Les acteurs du sauvetage

Les acteurs locaux

 

La comtesse  Hélène de Suzannet

Hélène de Suzannet Mère de cinq enfants, elle est veuve depuis 1938 de Jean de Suzannet, issu d’une vieille famille aristocratique et ancien maire de Chavagnes et député de Vendée.

Peu après sa mort, elle obtient son diplôme d’infirmière et, dès le début de la guerre, vient en aide aux réfugiés à l’hôpital de La Roche sur Yon. Dès 1940, elle s’engage dans la Résistance.

Le 11 novembre 1940, elle participe avec son fils, à la manifestation des étudiants venus commémorer l’armistice de 1918 à l’Arc de Triomphe.  C’est l’un des premiers actes de résistance à l’occupant.

Son château de La Chardière, un édifice du XVIIe siècle, est occupé par les Allemands, mais elle possède aussi un logement à Paris qui lui permet d’organiser, en liaison avec le service clandestin (SF ou service 42B) le départ d’enfants juifs dont la plupart des parents ont été déportés. Le convoyage des enfants de Paris en Vendée est assuré par une étudiante de 19 ans, Suzanne Mathieu.

A Chavagnes, son coéquipier est le Docteur Gabriel Foucaud qui se charge de trouver des placements sûrs aux enfants.

Hélène de Suzannet est aussi membre du réseau Comète dont le rôle est de recueillir et d’exfiltrer les aviateurs alliés tombés en France ou en Belgique.

Arrêtée par les Allemands en juin 1943, emprisonnée à Fresnes et passible de la peine de mort, elle est libérée six mois plus tard mais reste sous surveillance. Fin 1944, elle devient membre du Comité Départemental de la Libération (CDL).

Elle sera maire de Chavagnes en 1945-46 et aussi l'une des 33 femmes élues aux élections législatives du 21 octobre 1945, lors de la première participation au vote des femmes.

En 1946, elle assure la présidence du Comité Français pour la Défense des Droits de l’Homme, et travaillera à la réconciliation avec les Allemands.

 


Le Docteur Gabriel Foucaud

Docteur Foucaud et son épouse Il est, avec Hélène de Suzannet, l’un des organisateurs du sauvetage des enfants juifs.

Il s’installe à Chavagnes en 1913.  Résistant et gaulliste de la première heure, il convainc le maire Gilbert de Guerry, du danger que courent les enfants juifs, et ce dernier ne signalera pas leur présence à la Préfecture.

 

Il recherche des lieux d’accueil sûrs dans lesquels il répartit les enfants. Sa fille Anne-Marie, âgée d’une vingtaine d’années, réalisera quelques convoyages d’enfants de Paris à Chavagnes.

 

Les acteurs parisiens

 

L’UGIF et les centres d’enfants, entre légalisme et clandestinité

Certificat UGIF L’Union Générale des Israélites de France est créée en novembre 1941 par le gouvernement de Vichy sur l’ordre des Allemands.  Elle assure la représentation des Juifs et est chargée de l’action sociale ; elle verse des allocations aux foyers privés de revenus, finance les cantines populaires et les hospices. 

Après les rafles de l’été 1942, elle ouvre des centres pour enfants à Paris et en banlieue (foyers de la rue Lamarck, de la rue Vauquelin, de l’ORT, rue des rosiers, et à Louveciennes, La Varenne, Montreuil, Neuilly, Saint-Mandé).

Ces centres regroupent :

  • Des enfants dits "libres", placés par leurs parents, ou "abandonnés" pour diverses raisons.
  • Des enfants dits "bloqués" ou isolés, qui avaient été internés puis libérés des camps par les Allemands et placés sous la responsabilité de l’UGIF.  Ces enfants étrangers ou nés de parents étrangers sont fichés et "déportables" à tout moment.

 

Le centre de la rue Lamarck  Paris 18e

Ce centre est transféré 70 avenue Secrétan à Paris 19e en avril 1944.  Y transitent les enfants "bloqués-isolés" épargnés temporairement par les déportations.

L’ UGIF  et ses maisons sont sous le contrôle du Commissariat Général aux Questions Juives et de la Gestapo.

Juliette Stern (ancienne responsable de la Fédération française de la WIZO) dirige les services sociaux de l’UGIF (Service 5). En liaison avec des organisations juives et non juives, elle mène et couvre des actions clandestines de sauvetage, utilise une partie des fonds officiels pour payer des pensions aux familles d’accueil, les déplacements des enfants cachés, les soins médicaux, etc…

Priorité est donnée au sauvetage des enfants du foyer Lamarck.  Des personnes telles que Lucienne Clément de l’Epine, Suzanne Mathieu, Laure Viardot … se chargent de les placer en lieu sûr. Le service clandestin 42 B a pu placer 1200 enfants dans la zone occupée

250 enfants dits "bloqués" ont été arrêtés par Alois Brunner et déportés sans retour en juillet 1944. Il a été reproché à l’UGIF de n’avoir pas dispersé les enfants de ces centres.

 

Le rôle de Suzanne Mathieu-Guimbretière, Convoyeuse d’enfants

Suzanne Guimbretière Etudiante en lettres à la Sorbonne et surveillante au Collège Sévigné, elle a 19 ans en 1942 et  manifeste sa solidarité avec une amie juive en portant un œillet jaune sur ses vêtements.

Une collègue lui propose de convoyer des enfants hors de Paris pour le service clandestin de placement de l’UGIF. Mineure, elle demande son autorisation à sa mère Laure Viardot (1890-1976), enseignante, qui la lui accorde et s’engage elle-même dans cette tâche.

Suzanne convoie les enfants dans le Loiret, la Loire-Inférieure et la Vendée. Laure se rend surtout dans l’Eure, l’Eure et Loire et l’Yonne.

Outre le convoyage des enfants, Suzanne Mathieu avait mission de s’assurer des bonnes conditions du placement et de maintenir un lien si possible avec les familles.

Lorsqu’elle partait en Vendée, elle conduisait à Nantes des petits groupes de trois ou quatre enfants que Rachel Lifchitz, assistante sociale à L’UGIF, lui remettait à la gare d’Austerlitz.

Quand sa destination était Chavagnes elle poursuivait le trajet jusqu’à la gare de Montaigu ou de l’hébergement et achevait le parcours avec les enfants en carriole. A tout instant Suzanne Guimbretière et sa mère elle risquait de se faire arrêter, ce qui lui arriva une fois, heureusement sans conséquences.

A l’arrivée, le Dr Gabriel Foucaud réceptionnait les enfants et les répartissait dans le bourg ou les villages avoisinants (Souil, Benet…).

 

Rachel LIFCHITZ, résistante juive, un maillon important dans le sauvetage des enfants

Assistante sociale, Rachel Lifchitz est membre du service de placement clandestin créé au sein de l’UGIF et dirigé par Juliette STERN. Elle prépare les enfants qu’on tente de sauver à leur future vie, leur fait assimiler les consignes de silence et de sécurité, puis les conduit à la gare par petits groupes et les  confie aux convoyeuses. Sa fausse carte d’identité au nom de Françoise Leroyer facilite ses déplacements.

 

Le Sud- vendéen : un autre pôle de sauvetage d’enfants juifs

A droite Juliette Stern Dans la Marais Poitevin ou à proximité, des communes telles que Longèves, Saint-Valérien, Nieul sur l’Autise, la Boupère, la Merlatière, Maillezais… ont accueilli des enfants juifs.

A Saint-Valérien près d’une dizaine d’enfants ont été cachés dans des familles catholiques.

On peut citer la générosité d’Adrien et Héloise Chasserieau, fermiers à Ligné qui ont hébergé Louise Fajwlowicz et son frère Isaac dit Bernard, puis leurs cousins Rachel et Maurice Samis.

Dans leur voisinage, Marthe Rouhaud, cultivatrice, dont le mari était prisonnier de guerre a protégé Marcelle Goldenberg, 12 ans, qu’elle a traitée comme sa seconde fille.

A Nieul sur l’Autise, Gustave et Gabrielle Benoit se sont chargés en mars 1943 de Georges (10 ans) et Serge (7 ans) Borman et les ont gardés jusqu’en septembre 1944. Les enfants avaient déjà séjourné chez eux par l’intermédiaire de l’association Lumière et Santé d’Olympe  Baudry.

Toutes ces personnes ont été reconnues « Justes parmi les Nations »

 

Le rôle d’Olympe Baudry (née à Mouzeuil en1882, décédée en1964 à Fontaines)

Institutrice, puis directrice d’école maternelle dans le quartier populaire de Ménilmontant à Paris, Olympe Baudry dirige l’association Lumière et Santé.

Cette association propose pour des enfants malades et des enfants de familles nécessiteuses des séjours sanitaires dans des familles vendéennes, plus particulièrement à Saint-Valérien, Pendant la guerre, Olympe organise avec madame David-Weill des placements clandestins d’enfants. Grâce aux liens qu’elle a tissés avant la guerre avec les familles d’accueil, elle pourra cacher plusieurs enfants juifs.