Le contexte historique

La ligne de démarcation, une véritable frontière  


En juillet 1940, après l'armistice, le territoire français est coupé en deux par la ligne de démarcation Celle-ci sépare la zone occupée par les Allemands de celle dite libre qui est sous l'autorité directe du gouvernement français dont le siège est à Vichy. La ligne de démarcation traverse le département du Cher. Sa partie sud, l'arrondissement de Saint-Amand, est en zone libre (appelée zone sud après l'invasion allemande de novembre 1942). Cependant, le tracé de la ligne ne suit pas exactement les contours de l'arrondissement. Celui-ci compte plus de communes qu’avant-guerre et sa population est élevée.

La sous-préfecture de Saint-Amand ne dépend plus du chef-lieu du Cher, Bourges, qui est en zone occupée mais de la préfecture régionale de Limoges.

La présence de la ligne de démarcation, véritable frontière située à environ 200 km de Paris, crée une situation tout à fait particulière. Les secteurs qui en sont proches sont des lieux de passage clandestin pour de nombreuses personnes et en premier lieu pour les Juifs. À ce sujet, on estime que sur les 324 qui ont été déportés du Cher ou exécutés dans ce département, 215 avaient préalablement été arrêtés lors de son franchissement illégal -certains tardivement car la ligne de démarcation n'a été supprimée qu'en mars 1943. 

 

La ligne de démarcation

 

L'arrondissement de Saint-Amand-Montrond : une zone-refuge 

Recensement des Juifs

Comme toutes les régions situées en deçà de cette frontière intérieure, le sud du Cher est un lieu où se regroupent nombre de réfugiés juifs. La petite ville de Saint-Amand (environ 9 200 habitants en 1936) en a vu venir certains dès les premiers mois de la guerre. Il s'agissait de Juifs originaires d’Europe centrale mais surtout de membres des communautés de l'est de la France, évacués ou repliés. Ces derniers seront rejoints plus tard par leurs coreligionnaires expulsés lors de l'annexion de l'Alsace et de la Moselle en juillet 1940. D'autres, venus de Paris notamment, sont arrivés au moment de l’exode de mai-juin 1940. Enfin, quelques rescapés des rafles de juillet 1942 en zone occupée se sont aussi installés là. Apparemment bien accueillis par la population berrichonne, ces réfugiés se sont intégrés dans le tissu social et économique de la cité. 


Zone libre, zone occupée : une double législation antisémite

 

Dans les deux zones, préfets et sous-préfets veillent à l'application des mesures d'exclusion et de persécution prises par le gouvernement de Vichy à l'encontre des Juifs : interdictions professionnelles, réduction des libertés individuelles, spoliations, dénaturalisations, internement des Juifs étrangers de zone libre dans des camps. Cette politique antisémite mise en œuvre à partir de l'automne 1940 n'a pas été dictée par l'Allemagne, elle relève de l'initiative de l'État français. En zone occupée, les Allemands imposent leurs propres mesures : recensement, spoliations, restrictions des déplacements et, en 1942, port de l'étoile jaune suivi de l'interdiction d'accès à la plupart des lieux publics. Dans cette zone, les Juifs sont de ce fait soumis à une double législation : celle de l’occupant et celle de Vichy. En novembre 1942, l’ensemble de la métropole est occupée mais les mesures allemandes ne sont pas étendues à la zone sud. 


La politique antisémite de Vichy à Saint-Amand

  

La population juive de l'arrondissement de Saint-Amand est soumise à la politique antisémite de Vichy telle qu'elle s'exerce en zone libre. Les mesures allemandes ne la concernent pas. Par ailleurs, il est arrivé que des directives antijuives de Vichy ou de la préfecture régionale de Limoges soient volontairement mal relayées par l'administration sous-préfectorale de Saint-Amand car celle-ci était en partie noyautée par la Résistance. Pierre Lecène, sous-préfet à Saint-Amand de septembre 1943 à mai 1944, a été déporté pour cette raison.

 À Saint-Amand, comme ailleurs en zone libre, les Juifs étrangers ont été les premiers à être arrêtés, dès l'été 1942. Considérer cette partie de la France comme un lieu sûr était une illusion dont beaucoup ont été victimes. Il y a eu trois recensements des Juifs : l’un, général, imposé par l’État français en juin 1941 ; un autre, complémentaire, ordonné par la sous-préfecture de Saint-Amand fin de février 1942 (pour ceux entrés en France depuis 1936) ; un troisième, général à nouveau, quatre mois plus tard.

Deux rafles conduites par la police française se sont déroulées à Saint-Amand en août 1942, puis en février 1943. Des arrestations sporadiques ont eu lieu au cours des mois suivants. Enfin, en juillet 1944, une dernière grande rafle permit à la Milice et à la Gestapo de se saisir de 67 personnes.

Dans le Cher, beaucoup de Juifs ont néanmoins échappé aux arrestations, le plus souvent grâce à l'aide et à la bienveillance d'une partie de la population.

Compte rendu de recensement du 29 mai 1942 Lettre du sous préfet de St Amand au ministre de l'Intérieurdu 15 juillet 1941