Dossier n°14548 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Céline Madeleine (Carrier) Racca

Année de nomination : 2025
Date de naissance : 18/07/1884
Date de décès : 24/02/1967
Profession : Hôtelière
    Localisation Ville : Aubervilliers (93300)
    Département : Seine-Saint-Denis
    Région : Ile-de-France

    L'histoire

     

    Famille RACCA

    Famille RACCA

    Icek Fryde et Chaja Lencziky sont originaires de Breziny, en Pologne, une petite bourgade située à une vingtaine de kilomètres de la ville industrielle de Łódź. Avant la Seconde Guerre mondiale, Breziny comptait environ 13 000 habitants, dont près de 6 000 Juifs, la grande majorité exerçant le métier de tailleur.

    Ils émigrent en France dans les années 1930 et se rencontrent à Paris, où ils se marient en 1938 à la mairie du XXᵉ arrondissement. Le couple s’installe ensuite au 19 rue de Turenne, dans le IVᵉ arrondissement, et se lance dans la confection textile pour le compte d’un patron. Une fille, prénommée Sarah, naît le 1ᵉʳ février 1939.

    À la déclaration de la guerre en septembre 1939, Icek s’engage comme volontaire dans l’armée française. Son régiment est rapidement fait prisonnier lors de la débâcle de 1940, et il passe toute la durée du conflit dans un stalag en Allemagne.

    Restée seule à Paris avec son enfant, Chaja trouve un emploi précaire chez un photographe installé rue de Rivoli. Son travail consiste à faire du porte-à-porte chez des particuliers. Faute de solution durable pour faire garder Sarah, elle confie sa fille à Céline Racca, qui tient un hôtel meublé rue de Paris à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Sarah est accueillie dans cette famille en 1941. La maison est modeste et héberge principalement des résidents âgés et démunis. Madame Racca fait passer Sarah pour sa petite-fille et change son prénom en Suzanne afin de la protéger.

    En tant qu’épouse de prisonnier de guerre, Chaja échappe à la rafle du Vélodrome d’Hiver en juillet 1942. Elle se rend alors régulièrement à Aubervilliers pour voir sa fille. Lorsque son emploi chez le photographe cesse, elle se retrouve sans ressources. Elle se tourne vers l’Union générale des Israélites de France, qui lui propose de prendre en charge son loyer et la nourrice de Sarah à condition qu’elle parte effectuer des travaux agricoles dans les Ardennes. Elle accepte, sans savoir que les conditions de vie qui l’y attendent seront extrêmement éprouvantes.

    Avant son départ, Céline Racca lui promet d’élever la petite Sarah comme son propre enfant si elle ne revenait pas. Chaja échappe de peu à la mort le jour où des travailleurs juifs, convoqués sous prétexte de travail, sont arrêtés, transférés au camp de Drancy, puis déportés vers Auschwitz. Elle parvient à s’enfuir des Ardennes en train ; arrivée à Paris, elle effectue le reste du trajet à pied jusqu’à Aubervilliers.

    Malgré les risques considérables encourus, Céline Racca lui offre l’hospitalité. Chaja est alors dans un état de grande dénutrition et souffre d’une sévère baisse de la vue. Céline la conduit chez un ophtalmologiste, finance les soins prescrits et prend en charge toutes les dépenses. Les injections nécessaires sont administrées dans un dispensaire tenu par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul.

     

    Un jour, Chaja se présente devant la sœur supérieure en compagnie de Sarah. En larmes, elle lui confie s’être échappée d’un camp et être juive. La sœur supérieure décide alors d’héberger Chaja au sein de l’établissement. Celle-ci se lève chaque matin à l’aube pour allumer les fourneaux à charbon et assurer le fonctionnement de la cantine des élèves de l’école religieuse.

    À la suite d’une maladie, Chaja est recueillie à nouveau par Céline Racca, qui la soigne avec un dévouement total. Son comportement témoigne d’une profonde charité chrétienne. Catholique fervente, Madame Racca apprend également à Sarah toutes les prières.

    Après le rapatriement d’Icek en 1945, les Fryde reprennent leur fille avec eux. Sarah supporte très difficilement la séparation avec Céline. À plusieurs reprises, ses parents la laissent repartir avec elle lors de ses visites. Avec le temps, Sarah continue à rendre visite à cette femme qu’elle a aimée comme une mère et qui mérite pleinement cet attachement.

    En 1962, Céline Racca part s’installer en province. Sarah ne l’a jamais oubliée et tient profondément à lui rendre hommage, ainsi qu’à sa famille, qui l’a très certainement soutenue dans son engagement pour venir en aide à une enfant juive et à sa mère, en leur offrant protection, affection et courage.

     

    En novembre 2025, l’institut Yad Vashem, Institut international pour la mémoire de la Shoah, a décerné à Céline Racca le titre de Juste parmi les Nations.

     

    Sarah Mimoun (née Fryde), personne sauvée et Céline Racca

    Sarah Mimoun (née Fryde), personne sauvée et Céline Racca




    Mis à jour il y a 1 mois.