A la recherche des descendants d’un Juste charentais

Du 19/09/2014

Un Charentais exilé à Paris a sauvé une famille juive pendant la Guerre. Il a été reconnu «Juste parmi les nations». La famille recherche sa petite-fille depuis 4 ans.

Il s’appelait Gabriel Fradet. Il était né le 5 septembre 1885 à Angoulême. Il avait épousé Emilie Lambruny en 1911 à Brossac. Il est décédé à Ruffec le 12 février 1967, alors qu’il habitait à Mansle.

Pendant la guerre, il était grainetier à Paris, au 76 rue du Faubourg-Saint-Denis.

Voilà à peu près tous les éléments dont dispose Dan Szwarc au sujet de celui qui a sauvé sa famille, le 16 juillet 1942, jour funeste de la rafle du Vel d’Hiv. Depuis que son père lui a raconté son histoire, quelques années avant de décéder en 2012, ce jeune homme de 32 ans, qui vit à Montpellier, se bat pour rendre hommage à celui sans qui il n’aurait pas existé.

Le 21 décembre 2010, Dan Szwarc a atteint son but. Gabriel Fradet et son épouse Emilie ont été reconnus «Justes parmi les nations» par le comité français pour Yad Vashem. Pour avoir caché pendant un an et demi Sara Szwarc, la grand-mère de Dan, et ses deux enfants, Marguerite, 6 ans à l’époque, et Munisz, 12 ans, la tante et le papa de Dan.

La famille Szwarc habitait dans la même cour que les Fradet. «Ils se connaissaient, comme on peut connaître des commerçants.Sans plus», rapporte Dan.

Graver le nom

Ce terrible 16 juillet 1942, il est 6h du matin quand deux gendarmes français, accompagnés par un soldat de la Wehrmacht, frappent à la porte de l’appartement de la famille Szwarc.«Mon grand-père avait déjà été emmené et déporté plusieurs semaines auparavant. Ma tante avait la varicelle. Ma grand-mère y est allée au culot. Elle a expliqué qu’il fallait qu’elle reste pour soigner sa fille malade. Le soldat allemand lui a ordonné d’attendre la visite du médecin, qu’ils reviendraient.»

Sara n’a pas attendu. Elle a aussitôt pris ses deux enfants sous le bras, elle a déambulé dans l’immeuble jusqu’à se trouver devant la porte du grainetier d’en bas. «Alors qu’il était 6h du matin, il a ouvert.Et il a pris le risque de les cacher, dans un appartement vide pendant un an et demi. Il a fait ce qu’il a pu pour les nourrir, avant de leur trouver une autre cachette qui leur a permis de survivre», remercie Dan, qui n’en a pas encore tout à fait fini.

Il lui reste à faire graver le nom de Gabriel et d’Emilie Fradet dans le jardin des Justes, à Jérusalem, et à remettre à leurs descendants, la médaille et le diplôme de Yad Vachem, au cours d’une petite cérémonie.Mais ils demeurent introuvables.Dan n’a qu’une seule piste, celle de leur petite-fille, Claudine Godard, née en 1938.Il n’est même pas sûr qu’elle vive en Charente.«Si j’ai contacté Charente Libre et que je vous demande de relayer mon appel, c’est parce que son père est né dans votre département, où il est également décédé», explique Dan Szwarc.

Armel LE NY