Les Justes
Louise (Vidal) Deligne
Année de nomination : 2021Date de naissance : 04/08/1894
Date de décès : 21/06/1978
Profession : Chapelière
Département : Nord
Région : Hauts-de-France
Personnes sauvées
Cérémonies
L'histoire

Louise Deligne
Les parents de Marcel Kaizler ont deux enfants : Marcel et sa sœur aînée, Esther. Leur père décède des suites d’une maladie rénale alors que Marcel n’a que huit ans et demi, soit vers 1934–1935.En 1938, face à la montée de l’antisémitisme en Europe, Esther quitte la Belgique pour s’installer en Palestine sous mandat britannique. Leur mère, Eva, reste seule avec Marcel à Anvers.Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en septembre 1939, avec l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, Eva Kaizler accueille et prend en charge deux réfugiés allemands, Helmut et Truda Hochman. Leurs parents ont été arrêtés par les autorités belges en tant que citoyens allemands, considérés comme ennemis de l’État.
En mai 1940, lors de l’invasion de la Belgique par l’armée allemande, commence une fuite précipitée. Une parente, Berta Vylned, accompagnée de son mari, tente d’organiser le départ du groupe vers l’Angleterre par avion. Toutefois, le chauffeur de taxi chargé de les conduire à l’aérodrome refuse de les prendre, ce qui leur fait manquer le vol. Ils poursuivent alors leur fuite en train et parviennent, après de nombreuses péripéties, à Lille, où ils découvrent que les troupes allemandes ont déjà pris possession de la ville.
À Lille, Eva Kaizler rencontre Louise Vidal, veuve Deligne, qui leur propose spontanément de les héberger. Elle vit au 19 rue Masurel, dans le quartier du Vieux-Lille. Louise Deligne est veuve et mère de six enfants ; à cette époque, seuls ses quatre enfants mineurs, nés entre 1923 et 1930, vivent encore avec elle. Elle installe les réfugiés dans l’appartement de voisins ayant fui vers le sud de la France. Pour subvenir aux besoins de sa famille et de ses protégés, elle exerce plusieurs métiers, notamment comme vendeuse dans des commerces du quartier.
En juin 1940, après la capitulation de la Belgique et de la France, Eva Kaizler, son fils Marcel et les enfants Hochman retournent à Anvers. Louise Deligne leur assure qu’ils peuvent compter sur son aide en cas de difficulté.
Dans un premier temps, la vie reprend son cours à Anvers. Toutefois, à partir de 1941, les premières mesures antijuives sont instaurées. Les Juifs sont contraints d’échanger leurs cartes d’identité contre de nouvelles, portant le tampon « JOOD ». Par prudence, Eva conserve leurs anciennes cartes non marquées et les utilise ponctuellement lorsque cela s’avère nécessaire. À cette période, Marcel et sa mère vivent chez une connaissance, Ernestine Briche.
En 1942, lorsque commencent les premières déportations de Juifs depuis la Belgique, Eva utilise sa carte d’identité non tamponnée pour se rendre en France afin de chercher du ravitaillement. Durant l’une de ses absences, des membres de la milice flamande se présentent au domicile pour arrêter Marcel. Il entend de violents coups frappés à la porte et des voix criant son nom. Comprenant immédiatement le danger, il se cache dans la chambre de sa mère, dans un étroit espace entre le lit et le mur.
Après avoir forcé la porte, les miliciens fouillent l’appartement et pénètrent dans la chambre. Marcel retient son souffle. Incapables de le trouver, ils remarquent une fenêtre ouverte et supposent qu’il s’est enfui. Pensant apercevoir une ombre en fuite, l’un d’eux tire et ils se lancent à sa poursuite. Au retour de sa mère, Marcel lui raconte l’épisode. Eva décide alors de l’envoyer immédiatement à Lille, chez Louise Deligne. Marcel y est accueilli chaleureusement et se lie d’amitié avec André, le plus jeune fils de Louise. Pendant cinq mois, Marcel reste caché dans l’appartement. Il ne sort jamais et ne fréquente pas l’école, le risque de dénonciation étant permanent. Louise Deligne prend des risques considérables, consciente qu’une dénonciation par le voisinage pourrait lui être fatale. Sentant le danger s’intensifier, elle recommande à Eva Kaizler de trouver rapidement une nouvelle cache pour son fils.
Eva vient alors chercher Marcel, et ils se réfugient quelques jours chez une famille juive. Celle-ci leur conseille de prendre contact avec la Croix-Rouge, afin de faire admettre Marcel au Préventorium de Saint-Jans-Cappel, établissement pour jeunes tuberculeux. L’institution est alors dirigée par Jeanne-Marie Vanlande, assistée de l’infirmière-chef Mademoiselle Clayman. Marcel y reste jusqu’à la fin de la guerre, en 1945. Pendant ce temps, sa mère retourne en Belgique et vit cachée chez une veuve nommée Blondiau.
À la Libération, Marcel rentre à Anvers, puis rejoint un mouvement de jeunesse juif appelé « Alliance des pionniers religieux », qui deviendra par la suite Bnei Akiba. La même année, animé par l’idéal sioniste, il quitte la Belgique pour s’installer en Palestine et intègre le kibboutz Beerot Itzhaq. Malgré la distance, Marcel et sa mère Eva conserveront toute leur vie des liens très forts avec Louise Deligne.
Le 16 mars 2021, Yad Vashem – Institut international pour la mémoire de la Shoah, décerne à Louise Deligne le titre de Juste parmi les Nations.

