Les "Justes" Yvonne et Edmond Fournier honorés

Du 1/4/2019

 

 

 

 

Yvonne et Edmond Fournier
Le 31 mars, au 11, rue Pasteur, a été dévoilée de la plaque commémorative en mémoire d’Yvonne et Edmond Fournier, nommés « Justes parmi les Nations », en présence de Rémi Muzeau, Maire de Clichy, conseiller départemental des Hauts-de-Seine, du conseil municipal, du président et des délégués du Comité Français pour Yad Vashem, et des représentants de l’ACIP-Clichy 92. 

 

 

La médaille des Justes parmi les Nations est décernée par l’institut Yad Vashem aux personnes non-juives qui ont sauvé des juifs sous l’occupation nazie, au péril de leur vie. 

Yvonne et Edmond Fournier, Justes parmi les Nations

Zélik et Esther Sukiennik, née Tracz, sont originaires de Kosów en Pologne. Ils émigrent et s’installent en 1929 dans le 10e arrondissement de Paris. Zélik travaille à l’usine métallurgique Rachline à Saint-Denis.

En 1932, le couple a un fils : Serge. En 1936, la sœur d’Esther, Rachel Gotlib, émigre à son tour et vient les rejoindre. De nationalité française, Serge grandit dans une famille parlant le yiddish mais apprend le français grâce à une voisine, Louise Rumel, puis à l’école communale. Avant-guerre, Zélik décide de créer avec un associé leur propre entreprise : «Lit-Métal».

Au début de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, Esther, Rachel et Serge sont évacués à Piacé près de Beaumont-sur-Sarthe. Ils reviendront à Paris à la fin des combats.

Dès 1940, des lois antisémites sont promulguées. L’entreprise Lit-Métal est « aryanisée ». En 1941, Zelik est arrêté, et mis derrière les barbelés de Beaune-la-Rolande. Il sera déporté vers Auschwitz en 1942.

Serge, sa mère et sa tante échappent à la rafle du Vel d’Hiv. Ils se cachent dans les sanitaires communs de leur immeuble. Leur voisine, Louise Rumel, vient les avertir de la fin de la rafle et tous trois vont se réfugier auprès d’un oncle, avenue de Saint-Ouen. Celui-ci passe en zone dite «libre» avec son épouse et leur fils. Dans l’appartement qui semble inoccupé, restent dissimulés les trois rescapés de la rafle.

Une voisine, Mme Renard, n’ignorait pas leur présence et accueillait volontiers Serge, qui ne pouvait évidemment plus fréquenter l’école. Pour compléter sa retraite, cette dame pratiquait la cartomancie. Au nombre de ses clientes figurait Yvonne Allanic, laquelle s’étonnait de voir régulièrement Serge quand elle se faisait tirer les cartes.

Yvonne, comprenant la situation périlleuse des persécutés, leur offre un abri moins précaire dans un petit appartement au 77 de la rue de Paris, à Clichy, alors qu’elle-même réside non loin, dans un autre appartement, au 11 de la rue Pasteur.

Yvonne Allanic est secrétaire à l’usine Citroën de Clichy. D’un premier mariage, elle a deux filles, Jeannine et Anne-Marie, toutes deux en pension. Son compagnon et futur mari, Edmond Fournier, a été contraint de partir travailler. Profitant d’un congé et se dérobant au STO, il approuve la mise à l’abri des trois juifs. Il veut lui aussi les aider et leur marque une grande tendresse.

Serge, sa mère et sa tante, pourront ainsi attendre la Libération, rue de Paris. Pour le voisinage, Esther s’appelait Mme Germaine et sa soeur Rachel, Mme Raymonde.

Serge : «Pour décrire la nature de nos relations avec Yvonne, je dirais que nous formions quelque chose qui ressemblait à une famille, partageant les peines et les joies. Lorsque Edmond Fournier revint à Clichy, il nous accepta sans réticence aucune et participa lui aussi à notre sauvetage. Yvonne, d’abord seule, puis avec le concours d’Edmond, nous a apporté un soutien moral inappréciable, qui a soutenu le courage de ma mère et de ma tante, et qui nous a permis de tenir jusqu’au bout. Il n’a jamais été question d’argent entre Yvonne et nous. De toutes façons, nous n’aurions pas été en mesure de récompenser qui que ce soit. Toute activité était interdite à ma mère et à ma tante (...) Ce qui est certain, c’est qu’Yvonne était une personne d’une rare détermination. Elle n’hésita pas à maculer des documents officiels pour éviter à son compagnon, plus tard son mari, de retourner en Allemagne après une permission. C’était d’ailleurs quelqu’un de très modeste et d’une grande simplicité, qui voyait en son action non pas de l’héroïsme mais simplement la réponse à une nécessité intérieure

Témoignage de Rachel Gotlib-Tracz (2007)

Yvonne nous a pris sous sa protection et nous a soutenus par sa présence et son courage pendant toute cette difficile période, et nous a donnés le meilleur d’elle-même de façon totalement désintéressée (...).
Yvonne, avec l’aide d’Edmond, nous a sauvé la vie, nous a donné sa protection et son affection durant cette période de tous les dangers. Elle a pris, pour elle et pour les siens, des risques énormes, sans jamais hésiter, sans arrière-pensée. Nous sommes restées très proches et en relation permanente, en dépit de l’éloignement géographique, jusqu’à la fin de sa vie. Je serais heureuse, avant de partir moi-même, qu’il soit rendu hommage à sa mémoire.»