Biard Marie-Cécile

Année de nomination : 2011      Dossier n° 12074 -  Consulter le dossier de Jérusalem (en anglais)

Les Justes

Mme Marie-Cécile Biard
Date de naissance : 21/03/1894
Date de décès : 31/01/1956
Profession : Mère supérieure
Particularité : Information non disponible

Localisation

Localite : Rome
Département : Information non disponible
Région : -
Pays : Italie

Cérémonies de reconnaissance

Date : 30 juin 2013
Lieu : Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation - Lyon (69007)

Personnes sauvées

M. Nello Amati

M. Alberto Amati

Mme Rachèle Amati (née Pavoncello)

M. Giacomo Anav

Mme Céleste Anav

M. Alberto Anav

M. Pacifico Anav

M. Angelo Anav

Mme Rosa Anav (née Pavoncello)

Mme Miriam Ben Gigi (née Amati)

Lieux de mémoire

Allée des Justes à Jérusalem
Allée des Justes à Paris

L'histoire

Mère Marie BIARD Miriam Benguigui clôt une histoire qui a débuté alors qu’elle n’était qu’un nourrisson âgée de quelques mois quand sa vie et celle de sa famille furent sauvées pendant la seconde guerre mondiale par la mère supérieure d’un couvent à Rome. Près de 70 ans plus tard, le titre de Juste parmi les nations à été décerné à la mère supérieure pour avoir sauvé cette famille de la barbarie nazie.

Durant les quatre dernières années, Miriam a multiplié les efforts pour faire obtenir à la sœur Marie-Cécile  Biard cette reconnaissance du peuple juif. Malgré le danger, cette sœur a sauvé Miriam, ses frères, sa tante et son mari ainsi que leurs quatre enfants, pendant la période la plus dur que subirent les juifs à Rome.

Miriam est née en mars 1943, trois ans après son frère alors que tout montrait que les juifs de Rome étaient en danger.

Durant l’été de cette même année, Mussolini fut destitué du pouvoir par la direction du mouvement fasciste avec l’appui du roi et de l’armée, qui le placèrent en détention dans le nord de l’Italie.

Pour diverses raisons, Mussolini protégea la communauté juive de Rome et avec sa destitution, le contrôle de la ville passa aux mains des allemands.

« J’avais juste quelques mois » raconte Miriam « C’était au mois d’aout, maman remarqua que les soldats allemands commençaient à venir de plus en plus régulièrement autour du ghetto ou nous résidions »

« Un jour, maman fit les valises, me prit par la main ainsi que mon frère et nous avons pris le tramway pour aller au travail de mon père. Nos voisins juifs tentèrent de la convaincre de ne pas s’enfuir car d’après eux, ils n’étaient pas en danger de mort (ces mêmes voisins furent arrêtés quelques mois plus tard puis envoyé vers les camps de la mort d’où ils ne revinrent pas) mais ma mère ne céda pas. Quand nous sommes arrivés chez mon père, ma mère lui a dit clairement qu’elle ne retournerait pas à la maison et exigea qu’il vienne avec elle chez sa sœur qui habitait dans la banlieue de Rome.

Ce fut fait. La tante de Miriam habitait une petite maison qui suffisait à peine pour recevoir sa sœur, son mari et leurs cinq enfants. Mais bien évidemment elle les accueillit.

« La voisine de ma tante » continue de raconter Miriam  « était une communiste militante qui disait tous les jours à ma tante qu’ils devaient s’enfuir car ils étaient en danger de mort. Elle prit l’initiative d’aller au couvent des sœurs françaises qui se trouvait à 500 mètres de chez eux. Elle demanda à la mère supérieure Marie Cécile Biard de recueillir nos deux familles. Elle répondit favorablement. »

A la même période au couvent, étaient cachés deux officiers américains ayant épousé des italiennes. L’un d’entre eux était un pilote. Jusqu’à ce jour, Miriam ne sait pas les circonstances qui les amenèrent à être en Italie lorsque la guerre fut déclarée.

« Nous étions tous cachés dans le grenier du couvent. Ma cousine de 16 ans fut déguisée en novice. En ce qui me concerne, les sœurs se disputèrent pour savoir qui allait s’occuper de moi. Elles allaient jusqu’au Vatican pour me trouver à manger »

Les allemands exigèrent des juifs de Rome de collecter 50 kg d’or et leur promirent que s’ils livraient la quantité demandée, ils ne seraient pas inquiétés. Pourtant, le 16 octobre, les juifs du ghetto furent arrêtés  et envoyés en déportation.

La situation dans le couvent devenait chaque jour de plus en plus tendu. La mère supérieure craignait de plus en plus des actes de délation qui mettraient en danger la vie de ses occupants. Les parents de Miriam étudièrent la possibilité de confier les enfants aux prêtres d’une église se trouvant à proximité afin qu’ils soient élevés comme des chrétiens et de cette manière échapper au sort  qui les attendait. Le mari de la tante s’insurgea contre cette idée et déclara qu’ils étaient tous nés juifs et que s’ils devaient mourir, ce serait en tant que Juifs !

A quelques centaines de mètres du couvent, une batterie de canons s’installa et les soldats allemands étaient tout le temps dans les environs. Une nuit, des coups furent frappés à la porte du couvent, et tous crurent qu’ils avaient été dénoncés. La mère supérieure ouvrit la porte du couvent et se trouva face à des soldats allemands, surpris de voir des nonnes face à eux. Ils s’excusèrent humblement du dérangement car ils pensaient que cette belle bâtisse entourée de jardins, était en fait une maison close.

Cette événement impressionna tellement la mère de Miriam, qu’elle fut incapable de parler pendant des mois.

La famille de Miriam resta 9 mois dans le couvent et contrairement à ce qui se passa dans d’autres églises de la région où se cachèrent des juifs et qui durent payer un loyer, aucune contrepartie financière ne fut demandé comme le souligne Miriam.

A la libération de Rome par les soldats alliés, la famille retourna chez elle mais n’oublièrent jamais les personnes qui les sauvèrent.

« Chaque année à Noël » raconte Miriam « nous apportions des cadeaux et passions l’après midi à évoquer des souvenirs. En été nous venions les voir et jouions dans le jardin. Quand mon père décéda  en 1957, nous perdîmes contact. Dans son portefeuille, nous avons trouvé l’image d’un saint chrétien que la mère supérieure lui avait donné quand nous avons quitté le couvent afin qu’il soit protégé »

« J’étais une enfant, je n’ai plus pensé au couvent et ses pensionnaires. Après que je sois venue vivre en Israël et que j’ai connue Yad Vashem et les Justes parmi les Nations qui ont sauvé des juifs, je me suis souvenu de cette mère supérieure de ce couvent et des nonnes. »

« Entretemps les années ont passé  et je n’ai rien fait pour que s’exprime la gratitude de ma familles à ces sœurs jusqu’à il y a quatre ans. J’ai décidé d’agir et je me suis tourné vers mon ami Michaël Talikotso, historien spécialiste de la Shoah en Italie qui était venu vivre en Israël après la guerre et habitait Nir Etzion. Il me dit quoi faire.

J’ai du collecter de nombreux documents et témoignages. En visitant le couvent, j’ai appris que les nonnes sont revenues en France pour des raisons financières et qu’actuellement le lieu est occupé par une organisation catholique.  J’ai craint de ne pas parvenir à accomplir ma mission. J’ai insisté, et via Internet je suis parvenu au siège de l’ordre dont le centre est à Nancy en France. Je leur ai envoyé un courrier leur racontant mon histoire. La dirigeante actuelle n’était absolument pas au courant et en était stupéfaite. Grâce à elle, j’ai pu obtenir des documents des archives. Durant ces trois dernières années, je suis en correspondance  électronique avec elle et des liens d’amitié se sont formés.

 J’ai l’intention d’aller à Rome et de rencontrer ma cousine, mon frère et d’autres membres de la famille afin que nous allions tous au couvent pour remettre le diplôme et la photo que j’ai récupéré de Marie-Cécile Biard. J’ai la sensation d’ainsi clore un cercle. Pendant toutes ces années j’ai sentie que c’est le minimum que je pouvais faire pour rembourser la dette que moi et ma famille devons à ces sœurs »

Quand je demande à Miriam pourquoi elle n’a pas parlé de cette histoire pendant tout le temps qu’elle vivait au kibboutz, elle me répond : «Ce qu’a subit ma famille pendant ces mois ne sont rien face à ce qu’on vécu d’autres membres du Kibboutz qui sont des rescapés de la shoah. Chacun d’entre eux a une terrible histoire qui n’est en rien comparable à la notre. C’est pourquoi j’ai préféré ne pas en parler jusqu’à maintenant »

Le 20 juin 2011, Yad vashem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Marie-Cécile Biard.

 

 

Marie BIARD Diplôme de Juste - 30/06/2013 Médaille de juste-30/06/2013 Les personnes sauvées Miriam Ben Gigi, Céleste Anav et leur maris  en septembre 2007