Cazaux Marie

Année de nomination : 2015      Dossier n° 13107 -  Consulter le dossier de Jérusalem (en anglais)

Les Justes

Mlle Marie Cazaux
Date de naissance : 20/01/1903
Date de décès : 09/11/1962
Profession : Couturière
Particularité : Information non disponible

Localisation

Localite : Bayonne
Département : Pyrénées-Atlantiques
Région : Aquitaine
Pays : France

Cérémonies de reconnaissance

Information non disponible

Personnes sauvées

M. Maurice Halfon

Lieux de mémoire

Allée des Justes à Jérusalem
Allée des Justes à Paris

L'histoire

Marie Cazaux Isaac Halfon est né à Istanbul en 1906. Fortunée Salti est née en 1912 en Turquie. Les familles Halfon et Salti arrivent en France à la fin des années 1920. Isaac épouse Fortunée à Biarritz en 1930. Ils sont commerçants. La famille habite dans un immeuble situé rue Gambetta à Bayonne. Leur fils Maurice naît en 1938. Au 2ème étage habite une autre famille juive. Au 4ème étage habitent Madame Marie Cazaux et son frère Gaby Cazaux ainsi que la famille Pedrosa, Mariano et son épouse Carmen, leurs enfants Eugénie, Pierre et Maïté.

Le 12 janvier 1944, des soldats allemands et des gendarmes français font brutalement irruption dans l’immeuble de la rue Gambetta. Isaac et Fortunée Halfon sont arrêtés mais ils ont la présence d’esprit de confier le jeune Maurice à la voisine du 4ème étage, Mademoiselle Marie Cazaux qui était couturière à son compte. Isaac Halfon prétend que son fils est malade de la rougeole : c’est certainement ce mensonge qui a sauvé Maurice. Le père confie à Marie Cazaux de l’argent qu’il avait mis de côté afin qu’elle prenne soin du petit Maurice. Elle rendra cette somme à David Bally, l’oncle de Maurice, quand il reviendra de déportation. Après cette nuit de janvier 1944, Maurice ne reverra plus jamais ses parents.

Marie Cazaux élève Maurice comme s’il était son propre enfant. Il continue d’aller à l’école mais dans une école privée catholique. Personne de ceux qui connaissaient de vue Maurice ne l’a dénoncé comme Juif aux autorités. Marie Cazaux a supporté toutes les dépenses qu’elle a engagées pour élever Maurice, sans jamais réclamer la moindre compensation. Elle avait donné instruction à Maurice de ne pas parler à des étrangers bien qu’il soit souvent dans la rue à jouer avec d’autres enfants. Maurice allait à l’école en compagnie de Pierre Pedrosa, son ami et voisin de la rue Gambetta.

Marie Cazaux avait à cœur qu’il reçoive une bonne éducation, qu’il mange à sa faim même si parfois elle se privait de repas pour lui. Comme il n’y avait pas l’eau courante, elle apportait à l’appartement des pichets d’eau afin qu’il prenne un bain une fois par semaine. Maurice se souvient qu’un samedi soir, il a été malade avec beaucoup de fièvre et qu’elle est sortie malgré le couvre-feu pour chercher des médicaments. Quand elle entendait parler d’une rumeur de rafle de Juifs, elle lui interdisait d’aller dehors ou d’ouvrir la porte. Marie Cazaux l’amenait de temps à autre à l’église, mais jamais elle ne l’a obligé à faire ce qu’elle faisait : elle respectait sa religion.

L’oncle de Maurice, David Bally est revenu le chercher fin février 1947. La famille Bally avait été arrêtée le même jour que la famille Halfon. Ils ont été déportés par le même convoi. Seul David a survécu aux camps allemands. Maurice ne se souvenait pas de lui. David lui a dit qu’il devait prendre un bateau à Bordeaux pour aller en Amérique où un autre oncle et une autre tante s’occuperaient de lui. L’état de santé et la faiblesse de David ne lui permettaient pas de prendre en charge son neveu. Après une traversée d’un mois sur un cargo et maintes péripéties, Maurice arrive à New York chez sa tante Flora et son mari Marco Behar qui l’adoptent. Une nouvelle vie commence pour lui.

La séparation d’avec Mademoiselle Cazaux fut extrêmement pénible : elle était la « seule » famille que Maurice connaissait. Réciproquement, le départ de Maurice fut pour Marie Cazaux un grand déchirement et elle ne s’est jamais remise. Marie Cazaux est décédée, « morte de chagrin »  en 1962.

 

Le 18 aout 2015, l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Marie Cazaux.

 

Julita Echevarrieta, Marie Cazaux, Maurice Jon et Marie Cazaux en 1938