Dossier n°14558 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Marie Elisée (Villard) Mure

Année de nomination : 2025
Date de naissance : 14/05/1902
Date de décès : 13/09/1986
Profession : Sans profession

Jean-Claude Mure

Année de nomination : 2025
Date de naissance : 20/05/1885
Date de décès : 12/11/1951
Profession : Cultivateur
    Localisation Ville : Grezieu-le-Marche (69610)
    Département : Rhône
    Région : Auvergne-Rhône-Alpes

    Personnes sauvées

    Cérémonies

      L'histoire

      Famille Mure

      Famille Mure

      Abraham Bitton, né en 1901 à Marrakech (Maroc), s’installa à Saint-Fons, près de Lyon, au lendemain de la Première Guerre mondiale (1914-1918). Il y fonda son foyer et devint l’un des premiers membres de la communauté juive marocaine de la ville. Comme de nombreux Juifs de Saint-Fons, il travailla comme manœuvre dans plusieurs grandes usines de la région : à l’usine chimique Coignet, aux aciéries de Longwy à Vénissieux, puis à la grande usine à gaz de La Mouche, à Lyon, durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

      Dans les années 1920, Abraham Bitton rencontra Esther Amram, née en 1904 à Constantinople (Empire ottoman, actuelle Istanbul, Turquie). Ils se marièrent et fondèrent une famille nombreuse. Huit enfants naquirent entre 1926 et 1939.

      Les deux aînés, Dinah (née en 1926) et Isaac, dit Jacques (né en 1927), s’engagèrent plus tard dans la Résistance. Clara naquit en 1930, suivie de quatre garçons : Mardoché (1932), Jacob (1933), David (1935) et Élie (1937). Suzanne naquit en 1939, puis Rosette en 1944, en pleine guerre.

      Au fil du conflit, la vie à Saint-Fons devint de plus en plus dangereuse. La population subissait les bombardements alliés, ce qui conduisit les autorités, sur décision préfectorale, à organiser l’évacuation d’enfants. Pour la communauté juive, les menaces étaient accrues : les rafles se multiplièrent, notamment à partir du début de l’année 1944, avec l’arrivée à Saint-Fons de Charles Goetzmann, individu notoirement impliqué dans la dénonciation de Juifs auprès de la Gestapo.

      Dans ce contexte dramatique, la famille Bitton décida de mettre à l’abri les quatre garçons. Mardoché (dit Georges) fut envoyé dans le Cantal ; Jacob (Jacqui) et David furent placés à Grézieu-le-Marché ; Élie fut caché en Savoie. Les filles Clara, Suzanne et la petite Rosette, encore nourrisson, restèrent auprès de leur mère Esther.

      Lors de l’arrestation d’Esther, Clara fut dissimulée pendant un mois dans l’usine Saint-Gobain, grâce à la protection de son directeur Auguste Matringe, qui sera reconnu Juste parmi les Nations en 2000.

      Esther Bitton fut arrêtée le 12 juillet 1944 à la suite d’une dénonciation. Elle fut emprisonnée à la prison Montluc, puis transférée au camp de Drancy. Elle fut ensuite déportée par le convoi n°77 du 31 juillet 1944, dernier grand convoi de déportation, vers Auschwitz-Birkenau, où elle fut assassinée dans une chambre à gaz le 5 août 1944.

      À Grézieu-le-Marché, Jacob et David furent confiés à deux familles de paysans amis, dont les fermes, distantes d’environ 600 mètres et situées à l’écart du village, leur offraient une relative sécurité : Jean-Claude et Marie Mure, ainsi que Joannès et Marie Gubian. Ces derniers furent reconnus Justes parmi les Nations en 2016. Les deux garçons y demeurèrent au printemps et à l’été 1944.

      À cette époque, la majorité des exploitations agricoles de la région pratiquaient la polyculture et l’élevage. La ferme Mure, d’une superficie d’environ 14 hectares, comptait alors huit vaches, une paire de bœufs, quelques chèvres et brebis, ainsi que trois porcs. Mariés en 1928, les époux Mure vivaient avec leurs trois enfants âgés, en 1944, de 15, 13 et 9 ans.

      David participa aux travaux agricoles et gardait les vaches. Il ne se rendait ni à la messe ni aux vêpres dominicales. Le dimanche après-midi, Jacob venait parfois lui rendre visite. Cette vie rurale permit aux enfants de survivre cachés sans excès de contraintes, illustrant la solidarité remarquable des habitants de Grézieu-le-Marché, qui ne dénoncèrent jamais leurs voisins malgré les risques encourus.

      Après la Libération de Lyon en septembre 1944, les six enfants Bitton furent réunis dans la maison d’enfants Le Phare, à Villard-de-Lans, puis placés à la maison du Renouveau, à Montmorency, où ils suivirent des formations et furent préparés à leur entrée dans la vie active.

      De nombreuses années après la guerre, David, devenu cuisinier et installé à Genève, renoua avec la famille Mure, comme son frère Jacob l’avait fait avec la famille Gubian.

       

      En décembre 2025, Yad Vashem, Institut International pour la Mémoire de la Shoah a décerné à Jean-Claude et Marie Mure, le titre de Juste parmi les Nations.

       

      David Bitton, personne sauvée, 1981-1982

      David Bitton, personne sauvée, 1981-1982




      Mis à jour il y a 1 mois.