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Mamers - Marcel, « Juste parmi les Nations »

jeudi 17 mars 2016

Du 15/03/2016

 

 

 

 

Les parents de Marcel Lépinay ont sauvé de la barbarie nazie Louise Epelbaum et des membres de sa famille. Avec ses parents Alexis et Hélène, Marcel Lépinay a, pendant la Seconde Guerre mondiale, sauvé des Juifs de l'Occupation nazie. Pour cet acte héroïque, il recevra la plus haute distinction de l'Etat d'Israël.

1942. La guerre fait rage. En France, les Allemands traquent les Juifs pour les conduire dans les camps de concentration et les éliminer.

Lors de rafles en Sarthe, Wolf Abramczyk, un Polonais marié à une Française, Renée, tente de cacher sa famille. Marchand ambulant dans divers marchés, le couple est bien connu à Mamers et sa région.

Au cours d’une inspection dans le train qui allait les emmener en zone libre, Wolf est repéré. Les Allemands lui tirent dessus et le tuent. C’était le 6 février.

A Monhoudou

Louise Epelbaum, la mère de Renée, couturière de métier, habite à Monhoudou.

« Nous nous sommes connus car elle habitait la maison qui se trouvait à 250 mètres de chez nous, se souvient Marcel Lépinay, du haut de ses 91 printemps consommés fin mai. Elle était couturière. Elle a déménagé dans une autre maison, à 1 800 mètres du bourg, le long d’un chemin à “La Ménagerie”. »

Atteint gravement de la diphtérie cette année-là, Jacques, l’un des cinq enfants du couple Abramczyk, est éloigné de ses proches, afin d’éviter la contagion. Son frère Guy part vivre chez sa grand-mère, Louise Epelbaum.

Avec sa bicyclette

Les rafles s’intensifient. Marcel revoit le « car » stationné sur la place du village.

« Ce jour-là, raconte l’ancien agriculteur, papa est allé chercher le pain dans le bourg. Il rencontre le secrétaire de mairie et lui demande de les retarder pour aller vite avec sa bicyclette afin de prévenir Louise Epelbaum. »

« Il arrive dans la cour de sa maison. La porte était fermée à clé. Papa a caché sa bicyclette dans les buissons et il s’est tiré à travers champs. »

Louise avait vu le « car ». « Ça y est, ils viennent me chercher », a-t-elle immédiatement pensé. « Surtout qu’elle avait un frère à Paris qui avait été déporté. » La couturière s’enfuit avec son petit-fils Guy, qu’elle laisse chez la famille Foulard, jusqu’en 1944.

Vidéo : témoignages sur la rafle de Lyon en 1942


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« Papa est rentré avec le pain. Louise est venue le soir même chez mes parents. Je ne sais pas comment elle a été prévenue. Papa s’est sûrement arrangé pour l’avertir », songe Maurice.

Passée tout près

Les Lépinay acceptent de cacher Louise sur sa demande. Ils lui ont donné une de leurs chambres. Marcel est allé dormir dans la grange. Louise y restera de mars à avril 1942.

Louise a échappé de peu au drame. Tout s’est joué rapidement. « Ils ont forcé la porte, sont entrés dans la maison. Il y avait encore du feu dans la cuisine. Elle ne devait pas être loin. »

« Louise est venue à la maison un certain temps. Dès qu’on voyait des gens dans la cour, elle allait se cacher dans la chambre. »

Dénonciations

Deux mois plus tard, avec le danger grandissant des dénonciations, Maurice a emmené la vieille dame dans sa « voiture à capote », à dix kilomètres de la maison. « C’était convenu que je la dépose dans le bourg d’Avesnes-en-Saosnois, chez Monsieur et Madame Marcel Royer. Les parents avaient sûrement orchestré quelque chose. »

Louise et sa fille Renée sont ensuite allées se réfugier à Bellavilliers. « Avec de faux papiers. »

Marcel a aussi changé d’identité : le secrétaire de la mairie de Monhoudou l’a rajeuni de deux ans.

« Avec ces fausses cartes d’identité, je m’appelais Marcel Loiseau. On risquait le service du travail obligatoire (STO) et on avait été rajeuni. En 1944, j’avais 18 ans. »

Vidéo : les travailleurs français en Allemagne


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Comme tous ces résistants qui, à leur façon, ont défié l’envahisseur allemand, Marcel risquait sa vie « sans le savoir »« A cette époque, il n’y avait aucune information. Les camps de concentration, on ne savait rien. »

Le quotidien a repris

La Gestapo est venue chercher le secrétaire de mairie. « Je l’ai su après. »

Il raconte :

« Ils lui ont dit de prendre ses affaires et de les suivre. Emmené en Allemagne, il a survécu à trois camps, dont celui de Dachau. Libéré en avril 1944 par les Russes, il a été emmené en Pologne, puis en Russie. »

 Il est mort peu de temps après, sur le chemin du retour.

C’est un prêtre sarthois qui a donné des nouvelles lors d’une cérémonie en son hommage. « Il avait été lui aussi déporté. »

En 1945, la guerre s’est arrêtée. Le quotidien a repris. Le travail, la vie. Cet épisode, « nous en parlions de temps en temps », avoue Marcel. « Cela faisait partie d’une période de la vie, d’une période pas vraiment belle. »

Cérémonie

Ce dimanche 20 mars 2016, Alexis et Hélène Lépinay et leur fils Marcel, dans sa 92e année, vont recevoir des mains d’un diplomate de l’Ambassade d’Israël la médaille des «Justes parmi les Nations ». Cette haute distinction est remise aux personnes ayant sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Deux ans d’échanges et une grande fierté

Parce que son père et ses grands-parents ont commis un acte héroïque, parce qu’ils l’ont fait par solidarité et sans arrière-pensée, parce que trop de gens se sont affichés résistants à la Libération, Jean-Louis Lépinay a œuvré afin que Marcel, Alexis et Hélène reçoivent la médaille des « Justes parmi les Nations ».

Cette distinction est décernée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem aux personnes qui ont sauvé, au péril de leur vie, des Juifs sous l’Occupation nazie.

Yad Vashem

Depuis 1963, Yad Vashem, en hommage aux « Justes parmi les Nations », a créé l’Avenue des Justes plantée d’arbres à leurs noms, puis le Jardin des Justes où les listes de noms sont gravées sur des murs, pays par pays.

Après avoir envoyé un premier courrier, le 2 février 2014, au secrétariat des Anciens combattants, qui s’est déclaré incompétent, Jean-Louis Lépinay est réorienté vers l’Institut Yad Vashem, pour faire reconnaître son père Marcel, et ses grands-parents, Alexis et Hélène.

Il rencontre des neveux de Jacques Abramczyk qui connaissaient son père. Qui effectuent plusieurs allers-retours en Israël pour faire avancer le dossier. A Mamers, Jean-Louis réunit alors un maximum de documents auprès de la mairie de Mamers.

En janvier

« En janvier dernier, Yad Vashem a reconnu mes grands-parents et mon père. Le Gouvernement a aussi décidé d’attribuer à mon père la Légion d’honneur. »

Une reconnaissance. Pour Jean-Louis, cette reconnaissance est une « fierté » :

« J’avais tellement d’admiration pour mes grands-parents qui ont agi sans jamais rien demandé. Comme tous ceux qui ont fait preuve de solidarité, mon père avait une telle humilité. Alors qu’il y a tellement de gens qui se sont affichés comme résistants mais qui n’ont jamais rien fait. »

Amine el Hasnaouy

 

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Biterrois : deux Hérépianaises reconnues "Justes parmi les nations" par Yad Vashem

mercredi 16 mars 2016

Du 210/02/2016

 

 

Retrouvailles de Jeannette, la fille de Laetitia et de "Marcelou" soixante-dix ans après DR Lætitia Carayol et Gabrielle Gasset, deux habitantes d'Hérépian, dans les Hauts Cantons biterrois, ont sauvé des juifs pendant la guerre. Leurs actes viennent d'être reconnus par Yad Vashem.

Avocat aux barreaux d'Ile-de-France, Edmond Cohen a entrepris, une fois la retraite sonnée, d'écrire ses mémoires. Le récit de son passage à Hérépian n'a pas laissé indifférents les descendants de deux familles qui l'ont secouru durant la guerre. Lors de l'exposition sur les “Justes parmi les nations”, à Bédarieux, l'association Résurgence a affiché les écrits de l'avocat. Commence alors le long processus de reconnaissance de deux Hérépianaises: Lætitia Carayol et Gabrielle Gasset. Et ces derniers jours, leurs descendants ont appris par un courrier que l'institut Yad Vashem, à Jérusalem, venait de les reconnaître “Justes parmi les nations”.

D'abord réfugiés à Lamalou

Edmond Cohen et ses parents étaient réfugiés à Lamalou-les-bains. M.Huguonnenc, adjoint au maire, sachant qu'une rafle était imminente, leur conseilla de se réfugier chez Laetitia Carayol, une "bonne chrétienne". C'est au beau milieu de la nuit qu'ils tapèrent à la porte de cette femme. Chez elle, se cachaient déjà cinq autres juifs et son fils, réfractaire au travail obligatoire. Elle les conduisit chez Gabrielle Gasset, une cousine de feu son mari. De longs jours d'enfermement commencèrent.

Et Edmond devient "Marcelou"

De santé fragile, Edmond Cohen dut, sur les conseils d'un médecin taiseux, sortir au grand air. C'est ainsi qu'à l'âge de huit ans, il prit l'identité de Marcel Colin et habita chez Lætitia Carayol. “Marcelou” s'acclimata rapidement à la vie du village, menant les chèvres à la pâture, assistant à la messe, jouant avec les autres enfants du village, tout cela sans voir ses parents. Ce fut la délivrance absolue lorsque les dernières colonnes de l'armée allemande traversèrent à jamais le village. Edmond Cohen fait de la radio où il s'exprime en judéo-espagnol. Aussi Lætitia Carayol, décédée en 1980, et Gabrielle Gasset, décédée en 1948, sont connues bien au-delà du village, comme en Argentine ou en Chine.

 

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Le Buret - Deux habitants "Justes parmi les nations" à titre posthume

mercredi 16 mars 2016

Du 13/03/2016

 

 

 

 

Les descendants d'Auguste Cribier et de Marie-Louise Cordier ont reçu le titre de Justes parmi les nations, décerné à titre posthume à leurs ancêtres. | Ouest-France Ce dimanche, au Buret, Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier ont été faits, à titre posthume, Justes parmi les nations. Ils ont sauvé une famille juive pendant la guerre.

Ce dimanche matin, au Buret, Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier ont été faits, à titre posthume, Justes parmi les nations. Ces deux Mayennais ont sauvé la famille Jakubowicz pendant la Seconde Guerre mondiale. Les enfants Jakubowicz et les descendants de Marie-Louise Cordier et Auguste Cribier étaient présents à l’église.

La cérémonie était organisée pour rendre hommage à ces deux personnes. Le titre de Justes parmi les nations leur a été décerné au nom de l’État d’Israël par le Mémorial de Yad Vashem. Ils rejoignent ainsi les quarante-deux Mayennais distingués pour leur courage pendant la guerre.

L'histoire a commencé en 1940. Romain Jakubowicz tombe malade. Il part en convalescence chez Marie-Louise Cordier, au Buret. Deux ans plus tard, pendant la rafle du Vél’ d’Hiv’, les policiers viennent chez les Jakubowicz pour les arrêter. La mère de Romain, Cyna tient dans ses bras sa fille Rosette, âgée d’un an et demi. Elle sait que l’arrestation peut être refusée pour les familles qui ont des enfants de moins de deux ans.

Pour protéger ses enfants, elle prend contact avec la secrétaire de la mairie de Grez-en-Bouère. Cette dernière demande à Marie-Louise Cordier si elle peut accueillir chez elle les enfants Jakubowicz. Elle accepte et part les chercher à Paris le jeudi 1er octobre 1942. Le lundi, elle rentre avec eux en train jusqu’à Sablé. Auguste Cribier vient les chercher à la gare et les ramène avec sa carriole au Buret.

 

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Aix : le Juste hommage aux époux Devès

mardi 15 mars 2016

Du 14/03/2016

 

 

 

 

Florianne Devès (avec la médaille et le diplôme d'honneur) entourée de sa famille et des Sapir. Trop âgées, les soeurs Margolis n'avaient pas pu faire le déplacement. Photo serge mercier Ils ont été élevés au rang des Justes parmi les nations à titre posthume, hier, lors d'une cérémonie au camp des Milles.

Quand elle s'est approchée du micro et a commencé à parler avec sa voix fluette et chantante étranglée par l'émotion, tout l'auditorium du camp des Milles a chaviré avec elle. L'atmosphère était chargée des vibrants hommages qui se succédaient depuis près d'une heure avec, en toile de fond, les photos en noir et blanc d'Émilie et Fernand Devès, visages souriants et bienveillants. Ses grands-parents héroïques. Anonymes, hier. Elevés au rang des Justes parmi les nations, la plus haute distinction civile de l'État d'Israël, depuis.

Florianne Devès, devenue Lambert, "l'incarnation de la gentillesse, de la générosité et de l'humanité de ses grands-parents", a retenu ses larmes comme une enfant polie le temps des discours. Une nouvelle fois, elle a entendu l'histoire extraordinaire de ses grands-parents, découverte presque par hasard dans un carton, modestement entreposé dans le grenier de la maison familiale de Bollène, dans le Vaucluse. Les vrais héros ne se vantent pas de leurs exploits... tout simplement parce qu'ils font ce que leur coeur et leur conscience leur dictent.

"Et dans ce contexte de délation et de terreur, rappelle Serge Cohen, délégué du comité français pour le mémorial israélien Yad Vashem, qui abrite un bâtiment dédié aux Justes depuis 2005, Émilie et Fernand faisaient partie de cette armée du coeur et des bras ouverts." "En faisant preuve d'un courage exceptionnel lors de ce programme d'extermination totale planifié par les Nazis avec la complicité des gouvernements et des individus qui avaient fait le choix de collaborer, souligne à son tour Anita Mazor, consul général de l'État d'Israël à Marseille. Ils ont fait le choix de la solidarité au péril de leur vie et en mettant leur propre famille en danger."

Ce 26 août 1942, rien n'est venu ébranler la conviction des époux Devès. Ni la peur. Ni les armes. Ni la rafle, organisée avec l'appui du préfet de Vaucluse. Locataires des époux Devès, les jeunes soeurs Margolis, Édith et Rose, sont séparées de leurs parents juifs polonais depuis le début de la guerre. Grâce à deux soldats polonais, elles avaient transité jusqu'à Bollène, avec la famille Sapir. Quand les gendarmes arrivent, munis d'une liste où sont inscrits les noms des juifs à arrêter et à envoyer au camp des Milles, seul le fils Sapir, Lutek, repart de force avec eux mais parviendra à s'échapper une fois à Aix. Son père, à Marseille ce jour-là, passe entre les mailles du filet. Comme Rose Margolis, chez une voisine.

Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras

Seules sa soeur, Édith, Szayna Sapir et sa fille Esther sont présentes dans la maison. Faignant d'avoir d'insupportables douleurs au ventre, Szayna se roule par terre en hurlant en yiddish. Un subterfuge visant à prévenir les filles qui se cachent, avec la complicité des Devès. Si cette fois les gendarmes repartent, les Devès savent qu'ils finiront par revenir... Les soeurs Margolis et la famille Sapir sont envoyées en Espagne grâce au réseau de résistants des Devès. Ils seront malheureusement arrêtés à la frontière. Pour autant, Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras. Ils parviennent à récupérer Szayna Sapir et sa fille en février 1943, alors que le père Sapir est déporté. Quelques mois plus tard, ils vont rapatrier les soeurs Margolis, internées au camp de Gurs.

"Les époux Devès ont fait bien plus que les cacher, insiste Serge Cohen. Ils leur ont assuré un quotidien fait de compassion et de sollicitude." "Le courage de vos grands parents a honoré l'histoire de France, celle d'Israël et de l'humanité tout entière", enchaîne Anita Mazor. C'est donc tout aussi naturellement que les soeurs Margolis, aujourd'hui résidantes américaines de plus de 90 printemps, avaient entamé les démarches pour la reconnaissance éternelle de leurs sauveurs. Le mail reçu par Florianne Devès le 22 mars 2014 lui avait transpercé le coeur de fierté. "Fernand et Émilie Devès n'ont pas sauvé que des individus. Ils ont aussi sauvé la justice", affirment-elles, en pleine forme, dans un film délicat réalisé par des lycéens de Bollène.

"Dans cette opération, déclenchée avec l'appui du préfet de Vaucluse, vous avez su protéger vos amis par vos convictions"
, a congratulé à son tour Serge Gouteyron, sous-préfet d'Aix, en s'adressant directement aux Justes disparus. "Comme hier, les armes de l'esprit doivent être utilisées contre la violence", encourage à son tour, Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles, en exhortant "à la transmission et pas seulement des horreurs et des carnages passés mais aussi des expériences des hommes".

Tremblante d'émotion mais armée du courage de ses grands-parents, Florianne Devès avait, en plus des remerciements, un message à transmettre : "Pour mes grands-parents, peu importait la couleur de peau et la religion. Ils avaient en face un être humain. Et chez tous les hommes, les larmes sont identiques."

Laetitia Sariroglou


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Yad Vashem recense 6.620 Polonais distingués comme "Justes parmi les Nations"

mercredi 9 mars 2016

Musée Polin à Varsovie (Crédit : Capture d’écran AFP)

La Pologne occupée par l’Allemagne nazie fut le seul territoire où les Allemands décrétèrent que toute sorte d’aide aux Juifs était passible de la peine de mort

Le premier musée dédié aux Polonais ayant sauvé des juifs pendant la Shoah sera inauguré le 17 mars à Markowa, un village du sud-est du pays, où une famille fut exécutée par les nazis pour avoir caché une famille, ont annoncé mardi ses organisateurs.

Les familles des rescapés venues d'Israël et des Polonais de cette région ayant caché des juifs sont attendus à la cérémonie à laquelle participera également le président polonais Andrzej Duda. 

Des prières catholiques et juives seront dites sur les tombes des victimes, et une messe à l'église de Markowa ainsi qu'une cérémonie à la synagogue de la ville de Lancut seront célébrées en hommage aux Justes.

Le site du mémorial Yad Vashem à Jérusalem, dédié à la mémoire de la Shoah, recense 6.620 Polonais distingués comme "Justes parmi les Nations".

L'idée de créer un tel musée en Pologne revient notamment à Mateusz Szpytma, historien et un parent de la famille des Ulma qui a sauvé les Juifs à Markowa.  

Le besoin d'un tel musée s'est fait sentir comme un contrechamp à la parution en 2000 du livre de l'historien américain Jan Tomasz Gross "Les voisins".

L'ouvrage révélait qu'à Jedwabne, village du nord-est de la Pologne, des juifs avaient été brûlés vifs dans une grange par leurs voisins polonais en 1941.

Jozef et Wiktoria Ulma ont caché pendant plus d'un an la famille de Saul Goldman, à Markowa.

Le couple et leurs six enfants, âgés de un à huit ans, ainsi que les huit membres de la famille Goldman, ont été exécutés le 24 mars 1944, après avoir été dénoncés.

L'histoire de cette famille est devenue le symbole de "nombreux héros qui, sans armes, se sont opposés au régime nazi", souligne Dariusz Stola, directeur du Musée Polin d'histoire des juifs polonais à Varsovie.

Le couple Ulma a reçu la médaille et le titre "Juste" attribué par l'Etat d'Israël

 

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Montbéliard : « Si Lou Blazer n’avait pas décousu mon étoile jaune, je ne serais pas aujourd’hui dans votre collège pour vous en parler »

mercredi 9 mars 2016

Du 21/02/2016

 

 

 

 

Premier débat des collégiens de Lou-Blazer à Montbéliard sur l’acte de résistance en 2016. Pierre Kahn, enfant juif sauvé par la Juste qui a donné son nom à l’établissement, témoigne.

Pierre Kahn face aux collégiens : « Si Lou Blaser n’avait pas décousu l’étoile jaune de mon blouson, je ne serais pas là pour vous parler aujourd’hui. » Photo Lionel VADAM

«On savait que les Juifs étrangers étaient déportés. Mais on pensait que nous, Juifs français, ne risquions rien. C’était égoïste, je sais. Nous étions sûrs que le gouvernement de Vichy nous protégerait. J’étais rassuré : mon père avait combattu pendant la Première Guerre mondiale. Depuis mai 1942, dès l’âge de 6 ans, les enfants devaient porter l’étoile jaune. Les discriminations augmentaient. Certes, on avait le sentiment de ‘‘ne pas être comme tout le monde’’. Mais la vie continuait bon an, mal an. Et puis, un jour d’avril 1943, on a été réveillés par des coups de crosse à la porte. »

Assis dans leur nouvelle salle des débats, ce mardi de janvier, les élèves du collège Lou-Blazer de Montbéliard ne perdent pas une miette des paroles de Pierre Kahn. C’est un monsieur qui porte élégamment ses 86 printemps. Debout, une écharpe bleue autour du cou, une reproduction de l’étoile de David entre les mains, il raconte son histoire, celle d’un petit Montbéliardais de confession juive sauvé de la Gestapo par une bénévole de la Croix- Rouge, Lou Blazer, qui a donné son nom à l’établissement scolaire. « J’étais un garçon normal dans un environnement anormal. J’étais devenu ‘‘anormal’’ aux yeux des nazis, qui considéraient les gens de ma confession, les francs-maçons, les Tsiganes, les homosexuels comme des sous-races. Mais, avant d’être emprisonnés, on en avait peu conscience. Vous savez, avant la guerre, les religions, les cultures coexistaient très bien à Montbéliard. On ne faisait aucune différence », se souvient-il.

« Après les attentats de ‘‘Charlie’’, on a senti que les élèves avaient envie de s’exprimer »

Les élèves restent silencieux. Le témoignage de Pierre Kahn les interpelle sur la notion de résistance, de désobéissance civile. Ce sera d’ailleurs le thème du premier débat - « Faut-il encore résister en 2016 et comment ? » - qui suivra l’intervention de l’octogénaire. Guère impressionné par ces jeunes en jeans et baskets, qui rient parfois pour masquer leur gêne, Pierre Kahn continue son hommage d’une voix posée : « Si Lou Blazer n’avait pas fourni un faux certificat médical assurant que j’étais contagieux, si elle n’avait pas décousu l’étoile jaune de mon blouson, je ne serais pas là pour vous parler aujourd’hui. »

Cette femme que l’on distingue sur des clichés en noir et blanc (une chevelure foncée, un regard lumineux vers le ciel) a payé sa résistance au totalitarisme. Elle a été déportée dix mois dans un camp de concentration avant d’être délivrée par les Américains. Élevée au rang des Justes parmi les Nations, Lou Blazer reste, dans le souvenir de son petit protégé, un être exceptionnel mais normal : « C’était une femme modeste, une héroïne du quotidien. Je n’ai pas eu le temps de dire ‘‘au revoir’’ à mes parents (N.D.L.R. : qui décéderont en déportation ou pendant leur transfert à Auschwitz). À la sortie de la Kommandantur, j’ai vu cette dame en uniforme de la Croix-Rouge. Elle souriait. Elle m’a pris la main comme si on partait à un pique-nique », se remémore l’homme au bord des larmes.

De son témoignage au débat sur l’acte de résistance en 2016, il n’y a qu’un pas. Le thème n’a pas été choisi au hasard. « Après les attentats de ‘‘Charlie’’, on a senti que les élèves avaient envie de s’exprimer. Nous avions aussi constaté qu’ils avaient besoin d’apprendre ce que signifiait l’échange d’idées », renseignait Gladys Bruchon, professeur d’histoire-géo en présentant le projet, instauré par l’équipe enseignante et encadrante. Des citations de Nelson Mandela, George Orwell, Épictète…, ornent les murs. Les élèves ont participé à la mise en œuvre de leur salle des débats, tout comme à l’élaboration des règles y afférant. Elles sont inscrites en caractères gras et en couleur. Gladys Bruchon les passe en revue : « Vous êtes responsable de ce que vous dites, vous êtes tolérant, vous êtes à l’écoute, vous êtes libre de vous exprimer, vous adoptez un langage concret, vous demandez la parole. »

Pierre Kahn ouvre le débat sous forme d’une question adressée aux élèves de troisième (N.D.L.R. : qui ont la Shoah au programme). « À votre avis, qu’est-ce qui fait que les gens ont aujourd’hui la conscience de résister, de se révolter ? »

Silence de nouveau. L’héritage du passé, l’allusion à tous les habitants qui se sont sacrifiés au cours de la Seconde Guerre mondiale ou qui se sont opposés courageusement comme Lou Blazer au régime d’Hitler, ne constituent pas des « passerelles » évidentes pour les collégiens. « Ne vous censurez pas ! Vous êtes élèves en 2016. Que pouvez-vous faire pour résister ? À quoi faut-il résister ? », impulse l’enseignante.

« Vous savez, dans ma religion, on considère que sauver une vie, c’est sauver l’humanité »

Ismaël débute avec une illustre référence qui sera saluée par sa prof de lettres, Virginie Besset. « Quand on veut s’opposer à une loi par exemple… Antigone a désobéi à son oncle Créon en voulant offrir une sépulture à son frère », développe l’adolescent. Les autres collégiens suivent. « On doit s’opposer au racisme », poursuit Alexia. « Au terrorisme », enchaîne Alexis. « Victoria encore : « A la violence, à la discrimination. » Mohamed-Amine : « A la guerre. » Zoé : « A l’indifférence. » Pierre Kahn intervient : « Au sexisme. » Question d’un collégien : « C’est quoi le sexisme ? » Moue amusée des enseignants. « On doit résister à la violence verbale ! », s’exclame un garçon. » « Ah, très bien. Et c’est toi qui dis ça ? », s’amuse une prof face à l’adolescent qui semble un tantinet fougueux. L’échange se veut pragmatique. « Comment faire pour que ces mots ne soient pas vides de sens ? », demande Virginie Besset. On entendrait une mouche voler. « Certains ont besoin de résister, pas d’autres. Tu résistes quand tu subis des violences », reprend Mélia. Victoria met l’accent sur un point primordial, l’air de rien, en abordant le sujet du sacrifice. « Quand tu résistes, c’est difficile parce que tu risques ta vie. »

Et comment manifester son opposition face à un comportement haineux, xénophobe ? « On répond souvent par l’insulte », concède une jeune fille, bien consciente, cependant, que l’injure n’est pas la meilleure solution. Petit piège de la prof de français : « Est-ce qu’on a le droit de désobéir ? » Mélia s’empresse de répondre « non ». Virginie Besset prend un exemple : « En 1961, quand les Algériens ont refusé le couvre-feu et ont manifesté malgré l’interdiction de l’État, n’ont-ils pas eu raison de désobéir ? » Mélia réfléchit : « Si, en fait si… »

Si l’acte de résistance leur paraît encore abstrait, les collégiens resteront longtemps imprégnés par des images plus concrètes, l’héroïsme de Lou Blazer, l’histoire de Pierre Kahn. En témoignent leurs questions, souvent touchantes. Victoria : « Vous saviez que vous ne reverriez plus vos parents ? Ça vous fait mal d’en parler ? » Mélia, spontanée : « Elle était belle, Lou Blazer ? Vous avez une photo ? » Ismaël, plus en retenue : « Vos petits-enfants vous posent des questions ? » Bilal : « Vous avez déjà visité des anciens camps de concentration ? »

Pierre Kahn prend le temps de détailler la vie qu’il a pu construire grâce à Lou Blazer : ses études, son mariage, sa profession de pharmacien, sa famille, ses deux petits-enfants aujourd’hui adolescents. « Je déjeune avec eux tous les mercredis après leur avoir envoyé un SMS », dit l’heureux papy. Oui, l’ancien Montbéliardais s’est déjà rendu à Auschwitz. Non, il ne savait pas qu’il ne pourrait plus jamais serrer sa mère et son père dans ses bras : « J’étais fils unique. Pendant longtemps, j’ai fait semblant de ne pas savoir. Je refusais de croire à leur mort. » Il regarde son jeune public, l’air grave : « Vous savez, dans ma religion, on considère que sauver une vie, c’est sauver l’humanité. » Sans fard mais avec la dignité typique des gens qui ont connu le pire, l’octogénaire admet : « En parler, c’est dur. L’émotion remonte à chaque fois. »

Aude LAMBERT


 

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