En l’honneur de la Journée des Justes parmi les Nations

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Dossier n°

12855

En l’honneur de la Journée des Justes parmi les Nations

Publié le 22/07/2013

Pierrette Louise Couturier

Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d’honneur ainsi qu’une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ». C’est la plus haute distinction civile de l’état d’Israël.

Au 1er janvier 2013, le titre avait été décerné à 24 811 personnes à travers le monde, dont 3 654 en France. Selon moi, ils incarnent le meilleur de l’humanité. Ils ont su garder leur dignité et sauver la vie et sauver l’honneur de la France. Leurs propres familles sont marquées à tout jamais par ces événements, je le sais. Je sais aussi, que d’autres restés anonymes faute de témoignage mériteraient cet honneur.

Il y a un peu plus d’un an, il m’a été donné d’assister à une cérémonie de remise de médaille des Justes à titre posthume aux époux Couturier à Bourgoin-Jallieu (38). Je dis « donné » car j’ai reçu cette opportunité comme un cadeau. Quand l’Hatikva, l’hymne israélien a retenti dans la petite salle de la mairie de Bourgoin-Jallieu, juste après la Marseillaise, j’ai frissonné. J’ai pensé, il est là tout le symbole : Les juifs, les non-juifs, les Justes, leurs descendants et deux hymnes. Oui j’en ai pleuré. Oui, j’en ai eu l’intérieur chamboulé. Encore. Et oui, je me suis demandé ce qui serait arrivé à mon peuple si des Couturier n’avaient pas existé ?

Un enfant juif était-il une menace pour le IIIe Reich tout puissant?

Alors, quand il m’arrive de passer en voiture par le hameau de Charbonnières, sur les hauteurs de Bourgoin-Jallieu, j’ai toujours l’impression d’être en pèlerinage. Il y a ici la maison de Jean-Louis et Pierrette Couturier. C’est là que, pendant deux ans, à partir du 22 novembre 1942, trois enfants juifs dont Jean-Paul et Alain Rosner ont été cachés et choyés par les époux Couturier.

Je pense aux questions que devaient se poser ces gamins arrachés à leurs parents, vivant sous un faux nom, chez des presque inconnus. Je pense à ces enfances volées. Et bien sur, je pense à ses enfants qui ne sont pas revenus des camps de la mort. Il y avait environ 320 000 juifs en France en 1940. 76 000 ont été déportés, 2551 sont revenus et parmi ces derniers aucun enfant. Un enfant juif était-il une menace pour le IIIe Reich tout puissant?

Le 16 mai 2012, Larry Szerer, attaché à l’ambassade d’Israël en France, a remis à titre posthume la Médaille des Justes parmi les Nations à Jean-Louis et Pierrette-Louise Couturier, représentés par leurs petits-neveux. Deux héros. Depuis le 22 novembre 1942, les noms des familles Rozner et Couturier sont indissociables. Leur histoire est à la fois belle et douloureuse. C’est une histoire de risque pris, d’affection donnée, de confiance aussi. Il faut absolument que je vous la raconte.

Cachés pendant deux ans

Jean-Paul a 7 ans et demi, son frère Alain en a 4 et demi quand, ce 22 novembre 1942, ils quittent Lyon pour être accueillis par les époux Couturier. Les cultivateurs, connaissent bien leur oncle maternel qui réside à Bourgoin. C’est ce dernier qui est venu les chercher à Lyon. Leur mère a été avertie que la famille figure sur une liste à la préfecture et que dans la nuit, s’ils restent, ils vont être raflés. La famille quitte donc à la hâte l’appartement du 53 quai St-Vincent-de-Paul.

Les parents connaissent plusieurs caches successives. Les enfants ont le bonheur de trouver les Couturier qui les accueillent comme leurs propres enfants. Pendant deux ans, Jean-Paul et Alain ne reverront leurs parents que quelques fois. Le manque des parents se fait sentir, certes, mais leurs deux anges gardiens font en sorte que les deux garçons aient à Charbonnières la vie la plus agréable possible. Ils fréquentent les autres enfants du hameau et vont à l’école.

Deux ans plus tard, à la libération de Lyon, Jacques et Hélène Rosner retrouvent leurs enfants. Après avoir échappé aux persécutions des nazis, la famille qui a été spoliée de ses biens entame un nouveau combat. Se reconstruire et retrouver sa vie. Mais Jean-Paul et Alain n’ont jamais oublié leurs bienfaiteurs. Jean-Louis est mort le 21 mai 1981, Pierrette le 16 août 1990. De leur vivant, les Couturier ont partagé toutes les joies et les peines des Rosner.

Mercredi 16 mai 2012, les époux Couturier ont reçu la médaille des Justes parmi les nations. À ce titre, leurs noms sont désormais gravés pour l’éternité sur le mur des Justes au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Et pour que Bourgoin-Jallieu n’oublie pas, au hameau de Charbonnières, une plaque a été posée sur leur maison.

 

Myriam KARSENTY

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Web: Yad Vashem

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