Pont-à-Mousson : la mémoire en devoir

Du 05/03/2016

 

 

 

Des élèves de trois classes du lycée Hanzelet ont eu droit à un cours particulier hier matin.

Philippe Guisard,professeur de français au prestigieux lycée Henri IV de Paris est venu parler du devoir de mémoire au travers de l 'expérience de ses arrière grands parents L’histoire des frères Philippe et Stéphane Guisard, relatée à plusieurs reprises dans nos colonnes (ER des 10/03, 21/05 et 21/12 2015) avait éveillé l’intérêt de Stéphanie Claudepierre, professeur de lettres au lycée Hanzelet de Pont-à-Mousson. Ils avaient retrouvé la trace d’Eugénie Hoffmann, une jeune fille juive, née à Pont-à-Mousson, que leurs arrière-grands-parents, Émile et Geneviève Thouvenin, avaient caché dans leur ferme de Limey durant la Seconde Guerre mondiale. Leurs recherches avaient débouché sur une rencontre aux États-Unis, où Eugénie a émigré avec sa famille miraculée en 1949.

La professeur avait été touchée par cette histoire, qui a servi de support à certains de ses cours. Madame Claudepierre a donc contacté Philippe Guisard, lui-même professeur de français en classe préparatoire au lycée Henri-IV à Paris, pour l’inviter à venir devant ses élèves évoquer un sujet précis et ô combien précieux : mémoire et transmission.

Hier matin, le Parisien, né comme son frère à Nancy, est venu avec sa maman Viviane face à quarante lycéens des classes de 1re S, 2STSE et 1STSM. « Ce que je suis venu vous dire concerne l’histoire de votre ville », explique Philippe Guisard, « et l’histoire d’une famille dont les enfants avaient votre âge. » Il a eu l’occasion de le faire, pendant les deux heures d’un cours un peu spécial, où ce sont les élèves qui ont questionné le professeur.

Les jeunes gens avaient potassé leur sujet auparavant, et avaient dressé une longue liste de questions. Des interrogations touchant directement au sujet, à savoir entretenir la mémoire collective de ces événements, et puis d’autres abordant des questions plus pratiques, ou ayant trait à la géopolitique actuelle, comme le problème du Proche Orient soulevé par Mohamed.

Pour un retour d’Eugénie

Mais les élèves ont surtout cherché à savoir comment Eugénie, sa famille et leurs sauveurs, les familles Thouvenin, Bour et Hergott, avaient traversé cette période. Et pourquoi lui et son frère tenaient tant à transmettre cette histoire : « On s’aperçoit depuis quelques années que l’antisémitisme revient », a expliqué M. Guisard, « il y a eu des profanations, pas loin d’ici d’ailleurs. Et l’affaire de l’hyper Casher en janvier 2015 l’a prouvé. On veut montrer par l’exemple des Justes parmi les nations que la France sait produire des choses beaucoup plus belles. C’est important surtout aujourd’hui. Et Eugénie continue de le faire là-bas, aux États-Unis, elle témoigne sans cesse, dans toutes les écoles, à chaque fois qu’elle y est invitée. » D’où la dernière question des lycéens, en forme de souhait, à propos d’un retour prochain d’Eugénie à Pont-à-Mousson. « Elle aimerait beaucoup », ont témoigné Philippe Guisard et sa mère, qui sont en contact avec elle. « Dites-lui que la porte est grande ouverte », a lancé Enguerrand. Eugénie, qui a dit aux Guisard qu’elle avait l’impression que sa vie était comme un cercle, et qu’elle avait l’impression avec leurs retrouvailles qu’elle revenait à ses débuts, est attendue dans la ville qui l’a vue naître.

Patrice BERTONCINI