Actualités des Régions

Sarraltroff : connaissiez-vous Antoine Corriger, Juste parmi les Nations ?

jeudi 14 mars 2019

Du 26/02/2019

 

 

 

 

Antoine Corriger, curé de Chaumontel né à Sarraltroff, a caché 15 juifs dans les locaux de sa paroisse pendant l’occupation. DR

L’abbé Antoine Corriger est né à Sarraltroff, le 21 novembre 1884. Son père, garde forestier, partit avec sa famille pour la région parisienne, alors qu’il ne parlait pas du tout le français, parce qu’il refusait l’annexion allemande de la Lorraine par Bismarck.

Le jeune Antoine fut éduqué dans une atmosphère de foi chrétienne intense. Dès qu’il le put, il retourna s’imprégner de ses racines lorraines proches des courants du catholicisme social. Il affectionnait particulièrement le couvent de Saint-Jean-de-Bassel des Sœurs de la Divine Providence, congrégation religieuse fondée en Lorraine par le Père Moye.

Devenu prêtre, Antoine Corriger fut, pendant 40 ans, curé du village de Chaumontel (Val d’Oise).

Sous l’occupation, l’abbé Corriger a caché, pendant 4 ans, à quelques mètres de la Kommandantur locale, quinze juifs, dont neuf enfants. Pour ne pas éveiller les soupçons, il cachait ses protégés en alternance dans le presbytère et sous l’estrade du théâtre de la salle paroissiale. Il les nourrissait discrètement, en cultivant son potager, en ramassant les châtaignes dans la forêt. Le jour, il dispersait les enfants dans des fermes de paroissiens de confiance, en racontant de pieux mensonges.

Les gens qui l’ont connu après la guerre ignoraient tous son activité de sauvetage. Il ne l’a révélée qu’aux membres de sa famille, qu’il allait voir périodiquement à Sarraltroff. Antoine Corriger est mort le 25 décembre 1967, à Groslay.

En 2007 une démarche de mémoire a été entreprise par Simon et Gisèle Picovschi, qui ont fait partie des neuf enfants cachés. Bertrand Kugler, adjoint au maire de Sarraltroff de l’époque et d’autres intervenants ont rassemblé témoignages et éléments biographiques. Un hommage officiel lui a été rendu à Chaumontel par les autorités civiles et religieuses, le 8 mai 2009 : une plaque souvenir est posée sur sa tombe et une autre sur la maison paroissiale où il cacha ses protégés pendant quatre ans.

Le 16 octobre 2011, à la mairie de Sarraltroff, la médaille des Justes parmi les Nations a été remise aux ayants droit de l’abbé Antoine Corriger.

 

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En mémoire de Max Arbez, Juste parmi les Nations

mercredi 13 mars 2019

Du 13/02/2019

 


 

 

 

Yad Vashem a mis à l’honneur – à titre posthume -la figure d’un juste, un homme de bien : Max Arbez, toujours bien présent dans le cœur de ses amis, de ses fils et de ses filles, et de ses petits enfants. 

Il a été, avec son épouse Angèle, l’artisan d’actes de courage durant la seconde guerre mondiale. Tout s’est déroulé au hameau de La Cure – St Cergue, (Vaud) à 1150 m. d’altitude, dans cette belle région de la Vallée de Joux dominée par les monts du Jura vaudois, le Noirmont, la Dôle. Max est né en 1901 et il est décédé en 1992.

Qu’est-ce qui – mises à part ses convictions religieuses profondes – a favorisé l’engagement de Max Arbez désireux d’aider juifs et résistants fuyant les Allemands, lui qui pouvait rester tranquillement à l’abri chez lui, en Suisse ? Qu’est-ce qui l’a incité à poser des actes de grand humanisme, allant jusqu’à mettre en danger sa propre vie et celles des siens ?

Il se trouve que son père, Jules Arbez, avait repris à la fin du 19ème siècle une grande maison située à cheval sur la frontière entre la Suisse et la France, à La Cure, sur une enclave territoriale à la fois sur le canton de Vaud et le département du Jura. Le bâtiment avait antérieurement appartenu à une famille protestante, les Ponthus, lors du traité des Dappes en 1862.

C’est cette maison binationale devenue Hôtel Arbez Franco-Suisse qui par sa position particulière permit à Max Arbez de faire passer discrètement de France occupée en Suisse un nombre impressionnant de résistants et surtout de juifs poursuivis par les SS. 

Max Arbez, avec l’aide précieuse de son épouse Angèle, s’est organisé tout en prenant de grands risques, pour faire passer en Suisse des personnes et des familles entières, menacées parce que juives, durant les sombres et interminables années de guerre. Chaque mois il accompagnait par les combes et les monts du Jura vaudois des fugitifs, dont l’un, alors enfant, devint même par la suite Ambassadeur d’Israël en Suisse dans les années 90. Durant ces années de conflit, ce sont certainement quelques centaines de personnes juives, seules ou en groupe familial, auxquelles Max a permis de franchir le sas de la liberté par l’intérieur de sa maison. A plusieurs reprises, les balles des SS en rage lui ont sifflé aux oreilles dans la partie française de la salle de l’Hôtel Arbez, mais grâce à l’escalier intérieur, les fugitifs avaient déjà fait le pas décisif, juste à temps, et ils se trouvaient désormais en Suisse, protégés par le statut helvétique de l’hôtel! Max connaissait les douaniers de part et d’autre et il évitait soigneusement ceux qui par idéologie seraient réfractaires aux gestes de sauvetage et donc tentés de refouler les personnes en fuite, avec l’énorme risque d’arrestation, puis d’acheminement vers les camps de la mort.

Max Arbez, animé d’une constante détermination au cours des années où planait sur les juifs la menace de la solution finale, a été toujours d’une grande humilité et d’une totale discrétion. Il n’a évidemment jamais tiré le moindre avantage financier de ces transbordements périlleux, et il n’a jamais recherché une quelconque gloriole personnelle. De son vivant, il estimait comme normal ce qu’il avait réalisé et n’a jamais voulu de manifestation officielle en son honneur.

Max était en parfaite adéquation avec l’adage hébraïque qui estime que l’acte le plus haut en valeur est celui qui est accompli discrètement sans la moindre attente de récompense ou de reconnaissance. Ce sont par conséquent plusieurs familles rescapées, en particulier les familles Lande et Blot, qui ont oeuvré pour que ces actes ne tombent pas dans l’oubli et pour que Max Arbez reçoive à titre posthume la distinction de Juste parmi les Nations décernée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem. 

Ce titre riche de sens humaniste et spirituel a été remis sur la base de témoignages concordants de survivants, en écho à cette période tourmentée où le fait d’aider des juifs à se cacher ou à s’exfiltrer de France occupée était considéré comme un crime punissable de mort par les nazis. L’Etat d’Israël confère aux  Justes parmi les nations la citoyenneté commémorative en reconnaissance de leurs actes courageux.

Max aimait à raconter à ses proches et à ses amis ces moments d’intense émotion lorsqu’avec toute sa logistique il allait en France, par n’importe quel temps, à la rencontre des personnes signalées par ses contacts et qu’il attendait avec émotion, sans les connaître, pour les acheminer vers la Suisse en bravant les imprévus les plus divers.

Honorer Max Arbez pour ses actions de sauvetage de familles juives en péril, ce n’est pas seulement évoquer une personne de foi judéo-chrétienne et humaniste qui, comme d’autres, a su dire non à la barbarie, c’est rappeler aux jeunes générations la vigilance indispensable pour que ne se propagent pas de nouveau l’antisémitisme et les ravages qui en résultent.

Le Grand Rabbin Safran de Genève (z’l’), me dédicaçant son livre intitulé « juifs et chrétiens, la Shoah en héritage », me disait que les Justes parmi les Nations, des hommes tels que Max Arbez, sont, dans la mémoire souffrante des Juifs, comme une lueur d’humanité qui remonte des abîmes et fait signe vers l’avenir.

En évoquant le courage de Max Arbez à la demande insistante des familles survivantes, une flamme invisible brille dans les consciences de ce début de 21ème siècle, espérons qu’elle éclairera des chemins de sagesse et d’engagement pour les jeunes générations, alors que l’antisémitisme montre de nouveau son hideux visage..

© Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 


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Villeneuve-Saint-Georges : la famille reconnue « Juste » pour avoir sauvé un enfant juif

dimanche 10 mars 2019

Du 21/02/2019

 

 

 

 

Villeneuve-Saint-Georges, jeudi après-midi. Jean-Jacques Clair (au centre) a été sauvé en 1942 par Roland Marchoix, décédé en 2013 et représenté par sa belle-sœur, Francine Chevalerias (à gauche). LP/C.L. André et Jeanne Marchoix, et leur fils Roland, ont été faits « Justes parmi les nations » jeudi, après avoir sauvé deux enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans la bouche de tous les orateurs une même question : « Et nous, qu’aurions-nous fait ? » En 1942, Roland Marchoix (18 ans) a traversé Paris pour récupérer Jean-Jacques Clair (6 mois) et le mettre à l’abri chez ses parents, Jeanne et André, à Villeneuve-Saint-Georges. Le nourrisson et son frère Pierre y seront élevés comme des fils, quand leurs parents, pourchassés parce que juifs, mèneront la résistance dans le sud du pays.
Jeudi après-midi, à l’espace Cocteau de Villeneuve-Saint-Georges, Roland (décédé en 2013) et ses parents ont reçu à titre posthume le titre de « Justes parmi les nations ». Dans un discours noyé par les trémolos (« Ça ravive des souvenirs familiaux »), la maire (PCF), Sylvie Altman, a salué plus de 70 ans après ces « gestes simples mais qui faisaient courir les plus grands dangers ». Surtout, l’édile a mis en garde : « Si l’antisémitisme rejaillit, il n’est pas inéluctable. Il faut ne rien laisser passer. »

« L’antisémitisme ne s’est pas éteint à Auschwitz »

Réunis par le « devoir de mémoire » et l’hommage à ces « héros sans arme » de la Seconde Guerre mondiale, la quarantaine de personnes présentes n’avaient en tête que le présent et sa litanie d’actes antisémites, qui ont bondi de 74 % en 2018.

« La bête immonde n’est pas morte, alerte Ralph Memran, délégué régional du comité français pour Yad Vashem. Elle a seulement changé d’uniforme et d’argumentaire. » Delphine Gamburg, ministre-conseiller auprès de l’ambassade d’Israël, insiste : « L’antisémitisme ne s’est pas éteint à Auschwitz. […] Il est tombé dans la banalité et le fait divers. »

Les cheveux blancs et le buste légèrement voûté, Jean-Jacques Clair a bien grandi. Aujourd’hui âgé de 76 ans, il s’est battu pour renouer les fils d’une histoire qu’on a tue dans la famille une fois la guerre terminée. Avec l’aide d’une généalogiste, il a pu contacter Roland, son sauveur, en 2013. In extremis : quelques mois après leurs retrouvailles, le désormais « Juste » est mort.

Avec la disparition progressive des derniers témoins, Jean-Jacques en appelle aux « professeurs et hommes d’église », pour passer le relais et le souvenir d’une période pas si loin. Et pourtant : « Quand on voit la manière dont les gens sont ignorants, il faut parfois enfoncer le clou. »

Corentin Lesueur
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Villeneuve-Saint-Georges: célébration émouvante de Justes parmi les nations

dimanche 10 mars 2019

Du 22/02/2019

 

 

 

 

 

Nous en sommes en 1942. Traqué par la police aux ordres de l’occupant nazi, Henri Tsaposnik, journaliste dans la presse de gauche, syndicaliste et juif, décide de fuir avec son épouse dans le sud de la France pour entrer dans la Résistance. Jean-Jacques, leur deuxième fils, n'a alors que quelques mois, et c'est Roland, 18 ans, qui va le chercher à Paris pour l'emmener avec son frère Pierre chez ses parents, les Marchoix, à Villeneuve-Saint-Georges.

André Marchoix est alors chef d’orchestre au théâtre municipal et sa femme fabrique des décorations et ornements en plume et des fleurs en tissus. Elle est également nourrice, ce qui permet d’éviter d’éveiller les soupçons sur la présence du petit Jean-Jacques. C’est dans cet univers que les deux fils Tsaposnik vont vivre des jours presque normaux, jusqu’à la fin de la guerre.

Et puis les enfants grandissent, et le temps file. Jean-Jacques Tsaposnik, lui, va passer une bonne partie de sa vie à la quête de son identité. «Dans nos familles on se taisait, il y avait des non-dits, des silences. Je n’avais aucune notion de ce que c’était que d’être juif. C’est à l’adolescence que j’ai commencé à me poser des questions. Mon père m’a juste donné un livre de Jules Isaac, Jesus et Israël, en me disant que je comprendrai beaucoup de choses. A l’âge de 20 ans, j’ai assisté à un mariage juif et c’est comme ça que j’ai commencé à fréquenter des gens de la communauté. Puis, il y a eu la guerre des Six jours, j’étais alors dans le milieu universitaire et j’entendais beaucoup de collègues taper sur Israël. C’est à partir de là que j’ai vraiment commencé à travailler sur moi. Dans les années 70 j’ai aidé des Refuznik (des juifs soviétiques souhaitant quitter le pays pour échapper aux persécution). Je suis parti en 1997 en Israël pour apprendre l’hébreu. Dans les années 2000, j’ai essayé de remonter la pente et de savoir d’où je venais. Grâce à une amie généalogiste de métier, elle a pu remonter le fleuve jusqu’aux fils Marchoix. En 2013, j’ai pu revoir Roland, et j’ai commencé à faire la démarche de Yad Vashem», raconte-t-il avec émotion, aujourd’hui âgé de 76 ans.

Depuis 1953, Israël honore du titre de «Juste parmi les nations», une expression issue du Talmud, les personnes qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs. Ce titre est décerné au nom d’Israël par le mémorial de Yad Vashem, représenté en France par le comité français pour Yad Vashem. qui a reconnu les trois Marchoix Justes parmi les nations en décembre 2017. Les époux Marchoix, eux, ont disparu depuis longtemps, et leur fils Roland est lui-même décédé en 2013, c’est donc à titre posthume qu’ils ont été décorés lors d’une cérémonie qui s’est tenue ce jeudi 21 février dans la salle Cocteau, à Villeneuve-Saint-Georges. Jean-Jacques a pu y retrouver Francine, la belle-soeur de Roland.

Qu’aurions nous fait ?

«Qu’aurions-nous fait ? Aurions-nous agi en héros ou nous serions tus ? Cette période noire est gravée dans la mémoire de chaque juif, dans leur ADN, mais qu’en est-il de la mémoire de l’humanité, de la mémoire collective des peuples ? Qui d’entre nous osera demain peut-être se lever devant la cruauté, devant l’abject ? Il suffit de baisser la garde pour que la bête immonde  relève la tête. L’antisémitisme n’est pas mort à Auschwitz, il aurait du y périr mais 74 ans après la Shoah, les actes antisémites persistent en France, s’y multiplient même, de plus en plus courant et violents. Ils sont tombés dans banalité, le fait divers, des tags et croix gammées apparaissent  sur les murs de nos villes, de nos écoles. Aujourd’hui, en France, soutenir Israël est considéré par certains comme un crime. Négationnistes et falsificateurs de l’histoire continuent de nier l’assassinat de 6 millions d’hommes, de femme et d’enfants. Nous devons monter la garde. L’antisémitisme renaît de ses cendres sous la forme de l’antisionisme. Il ne s’agit pas de contester la politique d’un gouvernement, les Israéliens le font très bien eux-mêmes, mais de contester l’existence même d’Israël dans le concert des nations. Un État qui a vu le jour pour panser 2000 ans d’exil et les persécutions et massacres» a insisté Delphine Gamburg, représentant l’ambassade d’Israël en France.

Alors que les tags antisémites se sont multipliés ces derniers temps, dans une sorte d’émulation qui conduit parfois jusqu’aux profanations de tombes, difficile de ne pas faire de parallèle avec l’actualité. «La découverte de l’immensité du crime nazi a secoué l’humanité toute entière et elle a ouvert dans sa conscience un tel abîme d’horreur qu’il fut un temps où l’on espérait l’humanité vaccinée à jamais contre l’antisémitisme. Malheureusement, depuis quelques temps, les événements font souffler sur notre pays un vent mauvais qui nous montre que les sociétés sont faillibles et que la mémoire n’est pas éternelle», a rappelé Martine Laquièze, sous-préfète de L’Haÿ-les-Roses. 

Ces citoyens qui ne seraient pas là s’ils n’avaient été sauvés par d’autres justes

«Cette histoire m’a beaucoup touché, elle ravive des souvenirs familiaux, des souvenirs plus intimes, je pense en cet instant à mes beaux parents, jeunes juifs cachés pendant la guerre et dont une partie de la famille est morte dans les camps d’extermination. Je pense également à mon ami Charles Knopfer ici présent, enfant juif caché qui ne devra sa vie qu’à un geste admirable d’un policier venu prévenir sa famille pour leur dire de partir, la veille de la rafle du Vel d’Hiv. (…) Les actes antisémitismes qui se sont accumulés en quelques jours ont provoqué un vif effroi et un sursaut citoyen des plus salutaires à l’image des rassemblements de mardi soir. Si l’antisémitisme en France rejaillit régulièrement, il n’est pas inéluctable si tant est que l’on se donne les moyens de le combattre. En tant que citoyens il ne faut pas banaliser, ne rien laisser passer, ni un mot, ni un geste», a enjoint Sylvie Altman, maire de Villeneuve-Saint-Georges, dans un vibrant discours. Des mots qui ont particulièrement touché le rabbin de Villeneuve-Saint-Georges, Schneour Lubecki. «Nous avons eu des désaccords avec certains prises de position de la municipalité et je suis heureux de voir un drapeau d’Israël dans une cérémonie à Villeneuve-Saint-Georges. Dans le contexte actuel, ces moments sont précieux pour que nous nous rassemblions.»

Une belle réponse aux tags grossiers apposés cette semaine encore, ici sur le mur d’une synagogue à Bry-sur-Marne, là sur un immeuble d’habitation de Créteil, dont les reproductions répandues sur les réseaux sociaux apparaissent comme des trophées pour leurs auteurs.


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Une cérémonie exceptionnelle pour honorer deux Justes toulousains : Raymonde et Roger Fontaneau

mercredi 6 mars 2019

DU 05/02/2019

 

 

 

 

C'est une cérémonie exceptionnelle qui a eu lieu au sein du Capitole, à la salle des Illustres hier matin. En présence d'une centaine d'invités issus du monde politique et associatif, de personnalités, mais aussi d'écoliers, les Toulousains Raymonde et Roger Fontaneau ont été officiellement honorés du titre de Juste parmi les nations, par Yad Vashem. Cette distinction civile est remise par l'État d‘Israël aux personnes non juives qui ont aidé et sauvé les Juifs pendant la Shoah. Raymonde a été également été élevée au grade de Chevalier de la Légion d'honneur. En 1944, le couple Fontaneau a accueilli et sauvé de la déportation Rachel Sattinger et ses enfants Colette et Gérard. Des enfants, qui, sept décennies plus tard ont décidé d'honorer l'acte de courage de leurs bienfaiteurs. «Tant que notre mère était vivante, nous n'osions pas trop parler de cette histoire, ce souvenir était trop douloureux pour elle. Ensuite, nous avons essayé de faire des recherches, mais nous avions juste trois informations : un nom, une ville et la profession de M. Fontaneau. Des amis du Comité français pour Yad Vashem nous ont dit que c'était suffisant pour les retrouver. Ils ont travaillé plus d'un an, et un jour, ils nous ont appelés : bonne nouvelle, nous avons retrouvé Madame Fontaneau, et elle est vivante !», raconte Gérard.

Raymonde Fontaneau, comme la plupart des Justes, a été surprise de tant d'honneurs, mais elle s'est dite ravie d'avoir pu revoir ses petits protégés. «Je suis heureuse de voir que Colette et Gérard aillent bien. Je voudrais que nous continuions à nous voir et à nous écrire ces prochaines années. Cette cérémonie fait chaud au cœur, je suis très impressionnée et très contente», a indiqué Raymonde, rayonnante.

Cette cérémonie fut aussi l'occasion pour les intervenants de rappeler que l'antisémitisme est toujours d'actualité. Anita Mazor, ministre auprès de l'ambassade d'Israël à Paris, en charge du sud de la France, a rappelé que les actes antisémites ont augmenté de 69 % l'an dernier en France, et qu'un Français sur dix ignorait ce qu'était la Shoah. «Les démons d'extrême droite et d'extrême gauche se réveillent partout dans le monde. Où est notre mémoire ? Où sont les Justes du XXIe siècle ?», a questionné François Guguenheim, vice-président du Comité français pour Yad Vashem.

Julie Philippe

 

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Lisette, miraculée de la Shoah : "Cette famille est le miracle de ma vie, avec la varicelle !"

dimanche 10 février 2019

Du 30/01/2019

 

 

 

Ce lundi (28 janvier), Lisette Jovignot a raconté son histoire, bouleversante, aux élèves du collège Jeanne-d'Arc d'Orléans. Ce lundi (28 janvier), Lisette Jovignot a raconté son histoire, bouleversante, aux élèves du collège Jeanne-d'Arc d'Orléans. 

Lundi 28 janvier, Lisette Jovignot, 83 ans, était dans les murs du collège Jeanne-d'Arc d'Orléans, après avoir quitté ceux du Cercil-Musée mémorial des enfants du Vel d’hiv, où se tenait, le midi, une cérémonie en hommage aux victimes de la Shoah.

L'octogénaire a ainsi conté sa vie face à une cinquantaine d'élèves, accrochés à ses lèvres. Il leur revient, aujourd'hui, "de faire passer le message" suivant : celui "de toujours demeurer dans la compréhension humaine, et dans la bienveillance". Le contraire de ce que devait connaître Lisette, quand survint la Guerre 1939-45. Elle n'avait alors pas cinq ans.

Face à la progression de l'armée allemande, "ma famille part en exode, quand j'ai cinq ans". On est alors en 1940, quand celui-ci les conduit dans le département des Deux-Sèvres, "où l'on fait la connaissance d'une famille qui va jouer un rôle déterminant dans ma vie". La famille Dupont. 

"Moi, j'étais heureuse de prendre l'autobus..."

1942. La guerre est bien entamée et la famille Haskowiez, celle de Lisette, est revenue vivre dans cet immeuble parisien se trouvant au-dessus "du commissariat de quartier, dit de la Goutte-d'Or. La veille de la rafle du 16 juillet (1942), mon père est informé que celle-ci va avoir lieu. Avec mon oncle, ils partent se cacher, ne s'imaginant pas un instant que la rafle concernerait toute la famille".

C'est ainsi que, depuis sa cachette, l'oncle de Lisette assiste au départ pour le Vel d'Hiv de toute sa famille. "Mon père s'est alors précipité chez nous, mais nous avions été emmenés le matin. Je ne garde que peu de souvenirs de cet épisode. Je me rappelle cependant que, dans l'autobus nous conduisant au Vel d'Hiv, ma mère pleurait. Je me demandais bien pourquoi, moi, j'étais heureuse de prendre l'autobus."

La taille de l'équipement, le bruit, la lumière dans le Vel d'Hiv..., tout est conté aux collégiens par Lisette, qui va très vite tomber malade, alors enfermée dedans, avec sa mère Rachel et sa grande soeur Margot. La varicelle s'avèrera "être le miracle de ma vie. Car ils ont eu peur de la contagion..." 

La petite fille est donc transférée à l'hôpital Rothschild. Une information qui arrive aux oreilles de sa tante "ayant obtenu la naturalisation pour elle et ses deux fils. Elle n'a donc pas été inquiétée par la rafle".

Avec son père, se croyant sous protection du commissariat de la Goutte-d'Or, ils se précipitent alors à l'hôpital. Ma tante parvient à convaincre le médecin de me laisser sortir." Lisette précise aux élèves que, dans le livre Blouses blanches et étoiles jaunes (paru en 2000), il est fait état d'une cinquantaine d'enfants juifs conduits à l'hôpital Rothschild depuis le Vel d'Hiv. Seuls 26 en auraient finalement été exfiltrés.

"Jamais ma famille d'adoption n'a caché que j'étais juive"

"Une fois sortie de l'hôpital, ma tante m'envoie en train dans les Deux-Sèvres, où vivaient les Dupont qui avaient quatre enfants. J'ai passé deux ans dans leur ferme. Et le plus étonnant, c'est que, jamais, ma famille d'adoption n'a caché que j'étais juive. Dans cette ville, je suis allée à l'école sous mon vrai nom. J'ai d'ailleurs retrouvé récemment le registre scolaire dans lequel figure mon nom, à côté de celui du fils de la famille, Yves Dupont. Durant ces deux années, je vais aussi à la messe. Je suis au sein d'une famille aimante. Gaston et Lucienne Dupont me considèrent comme leur fille. Protégée par eux, je n'ai ni froid, ni jamais faim."

Un rayon de soleil perce par la baie vitrée de la salle polyvalente du collège orléanais. Il tombe sur la joue de Lisette. "Vous savez, j'ai longtemps hésité à raconter mon histoire, mes souvenirs. Car je n'ai pas souffert physiquement à cette époque." 

Son père ne reviendra jamais de Drancy

Arrive 1944. Et la Libération. "Ma tante, qui s'était repliée dans l'Aveyron, où elle était Résistante, vient me chercher dans les Deux-Sèvres". Quelques mois plus tôt, le père de Lisette (qui avait échappé à la rafle) est envoyé au camp de Drancy. Il n'en reviendra jamais.

"J'ai appris plus tard qu'il avait été arrêté par le commissaire de La Goutte-d'Or, qui nous avait promis sa protection", explique l'octogénaire. Lisette a donc vécu un an à Rodez (Aveyron) avec sa tante, avant de revenir à Paris, en 1945. Elle a alors dix ans. "Là, on retrouve l'appartement de mes parents. Vide."

"Les Dupont étaient très aimés au village, à tel point que personne n'aurait jamais pu les dénoncer."

Lisette Jovignot

La guerre est maintenant totalement achevée. Lisette vit avec sa tante, "qui finance mes études et me donne tout son amour. Jusqu'à ce que je la quitte, au moment de me marier. J'ai bien entendu présenté mon mari à la famille Dupont. Une famille que je n'ai jamais quittée. Mon enfant allait même chez elle en vacances. Cette famille est extraordinaire et c'est ce qui explique qu'elle n'a jamais cherché à cacher mon nom, ni mes origines juives. Et, surtout, qu'elle n'a jamais été inquiétée. Vous savez pourquoi ?"

"Non", disent les collégiens. "Car ces gens-là, les Dupont, étaient très aimés au village, à tel point que personne n'aurait jamais pu les dénoncer." Les Dupont avaient le coeur bon à ce point qu'il eut été un sacrilège de leur faire du mal, en déduit Lisette, encore dans l'émotion et le rayon de soleil. 

Leur bonté, leur immense humanité, voilà ce qui poussa, en 2017, Lisette Jovignot à demander à ce que Gaston et Lucette soient fait Justes parmi les nations, à titre postume. Ils le devinrent en décembre 2018.

"Cette famille est le miracle de ma vie, avec la varicelle", aime répéter Lisette, qui semble presque s'excuser, quand elle précise aux élèves "ne pas avoir d'histoire de camps de concentration à vous raconter. Je vous apporte juste le témoignage d'une enfant qui a traversé la guerre. Mais, vous savez, c'est plus tard, quand on est en âge de réaliser que l'on est orpheline, que la souffrance se fait sentir".A-t-elle jamais quitté Lisette depuis ? Rien de moins sûr... Ce lundi après-midi, un nuage passe. Le rayon de soleil sur sa joue disparaît. Lisette adresse le plus beau de tous les sourires aux adolescents venus l'écouter. Merci.

David Creff

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