Féret Georgette

Féret Albert

Année de nomination : 2010      Dossier n° 11655 -  Consulter le dossier de Jérusalem (en anglais)

Les Justes

Mme Georgette Féret (née Atlan)
Date de naissance : 01/12/1897
Date de décès : 29/04/1990
Profession : Mère de 4 enfants
Particularité : Information non disponible

Dr Albert Féret
Date de naissance : 30/10/1886
Date de décès : 30/01/1965
Profession : Pneumologue, Directeur du Préventorium
Particularité : Information non disponible

Localisation

Localite : Autrans
Département : Isère
Région : Rhône-Alpes
Pays : France

Cérémonies de reconnaissance

Date : 7 février 2011
Lieu : Mairie du 4ème arr. de Paris (75004)

Personnes sauvées

M. Gérard Levi

Lieux de mémoire

Allée des Justes à Jérusalem
Allée des Justes à Paris

L'histoire

Albert FERET Georgette FERET

En 1942 ,  le docteur Albert Féret, pneumologue, élève de Léon Bérard, pionnier de la chirurgie thoracique, assurait l’ouverture du grand préventorium d’Autrans (Isère)  dont il prenait la direction. Il s’était engagé dans sa spécialité à la fin de la première guerre mondiale,  alors qu’André Honnorat, député radical des basses Alpes, venait de faire voter une loi qui allait  inaugurer une nouvelle politique sociale et sanitaire de la France, prévoyant la construction de nombreux sanatoriums.

Albert FERET avait commencé sa carrière au sanatorium de Sessuel (Rhône), puis enchaîné sur celui d’Aincourt (partie de la Seine et Oise, aujourd’hui Val d’Oise) ; il se trouvait affecté  en 1940 à celui  de Saint-Hilaire du Touvet (Isère) quand il lui fut demandé, en tant que fonctionnaire, de prêter serment à Pétain. Son refus d’obtempérer, lui valut un temps de purgatoire au sanatorium prison de La Guiche (Saône et Loire), où son logement de fonction était gardé par des miliciens. Sa disgrâce prit fin en 1942, avec sa nomination au préventorium départemental du Vercors qu’il rejoignit avec son épouse Georgette. Son fils aîné, mobilisé en 39 puis fait prisonnier s’était évadé, tandis que ses trois plus jeunes enfants,  internes au lycée Champollion de Grenoble, allaient tour à tour s’enrôler dans les maquis de la région .

La même année,  arrivait à Grenoble, une famille juive parisienne de six personnes : Henri LEVI, son épouse Marcelle et leurs quatre enfants. Fuyant les intenses persécutions nazies qui sévissaient sur la zone nord, ils espéraient trouver en zone d’occupation italienne, un régime plus tolérant que celui de Vichy. Il s’agissait d’une sécurité toute relative, bientôt brisée en septembre 1943 par l’armistice de Cassibile, signé entre l’Italie et les alliés, entraînant l’invasion brutale par les allemands  des départements français dont Hitler avait concédé l’occupation à Mussolini.

Dans l’urgence de prendre les mesures nécessaires à la survie des siens, Henri LEVI  retira ses enfants de l’école,  prit un nom d’emprunt, se procura de faux papiers, et décida, pour rendre la présence de sa famille plus discrète,  d’en disperser les différents membres.

Il venait d’apprendre qu’à quelques kilomètres de Grenoble, vivaient les FERET, amis de longue date de ses beaux-parents, Marthe et Paul Salomon,  et il savait qu’il pouvait compter sur eux. Les deux couples s’étaient connus pendant la guerre de 14, lorsque Paul Salomon, ardent patriote comme l’étaient les juifs originaires d’Alsace et de Lorraine, profondément frustré  d’avoir été réformé pour raison de santé, trouva une alternative à l’exercice de son devoir de français en transformant sa propriété de Longjumeau en hôpital militaire et sa voiture personnelle en ambulance. Les liens fraternels qu’il noua alors avec les milieux médicaux se transformèrent par la suite, pendant l’entre-deux guerres,  en liens d’amitiés. ,

Déjà très engagés dans la Résistance locale, malgré les risques supplémentaires encourus, les FERET n’hésitèrent pas un seul instant à abriter au préventorium,  Gérard, le benjamin des enfants LEVI, qui avait alors 9 ans. Ils lui fabriquèrent, sous sa nouvelle identité, un dossier justifiant un séjour médical, lui firent suivre dans la journée l’emploi du temps des pensionnaires et le récupérèrent chez eux en dehors des heures scolaires, l’entourant comme ils l’auraient fait pour un enfant de leur propre famille, aux côté de trois de leurs enfants Claude, jacques et André .

Seul souvenir désagréable des quatre mois de son séjour à Autrans, qu’ait gardé Gérard : les nuits passées fenêtres ouvertes, en plein hiver, à 1200 mètres d’altitude, traitement nécessaire à assurer, selon le pneumologue, la bonne santé d’un enfant !

Quant à Philippe, frère aîné de Gérard, âgé alors de 15 ans, son âge ne lui permettant pas d’être admis dans l’établissement de cure, il fut placé par les FERET chez une logeuse de confiance, scolarisé dans le village et souvent  reçu, soutenu et encouragé par le couple complice pendant l’année entière qu’il passa à Autrans .

Le témoignage qu’il a envoyé à YAD VASHEM pour étayer une demande de MEDAILLE DES JUSTES en faveur de ses amis, souligne l’intensité et la multiplicité des actions qu’ils ont accomplies dans la Résistance au sein de la région du Vercors dont on connaît les luttes et les souffrances. Aidés par la position qu’ils occupaient, par leurs entrées dans l’administration préfectorale, par la libre disposition de vastes locaux, par la quantité de nourriture que justifiaient les besoins alimentaires et sanitaires d’un grand nombre de malades, ils ont pu l’un comme l’autre, mettre leur héroïsme et leur courage au service d’un très grand nombre de causes périlleuses.

Pris en otage avec d’autres notables locaux  le 22 juillet 1944 à l’arrivée à Autrans de l’armée allemande venue mater le soulèvement de la Résistance du Vercors, le docteur Albert FERET fut miraculeusement épargné. Ses 3 plus jeunes fils prirent part aux combats de la résistance du Vercors, puis s’engagèrent dans une unité française de chasseurs alpins et allèrent jusqu’en Autriche à la fin des hostilités.

« A la Libération, j’étais trop jeune pour comprendre l’immensité de la reconnaissance que je leur devais, écrit aujourd’hui, Gérard LEVI . Les années ont passé , j’ai fait mes études, j’ai quitté la France et suis venu m’installer à Jérusalem…. Je ne sais pas pourquoi j’ai attendu si longtemps pour témoigner de l’héroïsme de mes sauveurs. »

Le 13 janvier 2010, l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Monsieur Gilbert Féret à son épouse Madame Georgette Féret.