Les Justes
Rolande Henriette (Mauger) Gaboriaud
Année de nomination : 2024Date de naissance : 01/01/1910
Date de décès : 30/10/2001
Profession : Employée des postes
Département : Loiret
Région : Auvergne-Rhône-Alpes
Cérémonies
L'histoire

Rolande Gaboriaud
Depuis 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale et sous l’Occupation allemande de la France (1940-1944), Michel Gerstenhaber, alors âgé de 4 ans, ainsi que ses deux frères de 5 et 9 ans, sont cachés avec leur grand-mère maternelle à Saint-Just-Malmont, en Haute-Loire, à une quinzaine de kilomètres de Saint-Étienne. Tous vivent sous une fausse identité, le nom de Haber, afin d’échapper aux persécutions antisémites mises en place par le régime de Vichy et les autorités nazies.
Leurs parents, Henri dit « Popi » et Simonne Gerstenhaber, demeurent à Saint-Étienne, au 35 rue du Maréchal-Pétain, malgré les risques considérables encourus, car il faut subvenir aux besoins de la famille. Leur voisine, Rolande Gaboriaud, employée des Postes, vit seule : son mari est prisonnier de guerre en Allemagne depuis 1940, après la défaite française, et son fils est pensionnaire.
Henri Gerstenhaber travaille au Comptoir Sidérurgique de Saint-Étienne. Il est dénoncé comme juif par un collègue dans un contexte d’intensification des rafles après l’occupation totale de la France par l’Allemagne en novembre 1942. Il est arrêté le 22 février 1944. Interné au camp de Drancy, principal lieu de transit des Juifs arrêtés en France, il est déporté le 15 mai 1944 par le convoi n° 73, l’un des derniers grands convois de déportation partis de France. Le train prend la direction de la Lituanie. Henri Gerstenhaber disparaît sans laisser de trace ; il est officiellement déclaré décédé le 15 mai 1944.
Lors de son arrestation, la Gestapo s’empare de ses clés et se rend immédiatement à son domicile afin d’arrêter le reste de la famille. Ce jour-là, son épouse Simonne, malade, est alitée.
Les policiers allemands montent au quatrième étage de l’immeuble. Par chance, ils se trompent d’appartement et les clés ne fonctionnent pas. Rolande Gaboriaud, qui occupe cet appartement, leur ouvre la porte et leur explique qu’ils se sont trompés d’entrée. Pendant que les policiers redescendent les quatre étages puis remontent par l’autre cage d’escalier, Rolande frappe contre la cloison séparant son logement de celui de Simonne Gerstenhaber pour la prévenir du danger.
Malgré la neige, Simonne, affaiblie par la maladie, parvient à passer par le balcon commun aux deux appartements. Rolande la dissimule immédiatement chez elle.
Entre-temps, les policiers pénètrent dans l’appartement désormais vide, dont la fenêtre est restée ouverte, et suivent les traces laissées dans la neige. Ils accusent alors Rolande Gaboriaud d’avoir caché sa voisine juive. Elle est violemment frappée puis conduite au commissariat pour y être interrogée. Malgré les brutalités, elle ne révèle rien.
Grâce à un réseau de Résistance, Simonne Gerstenhaber est ensuite prise en charge et transférée en ambulance à Saint-Just-Malmont, où elle demeure cachée jusqu’à la Libération de la France à l’été 1944. Elle y retrouve ses enfants et apprend l’arrestation puis la disparition de son mari.
Le retour à la vie après-guerre est extrêmement difficile. De nombreux membres de la famille ont péri dans les camps de concentration et d’extermination nazis. Rolande Gaboriaud, quant à elle, parlera très peu de cette période et de son geste héroïque, qui a pourtant sauvé la vie de Simonne.
En 2026, Yad Vashem Institut International pour la Mémoire de la Shoah a décerné à Rolande Gaboriaud, le titre de Juste parmi les Nations.

Simonne Gerstenhaber entourée de ses 3 fils vers 1950

