Les Justes
Angelo Tamietti
Année de nomination : 2009Date de naissance : 15/01/1901
Date de décès : 27/11/1966
Profession : Chauffeur routier
Angèle (Soyez) Tamietti
Année de nomination : 2009Date de naissance : 29/04/1881
Date de décès : 05/02/1961
Profession : sans profession
Jules Trouillet
Année de nomination : 2009Date de naissance : 17/07/1901
Date de décès : 24/09/1965
Profession : fermier
Berthe (Corbin) Trouillet
Année de nomination : 2009Date de naissance : 25/11/1901
Date de décès : 09/02/1974
Profession : Fermière, mère de 3 enfants
Département : Orne
Région : Normandie
Personnes sauvées
Cérémonies
L'histoire

La famille Trouillet avec Rebecca and Paulette Ajzenberg en 1943
Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, le 1er septembre 1939, Montlhéry est encore un gros bourg de l’Essonne, situé à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Paris. Son calme n’est troublé que par les premiers vrombissements de l’autodrome, appelé à lui assurer une notoriété internationale. C’est dans cette ville que, en 1943, deux couples — Angèle et Angelo Tamietti, ainsi que Berthe et Jules Trouillet — vont notamment sauver Rebecca Ajzenberg 13 ans et ses frères et sœur, Isidore 11 ans Rachel 9 ans et Paulette, 4 ans.
Dès l’invasion allemande de la France au printemps 1940, puis la mise en place du régime de Vichy en juillet 1940, Angelo Tamietti choisit sans hésiter son camp. Très engagé dans la Résistance, il ouvre largement sa porte, avec la complicité de son épouse Angèle, à ceux qui, en raison de leurs opinions politiques ou de leurs origines religieuses, sont menacés par la déferlante nazie.
Aaron Ajzenberg, son épouse Mina et leur fille Rebecca, née en 1929 en Pologne, arrivent en France en 1930. Ils s’installent d’abord à Metz, où naît un fils, Isidore. La famille s’installe ensuite à Forbach, où naissent Rachel en 1933, puis Paulette en 1938.
En septembre 1939, Forbach est évacuée. Aaron décide alors de rejoindre la famille de la sœur de Mina, les Slomowicz, installée à Montlhéry, alors en Seine-et-Oise. Un appartement est trouvé au 3, rue de Paris, et Aaron ouvre un atelier de tailleur rue de l’Église. Les quatre enfants sont scolarisés.
À l’été 1942, apprenant que des membres de leur famille, les Brenner, ont été arrêtés lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver du 16 et 17 juillet 1942, Aaron réagit immédiatement. Il décide de cacher ses enfants. Rebecca, Isidore et Rachel sont placés dans un pensionnat de Montlhéry, moyennant finances, tandis que lui-même, son épouse et la petite Paulette trouvent refuge chez des amis agriculteurs, où ils restent jusqu’en septembre 1942. Pensant alors que le danger est écarté, Aaron décide de rentrer à Montlhéry. Rebecca et Rachel rejoignent la famille, tandis qu’Isidore demeure au pensionnat Moreau.
Le 26 octobre 1942, des gendarmes se présentent au domicile familial, rue de Paris. Les parents sont seuls ; les enfants sont à l’école. Les gendarmes obligent le père à aller chercher les enfants, gardant la mère en otage. Conscient du danger, Aaron emmène immédiatement ses trois filles chez un résistant de Montlhéry, Angelo Tamietti, qui cache déjà un militant communiste recherché ainsi que deux autres familles juives. Angelo accepte de recueillir les petites filles et promet de les considérer comme ses propres enfants. Les parents Ajzenberg sont arrêtés, Aaron étant revenu au domicile en déclarant n’avoir pas trouvé les enfants à l’école. Ils sont transférés au commissariat de Longjumeau, puis internés dix jours au camp de Drancy. Le 9 novembre 1942, ils sont déportés à Auschwitz par le convoi n°44. Mina (Mindla) Ajzenberg y est assassinée dès son arrivée.
Isidore est toujours au pensionnat. Mais en juin 1943, le directeur, M. Moreau, ayant appris l’arrestation des parents et constatant que la pension ne pourrait plus être réglée, lui signifie qu’il doit quitter l’établissement. Les parents d’Isidore avaient payé d’avance la pension uniquement jusqu’en juin 1943.
L’arrivée des trois fillettes chez Angèle et Angelo Tamietti, rue Luisant à Montlhéry, porte à dix le nombre de personnes cachées dans la petite maison. Devant l’impossibilité d’héberger tant de monde sans attirer l’attention du voisinage, et par mesure de prudence, il est décidé de placer les enfants dans un lieu plus discret.
Joseph, le frère d’Angelo, qui habite à Sées dans l’Orne, leur vient en aide. Les deux frères se partagent la tâche : Angelo, chauffeur de camion, accompagne les enfants jusqu’à Sées, et Joseph les place à proximité, à Saint-Hilaire-la-Gérard, dans une ferme exploitée par Berthe et Jules Trouillet. Les enfants changent alors d’identité, Rébecca s’appelle désormais Yvette, Isidore Maurice, Rachel Raymonde, seule Paulette garde son prénom. Leur nouveau nom de famille est Lambert et ils sont officiellement des neveux et nièces de Jules et Berthe. Ces derniers, animés par une profonde générosité, accueillent les enfants durant plus d’un an dans une atmosphère chaleureuse et réconfortante. Considérés comme des membres de la famille, ils sont nourris, soignés et logés sans qu’aucune contrepartie financière ne soit jamais demandée, malgré la modestie des moyens des Trouillet, pleinement conscients des risques encourus en cachant des enfants juifs. Leur fils Gaston avait fabriqué une cachette dans un champs en cas de danger. Les enfants allaient à l’église le dimanche pour ne pas éveiller les soupçons.
Cependant, dès les premiers mois de 1944, alors que les rumeurs d’un débarquement allié se multiplient, les Trouillet reçoivent des menaces de dénonciation. Il devient impératif d’évacuer les enfants. Dans l’urgence, aucune autre solution n’est trouvée que de les ramener à Montlhéry, où ils restent cachés chez Angèle et Angelo Tamietti jusqu’à la Libération, en août 1944. C’est à l’abri des murs de la maison de leurs « anges gardiens » que les quatre enfants Ajzenberg entendent passer les chars de la 2e division blindée du général Leclerc, marchant sur Paris. Ils vivent ensuite leurs premiers mois de liberté dans une ville où le Chant des Partisans résonne avec une intensité particulière, ses paroles ayant été écrites par un illustre Montlhérien, Joseph Kessel. Mais une nouvelle bouleversante, annoncée par leur instituteur, met fin à la longue errance de Rebecca, Isidore, Rachel et Paulette : le retour inespéré de leur père, rescapé du camp de Buchenwald, libéré le 11 avril 1945.
Isidore, devenu adulte et qui est à l’origine de la demande de reconnaissance de leurs bienfaiteurs, écrira : « Je me souviens encore, avec une immense émotion, de ce 29 avril 1945, sur le quai de la gare de Saint-Michel-sur-Orge : l’arrivée de cet homme en pyjama rayé. C’était mon père. Il se croyait seul au monde, et nous étions là, ses quatre enfants, bien vivants, accompagnés de nos bienfaiteurs et de nombreux habitants de Montlhéry venus l’accueillir. Soixante-sept ans plus tard, cette explosion de joie est toujours en moi. »
Cette joie immense, les enfants la doivent à deux modestes familles françaises qui, avec courage et au péril de leur liberté, ont tendu la main à quatre enfants juifs âgés de 4, 9, 11 et 13 ans.
Le 16 juin 2009, Yad Vashem – Institut international pour la mémoire de la Shoah a décerné à Angelo et Angèle Tamietti, ainsi qu’à Jules et Berthe Trouillet, le titre de Justes parmi les Nations.

1946 les familles Ajzenberg et Trouillet

Rachel Ajzenberg à son mariage avec Léon Klein devant Angèle & Angelo Tamietti

