L’ACCUEIL A MEZENS PENDANT LA GUERRE

 

 

 

 

 

 

Mezens Le jeudi 31 octobre 1995 au château de Mézens, Mr. Arye Gabay, ambassadeur d’Israël auprès du Conseil de l’Europe et consul à Marseille, remettait à titre posthume à mes parents, le comte et la comtesse Maurice de Solages, l’attestation et la médaille de « Justes parmi les Nations ». Étant à ce moment déjà disparus, cette marque de reconnaissance au nom de l’État d’Israël et du peuple juif a été remis à mon frère aîné, l’abbé Hugues de Solages.

Mes parents ont en effet accueilli du 6 septembre 1942 au 18 octobre 1944 un jeune juif, Sacha Jacoby, dont la famille avait été dispersée pendant cette période difficile dans des couvents ou institutions de la région. Le jeune Sacha avait été amené à Mézens à bicyclette par mon oncle, l’abbé François de Solages, qui était alors curé de Saint Jean de Gaillac. Il devait ensuite trouver refuge à l’Abbaye Sainte Marie du Désert en Haute-Garonne. De graves incidents étant survenus sur place avec les Allemands, il n’était plus possible d’accueillir Sacha dans ce couvent. Mes parents ont donc décidé de le garder ici et son séjour a duré deux ans. Il faut savoir qu’à deux reprises et pendant plusieurs mois, les Allemands, dont les S.S. de la division « Das Reich », ont occupé le par cet que les sentinelles faisaient nuit et jour le tour du château. Sacha Jacoby était devenu un enfant de la famille, mais il vivait continuellement caché dans sa chambre sauf le soir où il pouvait sortir à l’intérieur de la maison et échanger un peu avec les plus grands. Parmi les activités que nécessitait une nombreuse maisonnée, il avait tenu à prendre le service de réparation des chaussures, car les souliers étaient devenus denrée rare qu’il fallait faire durer par des ressemelages successifs.

L’accueil de ce jeune juif représentait certainement pour mes parents un grave danger que l’ambassadeur d’Israël n’a pas manqué de souligner… « Ils ont sauvé la vie de Sacha en l’accueillant dans le château, non par une action immédiate et fugitive, non dans l’inspiration du moment, mais en toute conscience, d’une manière continue et répétée… Ils ont risqué non seulement leur vie mais encore celle de leur sept enfants »… Je crois utile d’ajouter que cet accueil des autres a pris pendant la guerre une ampleur exemplaire. En effet, outre la famille nombreuse venue de Paris, d’Anjou ou de la région lyonnaise, mes parents ont reçu pendant plusieurs années une communauté religieuse. Les Franciscaines Missionnaires de Marie ne pouvaient retourner dans certains pays d’Europe centrale en guerre. Nous avions à ce moment-là à Rome une tante religieuse de cet ordre qui était assistante de la Mère générale [2]. Elle a donc demandé à mes parents de recevoir les sœurs et ils ont accepté. Nous avons eu ainsi une centaine de sœurs qui ont séjourné ici entre 1939 et 1946 avec un nombre maximum de 35, ce qui a fait pendant un moment 65 personnes à loger. Mes parents ont encore accueilli de nombreuse personnes à titre individuel, fuyant les Allemands, en route pour l’Espagne ou pour ailleurs. Ils ont donné à leurs enfants l’exemple de l’accueil que l’on voit si difficile à mettre en pratique aujourd’hui pour d’autres raisons. Et pour souligner cette attention si intense que l’on doit avoir pour la personne humaine, on peut citer la phrase que rappelait l’ambassadeur Gabay car elle est gravée sur la médaille des « Justes parmi les Nations ». 

« Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier. »  

 

Aymon de Solages.

 



 

[2] Il s’agit de Mère Anne-Marie de Montravel, en religion Mère Marie de Sainte-Agnès, devenu elle-même en 1960 Supérieure Générale.