Les rafles

Collaboration de l'État français avec l'Allemagne.


Dans le Cher, comme ailleurs dans les deux zones, la traque et l'arrestation des Juifs n'a pas été le seul fait des Allemands. Ainsi, dans le cadre de la politique de collaboration d'État avec l'Allemagne, décidée par Vichy dès octobre 1940, des accords sont conclus début juillet 1942 entre le SS Karl Oberg et René Bousquet, secrétaire général de la police française. Ils prévoient la participation de celle-ci à l'arrestation des Juifs étrangers dans les deux zones de même que leur livraison.

Fonctionnaires de l'État français, gendarmes et policiers ont opéré en tous lieux. Dans les deux zones, ce sont eux qui ont été chargés d'effectuer les arrestations ; les grandes rafles de l'été 1942 ont été de leur seul ressort. En effet, pas un seul Allemand n'a participé à ces actions. 

 

 

Le sentiment illusoire d'être en sécurité.

 

Nombreux sont les Juifs étrangers et apatrides, encore en liberté, qui ont le sentiment illusoire d'être en sécurité vis-à-vis des Allemands, que ce soit  à Saint-Amand-Montrond ou ailleurs en zone non occupée. Pourtant, le 26 août 1942, la grande rafle orchestrée par Vichy en zone libre ne les épargne pas. Les opérations de "ramassage" ainsi que le transfert sont exécutés par la gendarmerie et des formations de police mises à la disposition des préfets départementaux. Ces arrestations, très ciblées, ont largement été facilitées par le fichage qui a eu lieu au moment des recensements.

À Saint-Amand et dans plusieurs communes de son arrondissement (Meillant, Sancoins, Arpheuilles, Le Châtelet, Mereau, Châteauneuf et Graçay), 37 hommes, femmes et enfants sont arrêtés en pleine nuit. Le transport jusqu’au camp de Douadic, lieu d’internement provisoire, s’effectue “sans incident”.

À la suite de cette grande rafle menée dans toute la zone libre, la préfecture régionale de Limoges, dont dépend la sous-préfecture de Saint-Amand, estime que plus de 900 personnes ont été arrêtées sur les 1 300 prévues.

Grâce aux commissions de criblage chargées de veiller au respect des diverses mesures d'exemption, le nombre d'arrestations définitives descend à 876 ; plus de 475 d'entre elles concernent des Juifs ayant fui la zone occupée et qui ont été interpellés après avoir franchi la ligne de démarcation.

Ce sont finalement 446 Juifs (220 hommes, 226 femmes et 20 enfants) que l'on regroupe au camp de “triage” de Douadic (Indre) avant de les transférer au centre de Nexon (Haute-Vienne) puis de les acheminer à Drancy le 29 août, par le 6e convoi de zone libre. À peine deux jours après, ils sont déportés par le convoi 26 du 31 août et le 27 du 2 septembre 1942. Dans le premier convoi, se trouvent 9 personnes de Saint-Amand et de son arrondissement dont deux enfants âgés de 5 et 9 ans. Dans le deuxième, figurent cinq personnes d'Arpheuilles dont un adolescent de 16 ans.

Au total, 14 Juifs de Saint-Amand sont ainsi déportés. Aucun ne reviendra.

Comme la rafle du 26 août n'a pas permis d'arrêter les 10 000 Juifs étrangers ou apatrides que Vichy avait convenu de livrer aux Allemands, les arrestations en zone libre se poursuivent au cours des semaines suivantes. Elles frappent 90 personnes dans la région de Limoges dont 9 dans le secteur de Saint-Amand ; parmi elles, figurent deux adolescents de 14 et 16 ans. 


Un prétexte pour arrêter 2 000 hommes juifs. 


L’attentat du 13 février 1943 à Paris contre deux officiers de la Luftwaffe sert de prétexte pour arrêter 2 000 hommes juifs de 16 à 65 ans.

On arrête 26 Juifs dans la sous-préfecture de Saint-Amand. Internés, ils sont transférés à Drancy le 1er mars 1943 puis déportés deux jours plus tard vers Maïdanek-Sobibor (convoi 51).

D'autres arrestations sporadiques ont encore lieu durant l'année 1943 puis en 1944. Elles sont au nombre de 13 : 3 à Saint-Amand, 8 dans le reste de l'arrondissement et 2 à Blancafort, dans le nord du Cher.

 

Au total, ce sont 62 Juifs de l'arrondissement de Saint-Amand qui ont été déportés entre 1942 et 1944.