Les soeurs Josse, deux Justes parmi les Nations à St-Brieuc

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Cérémonie du 5 juillet 2009 à St-Brieuc.
De g. à dr. : Gérard et Elisabeth Goldenberg, délégués du Comité Français pour Yad Vashem; les trois cousins de Marie et d'Elisa Josse : Yves Josse, Guy Josse et Hélène Le Balch (d'après une photo d'Ouest-France / DR).

 

Une soeur jumelle commence par insulter Darlan
et toutes deux continuent en sauvant un enfant juif persécuté...

 

Jacques Shuldkraut avait 13 ans. Orphelin de père, il connaît les rigueurs du camp d'Aincourt avec sa mère, Madeleine. Tous deux sont ensuite séparés. L'adolescent se retrouve dans un centre d'hébergement de l'UGIF à Paris tandis que sa mère est transférée à Drancy. Non sans avoir insisté auprès de son fils pour qu'il n'hésite pas à envoyer un appel au secours à une certaine Marie Josse, habitant à St-Brieuc.
Jacques prend donc sa plume : " Mademoiselle Josse, ma maman est partie à Drancy pour une destination inconnue. Elle m'a dit de vous écrire..."

 

La suite dans Ouest France :

- "Marie a la langue bien pendue, un sentiment anti-allemand bien ancré et un sens décomplexé du patriotisme. Lors de la visite du chef du gouvernement du régime de Vichy, l'amiral Darlan, à Saint-Charles où il avait été élève, Marie l'insulte. 
Aussitôt arrêtée, elle est internée deux mois au camp de prisonniers de Châteaubriant. Là, elle se lie d'amitié avec Madeleine, juive et maman d'un adolescent prénommé Jacques. Madeleine sera transférée à Drancy, puis à Auschwitz... 
Avant qu'elle ne soit déportée, Marie lui promet de s'occuper de son fils. Elle et sa soeur récupèrent Jacques dans un centre pour enfants juifs. Elles arrivent à convaincre le directeur de laisser partir leur neveu (sic !) avec elles et donnent une fausse adresse. Arrivées en Bretagne en octobre, les soeurs Josse décousent son étoile jaune et lui procurent de faux papiers."

 

Puis dans le Télégramme de Brest :

- "Jacques partage leur quotidien dans leur café-restaurant. Pour tous, c'est le neveu. Grâce à la Résistance, Jacques Shuldkraut a désormais des papiers au nom de Sylvestre Jacques, né à Oran, en Algérie. Et il est scolarisé chez les frères, à l'école du Sacré-Coeur, où il apprend le catéchisme au cas où on lui poserait quelques questions. 
"J'étais heureux d'avoir un toit, un foyer. Je pensais que ma mère était partie travailler pour le IIIe Reich, et qu'on se retrouverait à la fin de la guerre". 
Il ne reverra jamais Madeleine, déportée de Drancy à Auschwitz... 
Marie Josse, elle, a toujours la langue bien pendue. Elle ne cache guère ses opinions. "Elle marmonnait en vitesse "M..., encore les Boches?", quand des soldats entraient dans son café." 
D'ailleurs, les deux soeurs jumelles sont informées que les Allemands et la milice vont arrêter les anciens internés et ceux qui ne cachent pas leur sympathie pour De Gaulle. Elles se réfugient en vitesse, avec Jacques, chez des cousins cultivateurs, et ne reviendront à Saint-Brieuc qu'à la Libération. 
Jacques quittera la ville en 1949 pour faire son service militaire, avant d'émigrer au Canada, en 1951."

 

Décédées en 1973 et en 1974, Elisa et Marie Josse ont été honorées ce 5 juillet 2009. Jacques Shuldkraut était revenu du Canada pour cette cérémonie de remise de Diplôme ainsi que de Médaille de Justes parmi les Nations.

 

Bruno Joncour, Maire de Saint-Brieuc :

- "Cette cérémonie s'inscrit dans la préservation du patrimoine héroïque lié à notre ville. C'est dire si sa signification est un hommage solidaire à l'égard d'Elisa et Marie et en même temps un signe d'espoir...". 
Le Maire projette de dénommer un site de Saint-Brieuc : "Allée des Justes". Le conseil municipal le décidera en fin d'année.

 

Elisabeth et Gérard Goldenberg, délégués du Comité Français pour Yad Vashem :

- "Il faut rappeler la grandeur d'âme et le courage des Justes qui, en sauvant des Juifs de la barbarie nazie, ont sauvé l'honneur de l'humanité tout entière. Trois mille médailles des Justes ont été décernées à ce jour en France, dont 156 l'année dernière."