Message des élèves de l'école Jean-Moulin à Couzeix

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Paroles de jeunes (Ph. Ecole élémentaire Jean-Moulin / DR).

Ils ont 10-11 ans
et veulent "garder au fond de leur coeur"
la mémoire des Justes...

Une page de ces reportages, vous a déjà conduit le dimanche 7 mars 2010, en la Mairie de Couzeix. Cette localité du Limousin a connu un retour sur son histoire sous l'occupation. Et plus particulièrement sur les circonstances qui ont permis la mise hors des griffes de la Shoah, d'une petite juive originaire de Paris : Mathilde Feldman. Ceux à qui elle doit la vie, Henri et Céline Janailhac, ont été reconnus - à titre posthume - Justes parmi les Nations.
Placée sous le double signe de la reconnaissance et de l'émotion, cette cérémonie de remise de médaille et de diplôme de Justes aux deux fils du couple : André et Raymond, avait été préparée par Natan Holchaker, délégué du Comité Français pour Yad Vashem.

Sur la scène, monta un ensemble de jeunes élèves de l'école élémentaire Jean-Moulin. Eux aussi avaient souhaité être non seulement associés à ce moment exceptionnel mais encore lui apporter leur message. Le voici, déterminé, réfléchi, apprenant les leçons d'un passé si douloureux pour y puiser des raisons de continuer à résister quand l'humanité est en péril...

Message des dignes élèves de Jean Moulin à Couzeix :

- "Nous avons dix ans ou nous en avons onze, et nous ne connaissons que nos parents, nos amis et ceux qui nous entourent.
Nous avons dix ans et le passé est bien trop loin pour nous.

Mais nous savons, oui nous savons , qu'il y a des guerres aujourd'hui , qu'il y a des drames et qu'il y a des pays où l'on meurt d'être différent ,
Où l'on meurt de ne pas parler la même langue que les autres,
Où l'on meurt de ne pas avoir la même peau que les autres,
Où l'on meurt de ne pas avoir les mêmes croyances que les autre .

Nous savons aussi qu'il y a de la haine et de la peur dans le Monde .
De la peur et des coups,
Des gens désespérés et rejetés.

Il y a longtemps, on pouvait aussi avoir peur à Couzeix.
Peur de la police, peur des voisins, peur des Allemands, peur de la guerre .
Il y a longtemps, nous aurions été à l'école comme aujourd'hui, nous aurions eu des amis comme aujourd'hui.
Et peut-être un jour, nous aurions vu l'un d'entre nous disparaître soudain, et nous n'aurions rien su, pas compris.
Parti, disparu, c'est tout.

Et nous n'aurions pas deviné non plus, qu'il y avait, près de chez nous à Couzeix, des gens qui prenaient tous les risques pour sauver ceux qui devaient mourir, ceux qu'on voulait emmener en Allemagne pour les faire disparaître à jamais.
Les emmener entassés dans des wagons plombés, dans la soif, dans la faim, dans la peur, pour la Mort.
Nous n'aurions rien su de tout cela, entre les billes et les cordes à sauter, la soupe et les devoirs du soir.

Mais nous savons aujourd'hui qu'il y a toujours des gens pour dire « Non »
Des gens pour dire « Non » à la haine , « Non » à la peur et pour accueillir en frère ceux que l'on rejette et que l'on méprise .

Et nous sommes là aujourd'hui, pour apprendre le nom de ceux qui ont dit « Non », pour garder au fond de notre coeur la mémoire de leur courage et de leur résistance à la peur.
Pour être les témoins du sourire et de la gratitude de ceux à qui ils ont permis de vivre."

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Nos remerciements à Mme Marie Munoz, Directrice de l'école élémentaire Jean-Moulin à Couzeix.