Les Justes
Marie (Blanchard) Leauthier
Année de nomination : 2026Date de naissance : 31/01/1909
Date de décès : 31/05/1965
Profession : Agricultrice
Henri Leauthier
Année de nomination : 2026Date de naissance : 23/11/1904
Date de décès : 28/05/1979
Profession : Agriculteur
Département : Hautes-Alpes
Région : Provence-Alpes-Côte d’Azur
Cérémonies
L'histoire

Victor Revah, originaire de Serbie, est marchand forain. Son épouse, Claire Mordoch, s’occupe du foyer et de leur fils, Jacques, né en 1939 à Avignon. Victor REVAH est arrêté lors d’une rafle puis déporté. Il meurt au camp de concentration de Mauthausen.
Jacques vit alors avec sa mère à Avignon. Il a quatre ans lorsqu’en 1943, vers deux heures du matin, ils sont brusquement réveillés. Leur immeuble, situé au 2 rue Mijeanne, est encerclé par des miliciens. Toutes les personnes arrêtées doivent être conduites dans un camp à Marseille.
Claire et son fils descendent les escaliers depuis leur appartement situé au deuxième étage jusqu’au premier, où un milicien monte la garde. Celui-ci lui ordonne de remonter afin d’habiller plus chaudement l’enfant. Claire obtempère. Arrivée devant son appartement, elle se contente de claquer bruyamment la porte, mais reste en réalité immobile sur le palier, sans faire le moindre bruit. Quelques instants plus tard, profitant du fait que le milicien est entré chez les voisins, la famille Levy, elle redescend discrètement et s’enfuit en courant avec son fils. Ils trouvent refuge au 123 rue Carreterie, où des amis leur offrent l’hospitalité pour le reste de la nuit.
Dans un premier temps, Jacques est caché dans une cave située à l’extérieur des remparts de la ville.
Claire connaît les Sœurs de Saint-Joseph, auxquelles son père, marchand de fruits et légumes, avait l’habitude de faire des dons de marchandises. Dans l’urgence, les religieuses organisent le transfert de Jacques vers la colonie des Carmes d’Avignon, installée à Gap, dans le quartier de Charance. Elles font ensuite appel à un couple d’agriculteurs, Marie et Henri Leauthier, qui acceptent d’accueillir et de cacher le petit Jacques, bien qu’ils sachent qu’il est de confession juive.
Les Leauthier vivent avec leurs deux enfants, Étienne, quatorze ans, et France, douze ans, ainsi qu’avec Caroline, la mère de Marie, dans une ferme située dans un hameau au pied de la montagne de Charance. À proximité s’étend une vaste zone boisée où les maquisards trouvent refuge. À la tombée de la nuit, ceux-ci viennent régulièrement se ravitailler auprès des habitants du hameau, et tout particulièrement auprès d’Henri Leauthier.
Jacques Revah se souvient de la gentillesse de France, qui restait à ses côtés pour l’aider à s’endormir, ainsi que de l’affection que toute la famille lui témoignait. Il accompagnait également Marie Leauthier, qu’il appelait affectueusement « marraine », à la messe le dimanche afin de ne susciter aucun soupçon.
À la Libération, Claire vient rechercher son fils. Les liens tissés pendant la guerre perdureront, et la famille Revah conservera des relations étroites avec les Leauthier et leurs descendants.
En 2026, Yad Vashem, Institut international pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Henri et Marie Leauthier le titre de Justes parmi les Nations.

