Les Justes de Saint Amand-Montrond

Biographies de  Juliette Laneurie,  et Pierre-Aimée Laneurie

 

Juliette Laneurie, née Brunet (1904-1993) et Pierre-Aimée Laneurie (1901-1971)

Reconnus Justes parmi les Nations le 24 novembre 1992 par Yad Vashem à Jérusalem ou par l’État d’Israël 

 

Juliette Laneurie   Pierre Aimé Laneurie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Habitant à Saint-Amand-Montrond et ne pouvant avoir d'enfant, Juliette et Pierre-Aimée Laneurie décident à la fin de l’année 1942 d’en adopter un. Ils y parviennent par l'intermédiaire d’une maison d’enfants installée à Montbeton, près de Montauban. Sa directrice, Mme Thalheimer, cache des enfants juifs venant de Paris.

Jean Yves Laneurie lors de sa communion solennelle Au printemps 1943, Juliette et Pierre-Aimée adoptent ainsi officiellement le petit Jean-Yves, âgé de 3 ½ ans. De santé délicate, ce garçonnet est le fils de Juifs parisiens dont on ignore le sort. On sait uniquement qu’il est né à la clinique de la rue Mont-Thabor dans le premier arrondissement de Paris.

Étant de confession catholique, ses parents adoptifs le font baptiser. Jean-Yves témoignera plus tard que ce baptême célébré par l’archiprêtre Doucet, qui était l’une des rares personnes à connaître ses véritables origines, lui a permis de s’insérer plus facilement dans son nouvel environnement et de survivre. Déclaré officiellement à la mairie, Jean-Yves ne sera ainsi jamais en danger.

Il est élevé avec beaucoup d'amour.

 

Pierre Aimé et Juliette Laneurie habitaient Saint Amond. Ils ont adopté Jean-Yves Yad Vashem Jérusalem

 

 

 

Biographie de Germaine Vigne


GERMAINE VIGNE, née Villeneuve (1912-1972)

Reconnue Juste le 9 octobre 2003 à titre posthume

Germaine-Vigne

Arrivés de Pologne dans les années vingt, Chana, née Graneck, et Jankiel Langmann se marient en 1933. Ils sont couturiers et habitent dans le 3e arrondissement de Paris. À la déclaration de guerre, ils s’installent avec leurs deux enfants, Dora (5 ans) et Raymond (3 ans) dans une petite maison à Graçay. Dans ce village du Cher, la famille est bien intégrée : Jankiel, alors âgé de 34 ans est employé chez un tailleur, Chana travaille dans les fermes avoisinantes et les deux enfants fréquentent l’école communale.

En 1941, Jankiel remonte clandestinement à Paris pour savoir ce qu’il est advenu de leur appartement. Arrêté, il parvient à s'échapper et à revenir à Graçay. Cette même année, naît Lucien, leur troisième enfant.

Les rafles de 1942 incitent Chana à placer ses trois enfants chez des nourrices proches de chez elle. L’année suivante, Jankiel retourne à Paris. De nouveau arrêté, il est interné au camp de Drancy. En septembre 1943, il réussit à sauter du train qui le déportait à Auschwitz.

Mais une enquête avait été diligentée pour retrouver l’ensemble de la famille Langmann. Un jour de l’été 1943, Chana est arrêtée avec ses trois enfants. On l’autorise à se rendre aux toilettes qui se trouvent dans une petite cabane au fond du jardin, derrière la maison. Mais elle ne revient pas. Tout le monde attend jusqu’au soir son retour. La Gestapo et les gendarmes concluent que, par désespoir, elle s'est jetée dans le puits près de la cabane. Pendant ce temps-là, Chana cherche désespérément une cachette et tape vainement à plusieurs portes.

C’est Germaine Vigne, 31 ans à l'époque, qui lui ouvre celle de sa maison, située place de l’Église, à Gracay. Puis, celle-ci se rend auprès des enfants pour les rassurer au sujet de leur mère.

Chana et ses trois enfants restent plusieurs semaines chez Germaine et son mari, lesquels ont un fils, Jacques, âgé d'une douzaine d'années. Par la suite, les enfants de Chana sont placés chez trois nourrices différentes. Celles-ci n’ont pas pu être reconnues comme Justes bien qu’elles aient activement participé à leur sauvetage. 

 

 

Biographies de Henriette Fagnot et Maurice Fagnot 


Henriette Fagnot née Lesage (1910-1999) et Maurice Fagnot (1914-2003)

Reconnus Justes parmi les Nations le 26 mars 1997

Monique Ascher n’avait que 4 ans quand son père, Salomon, a été déporté de Pithiviers à Auschwitz par le convoi 4 (25 juin 1942). Il était âgé de 34 ans. De nationalité tchécoslovaque, il avait été arrêté avec 3 800 autres Juifs étrangers lors de la rafle dite du Billet vert menée par la police française à Paris le 14 mai 1941. Monique s’était retrouvée seule avec sa mère, Chana, dans leur appartement du 27 rue de Maubeuge dans le 9e arrondissement de Paris.

Le destin a voulu qu’elles rencontrent sur leur chemin des gens qui les ont aidées : pour certains par un simple mot ou geste, pour d'autres par des actions davantage inscrites dans la durée. Elles leur doivent leur salut.

Parmi ces gestes d'humanité, il y a d’abord celui d'une relation de la famille, un gardien de la paix qui les a averties, la veille du 16 juillet 1942, qu’une grande rafle allait avoir lieu. Puis la bienveillance d'une voisine, Marie Bodrais, qui a accepté ce matin-là d'accueillir la petite Monique chez elle. Quand sa mère est venue la chercher, quelques heures plus tard, des agents en civil étaient postés dans l'immeuble. La concierge les a alors cachées dans sa modeste cuisine, derrière un buffet, affirmant à ceux qui la questionnaient qu’elle ne savait pas où se trouvaient la mère et sa fille. 

Une autre concierge a ensuite proposé à Chana de placer Monique jusqu’à la fin de l’année chez les Lesage, une famille d’accueil résidant à Draveil, dans la banlieue parisienne.

L’une de leur trois filles, Henriette, âgée de 32 ans, avait décidé de rejoindre en zone libre son mari, Maurice Fagnot. Celui-ci s'était évadé d’un camp de prisonnier et résidait alors à Chaumont, dans la commune de Blet près de Saint-Amand-Montrond. Les époux Fagnot acceptèrent de recueillir Monique qui resta chez eux deux années, jusqu’à la Libération. Elle appelait ses protecteurs “parrain” et “marraine”. Ces derniers étaient d'ailleurs considérés comme tels par les villageois qui la voyaient dans le bourg.

Les Fagnot étaient des catholiques pratiquants mais ils n’ont jamais cherché à influencer Monique pour qu'elle se convertisse. Sa mère, Chana, engagée dans la Résistance en région parisienne, a pu venir la voir à Chaumont. Ses déplacements ont été possibles grâce à l'une des sœurs d'Henriette, Marie-Thérèse Minvielle, qui lui prêtait sa carte d’identité.

C'est avec l'aide de ces personnes, en apparence ordinaires, que Chana et Monique ont échappé à la déportation.

 

 

 

Monique Ascher avec Henriette et Maurice FAGNOT et Marie-Thérèse la soeur de Henriette Monique Ascher devant la maison de NAUDON vers 1943 à Chaumont

Biographies de Étienne Boissery ,sa femme Marie et leurs filles Annette  et Pierrette


Étienne Boissery (1883-1964), sa femme Marie (1888-1974) et leurs filles Annette (1913-2001) et Pierrette (1919-2006)

Reconnus Justes parmi les Nations le 20 juin 2001

 

C’est l’histoire singulière de deux familles juives unies par des liens de parenté : les Juda et les Gugenheim.

Fin 1940, André et Claudine Gugenheim s’installent à Saint-Amand-Montrond. Là, ils gèrent une succursale de l'affaire que Georges et André Juda, oncles d'André, avaient créée dans le domaine du cuir.

Le couple Gugenheim a deux petites filles, Anne et Nicole, respectivement âgées de 4 et un an au printemps 1942.

Après la rafle du 23 février 1943, Claudine et ses filles se cachent au château des Barres dans la commune de Bessais-le-Fromental, à 14 km de Saint-Amand. De son côté, André Gugenheim part au Maroc où il s’engage dans les Forces française libres (FFL).

En mars 1944, les deux sœurs Gugenheim sont placées dans une famille d'agriculteurs, les Boissery. Leur ferme est située dans le hameau de La Gossonnière à Saint-Aignan-des-Noyers, petite commune de l’arrondissement de Saint-Amand-Montrond. Étienne et Marie Boissery sont âgés d'une soixantaine d'années. Leurs filles Annette, 31 ans et Pierrette, 25 ans, vivent avec eux. Leur fils aîné, Louis, est prisonnier de guerre en Allemagne.

Pour brouiller les pistes, le secrétaire de mairie de Bessais-le-Fromental fournit aux deux fillettes des faux papiers d’identité. Anne et Nicole s'appellent dorénavant Rose et Nicole Gravier, natives de Honfleur.

Cependant, suite au coup de main de la Résistance à Saint-Amand, le 6 juin 1944, la situation dans la région devient beaucoup plus dangereuse. Or, La Gossonnière, proche de la forêt de Tronçais (Allier), se trouve près d'une zone où la Résistance est particulièrement active. Les cinq familles qui habitent ce hameau savent pertinemment que les Boissery cachent des Juifs dans leur ferme et qu'ils le font en pleine connaissance de cause. Heureusement, le lien entre ces hommes et ces femmes s'opère sur le mode de la complicité et de la discrétion.

Début juin 1944, Claudine Gugenheim qui est restée avec les Juda au château des Barres réussit à échapper à la Milice. Elle trouve alors refuge dans plusieurs fermes, notamment celle de Paul et Marie Soulat, cultivateurs à Cérigny près de Bessais-le-Fromental.

La famille Juda, quant à elle, connaît un autre destin. Quatre de ses membres sont arrêtés le 29 juin 1944 : les deux frères André et Georges, Niny, la femme de ce dernier et leur fille Maryse. Georges et André, oncles d’André Gugenheim, feront partie des 36 victimes du massacre des puits de Guerry.

 


Biographie de Hélène Zemmour


HÉLÈNE ZEMMOUR, née Cornu (1912 -2005)

Reconnue Juste parmi les Nations le 22 novembre 2009 à titre posthume

 

Hélène Zemmour En 1942, Maurice Mendelsweig (35 ans) et sa femme Fanny (32 ans) habitent à Villiers-sur-Marne (près de Paris) où ils sont fourreurs à domicile. Ils ont deux enfants : Georges, né en 1931, et Jeannine qui est de 1937.
Les parents sont arrêtés en juillet 1942 et déportés de Drancy par le convoi 37 du 25 septembre 1942.

Jusqu’à l’été 1943, leurs enfants sont placés par leur oncle Jacques (le frère de Maurice) dans une famille catholique à Villiers-sur-Marne. Mais les trouvant trop proches de Paris, Jacques décide de les installer en zone sud avec sa mère, Léa.

Léa et son mari Joseph Mendelsweig étaient venus de Pologne en 1905. Ils habitaient avec leur quatre enfants au passage de la ferme Saint-Lazare dans le 10e arrondissement de Paris.

Là, ils s'étaient liés d’amitié avec leur voisine, Jeanne Penverne. Celle-ci avait une jeune cousine, Hélène Cornu, qui passaient régulièrement ses vacances à Paris depuis l'âge de 14 ans. Aussi, Hélène connaissait-elle la famille Mendelsweig depuis 1926.

Lorsque Jeanne Penverne demanda à sa cousine si elle pouvait accueillir chez elle dans les plus brefs délais les deux enfants Mendelsweig et leur grande-mère, celle-ci accepta sans hésiter. Jeanne les y conduisit donc dès le lendemain.

Hélène habitait à Massœuvre, un petit hameau de la commune de Saint-Florent-sur-Cher, à une quarantaine de kilomètres de Saint-Amand-Montrond. À ce moment-là, elle était enceinte de son septième enfant. Son mari Charles Zemmour, juif né en Algérie en 1904, travaillait à Montluçon et faisait partie d’un réseau de résistance. Ils vivaient très modestement.

C'est une autre famille de Massœuvre, le couple Martin, qui prit en charge la grand-mère Léa. Elle dormait la nuit dans leur café-épicerie mais passait ses journées chez Hélène où elle retrouvait ses deux petits-enfants de même que les garçons et les filles de la maison.

Georges et Jeannine n’allaient pas à l’école afin que leurs noms ne soient pas enregistrés mais tout le village connaissait leur présence. Cependant, personne ne posait de questions.

Quand la venue de gendarmes à Massœuvre était pressentie, c’est Louis Martin (maire de Saint-Florent-sur-Cher avant-guerre) qui emmenait lui-même Léa dans les bois.

Les enfants ont fait partie intégrante de la famille Zemmour jusqu’en septembre 1944. Ce n’est que bien plus tard que Charles Zemmour confiera qu’il était lui aussi à la merci d'une arrestation.

 

Famille Zemmour Les enfants Zemmour AUSWEIS de Charles Zemmour

Biographies de Edmond , Germaine BaugerMarie et Camille Guillaumin


Edmond (1898-1984), Germaine BAUGER (1905-1991)

Marie (1913-1995) et Camille GUILLAUMIN (1900-1991)

Reconnus Justes parmi les Nations le 8 mai 2012 à titre posthume 

 

Ce sont les maillons d’une chaîne de solidarité d’hommes et de femmes qui ont permis à Charles Krameisen, 43 ans, d’échapper à une mort certaine, lui qui est l'unique rescapé du massacre des puits de Guerry, perpétré le 24 juillet 1944.

Au moment où il était amené avec ses compagnons d’infortune vers les puits, il s'est détaché du groupe et a couru pour échapper aux tirs. Rampant dans les fourrés, blessé, traqué par la Milice et la Gestapo, il est arrivé pieds nus à la ferme du couple Camille et Marie Guillaumin. Camille a alors 44 ans et sa femme, 31. Ils ont huit enfants âgés de un à 12 ans. Leur ferme, située à Savigny-en-Septaine, n’est qu’à quelques kilomètres du lieu du massacre. En dépit du danger, ils vont l’abriter et le soigner pendant trois jours.

Habillé en ouvrier agricole, Charles Krameisen rejoint ensuite la ferme isolée d'Edmond et Germaine Bauger, parents de trois enfants. Celle-ci se trouve à Las, un lieu-dit de la commune de Charenton-du-Cher, à une dizaine de kilomètres de Saint-Amand-Montrond. C’est là qu’il restera caché jusqu’à la fin de l’Occupation. Charles connaissait déjà Edmond puisque, en 1941 et 1942, ce dernier l'avait employé comme ouvrier agricole. Leurs relations professionnelles s’étant transformées en relations d’entraide, il avait trouvé refuge chez lui en 1943 et y avait vécu caché pendant une dizaine de mois.

Charles Krameisen n’est pas le seul à avoir eu la chance de trouver refuge chez les Bauger. En effet, Edmond et Germaine ont également hébergé jusqu’à la Libération un médecin juif qui excerçait à Bourges, le Dr Weinberg, et sa femme alors enceinte. Ce couple était parvenu à échapper aux filets de la Gestapo en juillet 1943. Il avait connu les Bauger par l'intermédiaire de leur fils Adrien, réfractaire au STO. Adrien Bauger et son frère aîné, Fernand, se sont engagés dans la Résistance et ont pris part aux combats de la Libération dans la région de Charenton-du-Cher.

Qu'il s'agisse de résistance civile ou de résistance armée, la résistance chez les Bauger a véritablement été une affaire de famille.

Charles Krameisen avait deux enfants, Amélie et Henri, âgés respectivement de 18 et 14 ans en 1944. Ayant été cachés, ils étaient saufs. Malheureusement, Marthe, son épouse, a connu le même sort que les sept autres femmes, assassinées le 8 août 1944 à Savigny-en-Septaine. Son corps a été retrouvé dans le puits de Guerry n° 2.

 

Ferme de la famille Bauger Camille & Marie et leur fille Madeleine Marie Guillaumin Camille & Marie Guillaumin

Biographies de Jacques Bouldoire


Jacques Bouldoire (1914-1952)

Reconnu Juste parmi les Nations le 27 novembre 2013, à titre posthume

 

Jacques Bouldoire et Germaine le 06/09/1941 C’est toute une famille non juive qui s'implique dans le sauvetage de l’ensemble d’une famille juive. Jacques Bouldoire avait épousé Germaine Lewkowicz en 1941. Les parents de la jeune femme, Simon et Ruchla, sont arrêtés à Soissons lors de la rafle du Vel’d’Hiv’, le 17 juillet 1942. C’est tout naturellement qu’il prend en charge les cinq frères et sœurs de sa femme, âgés de 2 à 13 ans. Il installe la fratrie chez ses propres parents, ainsi que chez sa grand-mère, Jeanne Grandjean. Cela lui laisse le temps d'organiser leur départ sous une fausse identité vers la zone libre, à Saint-Amand-Montrond. Leur oncle Mordka Herszlikowicz, âgé alors de 32 ans, y résidait déjà. Il s’efforce, mais en vain, d’empêcher l’arrestation de Ruchla Lewkowicz qui venait d’accoucher à l’hôpital de Laon. Son enfant y était mort subitement quelques jours après sa naissance.

À Saint-Amand, le couple Bouldoire devient gérant d'un petit hôtel-restaurant, Le petit Vougan. Après l’occupation de la zone libre puis l’arrestation de l’oncle Mordka, déporté à Maïdanek-Sobibor le 6 mars 1943, Jacques décide de mettre tous les enfants en lieu sûr. Il les place dans une institution religieuse catholique à Lavault-Sainte-Anne, près de Montluçon (Allier). Quant à sa femme, Germaine, elle se cache chez des villageois à Châteaumeillant, petite bourgade située à quelques kilomètres de Saint-Amand.

Originaires de Pologne, les parents de Germaine, Simon et Ruchla Lewkowicz sont arrivés à Paris en 1923. Jusqu’en 1931, ils ont résidé rue Piat, dans le XXe arrondissement. Le père travaillait comme tailleur. Ils s’installent ensuite à Soissons et ouvrent un premier magasin de vêtements, puis un second en 1937.

Après leur arrestation, Jacques trouve un local afin d’entreposer le stock de vêtements des deux magasins avant qu'il ne soit saisi. 

Ruchla et Simon Lewkowicz, assis, avec Germaine et Jacques Bouldoire, 1941