Borel René

Année de nomination : 2011      Dossier n° 12144 -  Consulter le dossier de Jérusalem (en anglais)

Les Justes

M. René Borel
Date de naissance : 12/03/1903
Date de décès : 15/12/1992
Profession : Comptable et trésorier de l'O.S.E
Particularité : Information non disponible

Localisation

Localite : Chambéry
Département : Savoie
Région : Rhône-Alpes
Pays : France

Cérémonies de reconnaissance

Date : 16 avril 2012
Lieu : OSE - Paris (75010)

Personnes sauvées

Information non disponible

Lieux de mémoire

Allée des Justes à Jérusalem
Allée des Justes à Paris

L'histoire

René BOREL Au début du vingtième siècle, face à l’antisémitisme virulent et destructeur qui se déchaînait sur les populations juives de l’Empire tsariste, fut créée l’Œuvre de Secours aux Enfants (O.S.E.), organisation juive d’aide humanitaire, mise en place par les dirigeants et les  intellectuels  des nombreuses communautés livrées à la misère et à la barbarie des pogroms. 

Après la révolution russe, l’O.S.E. transféra son siège à Berlin avant de décider, sous la montée du national socialisme et l’accès d’Hitler au pouvoir, de le déplacer à Paris en 1933. Reconnue en France comme œuvre d’utilité publique, l’association mit en place  avec l’aide financière des communautés américaines,  des maisons d’enfants destinées à  l’accueil des jeunes réfugiés des pays d’Europe Centrale tombés sous la botte nazie. 

En 1935, René Borel, avait 32 ans, lorsqu’il fut engagé comme trésorier de l’O.S.E. par   Lazare Gurvitch, secrétaire général de l’association dont le siège se trouvait à Paris, au 92 avenue des Champs Elysées. Le nouvel arrivant découvrit avec effroi le dénuement et le désarroi des immigrés et mesura le fanatisme aveugle de la politique nazie. Au fil des souffrances qu’il côtoyait, sa révolte dépassa rapidement le cadre de sa mission et sa conscience lui dicta un engagement de plus en plus actif dans les opérations de secours et de sauvetage. 

Dès juin 1940, à l’approche des troupes allemandes, les dirigeants entreprirent d’évacuer les  enfants dont ils avaient la charge vers le sud de la France. Sitôt l’invasion effective,  à l’instigation des nazis, l’O.S.E. fut intégrée à l’UGIF (Union Générale des Israélites de France), par le gouvernement de Vichy qui s’empressa de regrouper toutes les œuvres juives non cultuelles, en une seule et même organisation. L’association parvint, avec toutes les difficultés que l’on peut imaginer, à poursuivre son activité et René Borel n’hésita pas un seul instant, au mépris des risques encourus, à falsifier les comptes et les listes de pensionnaires qu’il avait obligation de soumettre au contrôle des fonctionnaires collaborationnistes. 

Jusqu’en 1942, permanents et bénévoles s’efforcèrent de transférer le maximum de leurs activités en zone sud, très relativement et provisoirement privilégiée par rapport à la zone placée sous commandement allemand. Ils implantèrent un grand nombre de maisons d’enfants et de centres médicaux-sociaux afin de répondre aux besoins grandissants d’une population, spoliée de ses biens et de ses moyens de subsistance et  exposée, quand elle n’était pas française, à l’internement dans les camps de transit, antichambres de la déportation, ouverts sur le territoire français par la police de VichyRené Borel avait rejoint les forces vives de l’O.S.E. en se repliant à Lyon avec son épouse et son fils Philippe né en 1939. Il y avait loué un appartement  situé avenue Berthelot qui allait devenir un lieu de réunion pour les membres actifs de l’association.

 En 1942,  avant même que la zone sud soit placée sous l’autorité allemande, des descentes de police, exigées par les nazis,  eurent lieu dans des homes où les adolescents furent arrêtés et les plus jeunes « hypocritement regroupés » avec leur famille dans les camps de « rassemblement », tels  que Gurs ou Rivesaltes, 

Pressés par les évènements, les responsables des maisons, conscients qu’elles étaient devenues des souricières, prirent la décision de les fermer et de disperser les enfants  dans des œuvres non juives et dans des familles d’accueil. Georges GAREL, avec le concours de courageux partenaires de toutes obédiences, organisa les réseaux de sauvetage qui  allaient convoyer et mettre à l’abri les innocentes petites victimes. C’est à René Borel qu’il confiait les fonds arrivés des Etats-Unis via la Suisse et c’est chez ce dernier, avenue Berthelot qu’ils étaient redistribués aux assistantes sociales pour défrayer les œuvres et les particuliers qui voulaient bien accueillir les enfants. A la fin de l’été 1943, 1600 d’entre eux se trouvaient  cachés par le circuit GAREL. 

Plus le danger s’accentuait, plus les risques et les responsabilités pesaient sur René   Borel, pilier de l’organisation clandestine, qui détenait entre ses mains tous les éléments vitaux  du travail secret : trésorerie, listes, correspondance avec l’étranger… Toujours calme, toujours souriant et disponible, il continuait sans répit la tâche périlleuse qu’il s’était assignée. 

Le 8 février 1944  il se trouvait à l’O.S.E. de Chambéry lorsque la Gestapo fit irruption. Tous les membres présents furent arrêtés. Alain Mossé, Directeur régional de l’Association, ancien haut fonctionnaire préfectoral, destitué de son poste parce qu’il était juif, fut brutalement interrogé par Aloïs Brunner, Commandant du camp de Drancy, Au cours de son interrogatoire il parvint à convaincre son bourreau de relâcher  René Borel en le présentant comme un intermittent aryen, à qui l’on confiait de temps à autre des tâches secondaires. Puis, ayant compris au cours de son interrogatoire que la police allemande était parfaitement renseignée sur les activités de l’O.S.E, il lui fit parvenir  le soir même, depuis sa prison, un message codé, de sorte que lorsque le lendemain la police allemande se présenta pour perquisitionner le bureau, René Borel avait eut le temps de mettre tous les documents compromettants en lieu sûr. 

« Mossé s’est comporté en héros  et je me fais un profond devoir de le souligner aujourd’hui dit Philippe Borel qui ajoute avec tendresse : il était l’ami du petit garçon que j’étais, à qui il offrait des chocolats quasiment introuvables qu’il arrivait à acheter..» 

A la suite de ce dramatique évènement,  toutes les structures de l’O.S.E. furent fermées. La plus grande partie des réunions clandestines se tenaient désormais dans l’appartement de l’avenue Berthelot, devenu unique PC de l’organisation jusqu’au 26 mai, jour du bombardement de Lyon par les américains. L’immeuble fut atteint par les bombes et les archives totalement détruites.  René Borel et sa famille, miraculeusement. absents de leur domicile, échappèrent de justesse à la mort. 

« Je ne voulais pas aller à la maternelle ce matin-là raconte encore celui qui n’était encore qu’un enfant. Ma mère habituée à ce genre de comédie, me tira du lit.et me conduisit à l’école Puis elle partit faire ses courses. Quand elle revint, vers midi, notre immeuble, comme beaucoup d’autres immeubles du quartier (dont le QG de Barbie, notre voisin d’en-face) avait été entièrement pulvérisé ». 

Mais René Borel, ne se laissa pas abattre. Aussitôt après cette nouvelle épreuve, il se mit en quête d’un nouveau gîte où ses amis purent continuer à tenir leurs réunions secrètes. Mais la Libération approchait et c’est encore chez lui que tous les rescapés des geôles et de la mort, le cœur gros de l’absence d’un si grand nombre d’entre eux,  eurent enfin l’occasion de se retrouver en septembre 1944 pour construire l’avenir. 

« Pour mon père dit encore Philippe, l’O.S.E. fut LA grande histoire de sa vie. C’est un monde qu’il a aimé profondément. Richesse des cultures, ouverture d’esprit, intelligence toujours teintée d’humour, simplicité, absence de prétention : il avait trouvé là sa vraie famille, celle du cœur et de l’esprit. Pendant tout le temps qu’il vécut au Canada où nous avions émigré à la Libération, puis quand il revint finir ses jours à Paris, il entretint  des liens d’amitié profonde avec ses compagnons de lutte. » 

Philippe BOREL et sa sœur Marie-Françoise (née en 1949 et devenue Madame DAUDIER), ayants-droit de leur père, vont recevoir la Médaille des Justes parmi les Nations attribuée à titre posthume à René BOREL par YAD VASHEM. Elle leur sera remise à Paris  à l’occasion de la célébration du centenaire de l’O.S.E, en présence des derniers témoins de l’époque héroïque.  

Et dire que la modestie et la discrétion de René BOREL,  sa longue absence du territoire français, la mort de la plupart de ses amis de combat, auraient pu faire tomber dans l’oubli sa conduite exemplaire, si un curieux rebondissement de l’histoire ne s’était  produit. 

En 2010 en effet Philippe Borel fut contacté par l’Association Canadienne de YAD VASHEM pour recevoir, en tant qu’ayant-droit de sa grand-mère, Marie-Françoise LECH’VIEN, veuve BOREL, la Médaille des Justes parmi les Nations qui venait de lui être décernée à titre posthume, pour avoir caché et sauvé, en France, pendant l’occupation six personnes menacées de mort par les nazis pour le seul fait qu’elles étaient nées juives. C’est à Toronto qu’Avner Shalev, Président de Yad Vashem, rendit hommage, honneur et grâce, au nom de l’Etat d’Israël, à la modeste et courageuse  bretonne dont le grand cœur n’avait d’égal que celui de son fils. 

Et c’est porté par le souvenir de celle qui l’avait mis au monde, que René BOREL vient d’être lui aussi reconnu comme JUSTE PARMI LES NATIONS, parmi ces héros de l’ombre connus ou inconnus qui, comme on peut le lire sur la charte de YAD VASHEM, incarnent le meilleur de l’humanité. Son nom et celui de sa mère, gravés côte à côte sur les Murs des Justes de Jérusalem  et de Paris, rappelleront la mémoire d’une famille exemplaire. 

Le 22 juin 2011, l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Monsieur René Borel.

 

 

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