Montebran Marie

Montebran Raoul

Année de nomination : 2010      Dossier n° 11734 -  Consulter le dossier de Jérusalem (en anglais)

Les Justes

Mme Marie Montebran (née Tremblay)
Date de naissance : 24/11/1903
Date de décès : 24/11/1965
Profession : Cultivatrice
Particularité : Information non disponible

M. Raoul Montebran
Date de naissance : 27/05/1901
Date de décès : 05/10/1968
Profession : Cultivateur
Particularité : Information non disponible

Localisation

Localite : Congrier
Département : Mayenne
Région : Pays-de-La-Loire
Pays : France

Cérémonies de reconnaissance

Information non disponible

Personnes sauvées

M. Maurice Guenik

Lieux de mémoire

Allée des Justes à Jérusalem
Allée des Justes à Paris

L'histoire

Octobre 1941, dans la Mayenne. Suite à l’assassinat à Nantes de l’officier allemand Holtz, vingt-sept jeunes résistants viennent d’être exécutés par mesure de représailles. Ce sont « Les Martyrs de Châteaubriant ». La population est commotionnée. Chacun choisit son camp. Jusqu’au la fin fond de  la moindre commune, collabos et résistants s’opposent et s’épient.

A Paris, rafles, arrestations et déportations font rage. Le marché noir prospère ; les associations clandestines activent leurs réseaux et dans un sauve-qui-peut général, les enfants sont  « placés » à la campagne.

C’est le cas de Maurice GUENICK, 13 ans,  benjamin d’une modeste famille juive de trois enfants, arrivée en France dans les années 20 qui, faute de moyens financiers et de relations, n’a pu passer la ligne de démarcation et se trouve piégée dans la souricière de la capitale.

Ils habitent dans un immeuble du troisième arrondissement, avec pour voisin un personnage véreux qui, acoquiné à une bande de paysans malhonnêtes, se livre au  trafic de ravitaillement. Il se rend  régulièrement en Mayenne pour s’approvisionner auprès de ses complices. Peut-être sans malice, il propose aux GRENICK d’emmener Maurice chez un de ses fournisseurs qui, pour augmenter ses revenus,  cherche à héberger un petit parisien. Désemparés et naïfs, les GRENICK lui font confiance.

C’est ainsi qu’en avril 43, l’enfant arrive dans une ferme de la région du Haut-Anjou où, traité comme un valet, il dort dans l’étable et travaille durement.  Ses parents font parvenir régulièrement le montant de sa pension, jusqu’au jour où ils sont arrêtés.  Quand cessent les versements,  « le patron » s’agite et apprend  que son pensionnaire est juif. Aussitôt, son sang d’antisémite borné et fanatique ne fait qu’un tour : il coure comme un fou à travers prés pour chercher l’enfant dans les champs,  hurlant qu’il est « un assassin du Christ » et lui enjoignant sans ménagement « d’aller se faire pendre ailleurs ».

Par un heureux hasard, c’est à une porte amie que le jeune proscrit va frapper, chez les MONTEBRAN, propriétaires à Rénazé (44) de la ferme « La Cornillère. ». Il n’y trouve pas seulement un refuge mais découvre un autre Maurice (Maurice KUPFERSTEIN) de 4 ans son aîné, placé là, en avril 43, par un réseau de résistance juive (le MOI) dont font partie ses parents.

Marie et Raoul MONTEBRAN sont des gens de cœur. Courageux, conscients des risques encourus, ils décident aussitôt de recueillir ce petit réfugié dans le dénuement qu’ils vont traiter, ainsi qu’ils le font pour le premier, comme un membre de leur propre famille. Par mesure de sécurité, aucun des deux garçons ne va à l’école.

Car les MONTEBRAN sont fâchés depuis longtemps avec le précédent logeur de Maurice GUENICK ; ils connaissent ses positions collaborationnistes, savent qu’il les guette, qu’il est capable de tout et qu’il ne manquera pas une occasion de les signaler aux autorités d’occupation. Dès octobre 43, prudents,  ils renvoient les enfants à Paris, avant d’être dénoncés par leur ennemi, comme le confirme aujourd’hui leur fils André. De justesse,  ils échappent eux-mêmes à la déportation.

De retour à Paris, le jeune KUPFERSTEIN est envoyé par ses parents à  Château Renault où sont déjà cachées ses deux sœurs par une amie de la famille. Tous trois y attendront la Libération.

Le sort de  Maurice GUENICK reste dramatique : ses parents et ses deux sœurs,  arrêtés lors de la rafle du 23 juin 1943, ont été internés à Drancy, déportés et assassinés à Auschwitz. De sa mère, hospitalisée momentanément à  Rothschild pendant son incarcération, il trouve une lettre écrite quelques jours  avant que ses bourreaux  l’arrachent à son lit pour la traîner jusqu’au train de la mort : « Je t’écris sur mon lit ; ne t’affole pas. Maintenant je suis hors de danger. Sois bien courageux et mignon et ne contrarie pas Maman qui ne cesse de penser à toi »,

Livré seul au  Paris occupé, le petit orphelin, vit d’expédients pendant quelques semaines. Puis, il ne se souvient plus comment, il rencontre un membre de la résistance juive qui le reconduit à RENAZE, et le confie à Andrée et Robert GRENON, sœur et beau-frère des MONTEBRAN qui le gardent sans contrepartie financière. Avec un autre enfant juif recueilli par eux, il y est scolarisé de janvier à juin 1944.

« Le  6 août 1944, écrivait-il plus tard lorsqu’il demandait à Yad Vashem l’attribution à ses sauveurs d’une Médaille des Justes, les chars alliés sont arrivés dans le village. J’ai suivi l’armée américaine. J’ai assisté à la libération de la ville du Mans et je suis rentré à Paris début septembre 1944. ». Et après ? Après c’est encore une autre histoire…..

Le 1 Février 2010, L’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les nations à Monsieur Montebran Raoul et son épouse Marie.