Les Justes
Etienne Laurent Toche
Année de nomination : 2025Date de naissance : 05/02/1888
Date de décès : 24/01/1987
Profession : Receveur puis contrôleur des tramways
Mathilde Joséphine (Celeschi) Toche
Année de nomination : 2025Date de naissance : 12/04/1898
Date de décès : 13/04/1991
Profession : Gérante d’une boutique de chemise
Emile Toche
Année de nomination : 2025Date de naissance : 01/11/1925
Date de décès : 23/05/1944
Profession : Lycéen
Département : Alpes-Maritimes
Région :
L'histoire
- Mathilde Toche
- Émile Toche
- Étienne Toche
À Nice, au début des années quarante, les Toche sont une famille ordinaire et discrète, intégrée au cœur de la vie quotidienne de leur quartier. Étienne, ancien poilu devenu employé municipal, connaît parfaitement les rouages de l’administration française. Mathilde, fille d’immigrés italiens, tient un commerce de chemises et s’occupe du quotidien familial selon les traditions de l’époque. Dans ce décor, leurs enfants grandissent entre l’école, la rue, et les collines de l’arrière-pays niçois.
Mais cette famille simple, au quotidien ordinaire, voit son destin bouleversé par Émile, leur fils aîné. Élève au lycée Masséna de Nice, il entretient une véritable amitié avec Elie Benaroya, un jeune Juif de son établissement dont les parents sont nés en Bulgarie. Ils avaient immigré en Autriche dans les années 20 et vont avoir deux garçons et une fille Henri, Elie et Lily. En 1936, la famille part à Paris à cause de l’antisémitisme subi, puis s’installe en 1942 à Nice.
Lorsque les lois antijuives commencent à sévir jusque dans le sud de la France, cette amitié d’adolescents se trouve soudain mise à mal, et Émile encourt lui aussi un danger certain.
Loin de s’en détourner, Émile choisit de rester fidèle. Il joue alors un rôle essentiel dans la survie de la famille Benaroya, multipliant les démarches pour les accompagner, les rassurer et servir d’intermédiaire chaque fois que cela est nécessaire.
Le soutien apporté aux Benaroya — Nissim et Esther, leurs enfants et leurs proches — dépasse rapidement l’action d’Émile seul : ils trouvent auprès de toute la famille Toche un soutien moral sans précédent dans ces temps de peur et de persécution.
Étienne comprend très vite que son poste à la mairie peut devenir un avantage décisif pour le sauvetage de la famille Benaroya. Il utilise l’accès qu’il a à des formulaires et à des livrets administratifs vierges pour faire établir des documents qui leur permettent de dissimuler leur identité et d’échapper aux contrôles. Émile accompagne les Benaroya dans leurs déplacements, jusqu’à Annecy, cherchant toujours des lieux plus sûrs, toujours plus loin du danger.
Au cours de l’automne 1943, la répression prend un tournant beaucoup plus préoccupant à Nice. Les rafles s’intensifient et frappent de manière imprévisible et violente. Dans ce contexte, une nouvelle famille croise le chemin des Toche. La famille Bauchman, également traquée, frappe un soir à la porte du 17 rue Auguste-Gal. Ils n’ont nulle part où aller : c’est leur dernier recours. Les Toche, sans réfléchir au danger qu’ils encourent, les accueillent sans hésiter, car ils ont compris que, sans cela, l’issue serait dramatique. Mathilde, avec ses deux plus jeunes filles, les conduit alors à Entraunes, un village retiré de l’arrière-pays, où il est encore possible de se cacher. Là-haut, ils survivront jusqu’à la Libération.
Pendant ce temps, à Nice, la famille Toche continue de correspondre et de soutenir la famille Benaroya. Les lettres d’Esther Benaroya, conservées jusqu’à nos jours, témoignent de la reconnaissance d’Esther et des liens qui se sont tissés entre les deux familles.
Le 23 mai 1944, Émile meurt tragiquement à l’âge de dix-neuf ans, noyé dans le lac d’Annecy, alors qu’il tentait d’accompagner deux jeunes filles juives, dont Lily Benaroya. L’acte d’héroïsme du jeune homme permet aux deux jeunes filles de survivre.
Une famille simple et ordinaire a fait preuve d’humanité et de courage au moment où l’État français persécutait des familles juives et où trop avaient choisi de détourner le regard. Toute une famille, les Toche — père, mère et fils — ont choisi le courage et l’humanité . Ils en ont payé un lourd tribut par le décès de leur fils.
Le 26 juin 2023, Yad Vashem, Institut International pour la mémoire de la Shoah a décerné à à Étienne, Mathilde et Émile Toche, le titre de Justes parmi les Nations.

Mathilde Toche devant son magasin




