Les « Justes parmi les Nations » romanais

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Dossier n°

12217

Les « Justes parmi les Nations » romanais

Le 6 mai 2013, la romanaise Madeleine Bady recevait, à titre posthume, la médaille de « Juste parmi les Nations », plus haute distinction civile de l’état d’Israël.

Vingt et un romanais et romanaises ont désormais le titre de « Juste parmi les Nations » :

Marcel et Madeleine Abeille, et leur fille Aline

Dans les premiers jours de la guerre, les May, une famille juive de Nancy, se réfugièrent à Romans-sur-Isère. Au début, ils y vécurent des jours tranquilles. Françoise, leur fille, allait au lycée et ses camarades de classe l’avaient invitée à participer aux activités de la troupe locale des Eclaireuses Unionistes. Avec l’occupation de la région par les Allemands en septembre 1943, la situation changea immédiatement. C’est alors qu’Aline Abeille, une amie de Françoise, l’invita à venir habiter chez ses parents qui avaient un petit magasin de porcelaine et cadeaux. L’appartement, situé au troisième étage du bâtiment, n’était pas grand : deux chambres, une cuisine et des sanitaires communs avec les voisins. En dépit de ces conditions difficiles, les Abeille accueillirent chaleureusement l’amie de leur fille. Françoise partagea la petite chambre d’Aline du mois d’octobre 1943 à la Libération. La famille Abeille ne songea pas à revenir sur sa décision même lorsque certains camarades de classe de Françoise menacèrent d’informer les autorités. Après la guerre, Françoise May continua à entretenir d’étroites relations avec ceux qui l’avaient sauvée. Après le décès des parents, elle resta en contact avec « sa soeur », Aline.

Le 2 avril 1995, Yad Vashem a décerné à Marcel et Madeleine Abeille, ainsi qu’à leur fille Aline Mottin née Abeille, le titre de Justes parmi les Nations (dossier n° 6556).

Madeleine Bady
Madeleine Bady

Née Madeleine Delas le 6 septembre 1898, Madeleine Bady dirigeait l’entreprise familiale de fabrication de chaussures et s’occupait seule de ses deux enfants, Jean et Madeleine, depuis la mort de son époux. Lorsque l’abbé Lemonon la sollicita pour cacher chez elle, au 63 boulevard Gambetta, Erich Loewe, un avocat berlinois, son épouse et sa fille, elle n’hésita pas une seconde. La famille Loewe resta deux mois chez Madeleine Bady qui continua à les aider dans la clandestinité. Madeleine Bady est morte le 27 février 1982.

Le 6 mai 2012, Yad Vashem a décerné à Madeleine Bady le titre de Juste parmi les Nations (dossier n° 12217).

René et Germaine Bastide

René Bastide, inspecteur d’Académie, habitait à Romans-sur-Isère avec sa femme Germaine, infirmière dans un sanatorium, et leur fille Lucile. Lorsque André et Marcelle Picard, des juifs de Dôle, dans le Jura, qui s’étaient enfuis avec leur fils Daniel leur demandèrent un toit, les Bastide mirent à leur disposition la maison qu’ils avaient achetée pour s’y installer plus tard. En novembre 1942, une quinzaine de membres de la famille Picard vinrent se réfugier dans la ville, et notamment les Lévy, les Kauffmann et les Weil, trois jeunes couples avec des enfants. Les Bastide les prirent sous leur protection. Conscient du danger, René Bastide aménagea une retraite pour les réfugiés adultes dans une ferme isolée un peu éloignée de la ville. Par ailleurs, il fit usage des pouvoirs que lui décernaient ses fonctions pour inscrire tous les enfants juifs, sous de fausses identités, dans les écoles de la ville. Après la guerre, les relations d’amitié entre les Bastide et tous ceux qu’ils avaient sauvés se poursuivirent de longues années durant. René Bastide est mort le 10 janvier 1988 et Germaine Bastide née Cazalet, le 25 août 1979.

Le 11 novembre 1998, Yad Vashem a décerné à René et Germaine Bastide le titre de Justes parmi les Nations (dossier n° 8259).

Victor et Hélène Buffet

Victor Buffet, retraité des postes, et son épouse Hélène habitaient une petite ferme dans les faubourgs de Romans-sur-Isère avec Lucienne, leur fille unique et célibataire de 34 ans. A l’automne 1942, le couple accueillit Gunther Kirchheimer, un petit garçon juif de 10 ans. Originaire de Karlsruhe en Allemagne, il avait été déporté en France avec ses parents en 1940. Internée à Gurs, dans les Pyrénées-Atlantiques, la famille fut ensuite transférée à Marseille et le père incarcéré au camp des Milles. En été 1942, l’Oeuvre de secours aux enfants (OSE) réussit à placer Gunther au château de Chabannes, Creuse. Il ne revit jamais ses parents qui furent déportés à Auschwitz. De là, l’OSE le convoya chez les Buffet. Durant la guerre, ils accueillirent quatre autres enfants juifs le temps de leur trouver un refuge sûr. Mais Gunther, présenté sous le nom de Léon Kirch comme leur filleul originaire d’Alsace-Lorraine, vécut chez eux pendant deux ans et demi jusqu’à la Libération. Gérard Blumenthal, un autre garçon juif, séjourna chez eux pendant huit mois. Gunther participait aux travaux de la ferme et allait avec Lucienne vendre fruits et légumes au marché. Après la guerre, un oncle d’Amérique vint le rechercher mais il conserva des liens durables avec ses sauveurs.

Le 25 août 2003, Yad Vashem a décerné à Victor et Hélène Buffet le titre de Justes parmi les Nations (dossier n° 10092).

Pierre Descours

Né le 29 mars 1904, Pierre Descours est directeur de l’hôpital de Romans-sur-Isère où il habite avec son épouse et leurs enfants. La famille Kahn, originaire d’Alsace-Lorraine et parisienne depuis 1870, avait quitté Paris dès la déclaration de guerre et s’était installée au printemps 1944 à l’hôtel Dumaine-Vivet, à Bourg-de-Péage, munis de faux papiers au nom de Keller, puis à Romans-sur-Isère, dans un petit appartement, 21 rue de l’Armillerie. Au début de l’été 1944, Hélène Kahn tombe malade et il faut l’opérer d’urgence d’un cancer du sein. Grâce à Pierre Descours, elle est admise à l’hôpital de Romans, sans que son nom ne soit inscrit sur les registres d’entrée. Pour parer à toute éventualité, Pierre Descours l’installe dans une chambre proche d’une sortie directe vers l’extérieur. Son mari et Bertrand, son plus jeune fils logent dans sa chambre tandis que son fils aîné dort dans une salle désaffectée. La famille est toujours à l’hôpital quand Romans est libéré une première fois. Mais quelques jours plus tard, les allemands firent un retour inattendu et Pierre Descours prend alors la décision de transférer le personnel de l’établissement et les malades dans les caves de l’hôpital où des maquisards blessés étaient déjà soignés et cachés derrière des fagots de bois. Tous passèrent là presque une semaine avec les réserves de pâtes et l’eau d’un puits pour toute subsistance, jusqu’à l’arrivée de l’armée américaine. Pierre Descours est mort le 9 avril 1982.

En 2011, Yad Vashem a nommé Pierre Descours au titre de Juste parmi les Nations (dossier n° 12206).

Auguste et Mathilde Eisenreich

En octobre 1940, Inge Klara Meyer, petite fille juive allemande de six ans, est internée avec ses parents au camp de Gurs, dans les Pyrénées-Atlantiques. L’Oeuvre de secours aux enfants (OSE) parvient à l’en faire sortir et la confie à un couple de romanais, Auguste et Mathilde Eisenreich. Ils la présentent comme leur filleule prénommée Ingrid-Claire et la protégeront jusqu’à la Libération. Après la guerre, Inge ne retrouva pas ses parents et sera adoptée par des tantes qui vivaient aux Etats-Unis. La séparation avec son parrain et sa marraine fut très difficile tant Ingrid-Claire s’était attachée à eux.

En 1995, Yad Vashem a nommé Auguste et Mathilde Eisenreich au titre de Justes parmi les Nations (dossier n° 6669).

Marius et Andrea Genthon

A la fin de l’année 1942, Aimée Regache (voir plus bas) demande à la boulangère Andréa Genthon si elle pouvait prendre Tony Edelman, 14 ans. « J’ai dit oui tout de suite », se souvient Andréa Genthon. Elle savait que la jeune fille était juive. Tony Edelman et sa famille avaient fui leur pays natal, le Luxembourg. Arrêtés, ils furent internés au camp de Rivesaltes, dans le sud la France. Les enfants Edelman, Tony, son jeune frère et sa soeur sont pris en charge par une organisation qui les fait sortir du camp et les amène à Romans-sur-Isère. Tony devient Antoinette Edel et sera protégée par Andréa et Marius Genthon. Tony retrouvera sa famille après la guerre. Elle émmigrera à Toronto mais n’oubliera jamais le couple qui lui a sauvé la vie.

En 1995, Yad Vashem a nommé Marius et Andrea Genthon au titre de Justes parmi les Nations (dossier n° 6821).

Marie-Magdeleine Giraudier

Marie-Magdeleine Giraudier a été directrice de l’école de filles de la rue Saint-Just à Romans-sur-Isère. En retraite au début des années 1940, elle s’engage dans le sauvetage des enfants juifs pendant la guerre et prend la tête d’un réseau composé essentiellement de femmes. En octobre, Marie-Magdeleine Giraudier donne asile à quatre femmes juives, Miriam Gersztenkorn, ses deux soeurs, Ita Kac et Esther Wajntrob, ainsi que Mme Warzagier. Cachées dans une petite pièce au centre de l’appartement, les quatre femmes vécurent chez elle jusqu’à la Libération. Marie-Magdeleine Giraudier place également trois enfants juifs Gersztenkorn, Gabriel, 15 ans, et Jeannette, 12 ans, dans la maison d’une des femmes de son réseau. Elle meurt le 2 juin 1976.

En 1996, Yad Vashem a nommé Marie-Magdeleine Giraudier au titre de Juste parmi les Nations (dossier n° 7221).

Marie Monteillet dite Mère Anselme

Marie Monteillet dite Mère Anselme était mère supérieure de l’Orphelinat Saint-Yves, religieuse de la Congrégation Sainte-Marthe. Pas d’informations disponibles concernant son sauvetage.

En 2009, Yad Vashem a nommé Marie Monteillet au titre de Juste parmi les Nations (dossier n° 11715).

André et Aimée Regache

Aimée, infirmière, et son mari André Regache, habitent Romans-sur-Isère. Aimée se met au service de l’Oeuvre de secours aux enfants (OSE) et parvient à trouver des caches à de nombreux enfants en les présentant la plupart du temps aux familles d’accueil comme des orphelins. Elle utilise le jus de châtaignier pour effacer leurs noms juifs sur leurs cartes d’identité et leur crée de faux noms avec lesquels ils obtiennent des cartes de rationnement et vont à l’école. L’un des premiers à arriver chez les Regache est Hebt (Georges) Krol, âgé de 11 ans. Il y restera de 1942 à la fin de la guerre. Aimée Regache née Detrat est morte le 28 octobre 2002.

En 1993, Yad Vashem a nommé André et Aimée Regache au titre de Justes parmi les Nations (dossier n° 5692).

Camille et Fernande Rivoire

Pas d’informations disponibles concernant leur sauvetage.

En 1994, Yad Vashem a nommé Camille et Fernande Rivoire au titre de Justes parmi les Nations (dossier n° 6160).

Joseph et Henriette Venance

Henriette et Joseph Venance habitaient une petite maison, 144 cité Jules-Nadi à Romans-sur-Isère, et tenaient une cordonnerie. Ils avaient deux filles, Georgette et Madeleine, et participaient à un réseau qui protégea et sauva 18 enfants juifs. Entre autres, ils vont cacher Claude Braunstein, âgé de 2 ans, de la fin 1942 à 1945. Le 23 septembre 1942, Renée, 15 ans, Jacques, 11 ans, et Claude Braunstein, 2 ans, assistent à l’arrestation de leurs parents, Itic Braunstein et Betti née Gold à leur domicile, dans le 2e arrondissement de Paris. Les trois enfants furent épargnés grâce à l’arrivée, au cours de l’arrestation, de leur oncle naturalisé français. Les parents furent déportés à Auschwitz et ne revinrent jamais. Dans les deux semaines qui suivirent l’arrestation, les enfants passèrent en zone non occupée grâce à un réseau de résistants juifs. Claude est placé dans différentes familles avant d’arriver chez Henriette et Joseph Venance sous le nom de Claude Brottin. Le petit garçon va à l’école du quartier où il est placé sous la protection de l’institutrice qui connaît sa condition d’enfant caché. Il sera aimé et choyé jusqu’à la Libération. Après la guerre, Claude Braunstein sera placé sous la tutelle de son oncle maternel et ne reviendra pas à Romans avant de nombreuses années. Joseph Venance meurt le 6 mai 1963 et Henriette Venance née Tignet meurt le 2 avril 1992.

Le 28 avril 2003, Yad Vashem a décerné à Joseph et Henriette Venance le titre de Justes parmi les Nations.