Dossier n°14571 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Lucienne (Boullier) Cornu

Année de nomination : 2025
Date de naissance : 26/03/1905
Date de décès : 03/07/1995
Profession : Ouvrière Banc Brocheuse

Arsène Cornu

Année de nomination : 2025
Date de naissance : 10/07/1902
Date de décès : 23/07/1950
Profession : Mécanicien
    Localisation Ville : Berjou (61430)
    Département : Orne
    Région : Normandie

    Personnes sauvées

    Cérémonies

      L'histoire

      Arsène CORNU

      Arsène CORNU

      Samuel Zylberszporn naît à Paris en 1931. Il est encore enfant lorsque sa famille est frappée par la politique de persécution et de déportation menée par l’occupant nazi et le régime de Vichy.

      Sa mère, Kajla Zylberszporn, est arrêtée lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, les 16 et 17 juillet 1942, en même temps que son plus jeune fils, Anatole, âgé de quatre ans. Elle est d’abord internée au camp de Pithiviers, puis déportée vers la Pologne par le convoi n°16 du 7 août 1942, à destination d’Auschwitz.

      Peu après, le petit Anatole, séparé de sa mère, est transféré au camp de Beaune-la-Rolande, puis à Drancy. Il est à son tour déporté par le convoi n°24 du 26 août 1942, également à destination d’Auschwitz, où il est assassiné.

      Le père de Samuel, Chaïm Zylberszporn, est arrêté en février 1943. Il est déporté par le convoi n°47 du 11 février 1943 vers Auschwitz. Avant son arrestation, il parvient toutefois à mettre son fils Samuel à l’abri. En octobre 1942, il le place provisoirement à l’orphelinat Rothschild à Paris, puis le retire afin de le cacher en province.

      Samuel est d’abord dissimulé à La Forestière, dans le département de la Marne, sous sa véritable identité. À partir d’octobre 1943, grâce à l’aide des organisations juives de secours, il est envoyé à Berjou, dans l’Orne, où il vit sous le faux nom de Jacques Leroux. Il est accueilli par Arsène Cornu, forgeron, et son épouse Lucienne, qui le cachent pendant près de trois années, au péril de leur vie. Très peu de personnes connaissent sa véritable identité, parmi lesquelles le curé du village, qui ne cherche jamais à le convertir.

      Profondément marqué par la déportation de sa famille, Samuel est un enfant très perturbé. Arsène et Lucienne Cornu l’entourent d’affection et de sollicitude, faisant tout leur possible pour l’aider à surmonter son traumatisme.

      Le village de Berjou, situé en Normandie dans une région vallonnée surnommée la « Suisse normande », est longtemps relativement épargné par la guerre en raison de son isolement. Jusqu’au 6 juin 1944, date du Débarquement allié en Normandie, la vie y demeure plus calme que dans les grandes villes.

      Cependant, en juillet 1944, un drame frappe le village. Les troupes allemandes prennent position à Berjou et installent un barrage d’artillerie. Vingt-sept habitants, hommes, femmes et adolescents, sont chassés de leurs maisons. Le village se retrouve sur la ligne de front, pris sous un violent bombardement, entre les forces allemandes et britanniques. Plusieurs personnes sont tuées ou blessées. Parmi les morts figure un camarade d’école de Samuel. Lucienne Cornu est grièvement blessée par un éclat d’obus à la cuisse.

      Après ces événements, le village retrouve progressivement un calme relatif, mais les stigmates de la guerre demeurent profondément ancrés.

      Samuel reste encore de longs mois chez Arsène et Lucienne Cornu, qui continuent à le protéger malgré les risques encourus. N’ayant aucune nouvelle de sa famille, il est inscrit, avec un camarade du village, dans une école d’apprentissage éloignée de Berjou, accessible après de nombreux kilomètres. Cet établissement forme des ouvriers qualifiés très recherchés : dessinateurs industriels, tourneurs et ajusteurs.

      Un jour, un représentant de l’organisation juive qui avait assuré sa protection se présente, annonçant le retour de Samuel vers Paris. L’enfant nourrit toujours l’espoir de retrouver ses parents et son petit frère. Mais durant le voyage en train, ses pensées sont assombries par les informations déjà diffusées à la radio sur les crimes nazis et l’extermination des Juifs d’Europe.

      À son arrivée à Paris, Samuel est accueilli par son oncle Moïsché, le frère aîné de son père. À l’Hôtel Lutétia, où sont affichées les listes des rares survivants revenus des camps, l’espoir de Samuel s’effondre. Les photographies exposées sur les murs — montrant des monceaux de corps décharnés, victimes des camps de la mort — transforment définitivement son attente en cauchemar.

      Devenu ouvrier maroquinier, Samuel s’installe un temps dans le petit logement de ses parents. Mais entouré d’objets et de souvenirs trop lourds à porter, il décide finalement de quitter la capitale pour s’installer en province.

      En décembre 2025, Yad Vashem, Institut international pour la mémoire de la Shoah, décerne à Lucienne et Arsène Cornu le titre de Justes parmi les Nations.




      Mis à jour il y a 4 jours.