Actualités de Paris

Hommage aux Justes, deux femmes évoquent la mémoire de leurs grands-parents

lundi 20 août 2018

Du 22/07/2018

 

 

 

 

Le premier ministre Edouard Philippe durant le 76e anniversaire du rafle du Vel d’Hiv ,le 22 juillet 2018 / JACQUES DEMARTHON/AFP Dimanche 22 juillet, le premier ministre, Édouard Philippe, a commémoré la rafle du Vél’ d’Hiv et rendu hommage aux Justes de France. Parmi eux, Xavier et Marie-Françoise de Virieu, un couple héroïque dont parlent avec émotion leurs petites-filles.

Hélène de Virieu et Nathalie Carré sont sœurs. Dimanche 22 juillet, alors que le premier ministre, Édouard Philippe, rendait hommage aux Justes, elles se sont souvenues avec émotion de leurs grands-parents, Xavier et Marie-Françoise de Virieu, distingués en 2015 par le mémorial de Yad Vashem.

L’histoire débute en 1940, sous le régime de l’Etat français. Xavier de Virieu et sa femme s’installent dans le château familial, en Isère, et entrent dans la clandestinité. Là, ils cachent des réfractaires du STO, ainsi que 40 tonnes d’armes et de munitions de l’armée française. Ils abritent surtout deux mamans juives et leurs enfants. Cinq d’entre eux vivront ainsi pendant deux ans au château, élevés avec les quatre enfants du couple. Un précepteur leur fait la classe en toute discrétion. Mais en septembre 1942, dénoncés, Xavier de Virieu et sa femme doivent partir. Ils confient alors les enfants à des familles du village, avant de prendre le maquis.

« L’obligation de garder le secret »

Puis le silence tombe. Xavier de Virieu décède prématurément. Sa femme ne se confie guère sur ce drame de la guerre. « Ma grand-mère était pétrie de l’obligation de garder le secret, raconte Hélène de Virieu. Elle m’a raconté qu’elle avait été jusqu’à oublier le vrai nom des enfants. »

Ainsi, sa grand-mère ne sait-elle pas répondre lorsque Hélène lui demande un beau jour si elle connaît un certain Jean-Jacques Strauss. « C’est une coïncidence incroyable vécue il y a une vingtaine d’années. Lors d’un rendez-vous professionnel, à Paris, un interlocuteur pâlit en apprenant mon nom. Il me demande si je connais Marie-Françoise de Virieu. Quand je lui dis qu’il s’agit de ma grand-mère, il est submergé par l’émotion car elle avait sauvé son père. Sans elle, il ne serait pas né  ! », poursuit-elle.

La grande histoire s’invite encore dans celle des descendants en 2013. Cette année-là, un oncle de Nathalie et Hélène reçoivent une lettre frappée d’un timbre américain et signée d’un certain Bernard Schanzer et de son frère Henri. Les mystérieux correspondants expliquent qu’ils doivent leur survie pendant la guerre à Xavier et Marie-Françoise. Et qu’ils ont demandé à Yad Vashem, en Israël, d’accorder à leurs protecteurs le titre de Justes parmi les nations.

Faire perdurer cette histoire

Ce sera chose faite, à titre posthume, en 2015. « Nous nous sommes alors rencontrés pour la première fois, reprend Nathalie Carré. Trente personnes sont venues des États-Unis, toutes des descendantes des jumeaux Schanzer. Nous étions tous très émus. » Son propre père, qui avait pourtant vécu enfant avec les jumeaux, ne se souvenait plus d’eux mais garde en revanche un vague souvenir des deux fillettes qui avaient son âge. Leur trace s’est perdue. « Nous nous sommes tous dit qu’il fallait vite témoigner afin que cette histoire ne disparaisse pas avec les derniers survivants », conclut Nathalie Carré.

Hélène et Nathalie considèrent leurs grands-parents comme des héros, « même s’ils auraient détesté être vus ainsi ». À leurs yeux, « ils n’avaient fait que leur devoir », s’exclament-elles. D’ailleurs, leur histoire aurait pu se perdre à jamais tant le couple a été discret.

À l’échelle du pays aussi, l’histoire des Justes s’est écrite tardivement. Il a fallu attendre 1995 avant que Jacques Chirac ne fasse entrer les Justes de France, connus ou anonymes, au Panthéon comme le lui avait suggéré Simone Veil. « (…) Bravant les risques courus, ils ont incarné l’honneur de la France, les valeurs de justice, de tolérance et d’humanité », est-il écrit dans la crypte du Panthéon.

 

Emmanuelle Lucas

 

 


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Justes parmi les Nations : rencontre avec Pierre-François Veil, Président du Comité français pour Yad Vashem

vendredi 6 juillet 2018

Du 27/06/2018

 

 

 

 

 

« Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs une place (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés », Isaïe 56, 5.

Le 22 juillet prochain, au cours de la cérémonie nationale de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, la France rendra hommage aux Justes parmi les Nations. Le Crif s'est entretenu avec Pierre-François Veil afin de mieux connaître l'histoire de ce titre et la place que les Justes ont peu à peu pris dans le récit national français.

Au début du mois de mai, Pierre-François Veil nous reçoit dans ses bureaux du 8ème arrondissement de Paris. Président du Comité français pour Yad Vashem, notre hôte est un habitué des entretiens journalistiques. Son discours est construit et ses connaissances sur les problématiques liées à la Shoah utilisées avec la plus grande pertinence. On lui reconnait une attention particulière pour le mot juste et un certain penchant pour la précision du discours, que l’on retrouve chez les bons avocats.

Nous rencontrons Pierre-François Veil pour l'entretenir du sujet des Justes parmi les Nations, sujet qu’il nous semble important d’aborder de manière détaillée, convaincus du relais nécessaire que vont constituer peu à peu les témoignages d’enfants cachés, et sauvés.

 A notre demande, notre interlocuteur ouvre l'entretien en nous parlant d’abord du Comité français pour Yad Vashem et ses missions.

« Nous sommes avant tout le relai de ce qui se fait à Yad Vashem » explique t-il avant d’exposer les objectifs du mémorial de Jérusalem.

Le premier est de retrouver et d’identifier les noms des 6 millions de victimes. Cette mission s’inscrit d’ailleurs dans le nom même de Yad Vashem*. Aujourd’hui, après 70 ans de recherches, on connait plus de 4,5 millions de noms, que l’on peut découvrir dans la salle des noms du musée.

Le deuxième objectif concerne l’éducation. « C’est une mission qui a beaucoup évolué, au fil de l’histoire et des traumatismes qui ont suivi celui de la Shoah. » précise Pierre-François Veil. Le mémorial travaille sur le phénomène génocidaire, notamment au sein de l’Université de recherche de Yad Vashem.

Enfin, la troisième mission de Yad Vashem concerne les Justes parmi les Nations, de la constitution du dossier par une personne sauvée à la remise de la médaille des Justes, en passant par les Commissions de Yad Vashem consacrées au sujet.

La Médaille des Justes, la plus haute distinction civile de l'Etat d'Israël

« Il faut bien comprendre ce qu’est un Juste. Un Juste, c’est d'abord une personne physique. Il ne peut pas s’agir ni d’un groupe de gens, ni d’une institution. Une personne physique donc, non juive, qui - au péril de sa vie et/ou de celles des siens - a sauvé ou aider à sauver un ou plusieurs Juif(s) pendant la guerre, sans contrepartie. »

Nous demandons quelques détails sur le processus d’attribution de la Médaille des Justes, la plus haute distinction civile de l’Etat d’Israël.

 « Un dossier complet est présenté à une première Commission du mémorial. Le dossier doit être composé de témoignages directs de gens ayant vécu l’événement, le sauvetage et les conditions du sauvetage. Yad Vashem fait preuve d’une grande minutie lors de l’examination de ces dossiers. » explique Pierre-François Veil.

Il précise que « la décision est prise par une Commission dédiée à Yad Vashem, présidée par un membre de la Cour Suprême de l’Etat d'Israël. »

Le Comité français, lui, présente des missions analogues à celles de Yad Vashem. Il y a un travail d’identification des victimes, un travail d’éducation et de mémoire, et un travail sur les Justes parmi les Nations.

Concernant les Justes, le Comité français a une mission particulière d’aide aux personnes qui présentent leur dossier. « Nous avons la chance d’avoir des bénévoles qui les aident à constituer leur dossier, transmis ensuite pour examen à Yad Vashem. C’est un travail méticuleux, qui se fait grâce à l’aide précieuse de nos bénévoles. » raconte Pierre-François Veil.

Une fois le dossier envoyé à la Commission, l’instruction dure entre 10 et 18 mois, selon les cas. Le processus peut cependant être accéléré quand le dossier concerne un Juste encore  vivant.

Lorsque la Commission prend la décision d’octroi d’une Médaille à un Juste français, le Comité français est en charge d’organiser la cérémonie de remise, à laquelle participe un délégué de l’Etat d’Israël. L’organisation et la coordination de la cérémonie est entièrement prise en charge par le Comité français.

C'est lui qui se charge de l’organisation de toutes les remises de médailles en France. En revanche, ce n’est pas toujours pour un dossier dont il s’est occupé. « Le dossier peut venir d’un autre pays. Par exemple, quelqu’un qui vivrait en Israël aujourd’hui, mais qui aurait été sauvé par une famille française à l’époque ne se sera pas nécessairement adressé au Comité français pour le dossier. » précise t-il.

Trois France, trois Présidents

Nous interrogeons Pierre-François Veil sur la possibilité de repérer un moment « déclencheur » pour le travail sur les Justes. Son intuition le pousse à croire que le besoin de retrouver une vie normale pour les déportés et les Juifs cachés, et le caractère de banalité que les Justes attribuaient à leur acte de sauvetage, ont éludé la question des Justes parmi les Nations.

Pierre-François Veil nous dit d’ailleurs que le terme ‘enfants cachés’ est un terme récent. Parce que leur place dans l’histoire de la Shoah est particulière et que leur témoignage n’a pendant longtemps pas constitué une priorité, leurs histoires n’ont pas été connues tout de suite. « J’ai la sensation que les enfants cachés ont eu le besoin de raconter face aux demandes des nouvelles générations, celle des petits-enfants, et face aux temps qui passe et à l’urgence qui se fait sentir de témoigner. » explique-t-il.

Concernant la place de l’histoire des Justes dans le travail de mémoire de la Shoah, Pierre-François Veil met en évidence l’importance des modes intellectuelles, qui déterminent les sujets auxquels on s’intéresse.

Il parle aussi du regard national et collectif sur le sujet des Justes dans les années qui ont suivi la guerre. « Nous avons connu une première période pendant laquelle la Shoah n’intéressait personne ». D’un point de vue national et politique, Pierre-François Veil parle d’un consensus national, des Gaullistes aux Communistes, pour glorifier les Résistants et la France résistante. « L’idée à ce moment précis, c’est de mettre la France du côté des vainqueurs, une idée éminemment mise en avant par le Général de Gaulle. C’est un point de vue entièrement politique. » précise-t-il.

Dans un deuxième temps, on trouve « la France honteuse, la France collabo ». Il s’agit cette fois-ci d’une auto-flagellation de la génération des enfants vers celle de leurs parents.

« Et puis, reprend-il, vient un troisième temps, celui le discours de Jacques Chirac en 1995 qui fait prendre conscience aux gens que sur les 350 000 Juifs qui se trouvaient en France en 1940, 76 000 ont été déportés. Cela veut dire qu’un Juif sur quatre a été déporté en France, ce qui n’est le cas dans aucun autre pays de l’Europe occupée, au sein desquels la population juive a été déportée en quasi totalité. Les Justes seuls ne peuvent expliquer cela, mais ils peuvent en expliquer une partie. Les Justes ont permis de sauver des milliers de Juifs, il ne faut pas l'oublier. »

« Ces trois attitudes de la France face à la Shoah correspondent à trois époques marquées par trois Président de la République, Charles De Gaulle, François Mitterrand, et Jacques Chirac, et ce n’est pas un hasard. » conclue t-il.

Les Justes parmi les Nations dans le récit national français

Lorsque Jacques Chirac reconnait la responsabilité de l’Etat, il permet précisément le détachement de cette responsabilité de l'Etat français de celle des Français. C’est bien ce qui rend possible la place des Justes dans le récit national, désormais détaché de celui de l’Etat.

On ne parle alors plus de l’Etat français, mais des Français eux-mêmes face à la Shoah. C’est là une nouvelle manière de penser la Shoah et la guerre.

Douze ans plus tard, en 2007, le Président Jacques Chirac - aux côtés de Simone Veil - appose une plaque dédié aux Justes français au Panthéon. « Aux grands Hommes la patrie reconnaissante » peut-on lire sur le frontont du bâtiment. La partie reconnaissante, oui, chaque citoyen français, aussi.

*Le nom de Yad vashem tient son origine dans la phrase biblique suivante : « Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs une place (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés », Isaïe 56, 5.

Marie-Sarah Seeberger

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Témoignage d'Eliane Yadan, enfant cachée par des Justes pendant la Shoah. Elle raconte comment elle a emmené "Maman et Papa Lolo" jusqu'au Jardin des Justes de Yad Vashem





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La médaille de « Justes » pour la famille d’un couple parisien

mercredi 6 juin 2018

Du 17/05/2018

 

 

 

Rafle du Vel d'Hiv plaque en face de la station de métro Bir-Hakeim (Crédit : CC BY SA 4.0) Un descendant d'une famille juive hébergée par le couple a loué "une aide généreuse et miraculeuse. Dans l'ombre, les Peyrabout ont personnifié la résistance de l'humanisme" 

 

Les descendants d’un couple parisien ont reçu mercredi à l’Hôtel de Lassay la médaille de Juste parmi les Nations décernée à Jean-Baptiste et Berthe Peyrabout, pour avoir caché plusieurs familles juives pendant la Deuxième Guerre mondiale, a constaté l’AFP.

Sous les ors de son logement de fonction, attenant à l’Assemblée nationale, le président de l’hémicycle François de Rugy a jugé qu’honorer les Peyrabout, « qui surent maintenir une flamme d’humanité et de dignité », était « un devoir ». 

Les descendants du couple parisien ainsi que ceux de plusieurs familles hébergées à l’atelier, au domicile ou dans la villa des Peyrabout à Esbly (Seine-et-Marne) étaient présents, tout comme Pierre-François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem, qui « œuvre pour la reconnaissance des ‘Justes’ en France ».

L’ambassadrice d’Israël en France Aliza Bin-Noun et le président de la Knesset Yuli-Yoel Edelstein, actuellement en visite en France, ont remis la distinction aux descendants des Peyrabout pour qui cette médaille « illustre les valeurs morales auxquelles ils [le couple Peyrabout] étaient attachés ».

Serge Kohn, le fils de Leja Wajnberg, cachée par Berthe Peyrabout après la rafle du Vél d’Hiv en 1942, a salué la « bienveillance » de cette dernière, sans qui « les efforts de maman auraient été vains. »

Un autre descendant d’une famille juive hébergée par le couple parisien a loué « une aide généreuse et miraculeuse. Dans l’ombre, les Peyrabout ont personnifié la résistance de l’humanisme », a-t-il ajouté.

Le titre de Juste parmi les Nations avait été décerné aux Peyrabout par Yad Vashem, l’Institut international pour la mémoire de la Shoah, le 26 juillet 2017.

La distinction accordée au couple parisien succède à celles décernées en 2013 et en 2015 à un couple limougeaud et trois Bordelais.

 

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Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes de France.

jeudi 28 juillet 2016

Chaque année, pour rappeler le souvenir de la rafle du Vel d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942 au cours de laquelle 9037 adultes et 4115 enfants juifs ont été internés au Vélodrome d'hiver, puis transférés dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers, pour être ensuite déportés à Auschwitz, une cérémonie Co-organisée par le Ministère des anciens combattants et la commission du souvenir du CRIF, se déroule dans le square des Martyrs Juifs, quai de Grenelle et aussi partout en France où nos délégués ont représentés le Comité Français pour Yad Vashem.

La commémoration qui s'est tenue dimanche 17 juillet 2016 revêtait une intensité particulière, car chacun avait en tête le terrible attentat terroriste perpétré 3 jours auparavant.

 

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YomHashoa - De génération en génération

lundi 2 mai 2016

Yom Hashoa - De génértion en génération
Yom Hashoa - De génértion en génération
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