Dossier n°12158 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Pierrette (Guyard) Pauchard

Année de nomination : 2011
Date de naissance : 16/09/1876
Date de décès : 07/08/1951
Profession : Cultivatrice
    Localisation Ville : Anost (71550)
    Département : Saône-et-Loire
    Région : Bourgogne-Franche-Comté

    L'histoire

     

     

    Arrivée de Pologne en France au milieu des années 1920, la famille Frydman s’installe à Paris, dans un petit logement de la rue de Flandre, dans le 19ᵉ arrondissement. Le père travaille comme tailleur à domicile, aidé par son épouse qui s’occupe également des enfants. Le couple a quatre enfants : Suzanne (née en 1923), Ida (née en 1925), Hélène (née en 1927) et Bernard (né en 1933).

    Grâce au soutien d’un patronage protestant, les deux filles aînées, Suzanne et Ida, partent chaque été en colonie de vacances dans le Morvan, à Athez, un hameau du village d’Anost. Elles y sont accueillies par Pierrette Pauchard, une paysanne veuve depuis 1933 et mère de quatre enfants. Très vite, des liens affectueux se tissent entre la famille Frydman et Pierrette. Les jeunes filles participent aux travaux de la ferme, s’occupent des bêtes et du potager, et retrouvent chaque été leur « Maman de vacances ».

     

     

    Depuis le début des années 1930, Pierrette avait fait une demande pour accueillir des enfants de l’Assistance publique, perpétuant ainsi une tradition bien ancrée dans le Morvan. Elle héberge alors régulièrement des enfants en colonie, dont certains sont juifs. En 1935, elle reçoit également la garde d’une fillette de 18 mois, Colette Morgenbesser, née d’une mère juive polonaise célibataire. Malgré la guerre, les lois antisémites et la présence de soldats allemands dans le village, Pierrette choisit de protéger et d’élever Colette, qu’elle considère comme sa propre fille.

    À Paris, la vie devient de plus en plus difficile. Les filles Frydman, qui n’ont pu poursuivre leurs études après le certificat d’études, aident leur père à l’atelier. Elles continuent de correspondre avec Pierrette, qui leur fait part de sa disponibilité à les accueillir en cas de danger.

    Lorsque commencent les rafles de l’été 1942, les parents Frydman décident de rester à Paris. Ils sont arrêtés sur dénonciation et déportés en novembre 1942. Avant cela, en juillet 1942, Suzanne, âgée de 18 ans, prend la tête de sa fratrie. Les quatre enfants montent dans un train pour Autun, espérant que leurs parents les rejoindront bientôt. Ils trouvent refuge chez « Maman Pierrette », alors âgée de 66 ans, qui les accueille avec une grande bienveillance.

    Les conditions de vie étant difficiles, Hélène et Bernard sont confiés à un couple de cultivateurs dans un hameau voisin. Quelques mois plus tard, les enfants apprennent la déportation et la mort de leurs parents. Pendant toute cette période, Pierrette fait preuve d’un courage exceptionnel : en plus d’héberger des enfants juifs, elle cache des résistants, les nourrit, leur transmet des messages, et les conduit de nuit vers le maquis, malgré la présence d’Allemands dans le hameau.

    Pour protéger les enfants, Pierrette veille à leur donner une fausse identité : Bernard est scolarisé sous le nom de Bernard Petit, et Colette sous celui de Colette Pauchard. Elle reçoit le soutien du docteur Roy, médecin et maire du village, qui brûle plusieurs documents compromettants, notamment le livret de l’Assistance publique de Colette où figurait en gros caractères la mention « juive ».

    En 1945, les enfants Frydman retrouvent une partie de leur famille installée aux États-Unis et s’y rendent, tout en restant en contact avec leur bienfaitrice jusqu’à sa mort accidentelle en 1951. Quant à Colette, elle ne quittera jamais la famille Pauchard. Adulte, elle achète même une maison à Athez, dans le hameau de son enfance, où elle vient passer ses vacances.

     

    Le courage, le dévouement et la solidarité de Pierrette Pauchard dépassent désormais la mémoire familiale ou locale : ils font partie intégrante de l’Histoire de la Bourgogne.

     

    Le 13 septembre 2011, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah a décerné à Pierrette Pauchard le titre de Juste parmi les Nations.

     

    Documents annexes

    Témoignage de Anaïs Pauchard, Arrière-arrière-petite-fille de Pierrette Pauchard
    Invitation cérémonie Pauchard

    Articles annexes




    Mis à jour il y a 3 semaines.