Paris rejoint le réseau des Villes et Villages des Justes de France

Délibération pour l'adhésion de Paris au réseau des Villes et Villages de Justes le 28 janvier 2016

Du 30/01/2016

 

 

 

 

A l’initiative d’Anne Hidalgo et à l’unanimité du Conseil municipal, la capitale, forte de ses 352 Justes, vient de rejoindre le réseau mis en place par le comité français de Yad vashem.

Quel chemin parcouru ! Dans la grande salle presque comble de l’Hôtel de Ville, le public est attentif, concentré et parmi les sourires, on distingue quelques yeux brillants dans l’assistance. Ce 28 janvier, 2016 des anciens enfants cachés, des Justes et leurs familles respectives se sont retrouvés pour rappeler que Paris, même aux heures noires de l’occupation qui marquèrent la France à jamais avec les rafles, fut aussi une ville où l’on sut protéger, cacher et aider une population juive aux abois. Anne Hidalgo a expliqué dans des termes très forts « qu‘on ne pouvait pas comprendre l’histoire de notre ville sans connaître celle des juifs qui y ont trouvé refuge contre les pogroms et qui l’ont enrichi de leur belle présence, de leur apport culturel et humain » Comme Nantes, Grenoble, l’ile de Sein et Vassieux en Vercors, Paris avait déjà été faite Ville Compagnon de la Libération par le Général de Gaulle.

En adhérant au réseau des villes et villages de France, créé en 2012, à la suite de Nice, Toulouse, Strasbourg, le Chambon sur Lignon , Vabre et Moissac, bientôt Lyonet Bordeaux, Paris continue donc son capital travail de mémoire. Anne Hidalgo a rappelé l’action de Serge et Béate Klarsfeld, qui en donnant un nom à chaque victime de la Shoah ont permis que la ville installe des plaques avec les noms des enfants déportés sur toutes les écoles de la capitale. Le maire du 3ème arrondissement, Pierre Aidenbaum a œuvré pour que l’on n’oublie pas les bébés, trop jeunes pour l’école mais raflés comme leurs ainés, et dont les noms figurent sur désormais aussi sur des stèles dans des jardins publics de nombreux arrondissements. Pierre-François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem insiste sur une autre initiative forte, « celle de l’allée des Justes édifiée en 2006 à côté du mémorial de la Shoah qui permet aux Parisiens de mieux connaître ce pan de leur histoire ». La technologie permet maintenant d ‘aller plus loin : une application nomade permettra très prochainement aux promeneurs de connaître en écoutant leur téléphone l’histoire de ceux qui ont été cachés et sauvés avec des exemples bien réels dans des quartiers différents de la capitale.

Qui étaient donc ces 354 Parisiens qui ont contribué à sauver l’honneur de Paris ? Pour l’historienne Annette Wieworka, ils appartenaient à toutes les catégories sociales : artisans, ouvriers, concierges, employés, enseignants ou bourgeois. Une seule catégorie ne comporte pas de Juste : celle des hauts fonctionnaires… au-delà de leurs différences sociales, ces justes appartenaient à une institution soit religieuse, politique ou à un mouvement de résistance. Preuve, selon Wieworka que la société civile, quand elle s’organise, peut résister. La sociologue Sarah Gensburger a expliqué que la notion de Juste était relativement récente dans notre pays : si le terme apparait en 1953 à l’occasion du procès Eichmann en Israël il n’y a que 310 Justes reconnus en France en 1985. Il a fallu la mobilisation massive d’anciens EI comme Georges Pulver pour populariser le concept et découvrir partout en France des gens qui selon les mots de M Veil pensent « n’avoir fait que leur devoir ».

Aujourd’hui, l’on compte 3904 Justes de France pour un total de 26 000 dans le monde Si 75% des juifs en France ont pu être sauvés, un chiffre plus important que partout en Europe, c’est à eux que nous le devons.

La soirée s’est achevée en laissant la place aux artistes : Sani Levy, une violoniste de douze ans, a joué le bouleversant thème musical de La liste de Schindler, puis le chœur des Eclaireuses Eclaireurs Israelites de France a entonné le célèbre Chant des Marais devant une salle debout. Enfin le cabaret Terezin a donné au public la chair de poule en faisant entendre pour la première fois depuis la guerre les voix des grands artistes qui ont écrit leurs œuvres au camp de Theresienstadt entre 1942 et 1944. Une soirée inoubliable.