Berjou - Deux arbres plantés à l’école en souvenir du couple Ricordeau

Du 28/11/2014

 

 

 

 

Un chêne a été planté devant l'école de Berjou La commune a rendu hommage une nouvelle fois à Jeanne et Roland Ricordeau, Justes parmi les Natiosn, en plantant deux arbres à l'école.

Mardi 25 novembre, jour de la Sainte-Catherine, où, selon le dicton populaire, « tout bois prend racine », Didier Vieceli, maire de Berjou, a planté symboliquement deux arbres à l’école, qui porte le nom de Roland et Jeanne-Ricordeau depuis juin dernier, avec Michel Ricordeau et Annette Hervieux, entourés de leurs familles et de Madeleine Clauss 93 ans, leur nounou de l’époque.

Mémoire

Annette Hervieux, Michel Ricordeau et leur frère Jean-Louis, qui n’a pas pu venir, sont les enfants de Roland et Jeanne Ricordeau, reconnus Justes parmi les Nations, depuis 2010.
La matinée a débuté à la mairie, où Annette Hervieux, l’aînée des trois enfants Ricordeau, âgée de 7 ans à la libération en 1944, a raconté aux enfants de CM1 et CM2 de l’école de Berjou, leur quotidien pendant la guerre : « Nous avons vécu à Berjou de 1939 à 1945, dans le logement de l’école. Mon père était instituteur à l’école des garçons et ma mère à l’école des filles. Ils ont modifié les écoles en mélangeant garçons et filles et mon père s’occupait alors des grands et ma mère des plus petits. Mon père était aussi secrétaire de mairie. »
Roland Ricordeau était un laïque convaincu et malgré l’opposition du maire de l’époque, il avait remisé tous les crucifix dans un tiroir. Il faisait aussi partie de la Résistance.
« Mes parents ont eu la médaille des Justes à double titre, parce qu’ils sont la seule famille au monde à avoir élevé un enfant juif jusqu’à sa majorité et qu’ils ont sauvé des dizaines d’enfants juifs qui venaient du camp de Drancy », ajoute Annette Hervieux.
Salomon Pelzmann, prénommé Henry, a vécu chez le couple Ricordeau depuis ses 12 ans jusqu’à 22 ans. Il venait du camp de Drancy où il était avec son frère Alex, qui lui, a été déporté à Buchenwald, puis à Auschwitz, d’où il reviendra. Leurs parents ont disparu à Auschwitz. Roland et Jeanne Ricordeau accueilleront chez eux Alex à son retour de l’enfer du camp de concentration. Les deux frères sont maintenant décédés, mais ils ont toujours gardé des relations avec la famille Ricordeau.
Annette Hervieux a poursuivi ses souvenirs : « Pendant le bombardement de la libération, nous étions réfugiés chez notre grand-père à Sainte-Honorine-la-Guillaume et nous avons passé la dernière nuit de l’occupation en forêt. » Elle a montré aux enfants, la photo de leur logement à l’école, complètement détruit par les bombardements.

Un chêne et un ginkgo biloba

Ensuite, les deux arbres ont été officiellement plantés, un chêne devant l’école, un ginkgo biloba, à l’arrière. Didier Vieceli a déclaré : « Nous plantons ces arbres pour perpétuer le souvenir, pour que vous, les enfants, vous vous en souveniez longtemps et à vous de le raconter à vos enfants plus tard. Pourquoi deux arbres ? Le chêne est majestueux, solennel et il est le symbole de la paix. Le ginkgo biloba est un arbre sacré de l’Orient. C’est le denier représentant de la plus vieille espèce d’arbres au monde, il existe depuis plus de deux cents millions d’années. Apparu avant les dinosaures, il est le seul survivant malgré les changements climatiques et géologiques. Il a survécu à Hiroshima où il a repoussé seul, sur une zone complètement détruite. Un ginkgo biloba peut vivre plus de 2 500 ans…  »
Laurence, la fille d’Annette Hervieux, a lu le texte qu’avait préparé sa mère : « Pour ces deux arbres que nous avons plantés, il nous importe moins de savoir combien nous vivrons, que de réaliser qu’ils survivront chez nos enfants et dans nos œuvres, pour symboliser le souvenir et la mémoire de nos parents. De tout temps, le chêne a été investi de divinité suprême et de majesté. Il est aussi l’emblème de l’hospitalité, symbole ô combien fort de ce qui nous réunit ici aujourd’hui. Que ces deux petits arbres, nous apportent la force physique et morale, pour toujours faire le Bien et le Beau. Qu’il n’y ait plus de peuples opprimés, d’hommes, de femmes et d’enfants chassés de leur vie, mais qu’il y ait toujours des Justes pour venir s’abriter sous un chêne symbole de puissance et de longévité et dire aux hommes que cet abri est symbole de paix. À vous tous ici qui avez honoré nos parents, vous survivrez aussi dans nos cœurs et nos souvenirs, grâce à ces deux arbres. »
En final, les enfants de l’école ont chanté, en anglais, « Imagine » de John Lennon, message d’espoir d’un monde en paix.