Marguerite Avignon
Année de nomination : 2021
Date de naissance : 26/04/1894
Date de décés : 12/05/1974
Profession :

Localisation Ville : Le Mans (72000)
Département : Sarthe
Région : Pays-de-la-Loire

Personnes sauvées



Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.


L'histoire

Marguerite Avignon

Dora Gersten vivait à Ternow en Pologne où elle s’est mariée en 1926. Elle met au monde deux enfants et divorce de son mari. En 1933 elle quitte la Pologne et vient s’installer à Paris. La famille vit modestement jusqu’aux premières années après le début de la guerre. En juillet 1942, la famille est arrêtée lors de la rafle du Vel d’Hiv. Dora parvient à éviter la déportation car elle travaille dans une usine qui s’appelle Grundel et qui fabrique des uniformes allemands. Un homme qui se nomme M. Firstenberg et qui travaille dans la même usine permet, grâce à une organisation clandestine de secours juifs, à Dora et ses enfants de se cacher à la campagne.

Au début 1943, Bella, la fille de Dora part seule en train de Paris pour aller dans la Sarthe. Elle est récupérée à la gare par M. Carbin qui l’amène chez ses voisins M. et Mme Rouillon et leurs fils de 15 ans. Ils sont les propriétaires d’une auberge. Bella est rejoint peu après par sa sœur Berthe. Malheureusement la police débarque dans l’auberge alors qu’elle enquête sur un vol et découvre les enfants. Bien que les enfants ne soient pas suspectés d’être juifs, il est interdit d’accueillir des réfugiés sur un lieu de travail. Un courrier est envoyé à la mère Dora qui résident chez M. Firstenberg à Paris. Il est demandé à ce que les enfants soient déplacés. Dora se rend dans la Sarthe pour leur trouver un nouveau lieu. Pourtant, à peine revenue à Paris, Dora reçoit une lettre anonyme lui demandant de faire partir les enfants de là ou ils sont car ils risquent d’être dénoncés et livrés aux autorités. Il s’est avéré depuis, que la lettre a été envoyé par le fils de 15ans de M. et Mme Rouillon.

Aussitôt Dora retourne dans la Sarthe et parvient à placer ses filles chez Mme Marguerite Avignon à Montmirail. Mme Avignon est une veuve qui vit avec sa fille Madeline et son beau-fils Fernand Riet et leurs deux enfants Jean-Yves et Marie-France. Les filles y restent pendant quelques mois jusqu’à la fin de 1943.

La maison de Mme Avignon à Montmirail s’appelle « Montafilent ». Mme Avignon et sa fille vivent au 1er étage qui est séparé en deux parties, une pour Mme Avignon et une pour la famille Riet. Au rez-de-chaussée, il y a un autre appartement qui est utilisé par les filles de Dora. Les repas sont pris ensemble, mais les filles ne sortent pas de la maison qui se trouve à proximité de la Kommandantur.

À la suite de rumeurs que « Montfilent » cache des gens, Mme Avignon cherche une autre famille qui puisse accueillir les deux petites filles. Elle les emmène chez Mme Lemercier qui vit dans une ferme à proximité. Puis de nouveau, les petites filles bougent et vont à la ferme de M. et Mme Poirier, parents de Mme Lemercier.

Dora parvient à voir ses filles de temps en temps et à leur donner des tickets de rationnement. Puis, quand cela devient impossible, un maitre d’école connaissance de M. Poirier, s’arrange et leur en fait parvenir.

Dora cherche un lieu où les trois pourraient vivre ensemble. M. Poirier leur présente une vieille fille Mademoiselle Marie qui possède un grand domaine et dans lequel il y a un petit pavillon proche des bois qui peut les recevoir.

Dora loue l’endroit qui se trouve près de la commune de Saint Maxent. Dora trouve du travail grâce à M. Poirier auprès des villageois du coin en tant que couturière. Une des fermes se trouvant sur un chemin très fréquentés des soldats allemands appartient à la famille Thérouin. Ceux-ci proposent à Dora et ses deux filles de venir habiter chez eux, ce qu’elle fera jusqu’à la fin de la guerre. M ; et Mme Thérouin ont 6 enfants. Dora et ses filles vivent dans un petit cabanon « Bel Air » qui se trouve à 2-3 kilomètres de la ferme principale. Tous les jours Dora fait le chemin pour aller travailler. Au fur et à mesure, Dora comprend que M. Thérouin est impliqué dans des actions de résistance.

Dora et ses filles ne parleront jamais du fait qu’elles sont juives et ont fui Paris pour éviter les rafles. Mais chacun sait à quoi s’en tenir.

A la fin de la guerre, Dora retourne à Paris pour voir le futur qui les attends. Traumatisées, Dora et ses filles quittent les Thérouin sans regarder en arrière. En 1951, elles émigrent en Australie et s’installe à Melbourne. Berthe se marie avec Henri Goldwasser et a 4 enfants. Bella épouse Szoel Shmerling et a aussi 4 enfants.

En 2003, après beaucoup d’efforts, le contact avec les Avignon et les Thérouin est rétabli. En 2004, Bella organise une rencontre ainsi qu’en 2012.

Le 24 mai 2021, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Marguerite Avignon, le titre de Juste parmi les Nations.

Dora Gersten avec ses filles Berthe et Bella à Paris en 1935




Mis à jour il y a 3 mois.