Les Justes
Mathilde (Delattre) Gauthier
Année de nomination : 2021Date de naissance : 31/10/1902
Date de décès : 29/09/1985
Profession :
Département : Paris
Région : Ile-de-France
Lieu de mémoire
Personnes sauvées
Lieu porteur de mémoire
Cérémonies
L'histoire

Mathilde Gauthier

Léontine Bracchi
Gadel Herszbaum, d’origine polonaise, arrive en France en 1925. Il épouse une Française, Yvonne Polowsky. Le couple a deux fils : René, né en 1934, et Daniel, né en 1939.
En 1935, Gadel, tailleur de profession, travaille pour différents patrons avant de s’établir à son compte. En 1939, il ouvre son commerce de tailleur pour hommes au 8, rue Saint-Simon, dans le VIIᵉ arrondissement de Paris. Les lieux abritent à la fois la boutique, l’atelier et l’appartement familial.
Le 14 mai 1941, lors de la rafle dite du « billet vert », Gadel est arrêté par la police française et interné au camp de Pithiviers, d’où il parvient à s’évader le 10 août de la même année. Il rejoint alors sa famille à Paris. Pour des raisons de sécurité, les Herszbaum ne peuvent retourner dans leur appartement. Tous les quatre doivent se cacher, notamment dans un box pour voiture situé dans un immeuble voisin, afin d’échapper aux arrestations.
En juillet 1942, Monsieur Doucet, cordonnier rue Paul-Louis-Courier, dans le VIIᵉ arrondissement, apprend par un ami travaillant à la Préfecture de police de Paris qu’une grande rafle se prépare. Il prévient immédiatement la famille Herszbaum.
Mathilde Gauthier, qui habite en face, au 7, rue Saint-Simon, accueille alors la famille chez elle pendant plusieurs jours. Elle prend seule le risque de cacher quatre personnes. Son époux, Jehan Charles Louis Gauthier, soldat français, est alors prisonnier en Allemagne et attend la relève. Cachés chez Mathilde Gauthier, derrière les persiennes, Gadel et Yvonne Herszbaum voient les forces de l’ordre procéder aux arrestations dans les immeubles de la rue, puis venir les chercher au numéro 8. Ils décident alors de quitter Paris et de rejoindre des amis fourreurs qui avaient fui aussi Paris et s’étaient réfugiés dans la Sarthe, à Beaufay, où ils espèrent trouver refuge.
La famille Herszbaum vit dès lors recluse au milieu des bois, au château du Chesnay, à Torcé-en-Vallée. René et Daniel ne vont pas à l’école. Leur mère, Yvonne, leur apprend à lire et à écrire. Gadel et Yvonne s’approvisionnent dans les fermes avoisinantes en échange de quelques travaux de couture.
Le 18 avril 1943, à la suite d’une dénonciation, Gadel est arrêté.
Emprisonné au Mans, il est transféré à Drancy, puis déporté à Auschwitz le 23 juin 1943 par le convoi n° 55. Il y est assassiné. De nationalité française, Yvonne pense ne pas être inquiétée et demeure au château du Chesnay avec ses deux garçons.
Au petit matin du 26 janvier 1944, à Beaufay, René entend un bruit inhabituel : des camions, phares allumés, s’approchent dans leur direction. Il réveille sa mère, qui habille les deux enfants en toute hâte et les fait fuir par la fenêtre. René, âgé de 9 ans, et Daniel, âgé de 4 ans, savent qu’ils doivent rejoindre Léontine Bracchi, une amie de leur mère. Déjà, les soldats allemands frappent à la porte et encerclent la maison.
René et Daniel restent tapis dans les fossés jusqu’à la tombée de la nuit. Ils courent alors se réfugier chez Léontine Bracchi, à la Thébaïde, à Beaufay.
Yvonne est arrêtée à son tour. Elle est emmenée au camp d’Auvours, puis transférée à Drancy avant d’être déportée à Auschwitz le 15 février 1944 par le convoi n° 68. Elle y est assassinée.
Léontine Bracchi rend visite à Yvonne au camp d’Auvours. Yvonne apprend ainsi que ses enfants sont en sécurité.
Sachant René et Daniel recherchés, Léontine organise leur sauvetage. Elle les habille en filles et les cache de ferme en ferme pendant plusieurs mois.
En septembre 1944, les enfants sont conduits au château de Méhoncourt, qui appartient à l’Œuvre de secours aux enfants.
Après la guerre, le conseil de famille désigne le frère aîné de Gadel, comme tuteur des deux enfants. René et Daniel sont alors séparés : Daniel part vivre chez son oncle maternel, tandis que René est accueilli par son oncle paternel. Très vite, Daniel est confié à l’orphelinat Rothschild. À l’âge de 18 ans, Daniel décide de partir vivre en Israël, où il fonde une famille.
Le 16 mars 2021, Yad Vashem, Institut International pour la Mémoire de la Shoah, décerne à Mathilde Gauthier et à Léontine Bracchi le titre de Juste parmi les Nations.

Daniel et René et leur mère Yvonne Herszenbaum

