TÉMOIGNAGE. "Grâce à eux, j’ai pu échapper à la barbarie nazie"

Du 18/03/2019

 

 

 

 

De gauche à droite : René Riaud, maire, Alain de Gorce et Marie-France Jarnier (descendants des trois médaillés) et Simon Grinsztajn, juif sauvé par des Bretons pendant la guerre 39-45. Ouest france Simon Grinsztajn a survécu pendant la Seconde Guerre mondiale grâce à l’accueil de trois Bretons, habitant Sixt-sur-Aff, près de Redon. 170 personnes étaient réunies ce dimanche après-midi à l’espace de l’Aff de Sixt-sur-Aff, à l’occasion de la remise de médailles des Justes parmi les Nations, à titre posthume.

« Nous sommes tous réunis afin d’honorer la mémoire de Léonie, Marie-Ange et Félix Jarnier. Grâce à eux, j’ai pu échapper à la barbarie nazie. » À près de 90 ans, Simon Grunsztajn se souvient toujours très bien des épreuves que sa famille a subies pendant la Seconde Guerre mondiale. Son père, Benjamin, et son oncle, Herzl, s’étaient engagés dans la Légion étrangère en 1939. Démobilisée en juin 1940, la famille se retrouvait au complet à Paris. Cela ne dura qu’un an.

En mai 1941, Herzl est convoqué, arrêté puis interné au camp de Pithiviers. Il sera déporté et assassiné l’année suivante, tout comme sa femme et ses deux filles. À partir de ce mois de mai, la famille de Simon entre dans la clandestinité. Et échappe miraculeusement à la rafle du 16 juillet 1942. « Après cela, on m’a mis dans une ferme dans le Loiret, en pension » , relate Simon. Ses parents et sa sœur se cachent dans le Loir-et-Cher. Le fermier découvre quelques mois plus tard qu’il a été dénoncé et renvoie l’enfant de 12 ans ans à Paris, en train.

Un nom d’emprunt

« Je me suis retrouvé à errer dans Barbes, quartier que je connaissais bien, à la recherche d’un peu d’aide. Mais je n’ai trouvé que des portes fermées. » Sa chance tourne lorsqu’il se souvient de Jean, son camarade de jeu. « C’est sa mère, Léonie Luiggi (son nom d’épouse, NDLR), qui a ouvert. Elle m’a logé, coiffé et nourri » , raconte-t-il avec émotion.

Sans attendre, elle l’emmène au matin chez sa sœur, Marie-Ange Fontaine, qui vit avec sa fille dans une maison composée d’une seule pièce. Simon découvre alors l’un des hameaux de Sixt-sur-Aff, Noyal. Il prend un nom d’emprunt : Simon Benjamin. « Dès le deuxième jour, j’ai fait connaissance des voisins. Tout de suite, je me suis trouvé en sécurité, bien intégré. Les habitants avaient toujours le sourire. »

Dans l’impossibilité d’aller à l’école, il évite de quitter la maison et ses environs, par précaution. « Pour me rendre utile, j’ai participé aux travaux des champs avec Félix Jarnier, le frère de Marie-Ange et Léonie. Je suis devenu un petit Breton. » À la Libération, il a pu retrouver sa famille à Paris.

« Au péril de leur vie »

Soixante-dix-sept ans après les faits, ces trois habitants de Sixt-sur-Aff ont été mis à l’honneur ce dimanche après-midi, à l’espace de l’Aff. Ils ont reçu, à titre posthume, la médaille de Juste parmi les Nations. « Jusqu’à aujourd’hui, on comptait dix-neuf Bretons qui ont obtenu cette distinction » , note Roland Korenbum, délégué régional du comité français Yad Vashem, qui décerne ces médailles. « C’est un motif de très grande fierté et d’intense émotion que d’accueillir ici cette cérémonie. Elle met en avant des héros du quotidien, qui ont décidé de tendre la main, au péril de leur vie » , note le maire, René Riaud, qui a échangé longuement avec Simon, par correspondance, depuis 2016.

Deux des descendants de la famille Jarnier étaient présents. « Ils ne voulaient pas faire de cet acte un sujet de glorification. C’était un témoignage de leur esprit d’ouverture et de leur patriotisme. Je suis fière de mon père, Félix, de tous ce qu’il a fait avec les moyens qu’il avait » , explique Marie-France Berthier, au micro, devant 170 personnes. « J’ai aussi une pensée pour les membres de la famille de Simon Benjamin qui n’a pas eu la chance de s’en sortir », ajoute Alain de Gorce.