Thérèse fut sauvée à Mandres-les-Roses alors qu'Evelyne devait en fuir...

Jean-Claude De Glas, 
Deux enfants se souviennent. Destins croisés à Mandres-les-Roses durant la Shoah, 
Ed. de la Mémoire, plaquette de 8 p.

 

 

Le 19 avril prochain, la Mairie de Mandres-les-Roses abritera une cérémonie de reconnaissance de deux Justes de la localité : Francis et Julienne MELISSON. 
Adjoint au Maire, Jean-Claude De Glas, est aussi l'auteur d'une plaquette passionante. Celle-ci décrit le sauvetage à Mandres-les-Roses d'une petite persécutée, Thérèse, alors que la famille d'une autre enfant juive, Evelyne, devait fuir les mêmes lieux...
Son travail de recherches et ses aboutissements, l'auteur va les résumer en ces termes devant le public qui se rassemblera pour la cérémonie exceptionnelle du 19 avril.

 

Jean-Claude De Glas :

- "Thérèse CYMERMANN est née en 1941 – Paris 18e. L’année 1942 fut un tournant en France où tous les Israélites, au préalable identifiés par une sinistre étoile jaune, eurent à subir l’époque des rafles et des déportations. A Mandres Marcelle GELET, qui possédait une petite maison pour y passer les week end au 107 Rue de Verdun (Rue de la Gare), travaillait avec une tante de Thérèse. Connaissant au 123 un couple sans enfant Francis et Julienne MELISSON, elle trouva grâce à leur soutien une cache idéale pour Thérèse alors âgée de un an, qui ainsi traversa cette période de l’occupation sans que l’on soupçonna ceux qui furent ses sauveurs au risque de leur vie. La mère de Thérèse cachée dans Paris venait lui rendre de courtes visites à Mandres en dissimulant son étoile."

Thérèse Cymermann (photo extraite de la plaquette, DR).

 

- "Malheureusement son père Abraham (45 ans) ne put échapper à son arrestation. Conduit à Drancy, puis Pithiviers, il sera dirigé vers le camp d’extermination d’Auschwitz où il rejoindra les disparus de l’Holocauste.
Thérèse restera donc après guerre, à Mandres chez M. et Mme MELISSON dans l’attente que sa mère puisse la reprendre après de telles épreuves.
En 1946, elle sera ainsi inscrite à l’école de Mandres dans la classe de Melle Caillet, et ce jusqu’en 1949. Cette courte période est gravée à tout jamais dans sa mémoire. La gentillesse de ceux qui resteront ‘’ Pépé et Mémé ‘’ est toujours présente dans ses souvenirs d’enfance, ainsi que certains noms ou prénoms d’enfants rencontrés durant son jeune age à l’école ou dans son voisinage.

 

En 1949 c’est avec beaucoup de peine que ses sauveurs verront repartir Thérèse avec sa mère. Elle ne les oubliera pas pour autant. Périodiquement par l’autocar qui depuis La Bastille desservait Mandres, Thérèse reviendra avec sa mère rendre visite à ses grands parents d’adoption jusqu’à leur décès respectif en 1963 pour Julienne et 1966 pour Francis. Ils reposent toujours dans le cimetière de Mandres où nous venons de leur rendre un ultime hommage combien mérité. La vie reprenant ses droits, Thérèse poursuivra ses études puis épousera Robert ALTGLAS, lequel avait eu un parcours similaire, caché durant son enfance dans un village de Seine et Marne. Puis le temps a passé, le travail a repris et ceci aidant, peu à peu les souvenirs douloureux semblent s’estomper. La boite s’est refermée. Le silence s’est fait dans toutes ces familles voulant repartir vers un avenir meilleur pour leurs proches. De cette sorte les enfants n’ont pas eu la connaissance exacte des évènements qui se déroulèrent durant cette triste période de la Shoah. Les années passent vite et les parents disparaissent laissant derrière eux des photos, des écrits, des documents cachés dans des boites au fond des armoires. Le moment arrive où les souvenirs remontent à la surface. Les pourquoi et les comment éclatent à nouveau mais les réponses sont envolées peut-être à jamais. On n’ose plus en reparler autour de soi, ni tenter une quelconque démarche et puis vers qui aller ? Qui comprendra cette douleur qui vous tenaille quand vient le soir où les images de l’enfance ressurgissent comme de vieux fantômes ?

 

Thérèse ALTGLAS lors d’un voyage en Israël eu à se recueillir sur le Mémorial des enfants déportés dans le site de ‘’ YAD VASHEM ‘’. Une pensée lui parvint : cette allée bordée d’arbres où sont inscrits les noms des personnes qui ont sauvé des juifs nommés ‘’ Justes parmi les Nations ‘’ ne possède pas celui des MELISSON. ‘’ Pourquoi pas eux ? ‘’ .
Ce fut le début de cette recherche pour leur attribuer à titre posthume la médaille des Justes. Un rendez-vous en Mairie afin de retrouver des traces de ce passé et d’éventuels successeurs fut le premier contact et le point d’entrée de ce travail de devoir de mémoire qui n’allait pas en rester là. Le livre des ‘’Amis de Mandres ‘’ : Mémoire en images lui fut remis dans lequel figurait une photo de classe tenue par Melle CAILLET, son ancienne maîtresse. Ce cliché allait servir pour la suite de ses recherches.

 

Cet épisode pourrait s’arrêter là si par la suite une autre demande apparemment sans rapport avec celle-ci parvenait en Mairie, par un courriel formulé par une femme habitant l’Angleterre Evelyne GRADSTEIN – RAPHAEL.

" Evelyne Gradstein (Photo extraite de la plaquette, DR).

 

- "Ce second récit est différent du précédent dans le sens où la fuite s’est effectuée en partant de Mandres. Les époux Simon et Jeanne GRADSTEIN (Gradsztajn), demeuraient 8 Rue des Lilas depuis 1930 dans un pavillon où ils venaient se reposer de leur travail d’artisan du Fg St Antoine. Déjà, la jalousie s’installait peut-être chez certains voisins ? La guerre allait souffler sur les braises chaudes de la lâcheté humaine. C’est ainsi que durant l’année 1942 une dénonciation, heureusement venue à leurs oreilles, provoqua la fuite rapide de la famille avec leurs deux enfants. Il fallait trouver de l’argent et la tentative de spoliation d’un voisin s’amorça. Il fallait trouver un refuge et il y eut la providence qui frappa à leur porte. Annick Le Scanff, assistante sociale les cacha chez la famille Poullier au 5 Rue du Gal Leclerc (Grande Rue), pour quelques jours avant de partir vers une autre cache. Colette, jeune fille de la famille retournera même jusqu’au logement Gradstein pour prendre des vêtements oubliés, prenant le risque d’être elle-même arrêtée.
Les deux enfants Alain (5ans) et Evelyne (3ans) furent dirigés dans une ferme de la Vallée de Chevreuse pendant que leurs parents étaient cachés dans un orphelinat et employés à des taches ménagères .
La Libération permit enfin le retour de la famille saine et sauve dans la rue des Lilas, gardant en secret l’amertume des bassesses vécues. Ce ne sera que bien plus tard que les enfants apprendront les détails de ce triste passé.
Toute la famille ne fut pas épargnée. Garder le silence serait irrespectueux si l’on n’évoquait pas le massacre subi par leurs proches lors de la déportation et de l’extermination systématisée comme le relate d’ailleurs Serge Klarsfeld dans un des ouvrages.

 

Après cette triste période, Evelyne, de retour à Mandres pu rentrer à l’école dans la classe de Melle Caillet, Puis ce fut la classe de Mme Chantôme dont l’approche chaleureuse est évoquée par tous ses élèves.
Adulte, après un séjour en Israel elle gagnera ensuite l’Angleterre pays d’origine de son époux Philip RAPHAEL. Puis après une vie de travail bien remplie la retraite arriva. Le désir pointa que sa petite fille Olivia puisse un jour tout connaître jusqu’aux origines Roumaine et Polonaise de sa famille .

Son courrier en Mairie me fut transmit et c’est justement par cette recherche qu’un troisième volet allait s’ouvrir, celui des retrouvailles de ces deux fillettes cachées, Thérèse et Evelyne, grâce à un lien entre ces deux histoires : Geneviève KUPPERSCHMITT.

 

Geneviève Kupperschmitt devenue Geneviève BREGEAULT demeurant maintenant à Boussy-St-Antoine, elle se souvenait parfaitement d’Evelyne et notamment des liens existants entre leurs deux familles. Et la date de 1941 de poindre dans notre conversation, soit la même date de naissance que Thérèse. La suite de l’histoire arriva qui ouvrait alors la réflexion suivante : en 1946, Geneviève rentrait également à l’école de Mandres dans la classe de Melle Caillet. Nous parvenions ainsi devant le témoignage d’une petite camarade de classe de Thérèse CYMERMANN. (épouse ALTGLAS aujourd’hui)
Nos deux histoires étaient imbriquées. Dans cette même classe s’étaient retrouvées à la même époque Thérèse, Geneviève et Evelyne. Aussitôt ce fait nouveau était transmis aux intéressées et l’on programma une première date de retrouvaille autour d’un déjeuner à Mandres. Celui-ci terminé nous fûmes chaleureusement accueilli par le Directeur de l’école. Dès l’arrivée dans la cour, tous reconnurent le Sophora qui apportait toujours ses ombrages, puis ce fut la surprise de découvrir l’ancienne classe de Melle CAILLET. Beaucoup d’émotions remontèrent à la surface, tant de souvenirs partagés, il ne manquait que l’odeur de l’encre violette. Soixante années s’étaient écoulées mais tout redevenait tellement présent.
Quelques années passèrent où nous avons tous continués de chaleureux échanges épistolaires et des rencontres tant à Mandres que chez Thérèse et Geneviève.
Nous sommes arrivés aujourd’hui au terme des espoirs que Thérèse a mis pour que le titre de JUSTES PARMI LES NATIONS soit reconnu pour les époux MELISSON .
L’absence d’ayants droits laissait en suspens ce titre .
Mais cet un immense honneur que nous avons reçu de YAD VASHEM en attribuant exceptionnellement cette reconnaissance à notre Mairie afin que nous puissions la faire connaître à notre population, à notre jeunesse qui mieux que quiconque saura comprendre et témoigner de cette douloureuse période de l’Histoire mais aussi de l’espoir qui les anime pour dire haut et fort : ‘’ PLUS JAMAIS CA !!!!

 

Merci à vous tous de m’avoir fait vivre ces moments exceptionnels , vous qui m’avez fait parvenir ces recherches, vous qui m’avez donné votre confiance et depuis votre amitié, vous enfin qui nous reconnaissez dépositaire de ce Devoir de Mémoire."(s) Jean-Claude De Glas.


Jean-Claude De Glas, auteur de la plaquette et Adjoint au Maire de Mandres-les-Roses.