Dossier n°11509

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Les Justes

Année de nomination : 2009
Marie-Françoise Borel
Année de nomination : 2009
Date de naissance : 06/08/1877
Date de décés : 29/11/1964
Profession : Sans profession

Localisation Ville : Romainville (91470)
Département : Essonne
Région : Île-de-France

Personnes sauvées

Cérémonies

    Date de Cérémonie de reconnaissance: 05 Octobre 2010


    Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.


    L'histoire

    Marie-Françoise Borel
    Marie-Françoise Lech’vien, veuve Borel était une Bretonne de Plouezec. Canneuse de chaises de son état, personnage intéressant, joyeux, difficile, terriblement entêtée (Bretonne…).

    Elle ne m’a jamais parlé de ce qu’elle a fait pendant la guerre. Ce n’est pas surprenant : pour les humbles, dont elle faisait partie, la vie d’après 45 était difficile, pas le temps de se pencher sur ce passé tout proche, et puis ça n’intéressait personne.
    Ce que d’autres, plus tard, appelleront des « actions héroïques » étaient pour les intéressés, ceux qui sauvaient, rien de plus que des relations de bon voisinage : entre voisins, surtout si on est du même bord et ils l’étaient, on se soutient.

    La famille Kaufman, Esther, Eugène et leur petite fille, Hélène, vivait, vivotait du côté de la Place des Lilas, l’est de Paris, le Paris des pauvres.
    Ils faisaient parti de ces gens honorables, honnêtes, grands travailleurs, ayant quitté la Pologne des années vingt rongée alors par une espèce particulièrement virulente d’antisémitisme. Ils étaient ravis et reconnaissants d’être accueillis par la France, grande nation, patrie des droits de l’homme, terre de tolérance et de liberté. Ils avaient, dans leur choix, commis une très grave erreur. L’avenir se chargerait de le leur faire comprendre. 

    Madame Kaufman fût arrêtée par la police parisienne en 42. Drancy, antichambre de la mort, l’accueillit, portes grandes ouvertes. Monsieur Kaufman réussit à l’en faire sortir. C’était rare, difficile mais, de temps en temps, cela arrivait.

    Les Kaufman étaient fourreurs et travaillaient en sous-main pour une maison qui fournissait les besoins allemands. Eugène fit valoir que sa modeste production se ressentirait de l’absence d’Esther. Les autorités acceptèrent son raisonnement. Madame fût relâchée.

    La Wermarcht avait un très réel besoin de gants fourrés et autres pelisses pour que la vie sur le front de l’est ne fût pas trop contraignante. Le fond de l’air était souvent frais dans les faubourgs de Stalingrad en Décembre 1942.

    De cette histoire, éprouvante, les Kaufman conclurent qu’il était souhaitable qu’ils s’évanouissent dans la nature. Rapidement. Ils partagèrent leur réflexion avec la famille Kwiatek, leurs amis. 

    Il y avait une Madame Kwiatek et deux petites filles, Paulette et Thérèse.
    Monsieur Kwiatek, arrêté en mai 1941, victime des premières grandes râfles parisiennes, particulièrement ignobles, était absent. Il avait passé l’hiver 41-42 au camp de Pithiviers avant d’être envoyé dans un de ces tristement légendaires wagons à bestiaux pour Auschwitz en avril 43. Auschwitz dont c’était en somme le lancement dans le domaine des grandes usines de la mort. Peu revinrent. Monsieur Kwiatek fût du nombre.

    Comment cacher et où le trio Kaufman ? Madame Kwiatek alla voir son amie Marie-Françoise Borel, la vieille bretonne. Cette dernière avait-elle une idée pour protéger les Kaufman ? Mais oui, bien sûr : la grand-mère leur offrit son bien modeste deux pièces à Romainville et se replia dans la petite ferme que son fils louait pour elle dans l’Essonne. Un cas réglé.

    Un problème en appel souvent un autre. Madame Kwiatek habitait chez des amis sûrs. Ses deux petites filles laissées chez une nourrice, question de sécurité. Une âme bienveillante dénonça la nourrice qui gardait des petites juives. La police parisienne, toujours vigilante, les arrêta le 15 juin 43, belle journée d’été à Paris, pour les boucler au centre de l’Ugif, rue Lamarck. Arrêter deux enfants de 7 et 4 ans…

    L’histoire prend maintenant le caractère d’un roman d’Alexandre Dumas (père). Un commissaire de police, ami de Monsieur Kaufman, arrache les deux fillettes du centre de la rue Lamarck juste avant leurs départ pour le camp de Beaune-la-Rolande. J’ai tenu dans mes mains une copie de la liste de la préfecture de police, « liste des effectifs »… délicieux euphémisme pour noter les 154 noms qui s’y trouvent. Cent cinquante tout petits, pures, innocents qui n’ont pas la vie devant eux car ils vont partir pour l’abattoir d’Auschwitz. Trois noms, au bas de la page, Thérèse et Paulette Kwiatek et celui d’un gamin. Les sauvés ! 
    Quelques jours plus tard, les trois Kwiatek se retrouvaient chez ma grand-mère dans la petite ferme de l’Essonne.

    Le 15 Mars 2003,  l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Madame Marie-Françoise Borel.

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