Dossier n°14049 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Fritz Frédéric Petri

Année de nomination : 2020
Date de naissance : 30/08/1904
Date de décés : 29/08/1975
Profession : Médecin généraliste

Localisation Ville : Val-d’Isère (73150)
Département : Savoie
Région : Auvergne-Rhône-Alpes

L'histoire

Fritz Frédéric Petri en 1944

Né en 1904 dans une Alsace alors occupée, Frédéric Pétri développe très tôt une passion pour la montagne et le ski.  Le Docteur Frédéric Pétri sera l’un des fondateurs de la station de Val-d’Isère, dont il sera président du club des sports et maire pendant 18 ans entre 1947 et 1965.
Lors d’un séjour dans les Vosges à l’âge de 20 ans, il rencontre, Charles Diebold, qui devait devenir avec lui l’un des fondateurs de la station.  Il effectuera ensuite son service militaire dans la section d’éclaireurs skieurs du septième Bataillon de chasseur alpins basé à Tignes dans les années 1920.
Le 9 mars 1933, il épouse Marie Joséphine Antoinette van Hoegaerden, née en 1907 en Belgique, divorcée. Ils divorceront en 1946. Passionné de sports d’hiver, le jeune médecin décide de rejoindre ses amis, parmi lesquels des champions de ski qui avaient fondé la station quelques années plus tôt. Il s’installera ensuite définitivement à Val d’Isère en 1938 et habite avec sa mère et sa sœur un grand chalet entouré d’un jardin dans la rue principale. A l’époque, Val d’Isère avait moins de 150 habitants. Le docteur Johannes Paul Muller et son épouse Édith née Wertheim à Berlin en 1898 arrivent à Paris de Berlin en 1933 avec leurs deux filles nées à Berlin, Huguette, née en 1927 et Marion, née en 1919.
Au début de la guerre, la famille est à Paris, puis part se réfugier à Nice et à Lyon où Édith est arrêtée et sera déportée sans retour vers Auschwitz en octobre 1943.
Marion est munie de faux papiers, tandis que Huguette a été baptisée par mesure de protection. En 1943, Marion et Huguette quittent Lyon pour Val d’Isère, sur les conseil de Pierre Haymann, le futur mari de Marion, résistant. Habitués à sillonner les cols, les jeunes de Val d’Isère mettent en place un réseau de résistance. L’un des membres du groupe était Germain Mattis, un moniteur de ski local arrêté par les Allemands en juin 1944 et mort dans un camp de concentration à l’âge de 27 ans.
Les Allemands sont installés à l’Hôtel des Glaciers à Val d’Isère et la situation s’aggrave lorsque Huguette glisse et se casse la jambe. Le médecin déclare que l’adolescente doit être transférée à l’hôpital de Bourg-Saint-Maurice. Mais Marion panique et refuse.  Comprenant immédiatement la situation, Frédéric Pétri, médecin à Val-d’Isère, va prendre soin de Huguette Muller en la gardant dans sa propre maison pendant 6 mois. La mère des filles, Édith Muller est arrêtée parce que juive et sera déportée sans retour de Drancy à Auschwitz par le convoi n° 61 du 28/10/1943.
Faisant confiance au médecin, Marion laisse sa sœur à Val d’Isère se rétablir et va rejoindre Pierre à Toulouse. La pause prendrait six mois pour se réparer, ce n’est donc qu’en juin 1944 qu’elle revint, enceinte.
Deux mois après le départ des sœurs, Val d’Isère est libérée. Mais la résistance locale continue le combat, soutenant les partisans en Italie, encore occupée par les Allemands. Une fois de plus, Petri mettrait sa vie en jeu pour un parfait inconnu. Un soir d’hiver de novembre 1944, il part à la rescousse d’un groupe de soldats britanniques conduits par les partisans dans des cols de montagne. Pris au piège dans une congère sans vêtements adéquats, ils mouraient de froid.
Lorsque Pétri les trouva finalement, un seul des soldats, Alfred Southon, était encore en vie. Il respirait à peine mais Pétri a refusé de le donner pour mort. Il l’a ramené à son chalet et, avec l’aide de sa mère, s’est occupé de lui jusqu’à ce qu’il soit assez bien pour partir. Marion épouse Pierre et après la guerre ils s’installent à Paris avec Huguette et leurs deux petits enfants, François et Sylvie. Le mariage n’a pas duré et Marion a alors commencé ce qu’elle a appelé sa « seconde vie » à Londres avec son mari Joe Judah, et leur fils Tim.
En 1947, Huguette se rend à San Francisco pour rejoindre son père qui a survécu à la guerre sous couverture à Paris. Là, elle est tombée amoureuse de James Carleton et a eu un fils, Norman. Elle y habite depuis. Un service à café en argent ayant appartenu à sa mère trône à l’honneur sur le buffet de son élégante maison.

Le 24 février 2021, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Frédéric Pétri, le titre de Juste parmi les Nations.




Mis à jour il y a 3 semaines.