Gargenville : deux Justes honorés à titre posthume

Du 19/06/2016

 

 

 

 

Gargenville, ce dimanche. Didier Charpentier (à droite) a reçu la médaille de « Justes parmi les nations » décernée à titre posthume à ses grands-parents Emile et Germaine pour avoir caché deux enfants juifs en 1942-1943. (LP/H.D.)

 Au nom de l’Etat d’Israël je vous remets la médaille des Justes parmi les nations pour avoir sauvé la vie de deux enfants juifs, nous vous sommes à jamais reconnaissants ! » C’est par ces mots que Marc Attali, ministre auprès de l’ambassade d’Israël a décerné à titre posthume la médaille de justes parmi les nations à Emile et Germaine Charpentier, ce dimanche à Gargenville. La décoration a été remise à titre posthume à leur petit-fils en présence d’Henri Konsens et de sa cousine Madeleine, les deux enfants soustraits aux rafles nazies, désormais âgés de 80 ans, et très émus. Les noms d’Emile et Germaine figurent désormais sur la stèle du Jardin des justes de Yad Vashem à Jérusalem. « Une place sera rebaptisée à Gargenville », a assuré Jean Lemaire, le maire (UDI).

S’ils avaient été surpris avec un enfant Juif dans leur maison de Gargenville, en 1942, Emile et Germaine Charpentier auraient été exécutés en compagnie de leur fils unique, Roger. Et 74 ans après, Didier Charpentier, leur petit-fils, ne pourrait pas raconter l’histoire méconnue de ce couple de Gargenvillois qui deviendront officiellement, ce dimanche, « Justes parmi les Nations ». Cette distinction permet d’honorer tous ceux qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, en pleine Occupation, ont hébergé des Juifs chez eux au péril de leur vie.

Emile, plombier couvreur, et son épouse Geneviève, femme au foyer, ont accueilli en 1942 le petit Henri Konsens. L’enfant, alors âgé de 5 ans, y est placé grâce à un réseau de juifs communistes parisiens qui étaient en contact avec des communistes locaux. Son père avait été déporté à Auschwitz et sa mère, victime de la rafle du vel d’Hiv. « Il allait à l’école communale, comme tout le monde. Mais après l’école, contrairement, à ses petits camarades, il rentrait directement à la maison », confie Didier Charpentier. Le curé de Gargenville lui apprend les prières catholiques afin de ne pas être distingué des autres enfants. « On se méfiait de tous, se souvient Henri Konsens. C’était un pays occupé où tout le monde se dénonçait. »

Gargenville, vendredi 17 juin et 1943. Henri et sa cousine Madeleine (ci-dessous) ont vécu deux ans chez les Charpentier. « Je suis fier de mon grand-père », confie aujourd’hui leur petit-fils Didier (ci-dessus). (LP/MG et DR.)

La maison du 24, rue de la Division-Leclerc accueillera ensuite la cousine d’Henri, Madeleine. Les enfants y vivront deux ans sous la protection de leurs bienfaiteurs, héros anonymes, avant de retrouver leur destin, errant de ville en ville pour échapper aux rafles : Grenoble, Saint-Etienne… Une fuite qui cesse dès la fin de la guerre. Henri poursuivra alors des études de médecine à Paris. Le couple Charpentier, lui, reprendra sa routine gargenvilloise. « Ils n’ont jamais parlé de ce qu’ils ont fait, explique aujourd’hui leur petit-fils. Quand j’ai appris leur histoire, je suis tombé de l’armoire. Je suis fier de mon grand-père. »

Devenu médecin, Henri vit aujourd’hui en Normandie. 74 ans après avoir dû s’y cacher, il va retrouver Gargenville.