Trois sœurs decazevilloises faites _Juste parmi les Nations

La médaille et le diplôme d’honneur de Justes parmi les Nations seront remis à titreposthume à Yvonne, Thérèse et Jeanne Moncet, qui ont sauvé une famille de la barbarie nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le 24 juin prochain, à Decazeville, Anita Mazor, ministre de l’ambassade d’Israël, en charge des régions du sud de la France remettra, à titre posthume, la médaille et le diplôme d’honneur des Justes parmi les Nations à Yvonne, Thérèse et Jeanne Moncet.

Une cérémonie organisée par la mairie de Decazeville et Simon Massbaum, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem. Près de 150 personnes sont attendues dont les associations d’anciens combattants, de résistants, de déportés, des élus, des membres des clergés des religions du Livre, des membres des familles Montet et Weisz et une classe de l’école du Sailhenc.

Le 5 juin 2017, l’Institut Yad Vashem de Jérusalem avait décerné le titre de Juste parmi les nations aux soeurs Moncet.

Ce titre (la plus haute distinction civile de l’état d’Israël) a été décerné à plus de 26 500 personnes à travers le monde dont près de 4 000 en France. Yvonne Moncet était assistante greffière au tribunal de paix et Jeanne gantière à domicile pour les ants de Millau. Les trois soeurs étaient célibataires et vivaient ensemble dans la maison familiale de l’actuelle avenue Laromiguière, acquise par leurs parents à la mère de la cantatrice Emma Calvé qui y avait grandi. Une quatrième soeur, Hélène, est morte à l’âge de 38 ans. Elle avait épousé Mr Ragon. C’est Dominque Ragon-Moncet, neveu, qui recevra la médaille et le diplôme d’honneur le 24 juin prochain.

Ses tantes ont sauvé la famille Weisz : Alexandre, son épouse Czarna et leurs enfants Jacqueline et Céline (lire ci-dessous). En 1947, Yvonne Moncet est élue MRP au conseil municipal de Decazeville ; nommée au bureau de bienfaisance (futur CCAS). En 1952, elle participe à l’inauguration de l’école Jean-Moulin. Réélue en 1953, elle participe à la création d’un chantier de chômage. Yvonne Moncet s’est éteinte en 1995 à Rodez. Les noms des trois soeurs Moncet seront ajoutés sur la stèle des Justes parmi les Nations de l’Aveyronà Sainte-Radegonde qui compte déjà 41 noms.

D’autres cérémonies célébrant des Justes Aveyronnais ont lieu en 2018 : le 8 juin, une plaque a été dévoilée à l’ancien couvent de Grèzes à Sévérac-L’église, par Salomon Jassy, qui avait été caché par Simone Stolze-Coqué.

Puis, cet été, au mémorial de la Shoah de Paris, la médaille et le diplôme de Juste parmi les Nations seront remis aux descendants d’Eva Pourcel, institutrice à Villefranchede-Rouergue, qui accueillit chez elle Victor Gottesman, alors âgé de 2 ans et dont le père fut tué quelques mois plus tard.

Victor n’est jamais reparti de chez Eva. Neuf ans plus tard, tous deux quittèrent Villefranche pour Versailles. Pour " renvoyer l’ascenseur à l’Humanité ", Victor Gottesman a créé en 2005 une ONG pour créer des écoles de brousse au Mali. Deux ont déjà été construites, pour 800 élèves. Trois de plus sont en projet.

Alexandre Weisz naît en 1911 en Roumanie, il se marie à Paris en 1933 avec Czarna Karmazyn, d’un an sa cadette. Deux enfants naissent de cette union, Céline (1934) et Jacqueline (1935). Alexandre Weisz est installé comme tailleur apiéceur, son épouse lui apporte son aide.

 

Le 21 octobre 1939, quelques semaines après la déclaration de guerre, il s’engage volontairement dans l’armée française, il est fait prisonnier par les troupes allemandes le 24 juin 1940 à Allain (Meurthe-et-Moselle) et rejoint le stalag 12-E de Metz d’où il s’évade en mars 1942, grâce à la complicité d’une famille allemande, avec un compagnon d’infortune, René Combes, originaire de Mur-de-Barrez (Aveyron). près plusieurs jours de marche, tous deux parviennent à Mur-de-Barrez, le maire du village entre en contact avec la Résistance. Une assistante sociale à Decazeville, Yvonne Moncet, et ses deux soeurs, Thérèse et Jeanne, prennent alors en charge Alexandre Weisz. Elles louent une chambre d’hôtel à Decazeville, lui procurent des vêtements et du travail à la mine.Les rafles et les contrôles des autorités rendent la vie difficile pour Czarna et ses deux filles, restées à Paris. Yvonne Moncet vient chercher les deux enfants et les ramène en Aveyron. Par sécurité, la maman emprunte une autre voie pour rejoindre son époux et ses enfants désormais réunis à Decazeville. Le curé de Decazeville fournit de faux certificats de baptême mais en février 1944, la Gestapo vient arrêter Alexandre Weisz, heureusement absent à ce moment-là. Elle embarque néanmoins Czarna et la retient pour son interrogatoire où elle affirme que son mari est prisonnier en Allemagne. Elle est relâchée quelques jours plus tard.

Devant le danger qui s’amplifie, Yvonne Moncet met les deux enfants du couple à l’abri à Asprières, en périphérie de Decazeville. Les parents trouvent refuge dans une vieille maison de Campuac, fournie par le curé de la paroisse. Céline et Jacqueline rejoignent

finalement leurs parents. Grâce à de faux papiers au nom de «Blanc » et au soutien des villageois de Campuac, la famille Weisz échappera à la déportation.

Après la guerre, Alexandre Weisz s’installe comme artisan tailleur à Decazeville. Il retournera à Paris en 1954 avec son épouse et ses deux filles. Des juifs résidents ou réfugiés dans le Bassin decazevillois ont été raflés et déportés. Edouard Bleiberg et Elie Korentager (oncle du cardinal Lustiger) ont été raflés le 22 février 1943, déportés à Maïdanek-Lublin en Pologne et gazés le 9 mars 1943. Gisèle Lustiger (mère du cardinal) a été arrêtée à Decazeville puis relâchée; arrêtée à Paris, déportée et gazée à Auschwitz (Pologne). Les époux Henri et Carmen Pizante (commerçants) ont été déportés et assassinés à Auschwitz. Adrienne Klein a été déportée et décédée à Ravensbrück (Allemagne). Hans-Jean Kaufman a été raflé le 22 février 1943 et déporté sur l’île d’Aurigny. Il a survécu.