Hommage exceptionnel - La médaille des Justes

Un couple de Cuiry-lès-Iviers a reçu, à titre posthume, la médaille des Justes, une distinction exceptionnelle.

La distinction a été remise au fils, René, ses parents ayant abrité des juifs pendant la guerre.

CÉRÉMONIE exceptionnelle dimanche matin, dans la salle de l'ancienne école.
Jean-François Carlier, maire de Cuiry-lès-Iviers, a accueilli Victor Kuperminc, délégué du comité français pour Yad Vashem.
L'homme est venu décerner officiellement la « médaille des Justes parmi les nations », à titre posthume, à Roger Béguin, mort en déportation, et à son épouse Madeleine : « Une de ces familles merveilleuses » qui ont sauvé, au péril de leur vie, des personnes juives sous l'Occupation.
La distinction a été remise à leur fils, René, particulièrement ému de cette marque de reconnaissance internationale et rare pour ses parents, puisque la Picardie et la Champagne-Ardenne ne comptent officiellement que trente-deux Justes reconnus.
Ce couple de Cuiry-lès-Iviers figure désormais dans cette liste, à Jérusalem et à Paris, dans ce livre ouvert de l'histoire du monde.
Le mérite de ces gens modestes, par leur courage et leur engagement, est d'avoir apporté une aide, dans des situations où les juifs étaient impuissants et menacés de mort ou de déportation vers les camps de concentration ; dans le cas présent, à quatre jeunes : Estelle et Denise Flaum, Szyfra et Ezriel Dawidowicz.
Le conseiller général Nicolas Fricoteaux a souligné : « Ils risquaient leur vie, leur sécurité et leur liberté personnelle, au cours d'événements hors normes. » Les nazis considéraient l'assistance aux juifs comme un délit majeur.
Sans recherche de gloire ou de rétributions, Roger et Madeleine, ces cultivateurs thiérachiens, faisaient partie d'un réseau de résistance.
Mort en déportation
Roger, né en 1913 à Montloué, appartenait au groupe d'Émile Fontaine, le chef de secteur de Rumigny et Signy-l'Abbaye et organisateur d'une filière d'aide aux prisonniers de guerre français évadés, aux aviateurs alliés, aux Juifs du camp des Mazures, aux réfractaires du STO.
Dénoncé, il a été arrêté le 8 mars 1944.
Le 27 avril, au départ de Compiègne, il est déporté vers le camp de concentration de Neuengamme. Il est décédé le 13 mai 1945, au camp de concentration de Bergen-Belsen, où il était resté volontaire pour l'évacuation de camarades, après la libération. Victime du typhus, il est « mort pour la France, à l'âge de 32 ans ».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Cuiry-lès-Iviers. Madeleine est restée au village pour épouser, en secondes noces, Roger Leuk, en cachant par modestie les actions de résistance menées durant la Seconde Guerre mondiale.
Tour à tour, Luc Landzberg, l'époux d'Estelle Flaum, toujours de ce monde mais souffrante, et David Dawidowicz ont conté le parcours de ces familles juives qui travaillaient dans l'un des 53 camps ardennais de la WOL 3 pour éviter la déportation, connaissant les humiliations et les privations à l'extrême, dans des conditions jugées encore aujourd'hui inimaginables, jusqu'à l'arrivée de camions qui devaient les mener jusqu'aux camps de la mort, le 4 janvier 1944.
Parmi les 110 Juifs qui ont pu échapper à cette nouvelle rafle et ont fui dans la forêt pour être pris en charge par une filière d'évasion, quatre jeunes sont arrivés, à pied, à Cuiry-lès-Iviers.
Ils y ont été spontanément nourris, habillés et logés, durant plusieurs mois, munis de faux papiers les faisant passer comme non-juifs. Ils ont été adoptés par les Béguins, jusqu'à la fin de la tourmente.
Contre l'oubli des crimes nazis, Yad Vashem rassemble les noms des victimes des camps de concentration et d'assassinats. Cela, afin de perpétuer la mémoire individuelle et collective des victimes de la Shoah, mais aussi d'honorer les Justes parmi les nations afin de tout mettre en œuvre pour s'assurer que le monde n'oubliera jamais.
Les « Justes » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier. »
Leurs noms sont inscrits sur le mur d'honneur du Jardin des Justes, tout comme ils le sont, parmi les Justes de France, au Panthéon, à Paris, « pour n'avoir rien fait d'autre que leur métier d'homme et bravé les autorités de l'époque dans un réflexe qui leur paraissait banal et évident ».

source: http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/cuiry-les-iviers-hommage-exceptionnel-la-medaille-des-justes du 28/03/2012