1500 jeunes juives sauvées à Abstadt dans les Sudètes

Pierre Nicolini et
Georges Pierrot
Justes parmi les Nations
honorés à Sarreguemines
.

La page 107 de ce blog était entièrement consacrée à la figure de Pierre Nicolini. Le 12 février dernier, il devait recevoir son Diplôme et sa Médaille de Juste lors d'une belle et brillante cérémonie organisée à la Mairie du XIe arrondissement de Paris par Madeleine Feltin-Meyer et par Viviane Saül, toutes deux déléguées du Comité Français pour Yad Vashem.
Empêché, le récipiendaire vient de recevoir en mains propres les marques de sa reconnaissance par l'Institut Yad Vashem. A cette cérémonie fut également associé un autre Lorrain, Georges Pierrot. Ce dernier empêcha lui aussi le massacre de 1.500 jeunes femmes, survivantes du ghetto de Lodz (Pologne) et mises au travail forcé à Abstadt (Sudètes).

Dossier de Yad Vashem :

- "Le récit qui va suivre est une immersion au cœur même de la barbarie nazie.
Cela se passait en Pologne en octobre 1944. Les derniers survivants du ghetto de Lodz, où régnaient la faim, la maladie, et la misère, étaient transférés à Auschwitz. Un groupe de jeunes filles, de 16 à 18 ans, fut envoyé à Abstadt dans les Sudètes, pour travailler à l’usine Messap, qui fabriquait des bombes à retardement. Leurs conditions de vie étaient inhumaines. Logées à même l’usine, affamées et maltraitées, elles se savaient condamnées à brève échéance dans ce camp de travail forcé.
Ruth Eldar est l’une des 1500 jeunes filles qui subissaient ce traitement infernal, surveillées par des gardiennes SS dont la responsable était particulièrement cruelle. Elle se souvient que dans cette usine travaillaient également des prisonniers politiques français venus de Lorraine. Ceux-ci étaient logés avec leur famille à l’extérieur du camp et recevaient plus de nourriture, mais il leur était interdit de donner quoi que ce soit aux détenues juives."

 

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Pierre Nicolini (Doc. Viviane Saül / DR 1).

- "Cette interdiction fut transgressée à maintes reprises. Ruth Eldar se souvient que Pierre Nicolini et 14 autres Lorrains glissaient une partie de leur maigre ration de pain dans les tiroirs des jeunes filles, risquant de féroces représailles. Un jour, ce fut une même pluie de bonbons lancés par la fenêtre. De plus, ils s’arrangeaient pour informer les jeunes filles de l’avance des troupes alliées. Ce soutien moral était aussi important que la nourriture. Au mépris du danger, les prisonniers n’hésitaient pas à saboter les machines pour ralentir la production, prolongeant le temps nécessaire pour les réparer.
Survient la bataille de Stalingrad où les allemands sont battus. Enragés devant cet évènement, les SS décident en représailles de ne donner aucune nourriture durant 3 jours aux femmes détenues qui tombent évanouies les unes après les autres devant leur machine. Elles sont alors traînées par terre et jetées dans un autre local.
Les prisonniers ne supportent pas ces atrocités. Risquant leur vie, ils se mettent en grève. Les SS veulent les abattre, mais le chef de l’usine, qui n’est pas un nazi, leur démontre que si les ouvriers sont abattus, il ne reste plus qu’à fermer l’usine.
Finalement, ces héros obtiennent gain de cause. Les prisonnières sont nourries, et les hommes acceptent de reprendre le travail, après cette victoire extraordinaire.
Ruth et ses compagnes leur vouent une immense gratitude.
En mai 1945, l’arrivée des troupes soviétiques est imminente, mais les nazis continuent à sévir. Avant de s’enfuir, ils décident de faire sauter l’usine avec ces 1500 prisonnières. Ils verrouillent les portes et placent des cartouches de dynamite. C’est alors que les Français et le Directeur de l’usine, n’écoutant que leur courage, entreprennent de sauver les malheureuses.
Ils parviennent à découvrir et à éteindre les mèches enflammées par les SS, et à forcer les portes, libérant enfin les prisonnières.
Ruth et ses compagnes n’ont jamais oublié l’héroïsme de ces 15 Français et de Pierre Nicolini qui était l’âme de leur groupe, ainsi que cet industriel allemand au grand cœur. 1500 jeunes femmes leur doivent la vie."

Dans son numéro d'Avril-Mai 2009, N°30, p. 4, Yad Vashem, Le Lien Francophone, publie un article complet sur Pierre Nicolini. Avec en conclusion cette lettre du Juste Lorrain au Président de Yad Vashem, Avner Shalev :

- "De savoir que mon nom sera gravé dans le jardin des Justes, sur le site de Yad Vashem à Jérusalem, est pour moi un immense bonheur (…). A travers cette remise de médaille, comme pour la cérémonie des Justes au Panthéon à Paris en janvier 2007, Israël montre que son peuple a la mémoire longue et prouve qu’évoquer le passé permet de mieux préparer l’avenir."

 

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Yad Vashem, Le Lien Francophone, Avril-Mai 2009, N°30, p. 4 (DR).

Au nombre des prisonniers politiques français évoqués dans le dossier de Yad Vashem, figure Georges Pierrot. Malheureusement décédé en 1995, il n'aura pas connu l'immense gratitude concrétisée par sa reconnaissance comme Juste parmi les Nations.
Délégué du Comité Français pour Yad Vashem, Didier Cerf remit Diplôme et Médaille à la veuve du défunt, Angèle Pierrot.

NOTE :

(1) Pour rappel : ce portrait, comme tant d'autres documents de ce blog, a ses droits réservés (DR). Cette photo a été remise pour publication par Viviane Saül, Déléguée du Comité Français. Lors de la confection de cette page, le cliché original a été recadré et transposé en noir et blanc.
Si les mots ont encore un sens, les droits réservés impliquent au minimum de ne pas la reproduire sans au moins citer la source (ce blog) à défaut d'en demander l'autorisation préalable ce qui serait la démarche attendue en l'espèce.