Dossier n°13578 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Louise Deligne Vidal

Année de nomination : 2021
Date de naissance : 04/08/1894
Date de décés : 21/06/1978
Profession : Chapelière

Localisation Ville : Lille (59000)
Département : Nord
Région : Hauts-de-France

L'histoire

Louise Deligne

Les parents de Marcel Kaizler ont 2 enfants, lui et une sœur Esther. Le père décède d’une maladie rénale alors que Marcel n’est âgé que de 8 ans et demi. En 1938, Esther part s’installer en Palestine et la mère reste seule avec Marcel. Quand la guerre est déclarée en 1939 et que l’Allemagne envahit la Pologne, la mère prend en charge 2 réfugiés d’Allemagne (Helmut et Truda Hochman) dont les parents ont été arrêtés par la autorités belges comme étant citoyens allemands et donc ennemis de la Belgique.

Quand les troupes allemandes envahissent la Belgique en mai 1940, commence la fuite en avant. Une personne de la famille, Berta Vylned ainsi que son mari veulent amener tout ce monde là prendre un vol vers l’Angleterre, mais le chauffeur de taxi supposé les amener à l’aérodrome refuse de les prendre et ils ratent leur avion. Ils se replient sur le train et arrivent après bien des péripéties à Lille.

Sur place ils découvrent que les troupes allemandes les ont devancés et qu’elles occupent la ville.

Selon le témoignage de Marcel, ils se sont retrouvés en ville sans savoir quoi faire quand arrive une jeune fille de 16 ans. La mère de Marcel l’interroge pour l’adresse d’un hôtel et comme la jeune fille ne sait pas, elle va chez elle pour demander à sa mère Louise Deligne Vignal. Celle-ci les invite à venir chez elle.

Louise Deligne est une veuve mère de 6 enfants, dont seulement 4 vivent avec elle à cette époque. Elle loge les réfugiés dans l’appartement de ses voisins qui ont fui vers le sud de la France. Elle les accueille malgré qu’elle sache qu’ils sont juifs.

Un mois plus tard, les Allemands renvoient les réfugiés vers leurs lieux d’origine, ainsi les enfants Hochman repartent vers leurs parents à Anvers qui ont pu rentrer chez eux entretemps.

Avant la séparation avec toute la famille, Louise Deligne leur dit que si jamais ils ont besoin de quoi que ce soit, qu’ils n’hésitent pas à lui faire appel.

Au départ, la vie reprend son cours à Anvers jusqu’à que commence les premières mesures de répression envers les juifs. Ils échangent leurs cartes d’identité contre de nouvelles avec le tampon « JOOD ». Par prudence, la mère conserve leurs anciennes cartes d’identité et de temps en temps les utilise selon le besoin. A l’époque, Marcel et sa mère habitent chez une proche du nom de Ernestine Briche.

Quand les premières déportations débutent en 1942, arrivent des lettres des personnes arrêtées pour demander qu’on leur envoie de la nourriture. La mère de Marcel utilise sa carte d’identité vierge du tampon « JOOD » pour aller en France chercher du ravitaillement.

Marcel ne se souvient pas précisément de la date, mais un jour de 1942, la milice flamande vient l’arrêter alors que sa mère est absente. Il entend qu’on frappe fort à la porte et que l’on crie son nom. Il comprend tout de suite qu’il doit se cacher et disparaître. Il va dans la chambre à coucher de sa mère et découvre qu’il y a un petit espace entre le lit et le mur. Il s’y trouve quand la milice après avoir enfoncé la porte d’entrée, rentre dans la chambre et commence à la fouiller. Marcel retient sa respiration. Les miliciens le cherchent mais ne le trouve pas malgré qu’ils l’aient entendu plus tôt. Puis ils découvrent une fenêtre ouverte et présument qu’il s’est enfui par là. Ils leur semblent voir une ombre courir. Un des miliciens tire et ils descendent précipitamment à la poursuite de l’ombre.

Marcel y voit un miracle, d’autant plus que sa mère avait déplacé le lit quelques jours avant pour pulvériser du produit sur des insectes.

Quand sa mère revient, Marcel lui raconte ce qui s’est passé. Elle décide de l’envoyer immédiatement chez Louise Deligne à Lille.

Louise connaissant bien un concierge d’un immeuble près de chez elle, le paie afin qu’il aille chercher le garçon et la ramène chez elle. Elle accueille Marcel avec beaucoup d’affection et lui trouve un endroit pour dormir dans une pièce servant de cagibi. Marcel ne sort pas de l’appartement car le danger est grand et il y reste 5 mois. Louise prend des risques énormes car elle n’est pas à l’abri d’une dénonciation de ses voisins.

Puis sa mère vient le chercher et ils se réfugient pendant quelques jours chez une famille juive qui leur conseille de prendre contact avec la croix rouge afin d’envoyer Marcel au Préventorium de Saint-Jans Cappel, alors géré par deux religieuses dont Marcel ne se souvient pas des noms.

Il y reste 2 ans. Pendant ce temps, sa mère retourne en Belgique et se cache chez une veuve du nom de Blondiau.

A la fin de la guerre, Marcel revient à Anvers, puis se joint à un mouvement de jeunesse qui s’appelle « Alliance des pionniers religieux » et qui se transformera en « Bnei Akiba ». La même année, il décide de quitter la Belgique et part s’installer en Palestine et y intègre le Kibboutz « Beerot Itzhaq ».

Le 16 mars 2021, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Louise Deligne le titre de Juste parmi les Nations.




Mis à jour il y a 3 mois.