une fois, ma tante, qui habitait Vierzon, est venue nous rendre visite. Elle était plutôt favorable à la collaboration. Alors quand il fallait que j'apporte à manger à nos deux invités, je devais faire le tour de la ferme et ne pas me faire voir. Il m'arrivait aussi d'apporter, en cachette, des lettres du docteur à sa femme qui, elle, avait pu rester à Charenton. »

« Tout était compliqué pour se nourrir, se laver »

Et Marcelle Lainé ne manque pas d'anecdotes. « Une fois, le facteur a aperçu le docteur dans la maison, mais n'a pas vu son visage. Mon père lui a expliqué que c'était le frère de ma mère qui se cachait car il ne voulait pas faire le STO. Il était courageux mon père ! Ma mère aussi. Et elle était vaillante. Car cette période de la guerre a été très difficile. Tout était compliqué pour se nourrir, se laver. »

La famille possédait trois cartes d'alimentation mais il fallait nourrir cinq personnes. « Nous avons même été six à un moment car nous avons accueilli un résistant. C'était vraiment très dur. Et pour se laver aussi, car on ne trouvait pas de savon », se souvient Marcelle Lainé qui, pour rendre hommage à ses parents, participe régulièrement à la cérémonie d'hommage organisée par la ville de Saint-Amand depuis une dizaine d'années. « Ce sont des héros, mais mes parents me disaient qu'ils n'avaient fait que leur devoir », conclut la fille des Justes Bauger.

Yassine Azoug


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Hommage aux Justes, deux femmes évoquent la mémoire de leurs grands-parents

lundi 20 août 2018

Du 22/07/2018

 

 

 

 

Le premier ministre Edouard Philippe durant le 76e anniversaire du rafle du Vel d’Hiv ,le 22 juillet 2018 / JACQUES DEMARTHON/AFP Dimanche 22 juillet, le premier ministre, Édouard Philippe, a commémoré la rafle du Vél’ d’Hiv et rendu hommage aux Justes de France. Parmi eux, Xavier et Marie-Françoise de Virieu, un couple héroïque dont parlent avec émotion leurs petites-filles.

Hélène de Virieu et Nathalie Carré sont sœurs. Dimanche 22 juillet, alors que le premier ministre, Édouard Philippe, rendait hommage aux Justes, elles se sont souvenues avec émotion de leurs grands-parents, Xavier et Marie-Françoise de Virieu, distingués en 2015 par le mémorial de Yad Vashem.

L’histoire débute en 1940, sous le régime de l’Etat français. Xavier de Virieu et sa femme s’installent dans le château familial, en Isère, et entrent dans la clandestinité. Là, ils cachent des réfractaires du STO, ainsi que 40 tonnes d’armes et de munitions de l’armée française. Ils abritent surtout deux mamans juives et leurs enfants. Cinq d’entre eux vivront ainsi pendant deux ans au château, élevés avec les quatre enfants du couple. Un précepteur leur fait la classe en toute discrétion. Mais en septembre 1942, dénoncés, Xavier de Virieu et sa femme doivent partir. Ils confient alors les enfants à des familles du village, avant de prendre le maquis.

« L’obligation de garder le secret »

Puis le silence tombe. Xavier de Virieu décède prématurément. Sa femme ne se confie guère sur ce drame de la guerre. « Ma grand-mère était pétrie de l’obligation de garder le secret, raconte Hélène de Virieu. Elle m’a raconté qu’elle avait été jusqu’à oublier le vrai nom des enfants. »

Ainsi, sa grand-mère ne sait-elle pas répondre lorsque Hélène lui demande un beau jour si elle connaît un certain Jean-Jacques Strauss. « C’est une coïncidence incroyable vécue il y a une vingtaine d’années. Lors d’un rendez-vous professionnel, à Paris, un interlocuteur pâlit en apprenant mon nom. Il me demande si je connais Marie-Françoise de Virieu. Quand je lui dis qu’il s’agit de ma grand-mère, il est submergé par l’émotion car elle avait sauvé son père. Sans elle, il ne serait pas né  ! », poursuit-elle.

La grande histoire s’invite encore dans celle des descendants en 2013. Cette année-là, un oncle de Nathalie et Hélène reçoivent une lettre frappée d’un timbre américain et signée d’un certain Bernard Schanzer et de son frère Henri. Les mystérieux correspondants expliquent qu’ils doivent leur survie pendant la guerre à Xavier et Marie-Françoise. Et qu’ils ont demandé à Yad Vashem, en Israël, d’accorder à leurs protecteurs le titre de Justes parmi les nations.

Faire perdurer cette histoire

Ce sera chose faite, à titre posthume, en 2015. « Nous nous sommes alors rencontrés pour la première fois, reprend Nathalie Carré. Trente personnes sont venues des États-Unis, toutes des descendantes des jumeaux Schanzer. Nous étions tous très émus. » Son propre père, qui avait pourtant vécu enfant avec les jumeaux, ne se souvenait plus d’eux mais garde en revanche un vague souvenir des deux fillettes qui avaient son âge. Leur trace s’est perdue. « Nous nous sommes tous dit qu’il fallait vite témoigner afin que cette histoire ne disparaisse pas avec les derniers survivants », conclut Nathalie Carré.

Hélène et Nathalie considèrent leurs grands-parents comme des héros, « même s’ils auraient détesté être vus ainsi ». À leurs yeux, « ils n’avaient fait que leur devoir », s’exclament-elles. D’ailleurs, leur histoire aurait pu se perdre à jamais tant le couple a été discret.

À l’échelle du pays aussi, l’histoire des Justes s’est écrite tardivement. Il a fallu attendre 1995 avant que Jacques Chirac ne fasse entrer les Justes de France, connus ou anonymes, au Panthéon comme le lui avait suggéré Simone Veil. « (…) Bravant les risques courus, ils ont incarné l’honneur de la France, les valeurs de justice, de tolérance et d’humanité », est-il écrit dans la crypte du Panthéon.

 

Emmanuelle Lucas

 

 


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