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Sœur Cecylia, religieuse polonaise et Juste parmi les nations, est décédée

vendredi 7 décembre 2018

Du 24/11/2018

 

 

 

 

Sœur Cecylia Maria Roszak / Piotr Jantos/AFP Elle était la religieuse la plus âgée au monde. Née en 1908, Sœur Cecylia Maria Roszak avait obtenu le titre de « Juste parmi les Nations » pour avoir protégé une dizaine de juifs durant la guerre.

 

La religieuse la plus âgée du monde, une dominicaine polonaise, qui avait aidé des résistants juifs à échapper aux nazis, est décédée à Cracovie à l’âge de 110 ans. Sœur Cecylia Maria Roszak avait reçu le titre de Juste parmi les Nations du monde décerné par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem.

Née en 1908 dans la région de Poznan (ouest), elle est entrée en 1929 au couvent Na Grodku à Cracovie, après avoir étudié le commerce. Elle y a prononcé ses vœux perpétuels cinq ans plus tard. En 1938, elle est envoyée avec d’autres de ses sœurs à Vilnius (à l’époque ville polonaise, aujourd’hui capitale de la Lituanie) pour participer à la fondation d’un second couvent. Cependant, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale les en a empêchées.

 Mouvements clandestins sionistes

Pendant deux ans, Vilnius est sous occupation soviétique, puis sous occupation allemande après l’invasion des nazis. C’est alors que Sœur Roszak et ses sœurs, dirigées par leur supérieure, Mère Bertranda, cachent 17 membres de la résistance juive dans leur couvent, risquant ainsi leur vie. Selon le Centre mondial de la mémoire de la Shoah de Yad Vashem, les Juifs qui ont trouvé refuge dans le couvent appartenaient à des mouvements clandestins sionistes illégaux.

« Malgré l’énorme différence entre les deux groupes, des relations très étroites se sont nouées entre les religieuses chrétiennes et les juifs laïcs de gauche », indique le Centre dans une page biographique consacrée à Mère Bertranda. « Les résistants ont trouvé refuge derrière les murs du couvent ; ils ont travaillé avec les religieuses dans les champs et ont poursuivi leur activité politique. Ils ont appelé la mère supérieure du couvent Ima (mère en hébreu). »

Peu après, cette dernière a finalement quitté le couvent, reprenant son nom civil d’Anna Borkowska.

Justes parmi les Nations

En 1941, les réfugiés juifs décident de quitter le couvent pour retourner dans le ghetto juif et aider à y établir la résistance. La supérieure continua alors à les aider

« à faire passer des armes et des fournitures à l’intérieur ». En septembre 1943, Mère Bertranda est arrêtée, le couvent de Vilnius est fermé et les religieuses sont dispersées. Sœur Roszak rentree à Cracovie. Mais là encore, le couvent a été fermé et les sœurs expulsées.

Ce n’est qu’en 1947, que les dominicaines reprennent la vie communautaire au couvent Na Grodku où Sœur Roszak a exercé les fonctions de concierge, d’organiste et de chantre au fil des ans et plusieurs fois comme prieure.

Toutes les religieuses du couvent de Vilnius ont reçu la distinction de « Justes parmi les nations » décernée par le Mémorial de Yad Vashem.

Le 25 mars 2018, pour son 110e anniversaire, elle a reçu la visite de l’archevêque de Cracovie, Mgr Marek Jedraszewski. Il y a quelques années, déjà largement centenaire, elle avait confié à d’autres religieuses que « la vie est belle, mais bien trop courte ».

Anne-Bénédicte Hoffner 

 

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Après 70 ans, le fils d’une Juste rencontre l’enfant que sa famille avait cachéee

samedi 24 novembre 2018

Du 21/11/2018

 

 

 

La rencontre entre Alain Quatreville et Charlotte Ademan (Crédit: capture d'écran JDD/Dailymotion)
Charlotte Adelman, qui vit aujourd'hui en Arizona, a été contactée par le fils de celle qui l'avait cachée durant 9 mois en 1940.

Âgée de 86 ans, Charlotte Adelman, née Rozencwajg, a rencontré il y a quelques jours le fils de Lea Quatreville qui l’avait cachée durant 9 mois, en 1940 à Beaumont en Argonne.

C’est lui, Alain Quatreville, 78 ans, qui ne l’avait pas revu depuis la libération qui a retrouvé sa trace sur Facebook, après « plus de soixante-dix ans sans nouvelles, » regrette-t-il dans le JDD qui a participé à la rencontre. 

Il le regrette car sa mère est restée longtemps dans « l’angoisse » de ne pas savoir ce qu’était devenue « Lotte » comme elle l’a surnommée, se souvient-il.juste

« Dans ses Mémoires, maman écrivait qu’elle l’aurait adoptée après la guerre s’il avait fallu, » raconte Alain, professeur de mathématiques à la retraite.

« À partir de 1942, de nombreux juifs ont été envoyés dans les Ardennes pour travailler aux champs. Parmi eux, le père de Charlotte, un Polonais réfugié à Paris avant-guerre, qui est arrivé à Beaumont-sur-Argonne avec ses enfants, Max et Charlotte, mais sans son épouse, prise dans la rafle du Vél d’Hiv et déportée à Auschwitz, » rappelle le journal.

Le père de Charlotte a aussi été sauvé, par François Pelzer de la ferme de Maugré à Carignan rappelle l’Association française des Justes parmi les Nations.

Lea et André son mari ont été reconnus par Israël comme Justes parmi les Nations.




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Pontault-Combault : Jean Zylber a échappé à Drancy et Auschwitz grâce aux Nadaud

mardi 20 novembre 2018

Du 18/11/2018

 

 

 

 

Pontault-Combault, ce dimanche matin. Jean Zylber embrasse Françoise, l’une des trois petites-filles (à dr.) de Marcel et Maximilienne Nadaud, un couple de Pontault qui l’a sauvé des nazis en le cachant lorsqu’il était enfant. LP/Marine Legrand Jean Zylber, 86 ans, a témoigné lors de la remise du titre de « Justes » à Marcel et Maximilienne Nadaud, qui l’ont caché de 1942 à 1947 à Pontault pour le sauver des nazis.

Des sanglots qui déchirent la salle. De chaudes larmes qui roulent sur les joues du public. L’émotion était terriblement intense, dimanche matin, à Pontault-Combault, lors de la cérémonie au cours de laquelle le titre de « Justes parmi les nations » a été remis à un couple de la ville, à titre posthume, via leurs trois petites-filles.

Marcel et Maximilienne Nadaud ont caché des nazis le petit Jean Zylber, un enfant juif de 10 ans, entre 1942 et 1947. Les parents de Jean avaient prévu de revenir le chercher après leur fuite. Mais Jean ne les reverra jamais : ils furent arrêtés à la frontière italienne, déportés à Drancy puis à Auschwitz où ils sont morts en 1943.

Aujourd’hui, Jean a 86 ans. C’est lui qui a tenu à honorer la mémoire de ses parents adoptifs qui lui ont sauvé la vie grâce à ces cinq années de purs amour et altruisme.

Au micro, devant les petites-filles Nadaud, sa voix se brise. Il s’écroule, trop ému. Puis l’homme se ressaisit et passe la parole à son fils Benjamin, qu’il a chargé de lire ses souvenirs de l’époque.

Jean y décrit l’armoire dans l’appartement familial parisien où son père avait aménagé une planque si besoin, « la rafle du Vel d’Hiv et le scellé posé sur notre porte », ses parents « qui demandent aux Nadaud de me garder chez eux, à Pontault-Combault, rue du Bois-Saint-Martin ».

Pontault-Combault, ce dimanche. Jean Zylber a eu la voix brisée par l’émotion en prenant la parole. LP/Marine Legrand

« Marcel et Maximilienne ont pu se procurer une carte d’alimentation pour moi grâce à une complicité, c’est comme si cela m’avait donné une existence. Et j’allais à l’école Emile-Pajot avec mon vrai nom, Zylber. » Jean vivait dans la maison des Nadaud, coupait du bois, nourrissait leur cochon… Un quotidien simple et rempli d’affection.

« Nos voisins connaissaient sans doute mes origines mais personne ne m’a dénoncé, souligne-t-il. Les Nadaud m’ont gardé jusqu’à la fin de la guerre avec cet esprit de générosité particulièrement marqué, comme souvent chez les gens de condition modeste. Grâce à eux, je n’ai pas connu Auschwitz et ses fours crématoires. » Puis Jean partira à Chicago (Etats-Unis) chez sa tante Ruth, qui s’occupera de lui « comme de son propre fils » durant douze ans.

Dimanche, le « comportement exemplaire, discret et efficace » du couple Nadaud est entré dans l’histoire, se réjouit le Pontellois Patrick Barone, fils et petit-fils de Justes : « Nous avons inauguré une stèle des Justes dans le parc de la mairie où leur nom est désormais gravé à tout jamais », annonce Gilles Bord (PS), le maire.

Marine Legrand

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Pontault-Combault : leurs grands-parents ont sauvé un garçon de 10 ans des nazis

lundi 19 novembre 2018

Du 16/11/2018

 

 

 

 

 

Vert-Saint-Denis, ce jeudi. Chantal (à droite) et Dominique, deux des trois petites-filles de Marcel et Maximilienne Nadaud, avec les photos de leurs grands-parents et de Jean Zylber à 14 ans. LP/Sébastien Blondé Les petites-filles de Marcel et Maximilienne Nadaud vont recevoir en leur nom le titre de «Justes parmi les nations ».

C’est l’histoire d’un petit garçon juif de 10 ans, caché des nazis à Pontault-Combault pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses sauveurs : Marcel et Maximilienne Nadaud. Respectivement décédés en 1966 et 1964, ils seront honorés ce dimanche matin, lors d’une cérémonie au cours de laquelle le titre de «Justes parmi les nations » leur sera remis, via leurs trois petites-filles.

L’aînée, Chantal, 71 ans, vit à Vert-Saint-Denis, où elle est élue locale. Ce jeudi, elle héberge Dominique, 62 ans, venue des Yvelines. En attendant, Françoise, 70 ans, qui arrive ce vendredi de Dordogne pour la cérémonie, Chantal et Dominique replongent dans leurs souvenirs.

Paris, Jardin des tuileries. Sur cette photo prise dans les années 1950, Chantal (à gauche) et Françoise entourent Jean Zylber. DR

Ce petit garçon, Jean Zylber, a aujourd’hui 85 ans et habite à côté de Marseille (Bouches-du-Rhône), après une carrière de scientifique au CNRS. C’est lui qui a réalisé les démarches pour honorer ses parents adoptifs. Il sera là dimanche.

Le garçon ne sort pas car la Kommandantur est basée à proximité

Chantal, Françoise et Dominique n’ont bien sûr pas connu cette époque où Jean, petit Parisien en vacances à Pontault-Combault en juillet 1942, a dû être dissimulé par leurs grands-parents qui le gardaient en nourrice. Ils l’ont fait à la demande de ses parents, qui avaient prévu de revenir le chercher après leur fuite. Finalement déportés à Auschwitz, ces derniers sont décédés en décembre 1943.

Jean Zylber (ici en juillet dernier) sera présent ce dimanche, à Pontault-Combault. Il vit aujourd’hui près de Marseille. DR

Jusqu’à la Libération, Jean vit chez les Nadaud, déjà parents de Roger, 20 ans, rue du Bois Saint-Martin. Au début, le petit garçon ne sort pas. Ou uniquement la nuit, car la Kommandantur se trouve dans le château de Madame-Sans-Gêne, près de l’école, non loin de chez les Nadaud.

Il peut finalement aller à l’école, où seuls le directeur et le médecin sont au courant de la situation. Marcel et Maximilienne l’élèvent alors comme leur second fils. Il ne partira qu’en 1947, aux Etats-Unis où sa tante souhaite l’accueillir. Il y suit des études et revient en France en 1959.

« C’était simplement Jeannot, notre tonton d’Amérique »

« C’était simplement Jeannot, notre tonton d’Amérique. Il a toujours fait partie de notre vie. Il nous taquinait et nous gâtait beaucoup », se souvient Chantal, qui avait une dizaine d’années à l’époque. « Il m’avait envoyé un cheval à bascule sur ressort, ça n’existait pas en France », se rappelle Dominique.

Les trois sœurs ont appris l’acte de leurs grands-parents assez tôt. «Mais ils n’en parlaient pas, notre père (NDLR : Roger, décédé en 1989), non plus et puis, on ne posait pas de question », poursuit l’aînée. Pour elles, Jean, de toutes les réunions de famille, est simplement leur oncle.

Ce n’est qu’assez récemment que le voile a été totalement levé, sous l’impulsion de Jean Zylber lui-même. «Il y a cinq ans, à son 80e anniversaire, il a sorti une valise avec plein de documents, de correspondances de l’époque entre notre grand-mère et ses parents en fuite. Là, on a tout découvert en détail. »

Fières de leurs grands-parents, Chantal et Françoise admirent leur courage. « Ils étaient très humbles. Ils n’attendaient pas de reconnaissance, témoigne Dominique. Mais c’est un beau geste de la part de Jean. »

Marcel Nadaud. DR

Maximilienne Nadaud. DR

Sébastien Blondé

 

 

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Qui vivait dans «La Chambre de derrière» ?

dimanche 18 novembre 2018

Du 18/11/2018

 

 

 

 

Retraité du monde de l'enseignement, Laurent Robène s'est attaché à recueillir des témoignages en vue de faire reconnaître ses grands-parents, Blanche et Lucien, «Justes parmi les Nations». En effet, ce couple avait, pendant l'Occupation, caché à son domicile de Pechbonnieu des clandestins, résistants, communistes, déserteurs allemands, parachutistes anglais, juifs enfants et adultes. Cette distinction leur sera attribuée par Yad Vashem en 2017.

C'est au fil de ce travail d'écriture que l'idée est venue à l'auteur d'en faire un livre «La Chambre de derrière». Avec les souvenirs de sa mère, Marguerite Robène, les témoignages écrits par sa défunte tante Lucette, ceux d'Edgar Morin, de Clara Malraux, du docteur Epstein, l'exploration des archives communales, du cabinet de la préfecture, les délibérations de la commission spéciale mise en place par Vichy, l'auteur a reconstitué ce que pouvait être la vie quotidienne dans ce village durant cette période.

Le livre retrace la vie quotidienne à Pechbonnieu, il éclaire sur la création du Mouvement de Résistance des Prisonniers de Guerre et Déportés dans la région de Toulouse, les retentissements sur la vie villageoise des événements de l'époque, restrictions et rationnement, STO, activités de la Résistance… À Pechbonnieu, de nombreux faits de résistance se sont déroulés, sans discontinuer, avec le silence complice de la population. Le domicile des Robène aura servi d'hôtellerie clandestine, de lieu de séjour, de soins, d'impression de tracts, d'étape ou de refuge pour des enfants juifs, d'escale lors de transferts vers les Pyrénées et l'Espagne, d'échange et de circulation d'informations, de camp de base pour la constitution du MRPGD. À travers cet ouvrage, Laurent Robène a souhaité transmettre pour ses enfants, petits-enfants, afin que les actes de ses grands-parents ne tombent pas dans l'oubli. La publication de ce livre vise à contribuer à l'entretien de la mémoire collective. Une vente signature est organisée en présence de Laurent Robène et sa mère Maguy Denègre dans le cadre du salon du livre Mieux vaut en lire, ce dimanche, à l'espace polyvalent, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h (à côté des écoles).

 

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Loon-Plage : Georgette Franchois, une Juste pour mémoire.

dimanche 18 novembre 2018

dU 16/11/2018

 

 

 

La commune de Loon-Plage, 6297 habitants aujourd’hui, est à moins de 13 km de Dunkerque. Samedi 10 novembre 2018, une partie de la municipalité, les habitants et les enfants des écoles ont honoré le souvenir de Georgette Franchois qui en 1942 n’a que 18 ans. Au péril de sa vie, de celle de sa famille et de tout le village de Loon-Plage, elle sauve de la déportation Maurice Baran-Marszak alors âgé de 9 ans. Depuis ce samedi, un square où désormais, jouent sans crainte les enfants, porte le nom de cette simple jeune fille du village, alors gouvernante chez la famille Baran qui quelques temps avant, a fui les bombardements allemands de 1940 sur Dunkerque où elle habite, et s’est réfugiée  à Lille.

Itinéraire d’un enfant sauvé…

Maurice Baran-Marszak. Il avait 9 ans

Depuis le 15 juin 1940, les Juifs du Nord et du Pas-de-Calais dépendent de l’administration allemande de Bruxelles. Les lois antisémites de 1940 les excluent peu à peu de toutes les possibilités de vie normale. Tout leur est interdit y compris au petit Maurice qui malgré le port de l’étoile jaune et grâce à Georgette, peut tout de même aller au cinéma, au parc de jeu, son étoile jaune cachée sous le revers de son col de manteau…Samedi 10 novembre, la cérémonie est d’autant plus émouvante que Maurice Baran-Marszak est présent. Il raconte avec une réelle émotion son sauvetage, et celui de son petit frère Michel, alors âgé de 3 mois. Nous sommes le 11 septembre 1942, la veille de Roch Hashana. Dès 6H00 du matin, les Juifs du Nord et du Pas-de-Calais sont raflés. Tous, femmes, enfants, vieilles personnes sont amenés par la police française et la gestapo à la gare de Lille-Fives. Ils attendent dans la peur et les cris, le train qui les transportera vers Malines, en Belgique d’où, ils seront déportés à Auschwitz. Mais pour l’heure, ils ne savent pas. Enfin, je crois ! Jankiel le père de Maurice et de Michel a été arrêté le 25 juillet. Même destination : gare de Lille-Fives, direction la Caserne Dossin à Malines dans la banlieue d’Anvers puis Auschwitz dans le convoi n°1 en partance de Belgique…Il ne reviendra pas…Ce jour de Roch Hashana, plus de 600 juifs s’entassent sur le quai et fait incroyable, les cheminots de la gare, tous des Justes !, sauvent plus de cinquante enfants et bébés. Ils retarderont aussi le départ train, prétextant une panne… Maurice et son frère sont collés à Fanny, leur mère. La scène n’est pas sans pleurs, sans déchirements. Maurice nous dit qu’il s’accroche une dernière fois à la robe de sa mère qu’il ne reverra plus…C’est Georgette qui l’a décidé et qui a demandé à sa mère d’amener Maurice avec elle. Fanny accepte non sans douleurs. Georgette passe avec Maurice le barrage de police. L’agent les laisse passer. Il sait ? Il ne sait pas ?, toujours est-il qu’il semble fermer les yeux, comme on dit. Maurice est sauvé. Son petit frère l’est aussi par Melle Neubert une infirmière suisse de la clinique Ambroise Paré qui le met dans un sac à dos. Il passera la guerre dans ce centre de soins…Les deux frères se retrouveront après le conflit…

Maurice : cht’i juif ou juif cht’i ?
Georgette amène Maurice chez ses parents, Madeleine et Marcel qui habitent alors le hameau de pont-à-Roseaux qui jouxte Loon-Plage. Ils accueillent sans sourciller cet enfant juif dans ce village un peu à l’écart, au cœur de la Flandre. Peu à peu, avec la complicité de tous les habitants, oui, je dis bien tous !, le petit Maurice apprend à devenir un vrai cht’i. C’est donc dans ce hameau collé à Loon-Plage et qui en fait partie, que Maurice va grandir, enfin, façon de parler puisqu’il n’a pas décidé de gagner les centimètres nécessaires pour devenir aussi grand que ses nouveaux amis, tout cela dit-il encore aujourd’hui, pour que sa mère puisse le reconnaître au cas où elle reviendrait…Là, il rencontre les autres enfants de la famille qui deviendront ses copains d’enfance. Ils jouent au milieu des champs et des watergangs qui comme les routes et les chemins, relient les villages de cette côte de la mer du Nord. La famille est simple, presque pauvre, mais fière, travailleuse mais quand il y a du travail, et chaleureuse par-dessus tout. Une vie de paysans quoi !, que partage Maurice au fil des saisons, des moissons, entre poules, cochons, chèvres et jeux de guerre…Les Allemands ne sont pas loin. Ils occupent une station de radio bien camouflée à moins de 300 mètres de la maison. Au fur et à mesure que les alliés progressent, la famille déménage de village en village avec toujours Maurice comme fils à part entière, devenu un vrai petit ch’ti dont l’usage du patois lui permet de se fondre dans la population locale. Ainsi lui-dit-on souvent : « min pti fiu, t’es des nôtes à st’heur ». Tour cela, toute cette histoire simple, belle et émouvante se passe au milieu d’une guerre où toute sa famille a été déportée et exterminée, Maurice a raconté son histoire dans un livre[1] qui reste un document majeur pour les gens du Nord. La vie d’un petit juif cht’i ou d’un cht’i juif pendant la guerre et que toute une famille, même plus, que tout un village a caché, de 1942 à 1945. Ils savaient tous du curé à l’instituteur, en passant par le maire et les habitants…, que le petit Maurice, l’enfant « adopté » par le village, était juif. Personne n’a jamais rien dit. Décidemment,  Loon-Plage est une ville de Justes !

Plus d’une centaine de personnes sont présents. Eric Rommel, le maire, sa première adjointe, Isabelle Fernandez, d’autres élus, la fanfare, enfin, tous celles et ceux qui de près ou de loin ont encouragé et participé à cette commémoration qui est plutôt une remémoration car c’est par elle que nous pouvons mettre au travail la mémoire et l’histoire. Il y a aussi les autres habitants qui retrouvent ou découvrent enfin l’histoire de Georgette Franchois épouse Vandenabeelle, déjà élevée avec ses parents Madeleine et Marcel (eux deux, à titre posthume) au titre de Justes parmi les nations depuis le 29 novembre 1990. Désormais, c’est toute une ville des Hauts-de-France, département où l’on a recensé 80 Justes, qui honore d’un square à son nom et d’une sculpture qui représente par deux mains qui se tendent, le geste courageux de Georgette Franchois dont chaque  Loonois peut être fier.

Jean-Marc Alcalay

Maurice Baran-Marszak, Histoire d’un enfant caché du Nord. Familles entre amour et silence (1942-1947), préface de Serge Klarsfeld, Editions Le Manuscrit, 2014.
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